Le grand Feu, réalisation et mis en scène de Jean-Michel van den Eeyden

© Leslie Artamonow

© Leslie Artamonow

Le grand Feu, réalisation et mis en scène de Jean-Michel van den Eeyden

Le Centre Wallonie-Bruxelles à Paris a le charme de ces lieux aux curiosités diverses qui proposent des soirées toujours empreintes d’une attention particulière aux artistes (et qui présente un excellent rapport scène/salle, assurant l’intimité entre public et interprètes). Un écrin rêvé pour découvrir le nouvel opus de Simon Delecosse, alias Mochelan, avec qui nous avions pu faire connaissance autour de Nés poumon noir, une œuvre déjà pilotée par Jean-Michel van den Eeyden, directeur du théâtre de L’Ancre à Charleroi.

Mochelan vient du pays minier, de Charleroi et il s’est fabriqué un univers de rappeur/poète/slameur, à la conscience de classe chatouilleuse mais pas hargneuse : une personnalité forte à qui l’écriture ne fait pas peur, tant qu’elle parle des vrais sujets. Sur scène, ce grand gars ne ménage pas sa présence charismatique. Et l’anniversaire de la disparition du Grand Jacques a donc conduit Mochelan et son complice musical Rémon JR, as du sampling, du scratch et des univers sonores, sur les pas des premiers textes de jeunesse de Brel (parus justement sous le titre Le grand Feu ), lesquels révèlent une âme déjà tourmentée. Les premières notes font entendre quelques mesures de Vierzon, (hommage en ce jour de la mort de Marcel Azzola?) mais c’est plutôt à un voyage dans des œuvres moins rebattues que nous entraîne le duo : Le Diable, L’Ivrogne, Le Troubadour, Jaurès…

Le début du spectacle traîne un peu : Mochelan s’inflige (et ce n’est pas un lecteur inspiré, donc il nous inflige aussi) la lecture d’un très long extrait du Grand Feu dont quelques lignes auraient suffi à nous faire découvrir l’aspiration à la nature, à une certaine forme de transparence dans les rapports humains, et à un idéal de vie qui irrigueront – et tortureront – la vie et l’œuvre  du chanteur jusqu’à la fin.

 Le Diable prend le pouls du monde, et ne cache pas sa défiance envers les femmes, au bénéfice des chiens, tandis que Le Troubadour nous interroge sur l’humanisme, voire le romantisme du bonhomme : deux visions de Brel chahutées à l’intérieur d’un esprit qui cherche la passion en toutes choses, ne s’excuse jamais et médite en permanence sur la mort. Mochelan ne nous fait pas le coup de la filiation… Au contraire, grâce aux arrangements très originaux de Rémon JR, il s’éloigne de l’univers sonore de Brel, tout en se rattachant à lui, par un jeu de transparences dans l’interprétation. Avec une grande intelligence, le metteur en scène l’a conduit à laisser en creux le spectateur se lover dans son univers, et chacun de nous avec ses souvenirs réincarne mentalement Jacques Brel sur scène.

 On parcourt, bien sûr, toutes les contradictions (féroces) qui déchiraient ses textes: Mochelan n’essaie pas de le rendre plus cohérent, mais c’est sa Belgique à lui qui se superpose à celle de Brel et qui nous arrive, par vagues, comme lorsqu’on relit les lettres d’un amour passé. Rémon JR n’est pas pour rien dans cette sorte de boîte aux trésors entrouverte : ses choix d’instruments, d’orchestration ou de simples citations, sèment des petits cailloux qui nous aident à retrouver le chemin, entre musique et narration, du paradis perdu de Brel.

 On reçoit ce spectacle comme une invitation à rejoindre la lisière de la forêt où se trouveraient, telles de jeunes animaux, toutes ces inventions verbales au charme inouï, qui vivent leur vie autonome, comme des personnes connues, un peu oubliées, mais qui ressurgissent à la faveur de cet oasis. Ce soir-là, une panne technique nous a privés de l’environnement vidéo du spectacle créé par Darty Monitor. Sans vouloir faire injure à cet artiste de talent, cela n’a guère affecté la représentation, tant la puissance toujours active de Brel et le talent des interprètes nous tenaient par la main. Cet écran transparent aurait probablement accueilli une forme de rêverie d’une autre nature. Comment le savoir?

Marie-Agnès Sevestre

Spectacle vu au Centre Wallonie-Bruxelles,127-129 rue Saint-Martin, Paris IV ème. T. : 01 53 01 96 96.

Mons (Belgique), du 11 au 13 février , dans le cadre de Mars Arts de la Scène.

 

 

 

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