Adieu Pierre Barillet

Adieu Pierre Barillet

 

Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, les auteurs de "Folle Amanda" posent avec l'actrice Jacqueline Maillan | AFP

Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, les auteurs de « Folle Amanda » posent avec l’actrice Jacqueline Maillan | AFP

Ce dramaturge avait quatre-vingt quinze ans. Il commença à vingt-deux ans seulement à écrire une pièce, Les Héritiers aussitôt interprétée à la Radiodiffusion française, puis des adaptations radiophoniques de romans. Cinq ans plus tard, il s’associe avec son copain de fac Jean-Pierre Grédy pour Le Don d’Adèle. Bingo: cette petite pièce sera jouée (c’était en 1959, un autre espace-temps du théâtre parisien, inimaginable aujourd’hui!) plus de mille fois de suite!

Ils seront les auteurs d’un genre: la comédie divertissante de boulevard mais avec des recettes très au point: une intrigue souvent facile mais bien bâtie et jamais vulgaire tournant autour du couple et de la famille sur fond comique, avec des personnages bien définis mais assez stéréotypés. Et servie par des vedettes comme entre autres, Sophie Desmarets ou Jacqueline Maillan. Se succèderont ainsi pendant une trentaine d’années, des pièces que l’on trouve maintenant parfois longuettes mais qui ne manquent pas d’intérêt comme Fleur de cactus, Quarante caratsLily et Lily, L’Or la Paille… le plus souvent mises en scène par Jacques Charon ou Pierre Mondy. Dont certaines seront ensuite montées à Broadway avec -excusez du peu- Julie Harris ou Lauren Bacall!, et ensuite adaptée par des cinéastes américains! Ce qui, à l’époque, avait de quoi rendre jaloux nombre de leurs confrères de l’hexagone, même régulièrement joués!

C’est un univers théâtral qui paraît presque moyenâgeux aux jeunes gens d’aujourd’hui mais qui intéresse encore des metteurs en scène comme  Michel Fau  avec Fleur de cactus  qu’il monta il y a trois ans (voir Le Théâtre du blog), ou Jeanne Herry qui mit en scène avec beaucoup d’intelligence et de finesse au Théâtre du Rond-Point, L’Or et la Paille (voir aussi pour ces réalisations: Le Théâtre du Blog), ou encore François Ozon qui adapta Potiche au cinéma. Et les pièces très populaires des fidèles complices ont été souvent jouées en direct dans l’émission très populaire Au Théâtre ce soir. Dans les années 1980, Pierre Barillet a aussi collaboré pour la télévision, à la série en quatre épisodes Condorcet. Lui et Jean-Pierre Grédy (quatre-vingt dix-huit ans) font désormais partie qu’on le veuille ou non, de l’histoire du théâtre du XX ème siècle avec un exemple assez rare de collaboration d’écriture théâtrale à deux auteurs, bref, déjà une sorte de « collectif », comme on dirait maintenant…

Philippe du Vignal

 

 


Archive pour janvier, 2019

L’Absence de guerre de David Hare, mise en scène d’Aurélie Van Den Daele

L’Absence de guerre de David Hare, traduction de Dominique Hollier, mise en scène d’Aurélie Van Den Daele

6CAA1990-86B6-483C-8910-25CA3BFB4368C’est la guerre, comme l’annonce le prologue du spectacle : musique violente, vociférations et agitation hystérique des comédiens, dans une lumière bleutée, sur fond sonore agressif. Un panneau lumineux affiche: WAR ! Ce 11 novembre, une cérémonie célèbre la Grande guerre et la mémoire de ses morts. On brandit l’Union Jack, grand drapeau, symbole d’une nation conquérante. Une horloge électronique marque le compte à rebours. La caméra, omniprésente, relaye en gros plans, pour les mettre en exergue, discours et propos des personnages. Déroulé sur l’écran,  un générique présente les personnages du drame.

Nous voici, après ce long préambule, dans les coulisses d’une campagne électorale: au Q.G. de Georges Jones, leader du parti travailliste qui, en première ligne et au plus haut dans les sondages, doit  conquérir le pouvoir. Viennent les préparatifs et son équipe définit une stratégie de communication, un plan d’attaque contre les Conservateurs. L’efficacité doit l’emporter sur l’idéologie. A la veille de la bataille décisive, les doutes assaillent le leader (à l’instar de Richard lll sous sa tente).  Dans l’ombre de son cabinet fantôme, son futur Ministre des finances tarde à le soutenir et semble attendre son heure. Va-t-il trahir son camarade ? Rafales de sondages, débats sur la démocratie, engueulades sur les clivages droite/gauche et luttes intestines s’enchaînent…

Georges est pugnace mais trop spontané, trop maladroit, trop naïf parfois et… il ne sort pas d’Oxbridge. Son éloquence est muselée par les technocrates de la politique qui l’entourent. Il y a ce qu’il faut dire et ce qu’il faut taire, lui enseigne-t-on : «Dire la vérité tout simplement, ce serait magnifique… Mais les mots n’ont pas seulement un sens, ils ont aussi un effet.» Un entretien télévisé conduit par une journaliste tueuse, signe son arrêt de mort. Et plus dure sera la chute…

Aurélie Van Den Daele a préféré à un docu-fiction, une mise en abyme baroque : «Un travail visuel et thématique inspiré de pièces de Shakespeare». Au-delà du texte, elle procède par inserts : «Des cuts pour plonger dans une autre réalité, dans un autre temps, ou dans la tête de Georges Jones.» Ces séquences sont filmées en amont, mais  surtout captées en direct, en dehors du plateau ou sur scène.  Cette option produit une esthétique cohérente :  la scénographe Chloé Dumas joue astucieusement sur la profondeur de l’espace, et la hauteur, sur un écran où s’affichent les moments hors-champ de la pièce et le titre des chapitres de ce feuilleton politique. 

