Al Atlal (Les Ruines) un projet de Nora Krief, d’après le poème d’Ibrahim Nagi

Al Atlal (Les Ruines) un  projet de Nora Krief, d’après le poème d’Ibrahim Nagi

©Jean-Louis Fernandez

©Jean-Louis Fernandez

«A l’amour, au pays, aux ruines de la vie !» Wajdi Mouawad avait proposé  il y a deux ans à Nora Krief de chanter un extrait du long et célèbre poème d’Ibrahim Nagi, le grand  écrivain égyptien (1898-1953), interprété par la chanteuse-culte Oum Kalsoum,  dans Phèdre(s) qu’il mit en scène au Théâtre de l’Odéon (voir Le Théâtre du Blog).

«L’envie de ce projet, un spectacle comprendrait des lettres adressées à ma mère, des témoignages de personnes qui ont vécu l’exil, dit Nora Krief; en 1960, Oum Kalsoum ( 1898-1975) chante devant le peuple égyptien et tout le Moyen-Orient, en invitant les femmes à ôter leur voile. Ma mère était juive et n’en portait pas, elle vivait au quotidien avec une grande liberté… Aujourd’hui, j’éprouve le besoin de chanter ce poème en entier, de retrouver la langue arabe. » 

Des souvenirs de son enfance tunisienne reviennent: Nora Krief ne parlait pas l’arabe mais cherchait comment s’intégrer à l’école et supporter le regard des voisins. Elle chante ici ce poème qui revendique la liberté, le droit pour les femmes d’ôter leur voile, et elle raconte les vestiges d’un amour et le rêve d’un pays perdu. Elle chante tout cela avec émotion et la belle complicité de ses trois musiciens, elle chante aussi «les parents disparus, le plaisir et le besoin de faire resurgir ces souvenirs, ces odeurs sensuelles et érotiques. «On pourrait servir le café de ma mère et du thé à la menthe. »
Un spectacle à ne pas manquer, s’il passe près de chez vous.

Edith Rappoport

Le spectacle a été joué au Théâtre 71 de Malakoff (Hauts-de-Seine)  du 16 au 18 janvier. T. : 01 55 48 91 00.

 


Archive pour 19 janvier, 2019

Les Secrets d’un gainage efficace par Les filles de Simone

Les Secrets d’un gainage efficace par Les filles de Simone

Réunion du Groupe Corps : cinq actrices trentenaires, autour d’une table, parlent du rapport des femmes à leur corps : «D’où viennent ces corsets intériorisés et obsédants ? »Elles veulent étudier «nos conditionnements culturels, nos tabous, nos hontes», pour  écrire un livre à l’image de Notre corps nous-mêmes publié en 1977 par un collectif féministe. Comme les groupes de femmes des années soixante-dix, elles évoquent différents thèmes dont les normes de beauté, l’anatomie et la sexualité féminines, la boulimie et l’anorexie, le viol… Entre les débats, chaque personnage témoigne de sa propre expérience parfois pathétique : «Je voulais être un garçon, c’est plus pratique. (…) Mais je suis restée une fille. Donc j’ai laissé mon corps très loin de moi, je l’ai mis en sourdine. » (…). » J’étais ado, je mangeais sans penser à ce que je faisais à mon corps. Je ne savais pas que j’étais grosse. Je ne savais plus que j’avais un corps.»

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 Mais le spectacle reste léger et joyeux. On chante J’aime les filles du MLF sur un air de Jacques Dutronc, on imagine la visite guidée d’un appareil génital féminin.  Ou on convoque Sigmund Freud et Saint-Augustin, phallocrates patentés, et Mona Chollet, autrice de Beauté fatale, les nouveaux visages d’une aliénation féminine. On joue aussi quelques saynètes oniriques, bulles d’air poétiques et cocasses. Bref, on s’amuse en militant…

Les Filles de Simone : Claire Fretel, Tiphaine Gentilleau et Chloé Olivières, après le succès de C’est (un peu) compliqué d’être à l’origine du monde, une pièce sur la maternité, reprennent leur bâton de pèlerines féministes, sensibles à toutes les questions d’égalité Hommes/Femmes. Les Secrets d’un gainage efficace s’est élaboré à la croisée des improvisations et sous la direction de Claire Fretel.

En s’attaquant à bras le corps aux tabous toujours vivaces qui pèsent sur les femmes, Les Filles de Simone libèrent un parole joyeuse. Ni stéréotypé ni didactique, le spectacle prête à rire mais reste chargé d’émotion. Chacun.e s’y reconnaîtra mais cet humour permettra à certain.e.s de mettre à distance un vécu douloureux. Du théâtre engagé roboratif…

Mireille  Davidovici

Jusqu’au 3 février, Théâtre du Rond-Point,  2 bis avenue Franklin D. Roosevelt Paris  VIII ème. T. : 01 44 95 98 21.

Le 21 février, Le Reflet, Vevey (Suisse).
Le 12 mars, Théâtre du Jouy-le-Moutier (Val-d’Oise).
Le 2 avril, La Ferme du Bel-Ebat, Guyancourt (Yvelines); le 5 avril, Théâtre du fil de l’eau Pantin (Seine-Saint-Denis); le 6 avril, Ma-Scène nationale de Montbéliard (Doubs); le 12 avril, Espace Germinal, Fosses (Val-d’Oise).

