Mon Cœur, texte et mise en scène de Pauline Bureau


Mon Cœur, texte et mise en scène de Pauline Bureau

©Pierre Grosbois

©Pierre Grosbois

Reprise d’un spectacle créé en 2017 et que nous avions vu (voir Le Théâtre du Blog). « En 2014, j’entends Irène Frachon à la radio, dit Pauline Bureau. (…) Elle me donne les coordonnées de victimes du Médiator. Je vais à leur rencontre, chez elles. Paris, Lille, Marseille, Dinard… Je rencontre un des avocats qui les défend. Je m’intéresse au droit des victimes dans notre pays. Ça me passionne. J’écris. Beaucoup. Beaucoup trop. Je dois choisir ce que j’ai envie de raconter. Irène m’a amenée aux victimes et c’est d’elles dont je veux parler. J’écris l’histoire d’une femme qui contient un peu de chacune des personnes que j’ai rencontrées. Je l’appelle Claire Tabard. »

Le temps passe mais souvenez-nous, ce n’est pas si vieux: ce gigantesque scandale éclaboussa les labos pharmaceutiques Servier mais aussi nombre de médecins et responsables administratifs et politiques. Commercialisé dès 1976,  le Mediator fut retiré du marché seulement en 2009 mais causa la mort selon les études de l’hôpital Gustave Roussy d’au moins 500 patients (1.300 selon une équipe de l’Inserm). Des chiffres toujours contestés par Servier… Prescrit d’abord pour soigner le diabète mais aussi et surtout  comme coupe-faim et remboursés par la Sécurité Sociale! Graves défauts de vigilance des administrations, corruption douce de certains experts, puissant lobbying des industries du médicament: pas facile de s’y retrouver dans cette faune malfaisante restée jusque là à l’abri ou presque des poursuites…L’affaire commence en 2010  quand sort Mediator 150 mg : combien de morts ? un livre de la pneumologue Irène Frachon qui dénonce les risques de ce médicament commercialisé par les laboratoires Servier. après les travaux au C.H.U. de Brest de l’équipe du docteur Irène Frachon, pneumologue. Le Mediator a été remboursé au taux maximal de la sécurité sociale, soit 65 %. Des plaintes sont déposées au Tribunal de Nanterre pour «tromperie aggravée sur la nature, la qualité substantielle et la composition du produit », «mise en danger de la vie d’autrui», «administration de substance nuisible » et « homicide involontaire ».
En 2017 quatorze prévenus et onze personnes morales sont renvoyés en correctionnelle! Et les laboratoires Servier accusés d’escroquerie, tromperie aggravée, blessures et homicides involontaires par violation délibérée et trafics d’influence. Et  aussi grave, puisqu’il s’agit d’un organisme public, l’Agence de sécurité du médicament est, elle, accusée de « blessures et homicides involontaires par négligence». Et tout cela s’est passé dans notre douce France pendant des années, ce qui laisse supposer au minimum un certain nombre de connivences au plus haut de l’Etat. Bravo! Surtout après le scandale du sang contaminé; nous revient en mémoire cette phrase terrible d’un grand spécialiste à un proche très affaibli par une ablation des reins et qui demandait à avoir une transfusion: « Cela te remonterait sans doute mais c’est non; crois-moi, attends un peu. » Tout était dit sans être dit: une partie du corps médical savait, ou soupçonnait quelque chose de pas net… Exactement comme pour le Médiator…

En 2011, le Parquet de Paris a ouvert deux informations judiciaires pour chefs de « tromperie aggravée par la mise en danger de l’homme, d’ingérence et de prise illégale d’intérêt, de complicité et recel de ces délits »  mais aussi pour « homicides involontaires par violation manifeste d’une obligation de sécurité ou de prudence » et de « blessures volontaires aggravées »,  et « complicité » dans ces délits. En 2019, soit dix ans après, le Médiator fera l’objet d’un procès au pénal qui durera plusieurs mois avec quelque 4.000 parties civiles! Servier n’hésitera sans doute pas à mettre en cause l’État français : ministres, directeurs de l’Agence du médicament, etc. Et après, le mal de toute façon est déjà fait et nombre de gens en très mauvais état et de familles en deuil…

Un scandale sanitaire peut-il en cacher un autre à venir? C’est finalement ce que dit en filigrane ce spectacle, bien interprété et mis en scène avec une grande rigueur que nous n’avons pu revoir: comment dans une démocratie actuelle, a-t-on pu en arriver là, peut-on mériter cela? C’est à dire à une situation où un certain nombre de gens très influents, apparemment bien sous tous rapports comme on dit, ont franchi la ligne blanche. Par indifférence, cynisme, ou simplement volonté de faire gagner et de gagner eux-même de l’argent, en gardant le silence et grâce à une dilution des responsabilités. Cela nous concerne tous, comme on peut le voir avec l’impressionnante tournée de Mon Cœur, un peu partout en France. Le théâtre contemporain qui touche déjà peu de monde, est en général plus frileux sur les questions socio-politiques. Mais là on est vraiment là où cela fait mal; à Paris, le spectacle est complet, vous pouvez tenter votre chance en banlieue, début février…

Philippe du Vignal

Jusqu’au samedi 2 février, Théâtre Paris-Villette, 
211 avenue Jean Jaurès, Paris XX ème.

Le 5 février, Le Rive Gauche, Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime).  Le 8 février, Théâtre Romain Rolland-Scène conventionnée de Villejuif (Val-de-Marne). Du 12 au 13 février, Théâtre Firmin Gémier-La Piscine, Châtenay-Malabry (Hauts-de Seine). Le 16 février, Théâtre Jean Arp, Clamart (Hauts-de Seine) et le 28 février, Scène du Golfe, Vannes (Morbihan).

Du 7 au 8 mars, Comédie de Caen, Hérouville-Saint-Clair (Calvados). Du 13 au 15 mars,  Comédie de Picardie, Amiens (Somme). Du 19 au 20 mars, Espace des Arts-Scène nationale de Chalon-sur-Saône (Saône) et du 26 au 29 mars, Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon (Rhône).

Du 14 au 15 mai, Théâtre de Cornouaille-Scène Nationale de Quimper (Finistère). Du 24 au 25 mai, Théâtre National de Nice (Alpes-Maritimes).

 

 

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