Après un début difficile qui s’attarde avec lourdeur sur la bataille annoncée (un bon quart d’heure d’inutile mise en jambes!), avec un matraquage visuel et sonore grandiloquent, le théâtre finit par arriver quand on entend la pièce qui, une fois décapée, s’inscrit dans le droit fil de l’art de la politique propre à la dramaturgie anglaise, depuis William Shakespeare abondamment cité par David Hare. Son héros, faute d’avoir fréquenté les grandes universités, aime le théâtre. Il connaît et cite ses classiques, jusqu’à Molière.

L’Absence de guerre (1993) fait partie d’une trilogie sur le Parti travailliste, écrite  après Racing Demon (1990) et Murmuring Judges (1991). L’auteur a suivi la campagne électorale de Neil Kinnock, leader de la gauche britannique au début des années 1990 et il a pu voir comment, pour conquérir le pouvoir, les dirigeants ont renoncé aux idéaux socialistes. Malcolm Pryce, ministre des finances du cabinet fantôme et traître de service, rappelle Tony Blair que le dramaturge évoquera plus tard dans Stuff Happens (2004) et dans The vertical Hour (2006), notamment pour le rôle qu’il joua dans la guerre en Irak. Le conservateur Charles Kendrick, ennemi politique désigné, semble en fait moins dangereux que les Machiavel du camp de George Jones…

Cette absence de guerre s’avère en fait, pour une génération qui ne l’a pas connue, un combat impitoyable. Et le public français retrouvera ici ses hommes politiques et, au sein du socialisme, l’affrontement habituel entre utopie et réalisme cynique. Sidney Ali Mehelleb incarne avec finesse un Georges Jones nerveux dont le tonus cache des failles intimes. Grégory Corre, en traître inquiétant, lui donne la réplique dans une belle scène où les frères ennemis s’affrontent, filmés en direct dans un souterrain. En fait, dans un couloir du théâtre. Émilie Cazenave est plus convaincante en communicante, qu’en vieille militante travailliste, et Julie Le Lagadec  offre une belle caricature de journaliste aux dents longues. Les neuf acteurs, dont quelques-uns interprètent plusieurs personnages, excellent dans le jeu en direct comme devant la  caméra de Julien Dubuc qui les saisit au plus près, sur plateau et dans les coulisses.  Une fois passé le premier quart d’heure, on ne regrettera pas ce voyage jusqu’à la Cartoucherie.

Mireille Davidovici

Jusqu’au 3 février, Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de manœuvre,  Vincennes (Val-de-Marne). T. 01 43 74 99 61.

Le 21 mars, La Faïencerie, Creil (Oise).
Les 2 et 3 avril, Théâtre des Îlets, Montluçon (Allier) ; le 5 avril, Fontenay-en-scènes, Centre culturel de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) et du 9  au 12 avril, Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon (Rhône) .

 

Les Etats Généraux des écrivaines et écrivains de théâtre

 

Les Etats Généraux des écrivaines et écrivains de théâtre (EGEET) janvier-juillet 2019

83FFE621-1ECB-44F0-8BAB-734F5784B0F4«Nous, écrivaines et écrivains de théâtre (…) refusons de nous laisser enfermer dans les spéculations sur la disparition des auteurs. Lançons une vaste réflexion sur la place des écritures dramatiques dans notre société, dans les théâtres, dans l’éducation, la transmission, le débat démocratique ». Ce mouvement est né en 2018, en réaction à un article publié par le quotidien Libération : A-t-on encore besoin d’auteurs ? Ce 7 janvier, devenu une association forte de quelque deux cents  signataires, il lance des Etats Généraux au Théâtre de la Colline, à Paris. Accueillis et encouragés par Wajdi Mouawad avec une citation de Giorgio Colli (l’éditeur de Friedrich Nietzsche) : « l’’État ne peut accroître sa puissance sans les moyens de la culture. »

 Il existe un hiatus entre la floraison des écritures de théâtre et leur représentation  comme leur présence dans les lieux culturels. Pour les observateurs de longue date, comme Michel Simonot, cela n’a pas changé depuis le rapport de Michel Vinaver Des mille maux dont souffre l’édition théâtrale et des trente sept remèdes pour l’en soulager, édité par Actes Sud en 1987. Quelques médecines ont été efficaces: multiplication des maisons d’édition de théâtre, mis en place de comités de lecture, récompenses,  actions en milieu scolaire, rayons théâtre des bibliothèques, lectures scéniques et autres mises en espace, sans compter les aides à l’écriture, résidences… Et l’ouverture de lieux consacrés aux nouvelles dramaturgies. Malgré tout, cette littérature reste confidentielle et les créations fondées sur des textes d’auteurs contemporains vivent dans une économie fragile. Nombre de pièces restent ainsi dans les tiroirs ou sur les rayons des librairies. On adapte beaucoup de romans, de films voire de bandes dessinées sur nos scènes, et les collectifs de comédiens produisent eux- mêmes leur propres scénarios.