Notre corps nous-mêmes, éditions Albin Michel, d’après Our Bodies ourselves rédigé par le collectif de Boston pour la santé de femmes.
Un collectif de femmes prépare une nouvelle édition qui sera publiée chez Hors-d’atteinte en 2019.
Beauté fatale, les nouveaux visages d’une aliénation féminine de Mona Chollet, éditions Zones.

 

Heptaméron, récits de la chambre obscure, mise en scène de Benjamin Lazar, direction musicale de Geoffroy Jourdain

©simon gosselin

©simon gosselin

Heptaméron, récits de la chambre obscure, d’après L’Heptaméron de Marguerite de Navarre, mise en scène de Benjamin Lazar, direction musicale de Geoffroy Jourdain

L’Heptaméron, recueil inachevé de soixante-douze nouvelles paru en 1559, est la dernière œuvre de Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre et sœur de François Ier, qui a aussi écrit des pièces et des poèmes. Hepta: sept et méron: partie d’un tout, en grec ancien: le récit se déroule en effet sur sept journées, et son auteure s’est inspiré du très fameux Décaméron de Boccace. Et Benjamin Lazar qui avait fait une belle mise en scène de La Traviatta, (voir Le Théâtre du Blog) a essayé de réaliser ici  une sorte de  tissage  de textes et madrigaux chantés.

Dans le texte d’origine, une demeure retirée, cinq femmes: Parlamente, Oisille, Longarine, Emarsuite et Nomerfide aux prénoms aussi poétiques que celui de cinq hommes: Hircan, Guebron, Simontault, Dagoucin et Saffredent. Ils ne peuvent plus repartir à cause de pluies diluviennes (un incident sans doute suggéré à Marguerite de Navarre par un voyage à Cauterets à l’automne 1546 où il y eut une crue du Gave). Ces dix personnages décident alors, pour passer le temps, de se réunir chaque après-midi et de se raconter de véritables histoires d’amour qu’ils ont vécues ou connues, puisées dans leur mémoire. Il y en a des  charmantes et féministes avant la lettre, et d’autres d’une violence terrible, avec assassinats, viols ou incestes.
 Benjamin Lazar  y  a mêlé des récits actuels mais aussi et surtout, de formidables madrigaux de compositeurs italiens de la fin du XVI ème et du XVIIème: Claudio Monteverdi (1567-1643) et Carlo Gesualdo (1566-1613) les plus célèbres, mais aussi Benedetto Pallavicino (1550-1601), Luca Marenzio (1553-1599), Michelangelo Rossi (1601-1656).

« Le madrigal, dit Geoffroy Jourdain qui a remarquablement dirigé ses chanteurs des Cris de Paris, n’a existé qu’à un moment précis de son histoire et n’est jamais réapparu: il porte en lui les causes mêmes de son extinction, puisqu’il est en quelque sorte une tentative d’épuisement du sujet et de ses corollaires: la perte de soi, la consumation de l’individu dans son propre désir. Il englobe tout ce qui a trait à la dramatisation de la disparition du désir. Du sien ou de celui de l’autre, et suggère l’autodestruction de la forme par son son sujet même.” On est ici proche de l’opéra. Et le madrigal a servi de laboratoire comme le rappelle Geoffrey Jourdain, et Monteverdi créa en 1607 Orfeo, l’un des tout premiers opéras.

Sur un plateau  nu, Adeline Caron a imaginé une scénographie avec un praticable en pente dont le sol côté jardin est comme non achevé  avec des espaces vides mais aussi des trappes que les interprètes ouvriront et refermeront souvent. Sans que cela fasse vraiment sens. Bref, une scénographie qui ne nous a guère convaincus, même si Adeline Caron dit s’être inspirée des esquisses de Léonard de Vinci ou de gravures de Dürer, car elle gêne au lieu de les servir les interprètes…
Côté texte, on entend souvent mal les comédiens Fanny Blondeau, Geoffrey Carey et Malo de La Tullaye  et c’est dommage; la faute sans doute à ce grand plateau nu sans aucun rideau et où il n’y a donc guère de réverbération mais aussi à une direction d’acteurs assez approximative. Et quand Benjamin Lazar dit que “le théâtre nait au sein des récits”, on a le droit dans ce cas précis, d’être un peu sceptique…
Côté madrigaux chantés, merveilleusement chantée a capella par Virgile Ancely, Anne-Lou Bissières, Stéphen Collardelle, Marie Picaut, William Shelton, Luanda Siqueira, Michiko Takahashi, Ryan Veillet, avec juste quelques accords entre autres au violoncelle,  sont d’une grande beauté et on ne s’en lasse pas. Même si l’unité entre texte et chant est encore loin d’être évidente. Mais bon, c’était une première et Benjamin Lazar peut encore d’ici là rectifier le tir et revoir sa mise en scène. Au Théâtre des Bouffes du Nord où le fond de scène est plus proche du public, on devrait de toute façon mieux entendre le texte de quelques-unes de ces nouvelles, parmi les plus brillantes de notre littérature. A suivre donc…

Philippe du Vignal 
  
Le spectacle a été créé du 14 au 18 janvier à la Maison de la Culture d’Amiens Pôle européen de création et de production  2 place Léon Gontier, Amiens.  T. :  03 22 97 79 79.

Théâtre des Bouffes du Nord, Paris du 1er au 23 février.
Opéra de Reims, les 1er et 2 mars. Théâtre de Caen, les 12 et 13 mars. Le Trident, Scène nationale de Cherbourg-en-Contentin, les 18 et 19 mars. Le Théâtre d’Angoulême, les 22 et 23 mars.
Le Théâtre de Liège (Belgique), du 31 mars au 4 avril.

 

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