La Radio des bonnes nouvelles, texte et mise en scène de Gerty Dambury

La Radio des bonnes nouvelles, texte et mise en scène de Gerty Dambury

 

©EmirSrkalovic

©EmirSrkalovic

Il y a eu deux représentations du spectacle au Tarmac à Paris, méchamment tenu en haleine par le Ministère de la Culture qui lui a signifié depuis un an déjà, sa fermeture. Mais le public, nombreux, divers et concerné, est toujours bien présent. Gerty Dambury, animatrice de la compagnie La Fabrique insomniaque, est une auteure et metteuse en scène guadeloupéenne installée depuis longtemps dans l’Hexagone. Elle y fut professeur d’anglais et fait entendre de plus en plus clairement sa voix.

Les temps sont aux manifestes et les mouvements récents comme  Décoloniser les arts ont rejoint ses points de vue : décolonialisme et féminisme, entre autres, qu’elle assume dans une recherche d’autonomie des formes théâtrales, pour servir le militantisme (joyeux) de la dame. Dans cet esprit,  La Radio des bonnes nouvelles s’inscrit sur scène : mélange sans chichi d’interventions musicales (batterie et basse), un peu répétitives et d’incarnations théâtrales, par le biais d’un retour au passé, autour d’une palette de figures féminines de combat, portées par trois comédiennes.
Pour faire advenir cette parole, Gerty Dambury situe dans un cimetière un joyeux sabbat de ces femmes de courage toutes disparues, venant dire leurs vérités. Parmi elles, Théroigne de Méricourt (souvent oubliée des livres d’Histoire), mais aussi Louise Michel, Angela Davis… D’autres, moins repérées encore de nos consciences européennes et auxquelles Gerty Dambury rend un hommage appuyé, méritent qu’on les cite : Gerty Archimède (première femme avocate, puis députée de la Guadeloupe qui affronta le représentant du gouvernement de Vichy), Claudia Jones, journaliste et activiste de Trinidad ( Cuba), Ida Wells Barnett qui défendit les droits civiques aux Etats-Unis, d’autres encore mais personnages de roman, comme Mrs Dalloway dans le livre  éponyme de Virginia Woolf.

 Ce texte est le fruit d’une commande du festival Elles résistent de La Parole Errante à Montreuil  mais Gerty Dambury poursuit ici le chemin d’artiste qui a toujours été le sien :  chercher les racines du courage nécessaire aujourd’hui dans les vies, souvent amères, de celles qui se sont opposées au pouvoir dominant.  C’est donc un théâtre qui parle haut et fort, mais qui laisse peu de place aux contradictions, aux impasses, aux douleurs tues. On aimerait parfois que la sarabande s’arrête, et que puisse s’installer un temps d’appropriation, de vraie complicité ou d’empathie avec ces femmes qui finalement restent des « figures ». A contrario, Gerty Dambury mêle toutes ces courageuses destinées sans se départir de l’envie foutraque de ne pas se prendre trop au sérieux (d’où ce projet bizarre de lancer une « radio des bonnes nouvelles », qui nous changerait, c’est vrai). Le spectacle se balade donc entre militantisme contemporain et cours d’Histoire, la musique (malgré la belle énergie de deux filles à la batterie et à la basse) ne donnant finalement pas à l’ensemble l’élan qui le conduirait jusqu’à une forme assumée de cabaret et qu’on attend en vain.

 On passe cependant un moment sympathique, l’engagement des interprètes au service de ces femmes de combat ne faisant aucun doute. Et le  public élargit son horizon, à la fois historique et politique, grâce à ces figures de femmes rassemblées ici en utopie joyeuse. Ce spectacle est en attente de son avenir pour la prochaine saison mais signalons que, par ailleurs, Gerty Dambury a initié depuis quelques années un concept théâtral, le Séna : ce n’est ni une rencontre littéraire ni une réunion politique mais un peu tout cela à la fois. Elle y rassemble le public, autour d’un groupe d’actrices/acteurs et sous la houlette de l’efficace MC. Ti Malo. Ils s’emparent d’un thème qui est décortiqué et passé à la moulinette des écrivains, essentiellement caribéens, dans un dialogue humoristique partagé avec les spectateurs. Le Séna est régulièrement présent au café:  La Colonie 128 rue La Fayette, Paris X ème. À ne pas rater.

 Marie-Agnès Sevestre

 Spectacle vu le  23 janvier au Tarmac, 159 avenue Gambetta, Paris XX ème. T. : 01 40 31 20 96

 

 

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