Qu’est-ce qui bloque? s’interrogent  autrices et auteurs. Pourquoi une pièce de théâtre n’est-elle pas reconnue, étudiée, transmise pour sa valeur littéraire? Pourquoi n’y a-t-il pas de dramaturges-écrivains dans la plupart des théâtres, et au programme des écoles. Pourquoi omet-on de les citer dans les articles de journaux, sur les affiches ? Pourquoi sont-ils encore moins traduits et joués à l’étranger. Ne sont-ils pas export ready  comme on le dirait d’une marchandise, ironise Luc Tartar. Et pour les  autrices,  c’est encore pire selon le rapport du Haut Conseil à l’Egalité  (voir Le Théâtre du blog) : 21 % sur l’ensemble des pièces jouées  trouvent le chemin des planches et seulement 12 % reçoivent prix et distinctions !

A toutes ces questions, neuf commissions vont apporter une réponse et surtout des propositions. Présentées en détail et avec humour tout au long de la soirée par un comité de pilotage d’une vingtaine de personnes, agrémentées de réflexions bien senties d’auteurs, elles aborderont tous les sujets y compris des points concrets comme le statut juridique des écrivain.e.s, leur formation, leur rémunération en résidence, pour des actions culturelles tous terrains. Une charte sera rédigée ainsi que d’autres documents. Convaincus de la cohérence et du bien-fondé de ces Etats Généraux, de nombreux participants se sont inscrits. Les travaux auront lieu tout au long de l’année et seront restitués en juillet à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon avant de donner lieu à un publication. En attendant, on pourra en suivre les avancées sur Facebook.

Mireille Davidovici

Le 7 janvier, Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, Paris  XX ème.  T. 01 44 62 52 52

Du 11 au 13 juillet, Centre national des écritures du spectacle Chartreuse de Villeneuve-lez- Avignon (Gard).  T. 04 90 15 24 24

facebook.com/egeetheatre

Cock de Mike Bartlett, mise en scène de Minos Théocharis

Cock de Mike Bartlett, traduction de Katerina Evangelatou, mise en scène de Minos Theocharis

p3À trente quatre ans, Mike Bartlett est un des jeunes dramaturges anglais les plus doués: Bull, Contractions, Love, love, love, et Mon Enfant.  En résidence au Royal Court Theatre en 2007 puis au National Theatre en 2011, il est auteur associé à la compagnie Paines Plough. Il écrit pour le théâtre, la radio, la télévision et le cinéma. Cock reçoit un Olivier Award et  Love, love, love a reçu le prix de la meilleure pièce contemporaine aux Theatre Award.
Ecrite en 2008 et créée au Royal Court Theatre de Londres, Cock, une comédie amère, traite de l’orientation sexuelle et des troubles provoqués dans un couple homosexuel avec l’apparition d’une femme. John vit depuis sept ans avec son conjoint qui le traite parfois comme un incapable, ou le fait suffoquer dans une relation où chacun ignore les vrais besoins de l’autre. Et la
communication va être difficile dans ce couple en crise: John a  en effet rencontré une femme dont il est tombé amoureux. Une première fois pour lui! Et il n’est pas sûr de ses sentiments. Cette expérience le fait réfléchir. Qui est-il? Homo ou hétérosexuel? Une remise en cause à travers l’exploration de ses fantasmes les mieux enfouis, avec mensonges et jeux de pouvoir. Son compagnon revendique alors sa place dans la vie de John et invite cette femme pour un dîner… qui va finir en véritable bataille.

La situation devient plus complexe, quand arrive le père du compagnon de John. Invité aussi au dîner, il soutient la liaison de son fils avec John, tout en exposant ses arguments sur la sexualité et les problèmes auxquels les gens peuvent faire face au long de leur vie. John doit prendre une décision: suivre cette femme et créer avec elle une famille et avoir des enfants. Ou rester avec son compagnon et vivre avec lui comme avant. John se demande s’il est bisexuel mais chaque fois les réponses ne sont pas satisfaisantes, ou son ami le manipule. Il ne sait plus alors quel chemin prendre et se force à rester en couple pour conserver sa sécurité. Malgré une relation usée…

Katerina Evangelatou a trouvé des équivalences pour traduire les expressions argotiques, avec un texte clair pour le public grec. Minos Théocharis  crée une mise en scène autour d’un décor simple avec juste, en fond de scène  une tapisserie.  Et le spectateur imagine tout ce que la parole expose. Rythme rapide, répliques souvent inachevées et chorégraphie renforçant le burlesque de la pièce. Les comédiens soulignent les situations avec une gestualité proche du jeu de marionnettes, et avec ironie. Ilias Moulas (John) exprime l’angoisse et le manque de confiance en lui de ce personnage complexe. Dimitris Makalias (le compagnon de John) a un comportement hystérique avec voix de crécelle et gestes efféminés. Fotini Athéridou, elle, joue avec rigueur et brio, La Femme, devenue ici pomme de discorde. Alexandros Kalpakidis (Le Père) développe une dialectique entre raison et sentiments pour sauver la situation et assurer le bonheur de son fils.
Un spectacle amusant, mais qui sait aussi être profond et émouvant: de quoi alimenter les discussions pour la soirée!  
      
Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Athinwn, 10 rue Voukourestiou, Athènes. T. : 0030 210 33 12 343.

Ma chanson de Roland d’Ariane Dubillard,mise en scène de Michel Bruzat

 

Ma chanson de Roland d’Ariane Dubillard, texte des chansons de Roland Dubillard, à l’accordéon: Sébastien Debard, mise en scène de Michel Bruzat

 

©Franck Roncière

©Franck Roncière

Comme le titre ironique l’insinue, Ariane est la fille de Roland Dubillard (1923-2011)  qui, après des études de philo, a écrit nombre de poèmes mais aussi  des sketches pour Inter comme Grégoire et Amédée à partir de 1953 avec un grand succès auprès des auditeurs. Et cela deviendra un spectacle de cabaret. Sketches réunis en 76 par son auteur dans les très fameux Diablogues  que jouèrent ensuite et entre autres Jacques Gamblin et François Morel puis Muriel Robin et Annie Grégorio. En 1949, il écrit aussi des pièces une première version de Où boivent les vaches, créée en 1972 , Si Camille me voyait, une opérette sans musique et Naïves Hirondelles, 1961. Puis Le Jardin aux betteraves, Les Crabes.
Ariane est née de son union avec Nicole Ladmiral, actrice (1930-1958). En 1975, son père épousera la comédienne allemande Maria Machado qui jouera dans plusieurs de ses pièces avec lui. Il a aussi été acteur au cinéma avec Jean-Pierre Mocky (La Grande Lessive) et Patrice Leconte. Suite à un AVC, il deviendra hémiplégique en 1987.

Ariane Dubillard raconte sa vie, et quelle vie! Et bien entendu, mais plus discrètement celle de son père tant aimé. Et ce texte, d’une remarquable écriture, possède une vérité humaine et une belle intelligence. Depuis que sa mère s’était jetée à vingt-huit ans sous une rame de métro, son père l’avait remplacée: “A la maison c’est toi, baba qui me donnes le bain, me bordes, me mets mon bavoir, me donnes le biberon, la bouillie. Un an. Nous habitons à la clinique de Chailles dans le Loir-et-Cher, un grand château où tu travailles comme psychothérapeute-moniteur de théâtre. » Tu m’habilles tous les jours en salopette. Deux ans. J’entre dans ta chambre, tu viens d’apprendre au téléphone que Nicole, Maman, ne reviendra plus. Plus jamais.”

Son papa s’installe à Paris, avenue d’Italie, et Ariane ira souvent de grand-mère en mamie, et cela vous forge le caractère: “Chez Grand-mère, les enfants parlent à table, mangent avec les doigts, bonbons, gros mots obligatoires, coucher 23 heures. (…)  Chez Mamie, tu t’assieds sur un tabouret, en face de moi. Tu me regardes manger mais je reste concentrée, à cause des couverts et je vois bien que tu me dévores des yeux mais je ne peux pas te parler en articulant sans le son ici les enfants ne parlent pas à table. Répéter en voix soufflée ici les enfants ne parlent pas à table ! Chez Mamie- coucher-19h30, je n’ai pas sommeil. Jamais. »

 Ensuite, son père revient à Paris avec la petite Ariane  et une jeune femme Malène qui travaillait avec lui. » Elle a six ans. « Ta vie professionnelle démarre. La mienne aussi. Théâtre de Poche pour toi, École obligatoire pour moi, 75 rue d’Alésia. “Puis la vie devient plus cahotante quant son père habite maintenant avec Arlette, « qui est très vieille- -trente huit ans ! -et boit beaucoup». Et elle ira donc vivre alternativement en pension chez ses grand-mères avec l’école à mi-chemin, « c’est pratique et réglé comme du papier à musique, quatre nuits chez Grand-mère deux nuits chez Mamie une nuit chez Grand-mère, trois nuits chez Mamie. Cinq nuits chez Grand-mère, deux nuits chez Mamie, trois nuits chez Grand-mère, deux nuits chez Mamie. »
A dix ans Ariane doit subir une opération  de la jambe et reste dans le plâtre tout l’hiver. Contente d’habiter chez Grand- mère-coucher-23 heures »Encore enfant, elle se fait une raison et comme elle le dit cinquante ans plus tard avec un sacré humour et autant d’émotion palpable : «Quand je dors chez Mamie, je la mets dans mon cœur avec Papa. C’est plus sûr. Y a de la place et puis le mien, il n’est pas fragile. »

Ariane a grandi avec ce père adoré, mais à quinze ans, elle quitte son XIV ème et ses grands-mères. Elle habite maintenant chez Maria Machado, la nouvelle femme de son père, « une comédienne allemande très belle, et toi, rue du Bac : Littré 5302, le lycée est tout près. »De temps à autre, accompagnée à l’accordéon par Sébastien Debard, elle interprète, et très bien, une chanson poétique de Roland Dubillard : « J’avais des sourires qui m’feraient mourir si je les r’ voyais si je les r’ souriais j’avais des grand’s fleurs pour mes grand’s frayeurs qu’ n’avais-je ? Aujourd’hui j’ n’ai plus Rien, tout est fondu comme neige comme neige ».

