Le Misanthrope de Molière, mise en scène de Rodolphe Dana

©jean-louis Fernandez

©jean-louis Fernandez

Le Misanthrope de Molière mise en scène de Rodolphe Dana avec le collectif artistique du Théâtre de Lorient

 Molière crée Le Misanthrope en 1666, en pleine affaire Tartuffe qu’il doit remanier pour obtenir l’autorisation de le présenter. Il va jouer lui-même cet Alceste, vent debout contre l’hypocrisie de son époque (comme lui !), opposant une sincérité absolue et véhémente, à une société de faux-semblants. Posture radicale qui entre en contradiction avec son amour pour la coquette Célimène. Elle le ridiculise en flirtant avec une nuée de prétendants, tous plus précieux et ridicules les uns que les autres. A commencer par Oronte et son fameux sonnet : «Madame, on désespère, alors qu’on espère toujours. »

 Cette contradiction s’exprime dès la scène d’ouverture avec Philinte: notre « atrabilaire amoureux » attend Célimène : «Je ne viens ici qu’à dessein de lui dire, tout ce que là-dessus ma passion s’inspire », dit-il à son ami. Mais la jeune femme n’est pas là  et ne cessera de se dérober jusqu’à la fin de la pièce. Dans ce long préambule d’exposition, Alceste érige la franchise en morale absolue : «Je veux qu’on soit sincère et qu’en homme d’honneur, on ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur. ».  Philinte, adepte du compromis, lui réplique : « Je prends tout doucement les hommes comme ils sont, j’accoutume mon âme à souffrir ce qu’ils font. » Cette joute oratoire met en lumière le conflit profond entre Alceste et la société où il vit, et qui sera illustré tout au long de la pièce, jusqu’à ce que la relation Alceste/Célimène en arrive à un point de rupture.

 Rodolphe Dana et son équipe entendent faire ressortir l’aspect tragi-comique du Misanthrope : « Molière a l’art de faire coexister des êtres radicalement contraires. Ce processus dramaturgique aboutit toujours au tragique et au comique. » (…)  « La scène où Oronte vient lui demander son avis sur un sonnet, est un exemple de ce style de tragi-comique qu’on retrouve tout au long de la pièce. » En fait, c’est plutôt vers la farce que le collectif de Lorient nous entraîne, avec des costumes d’un ridicule achevé. Les  petits marquis, en culottes bouffantes, exhibent leurs mollets nus et agitent frénétiquement des perruques enrubannées et emplumées. Célimène s’affuble d’une armature de crinoline qui découvre ses jambes, quand elle ne se promène pas en corset. La fausse prude Arsinoé arbore une robe longue en lamé et se déplace, accompagnée d’un lustre de cristal.
Dans un décor très simple aux basses estrades mobiles, les éclairages un peu glauques correspondent mieux aux intentions de la mise en scène. Des séquences comiques, comme celle du sonnet d’Oronte, massacré à la guitare électrique, font rire les collégiens présents… Bref, le mauvais goût est au rendez-vous, sans apporter un supplément de sens à ces deux heures de spectacle. Les vers, la langue et la dramaturgie de Molière résistent à ce traitement invraisemblable. On entend, malgré tout, les enjeux profonds et les finesses d’une pièce toujours à redécouvrir. Mais vous pouvez vous abstenir…

 Mireille Davidovici

Jusqu’ au 1er février, Le Monfort Théâtre, 106 rue Brancion,  Paris XV ème. T.  01 56 08 33 88 

Du 5 au 7 février, Maison de la Culture de Bourges (Cher) ; le 14 février, Scène nationale d’Aubusson (Creuse) ; du 19 au 21 février, Le Parvis, Scène nationale de Tarbes (Hautes-Pyrénées) ; du 25 février au 2 mars, Le Grand T, Nantes (Loire-Atlantique).
Les 7 et 8 mars Quai des rives, Lamballe (Côtes-d’Armor).

 

 

 


2 commentaires

  1. Merci de votre message. Je transmets votre question à Christine Friedel.

    cordialement

    Philippe du Vignal

  2. VIE dit :

    pourquoi sont t ils sur des estrades….?

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