The Scarlett Letter, texte et mise en scène d’Angélica Liddell

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

 

The Scarlett Letter, texte et mise en scène d’Angélica Liddell

 

Un seul et même projet pour Angélica Liddell : donner forme par l’art à ses tourments intérieurs, produits et reflets de ceux du monde. Et son art est multiple: poésie, chorégraphie, théâtre…Elle se place au centre de la scène en inspiratrice de ce qui s’y passe et en maîtresse de la cérémonie. qu’est en fait cette longue Scarlett Letter. Rituels religieux de l’Espagne avec processions de pénitents noirs et pénitents blancs, obsession de l’autodafé, cet « acte de foi » qui punit par le feu coupables et hérétiques. Rituels militaires avec exercices d’entrainement réglés comme des horloges, jeux avec tables déplacées, empilées, alignées, puis défilés en rang pour les huit danseurs nus qui entourent l’artiste. Et aussi, sous une forme rendue quasi anodine par la dérision, rituels érotiques de soumission disciplinant les corps masculins.

Avec ces références très lourdes, Angélica Liddell a trouvé ce qui, pour elle, répond au roman de Nathaniel Hawthorne (1850) sur les questions de la culpabilité et du châtiment qui la poursuivent. La lettre A: signe d’infamie de l’adultère imposé dans le roman à Hester, est aussi l’initiale d’Arthur, l’amant caché, ici masqué, en robe rouge, accusé et coupable, aux mains de ses juges religieux, jusqu’au dévoilement final. Au lever du rideau, c’est d’abord: A comme Angélica.  La metteuse en scène emprunte au roman une trame très large sur laquelle elle brode -la broderie joue un rôle très fort dans la réhabilitation d’Hester- sa réflexion et sa leçon. Car ses propos sont souvent Abstraits, A comme assénés.

Sont visés : le nouveau puritanisme, la pensée d’une société qui aurait tué le désir au nom du droit. Et suit un discours virulent, digne d’un Thomas Bernhardt, contre le féminisme, contre la laideur et la mesquinerie des femmes. Mais sans mesquinerie! on peut se demander si Angélica Liddell n’exprime pas ainsi sa propre colère contre le fait qu’elle aussi, a passé la limite au-delà de laquelle «son ticket n’est plus valable», pour reprendre le titre d’un roman de Romain Gary  (1975). Mais la façon dont elle mène son contingent d’hommes montre qu’elle n’a pas besoin du féminisme… En même temps, son éloge et sa quête affirmée du désir s’interdisent toute faille, tout désordre. Serait-ce le symptôme de notre engourdissement ? Il y a longtemps que la nudité sur scène ne choque plus, même celle, plus fragile, des hommes. Trop de provocation tue la provocation, mais peut-être, ne nous est-il donné à regarder sans trouble qu’un jeu de touche-pipi enfantin. De paradoxes en retournements, cette transgression de la transgression finit par nous ramener à l’ordre. Et à l’ennui qui s’ensuit, même si c’est un ennui “conceptuel ».  

Un ensemble beau plastiquement et d’un baroque  parfois proche de l’art pompier, sous des flots de musique solennelle, à l’exception d’un moment pop bienvenu. On aime à nouveau Angélica Liddel quand elle projette ses naïves déclarations d’amour à un certain nombre de philosophes et d’écrivains comme Michel Foucault, Jacques Derrida, Roland Barthes et surtout Antonin Artaud, le magnifique, double A de l’admiration. On l’aime quand elle se glisse vers nous sous des rideaux qui tombent un à un pour une scène enfin vivante : A, comme Assez des cette “élites » (nous, vous…)  qui veut Baudelaire mais sans l’odeur de la charogne et Pier Paolo Pasolini sans Salo ou les 120 journées de Sodome! Bref, assez d’une culture aseptisée. Mais dommage, cette scène arrive bien tard dans un spectacle riche… mais plutôt pesant!

Christine Friedel

Théâtre National de la Colline, 15 rue Malte Brun, Paris XX ème, jusqu’au 26 janvier. T. : 01 44 62 52 52.

 

 

 

 


Un commentaire

  1. Dax dit :

    L’art , c’est se livrer à l’irreprésentable, ce qui n’est connu que des morts.

    La lettre brodée À c’est la honte, l’expiation du délit d’adultère. Hester, mariée à un médecin, aime le pasteur Arturo. Mais la force de l’amour est pareille à celle de l’art.
    L’art est transgression car il inverse les règles sociales et fait de l’immoralité une éthique. Eve devient Marie. L’immoral devient éthique. Eve a désobéi car elle désirait Adam. Désobéir rime avec désirer, le contraire de fuir.
    « La beauté était liée à la souffrance et la souffrance au salut »a écrit Henry Miller.
    Cette pièce parle de l’incapacité à fuir, du châtiment des deux amants et des cauchemars que cela enclenche, qui sont en même temps à l’origine de la beauté. Les amants sont sur terre comme « dans une plaine obscure, traversée d’alarme, paniquée, où dans la nuit se heurtent d’aveugles armées. »(Bradbury). Ils cherchent leur salut.

    « Constater l’insupportable : ce cri a son bénéfice, me signifiant qu’il faut en sortir, par quelque moyen que ce soit….L’exaltation est comme le profil secondaire de mon impatience; je m’en nourris, je m’y vautre. »(Barthes)

    J’ai aimé l’énergie farouche d’Angelica, sa fougue, son insolence.
    On dit que c’est du vieux théâtre? Peut-être mais je ne sais pas ce qu’est le nouveau. En tout cas, c’est du théâtre vivant, vibrant hommage à Artaud.

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