 Avec toujours très proches: son père d’abord mais aussi sa mamie, la mère de sa maman, sa pauvre  mamie Ladmiral qui n’arrive pas à faire le deuil de sa fille et qui se voit bientôt proche de la mort… qu’Ariane apprendra un matin de Maria en pleurs, comme son père. Mais la jeune fille qu’elle est devenue a besoin d’indépendance; elle apprend le chinois et s’envole pour Hong Kong, travailler et retrouver son amoureux. Mais elle garde des liens très forts avec ce papa si loin, et si près d’elle par les lettres qu’ils échangent. « Tes lettres. Nos lettres. Partir pour m’éloigner, pour grandir, et puis n’aimer que ça, t’écrire des lettres. »Et après neuf mois à l’Alliance Française, elle revient à Paris. Elle loge chez une copine, puis emménage à Belleville dans une vraie maison de trois étages avec un petit jardin, qu’un ami lui prête à condition d’en assurer la garde.
Puis viendra le brutal AVC de son père dont elle parle avec une grande pudeur. Mais quelque vingt-cinq ans après, on sent que cela lui fait encore mal. «Notre solitude au milieu des autres a un espace à elle que rien ne dérange. Je n’ai encore jamais fait ça de te chanter à l’oreille un de tes poèmes. »

On écoute, fasciné, Ariane Dubillard raconter sa vie si riche, avec toujours comme en filigrane, celle de son père. Avec une grande présence mais aussi une belle palette de sentiments, et ce qui devient rare, une excellente diction. Bien dirigée par Michel Bruzat qui a créé ce spectacle dans son théâtre la Passerelle à Limoges en octobre dernier. Au chapitre des bémols, une robe maronnasse vraiment très laide, quelques petites longueurs sur la fin et une musique un peu trop forte à l’accordéon quand elle chante. Mais sinon quel bonheur! A une époque où les solos envahissent les plateaux, cette Chanson de Roland est une exception. Si vous le pouvez, ne la ratez pas.

Philippe du Vignal

Théâtre des Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs, Paris III ème, uniquement les lundis jusqu’au 4 février, et du 28 mai au 14 juin.

 

 

Mélancolie des Collines, une installation photographique d’Alain Willaume

crédit photo Alain Willaume

crédit photo Alain Willaume

Mélancolie des Collines, une installation photographique d’Alain Willaume

La photographie s’invite au cœur du théâtre de la Colline: dans les pages de l’almanach, sur les affiches de la saison 2018-19 et habille maintenant de noir et blanc les murs du bar, jusqu’à la fin de l’année. «S’il n’y avait pas eu Wajdi dans cette maison, dit Alain Willaume, il n’y aurait pas eu ces images. (…) Elles viennent aussi de lui.» Issues de différentes séries, prises au fil des années, lors de lointains voyages, ou au plus proche, ces images se parcourent comme autant de jalons dans l’œuvre de l’artiste. L’installation joue sur différentes échelles : grands formats occupant un mur entier et débordant sur les portes, petits formats plus intimes, sagement alignés.

Les noirs et blancs peuvent être contrastés ou fondus en grisaille comme dans l’ensemble Echo de la poussière et de la fracturation (2012). Dans quel désert, cette vapeur blanche sur la route rectiligne qui s’enfonce vers le ciel ?  Un petit cartouche, d’abord invisible, nous renseigne: dans la région du Karoo, en Afrique du Sud où la société Shell menace d’exploiter, par fracturation des roches, du gaz de schiste. On perçoit alors, comme par infusion, sur la photo d’à côté, une anxiété dans le regard de cet homme debout, seul, au milieu d’un nulle part apaisé.

Chaque cliché est ainsi empreint d’une sérénité inquiète et ouvre un espace énigmatique à déchiffrer. Où va cet escalier tronqué qui se dresse en colimaçon, opposant sa noirceur verticale à un horizon nébuleux ? Que nous disent ces visages muets d’inconnus ? Quelles questions ? On passe ou l’on s’attarde devant telle vue d’un cratère bouillonnant… Ici, l’espace se creuse. Là-bas, l’horizon s’éloigne.

«Montrer n’est pas toujours obscène, écrit Wajdi Mouawad, quand montrer est offrir du mystère, inviter les regard à revenir pour raconter mille histoires, pour se perdre dans la puissance des formes (…). » Le poète dramatique rejoint ici le photographe dont l’œil a su capter l’infinie profondeur des paysages et des visages, sans besoin d’autre commentaire. En écho à la mélancolie que diffuse cette installation, un «accrochage littéraire» : les mots de l’écrivain Gérard Haller, sur treize petits feuillets détachables, déclinent par entrée alphabétique le mot P.H.O.T.O.G.R.A.P.H.I.E.R, de P comme partage à R comme regarder.  Offerts au visiteur qui emportera avec lui un souvenir de ce regard partagé dans la lumière, le temps d’une pause : « (…). lumière, lumière dans noir. Poussière éblouie. Partage sans fin de la lumière. »

Mireille Davidovici

Jusqu’au 31 décembre, Théâtre National de la Colline,  15 rue Malte-Brun, Paris XX ème.  T. 01 44 62 52 52.

