Les Tables tournantes, mise en scène de Mirabelle Rousseau

Les Tables tournantes, mise en scène de Mirabelle Rousseau

©Bellamy

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Ce procédé était utilisé par les adeptes du spiritisme pour essayer d’établir un dialoguer entre vivants et disparus. Très pratiquées aux Etats-Unis vers 1850, les séances pour faire tourner les tables se répandirent en Europe dans les milieux bourgeois et artistiques, notamment en France. Nombre de gens y croyait alors pour établir une communication avec l’au-delà… Et pas n’importe qui! Entre autres, Gérard de Nerval, Victor Hugo et ses proches pendant son exil à Jersey.

Le Théâtre Obsessionnel Compulsif « veut rendre compte de l’atmosphère fantastique de ces expériences spirites” avec un spectacle en sept épisodes. Cela commence (mal!) par un récit dans une presque obscurité! d’événements arrivés en 1848 dans une maison aux Etats-Unis: la famille Fox et ses voisins, appelés à la rescousse, y entendent des coups réguliers venus de nulle part  chaque nuit. Puis, on est donc à Jersey, juste après la mort de Léopoldine, la jeune fille chérie de Victor Hugo. Et après dans l’atelier d’un soi-disant photographe-medium parisien, Edouard Buguet. Il prétendait faire apparaître sur un cliché, le spectre de la personne à laquelle ses clients pensaient le plus fort au moment de les prendre en portrait. Mais un client venu anonymement, en fait un policier, démasquera un trucage flagrant. On va ensuite chez la médium et  somnambule Hélène Smith et enfin chez André Breton en 1922 où il a réuni quelques-uns de ses amis surréalistes…

Et cela donne quoi? Pas grand chose d’intéressant. « Notre intérêt, dit Mirabelle Rousseau, a également été éveillé par le magnifique potentiel artistique que cette expérience des tables parlantes était en mesure de générer. » (…) La forme des textes est d’emblée théâtrale puisqu’il s’agit de dialogues menés sous formes d’interrogatoires par un système de questions-réponses entre les vivants et les morts.” Oui, mais voilà, dans cette série d’esprits frappeurs et de dictées spirites, rien n’est dans l’axe: il n’y a en fait aucun «potentiel artistique » ni théâtral, comme annoncé et la dramaturgie sans fil rouge véritable est inexistante, le dialogue d’une rare indigence et les cinq acteurs, mal dirigés dans une lumière des plus faibles, ne semblent pas y croire eux-mêmes à ce simili-théâtre documentaire. Les séances de spiritisme étaient peut-être souvent très drôles mais ici, il n’y a guère d’humour! La scénographie simple, devient en fait compliquée à mettre en place, et il faut du temps à chaque fin d’épisode pour changer les éléments de décor, ce qui casse un rythme déjà poussif.

De ce désastre programmé, on peut sauver un bref moment: celui où le photographe escroc se fait pincer et où un instant de théâtre comique passe alors. Mais côté «ludisme et théâtre de surprises», il faudra repasser… Cerise sur le gâteau de la fausse bonne idée de Mirabelle Rousseau et de sa dramaturge Muriel Malguy : ces histoires de spiritisme et tables tournantes, sans aucun intérêt et pas crédibles pour une rondelle, durent deux heures quinze sans entracte! Après soixante minutes et quelque d’un redoutable ennui dans une salle à moitié vide, ce qui n’arrange rien, nous avons fui… Bref, une soirée perdue ! On va encore nous dire que ce n’était pas le bon soir mais on aura connu Mirabelle Rousseau plus inspirée (voir Le Théâtre du Blog) et on se demande comment on peut mettre autant d’énergie pour arriver à une telle aberration scénique! Le spectacle sera aussi joué à Montreuil: vous l’aurez compris, inutile de vous déplacer. Pour vous consoler, vous pouvez relire Dis moi qui tu hantes, une courte nouvelle mais d’une rare force comique de Mémoires d’un amant lamentable signée Groucho Marx…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 19 janvier au Théâtre Antoine Vitez, 1 rue Simon Dereure, Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).

 

 

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