Coordonnées 72/18 monographie d’Alain Willaume, éditions Xavier Barral. www.tendancefloue.net

Livres et revues

Livres et revues

Corps Marron Les Poétiques de marronnage des dramaturgies afro-contemporaines de Sylvie Chalaye

  88367Ce livre propose «une descente au cœur de cet autre théâtre,  né dans l’espace francophone mais loin des canons occidentaux et qui impose son  inventivité, comme la jazz l’a fait dans le champ sonore. » Un théâtre qui s’inspire d’une pratique héritée de l’esclavage: le marronnage : « Une aptitude à trouver de l’espace là où on ne vous en laisse pas, à travailler dans le pli, à jouer les masques.» Sylvie Chalaye enseigne depuis des années  les dramaturgies contemporaines d’Afrique et des diasporas à l’Institut de Recherches en Etudes Théâtrales, à la Sorbonne-Nouvelle. Elle fait part ici des travaux du Laboratoire de recherche qu’elle dirige: Scènes francophones et écritures de l’altérité.

 «Le miracle n’est pas de marcher sur l’eau mais sur la terre»,  écrit Kossi Efoui dans La Tragédie. Le dramaturge togolais fait partie de ces «enfants terribles des Indépendances » qui se sont rencontrés dans le giron de la francophonie : au festival de Limoges, comme au T.I.L.F., créé à Paris par Gabriel Garran. L’Ivoirien Koffi Kwahulé, le Tchadien Koulsy Lamko, le Malgache Jean-Luc Rahimanana ou la Guadeloupéenne Gerty Dambury ont été rejoints, dès les années 2000, par une nouvelle vague tout aussi turbulente, inventant une dramaturgie «inédite, voire hérétique.» On retrouve dans cette étude, de nombreux auteurs dont certains ont pris le chemin des scènes francophones, françaises et internationales mais on ne saurait ici les citer tous. Le  Théâtre du Blog  évoque régulièrement certains d’entre eux dans ses articles, dont dernièrement Hakim Bah, Guy Régis Jr., Gustav Akakpo …

 L’ouvrage nous invite à plonger dans cet univers du « marronnage» qui consiste «à se créer un espace d’invention en territoire dominé (…), c’est-à-dire à reconstruire son royaume au-dessus du vide. » notamment à travers le «corps marron». Pour Dieudonné Niangouna dans Acteur de l’écriture : «La bouche n’est qu’un tuyau, c’est le corps qui écrit». 

 Le corps dans tous ses états : combattant, musical, animal, absent, cadavre, voire cannibale, s’exprime à travers ces voix poétiques et politiques. Elles disent haut et fort notre monde contemporain, vu à l’aune d’écritures à la fois singulières et plurielles.

 Corps Marron, d’un style fluide et imagé et comportant une importante bibliographie et des photos, est un guide précieux pour découvrir un théâtre peu connu, encore moins étudié, et qui remonte aux sources mêmes de l’acte théâtral universel. Etudiants, metteurs en scène, enseignants ou simples curieux y trouveront de quoi lire, jouer, penser.


Mireille Davidovici

Éditions Passage(s) (Caen)

 La Marionnette Laboratoire de théâtre d’Hélène Beauchamp

88121Cet ouvrage savant et très riche étudie les  théories et dramaturgies de la marionnette entre 1890 et  1930 en Espagne, France, et Belgique. L’auteure revient sur l’histoire de cet objet théâtral, resté marginal et populaire jusqu’au XIX ème siècle et maintenant entré dans le champ du « grand » théâtre. Elle aborde aussi  un mouvement  artistique subversif, la « flamme marionnettique“  à la fin du XIX ème siècle et explore un répertoire écrit pour la marionnette vers 1900 par Alfred Jarry, Paul Claudel, Federico Garcia Lorca, Ramón María del Valle-Inclán, Maurice Maeterlinck ou Michel de Ghelderode.

 Enfin l’auteure s’interroge sur la marionnette contemporaine pour savoir si son intégration à la scène théâtrale actuelle lui a ôté le caractère subversif qu’elle a pu avoir autrefois. Certains metteurs en scène l’ont déjà utilisée pour appuyer un propos critique et politique comme avec Les Aventures du brave soldat Svejk de Jaroslav Hašek «marionnettisé» par Erwin Piscator en 1927, Peter Schumann avec son fameux Bread and Puppett dans les années 1970, ou plus récemment Andrea Novicov en 2005 avec La Casa de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca

 Quelque 454 pages! Ce volume spécialisé et remarquablement documenté, demande sans doute un effort mais une table des matières et une bibliographie conséquente aident à se repérer, voire à aller plus loin dans les recherches.

M. D.

Éditions de l’Institut  International de la Marionnette à Charleville-Mézières.

 

Théâtral magazine 75, janvier 2019

tm75-une-dany-boon  Dernière parution de ce magazine consacré au théâtre privé comme public. Un édito de Gilles Costaz , un papier sur Dany Boon joue dans la nouvelle pièce de Sébastien Thiéry, Huit euros de l’heure, au théâtre Antoine.

Il y aussi comme d’habitude de (trop?) nombreux interviews entre autres d’acteurs et metteurs en scène:  Marina Foïs, Angelin Preljocaj, Thomas Ostermeier, Denis Lavant, Philippe Torreton, David Geselson, Ahmed Madani, Benjamin Lazar, Pierre Guillois…
Mais aussi un éclairage sur Le Misanthrope de Molière dans différentes mises en scène de Jean-Pierre Vincent à Peter Stein. Et un dossier sur ce que on appelle le « théâtre immersif » ou participatif où le pire côtoie souvent le meilleur avec le suppression de toute frontière entre acteurs et public ce qui oblige à repenser la scénographie (souvent en rond) d’un spectacle et on demande à quelques vrais (ou faux!) spectateurs d’intervenir comme dans le dernière mise en scène d’Arnaud Blanckaert (voir Le Théâtre du Blog).

Philippe du Vignal

Théâtral Magazine, en vente dans les librairies spécialisées ou par abonnement. Prix de ce numéro: 4,50€.

Le Vent des peupliers de Gérald Sibleyras, mise en scène de Nikita Milivojevic

 

Le Vent des peupliers de Gérald Sibleyras, mise en scène de Nikita Milivojevic

HROES 2 PIATAS_MIXAHLIDHS_FERTIS [2][2]Dans cette pièce créée au Théâtre Montparnasse à Paris en 2003 par  Jean-Luc Tardieu,  Georges Wilson, Jacques Sereys et Maurice Chevit interprétaient trois vieux militaires, Gustave, René et Fernand. Sur la petite terrasse isolée -qu’ils considèrent un peu comme à eux- de leur maison de retraite, ils essayent de faire passer le temps: besoins d’ailleurs, fanfaronnades,  rêveries et mensonges… Intrigués par le vent qui secoue les peupliers sur la colline d’en face, ils décident d’y aller mais ils ont perdu leurs forces …
Alors, ils parlent du Temps et de l’anniversaire imminent de Chassagne, un de leurs compagnons. Ils critiquent aussi sœur Madeleine, la directrice de cette maison de retraite qui fait son possible pour animer le quotidien de ces personnes âgées. Six scènes comiques, comme celle où Fernand est persuadé de voir bouger le chien en pierre qui orne la terrasse, avec de courtes répliques et  des échanges assez vifs entre eux…

Bien décidés à aller pique-niquer sur la colline aux peupliers, Fernand, Gustave et René  se préparent à une véritable expédition. Après avoir déjoué la vigilance de sœur Madeleine pour s’enfuir, ils doivent subir une autre épreuve: franchir une rivière et six cent mètres de dénivelé pour atteindre leur objectif… Ils doivent surtout faire face à la solitude, à la vieillesse, à la mort et au Temps, leur  ennemi ! Ils sont différents mais l’un complète l’autre. René veut toujours bien faire. Gustave, sans cesse de  mauvaise humeur, veut être au centre de l’action. Et Fernand, discipliné et méthodique à l’extrême, s’évanouit très souvent.

Nikita Milivojevic crée à Athènes un spectacle magnifique; il renforce le caractère comique et parfois amer du texte qu’il a mis en scène avec une grande  rigueur, avec une musique de Dimitris Kamarotos. Giorgos Gavalas a suivi les didascalies et a créé un espace symbolique qui évoque l’écoulement du temps, la nostalgie des jours heureux et la mélancolie. Comme avec ces feuilles fanées qui tombent…
Trois grands comédiens incarnent les personnages imaginés par Gérald Sibleyras: Giannis Fertis est un Fernand à la fois émouvant et drôle avec ses évanouissements fréquents. On reconnait Dimitris Piatas (René) à sa voix caractéristique. Ieroklis Michailidis souligne la mythomanie  de Gustave. Ils expriment l’angoisse de héros qui cherchent un ailleurs, au soir de leur vie. A la fois inquiets, fatigués, impuissants mais résolus à rêver…
Un spectacle touchant, à ne pas manquer !

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Katerina Vassilakou, 3 rue Prophète Daniel et Plataiwn, Athènes, T. : 0030 211 01 32 002 – 005

Le Lac des cygnes, chorégraphie de Benjamin de Pech, Marius Petipa et Lev Ivanov, musique de Tchaïkovski


Le Lac des cygnes, chorégraphie de Benjamin Pech, Marius Petipa et Lev Ivanov, musique de Tchaïkovski

913C40F4-D669-46FC-9771-BD7AB987E1D1En ce soir de première à l’Opéra de Rome, nos voisins italiens fredonnaient la musique d’introduction avant l’ouverture du rideau. Chaque spectateur entretient en effet ici une relation affective avec ce ballet qui a connu de multiples relectures depuis sa création en 1877, au Bolchoï de Moscou. Ici, Benjamin Pech en présente une version classique et très lisible en quatre actes.

Nous découvrons la tragédie du Prince Siegfried, dansé par l’étoile du Bolchoï Semyon Chudin, et son amour contrarié pour une femme-cygne, Odette (Anna Nikulina) une autre étoile de ce même Bolchoï. A l’acte III, Benno, (Giacomo Castellana), fidèle ami et jaloux du Prince va causer sa perte en substituant à Odette, un cygne noir :Odile, que danse aussi Anna Nikulina.  Le Prince tombe dans le piège et fait sa demande en mariage à Odile. A l’acte IV, Siegfried tue accidentellement avec une arbalète, sa bien-aimée Odette.

A l’acte I, les danses de groupe mettent en évidence les belles robes de bal, bleues ou vertes, créées par Aldo Buti et assorties aux couleurs du palais de la Reine-Mère, figuré par des toiles peintes en fond de scène. Le corps de ballet donne une grande vivacité aux danses de l’acte III. Dès l’ouverture, Semyon Chudin impressionne  par sa maîtrise technique,  comme sa partenaire qui le rejoint à l’acte II.  Dans ce que l’on nomme : les «actes blancs des Cygnes » ( les II et IV), le public retrouve  avec bonheur le chœur des cygnes, les  alignements en diagonale et les mouvements de bras déployés comme des ailes, immortalisant l’œuvre dans l’imaginaire collectif.

Les trois solistes incarnent avec justesse leurs personnages, selon les consignes de Benjamin Pech qui, assisté de Patricia Ruanne, a mis l’accent sur la théâtralité de la pièce. Ils se fondent avec justesse dans le corps de ballet. Nir Kabaretti, à la direction d’orchestre, a suivi un tempo très précis, adapté à celui des danseurs car, la musique doit être synchronisée aux mouvements. Benjamin Pech, premier maître de ballet de la jeune troupe de l’Opéra romain et assistant d’Eleonora Abbagnato, sa directrice depuis 2015, signe ici sa première chorégraphie et fait revivre avec sensibilité cette pièce mythique.

Jean Couturier

Opéra de Rome, jusqu’au 6 janvier.

 

Le Tambour de Günter Grass, mise en scène de Dimitra Chatoupi

 

Le Tambour de Günter Grass, adaptation d’Adonis Galleos mise en scène de Dimitra Chatoupi

3B5992AF-8D15-4618-8329-D6B84AF12FCFAprès avoir étudié la sculpture et la peinture, le romancier et dramaturge allemand Günter Grass (1927-2015), séjourne quatre ans à Paris, et écrit Le Tambour, roman paru en 1959, qui lui assure une réputation internationale.  Oskar a trois ans, et refuse de grandir, et ne se sépare plus.de son tambour. Günter Grass dessine ici une fresque picaresque, truculente et sarcastique de l’Allemagne du Nord, de Dantzig à Düsseldorf, et de l’Empire allemand, au Wirtschaftswunder.
À travers l’histoire d’Oskar, l’auteur abolit la frontière entre merveilleux, réalisme, fantasme, monde quotidien, rêve et délire. Le fantastique et l’extraordinaire (arrêt volontaire de croissance, intervention divine, voix vitricide, personnages traversant le temps et les âges comme Bebra, mémoire précédant la naissance du narrateur etc.) sont présentés par Oskar comme parfaitement normaux, voire banals.

Le lecteur voit sa capacité de croyance mise à l’épreuve:  l’improbable lui est présenté comme vérité. Le symbolisme, présent dans la relecture grivoise et irrévérencieuse de la mythologie germanique et d’éléments bibliques (livre de la Genèse, Apocalypse, prophète et prophéties), jalonne aussi le roman et l’écrivain allemand réfute toute lecture purement rationnelle et objective de la réalité. En proposant une vision élargie par le mythe et l’allégorie, Le Tambour préfigure les thèmes et l’esthétique du réalisme magique latino-américain des années 1960.

Adonis Galleos a adapté ce roman pour le théâtre, avec une série d’instantanés… Dimitra Chatoupi renvoie au cirque en incorporant des éléments du théâtre d’ombres, de la pantomime, du jonglage, du théâtre de la rue, du music-hall, du cabaret et des improvisations rappelant le cinéma muet. Dans cette performance musicale et théâtrale, Dimitra Chatoupi conjugue parole et gestuelle qu’elle met au service de l’idéologie du texte. Le décor se compose et se décompose en permanence pour représenter les actions et lieux des épisodes du roman. Les costumes en noir et blanc renvoient à celui du clown comme le maquillage blanc des visages qui neutralise l’expression.. Tous Les comédiens, jeunes et talentueux, jouent, chantent, dansent et forment avec unité.
Aris Andonopoulos (Narrateur/Oskar) commente l’action au micro devant une console et intervient aux moments cruciaux. Dimitris Tsiklis (Oskar) souligne le message politique du texte  et son caractère allégorique. Katerina Skylogianni (Maria) et Nikos Samouridis (Marcus) se distinguent par une remarquable gestuelle. Georgia Zachou (Lioumba) jongle et avale le feu ! Stella Papakonstantinou (Maîtresse), un beau personnage comique, critique le système scolaire et les méthodes du fascisme. Anastasia Dendia (Grand-mère), Giorgos Korobilis (Feingolid), Elli Stergiou (Agnès), Théoni Tsourma (Madame Smou), Christiana Chatzipiera (Souzy) et Alkistis Christopoulou (Nana)  grâce à leur gestualité, soulignent les  non-dits des situations. 
Ce spectacle correspond bien aux intentions de Günter Grass: celles d’un «conte sombre de formation pendant la période de la montée du nazisme en Europe ».

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Simio, 4 rue Charilaou Trikoupi, Kallithea, Athènes. T. : 0030 210 92 29 579.

123456

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...