L.A.Dance Project, trois chorégraphies de Benjamin Millepied

 

L. A. Dance Project, trois chorégraphies de Benjamin Millepied

©Isabelle Deville

Crédit photo Sergi Alexander

Le collectif L. A. Dance Project, créé en 2012 et coordonné par Benjamin Millepied, associe danseurs, artistes et musiciens. Il présente ce soir, dans le cadre de la programmation TranscenDanses, un triptyque autour de créations musicales. D’abord Homeward en dix minutes très réussies sur une composition de Bryce Dessner jouée à l’avant-scène par deux violonistes, un altiste et un violoncelliste. Devant une calligraphie en noir et blanc de James Buckhouse, un artiste en résidence au L.A. Dance Project  en 2018-2019. Les costumes  ont des motifs reprenant des éléments d’une calligraphie projetée en vidéo.

Orpheus Highway est une sorte de “road dance movie“ en seize minutes, conçu sur le thème d’Orphée et chorégraphié par Benjamin Millepied ; la musique de Steve Reich est aussi interprétée par les mêmes musiciens. On voit en vidéo les mouvements des neuf interprètes; de belles superpositions d’images rappellent les figures familières de l’Ouest américain : routes droites interminables, fermes au milieu de nulle part, danseurs en T-shirt et jeans… Ce film sous-exposé, comme le plateau qui est très peu éclairé, produit un effet de distance...

Bach Studies (part 2), un ballet présenté ici en première mondiale, est une œuvre plus complexe d’une petite heure. Le violoniste joue d’abord une Chaconne de Jean-Sébastien Bach puis les danseurs le rejoignent; sous les cintres apparents, ils semblent en train de répéter morceau par morceau le spectacle. Le danses se succèdent sur des musiques hétérogènes: une bande-son de David Lang puis de nouveau du Jean-Sébastien Bach avec sa célèbre Passacaille en ut mineur pour orgue. Mais  d’un niveau trop élevé, ces musiques écrasent les danseurs déjà un peu perdus car les tableaux manquent de cohésion. La chorégraphie agréable à l’œil grâce aussi aux lumières de Rick Murray devrait être revue pour qu’elle ait une meilleure fluidité: on est déçu… Mais la musique est enthousiasmante.

Jean Couturier

Jusqu’au 1er février, Théâtre des Champs-Elysées, 15 avenue Montaigne, Paris VIII ème. T. : 01 49 52 50 50.

 


Archive pour 1 février, 2019

Coming Society (La Société de demain),mise en scène de Susanne Kennedy

Coming Society (La Société de demain), mise en scène de Susanne Kennedy

IMG_4122Cette performance conçue par une metteuse en scène née à Friedrichshafen en Allemagne et qui a étudié le théâtre à l’Université des Arts d’Amsterdam, et par un artiste berlinois, témoigne des nouvelles orientations artistiques de Chris Dercon, directeur de l’emblématique Volksbühne. Nommé par le maire de Berlin, Michaël Müller, il avait succédé en 2017 à Frank Castorf, en place depuis vingt-cinq ans mais fut vite contraint à la démisssion. Cris Dercon est maintenant depuis un mois, président de notre Réunion des Musées Nationaux

Frank Castorf, metteur en scène allemand  passé à l’Ouest dans les années 1980, était revenu à Berlin à la chute du Mur pour prendre, en 1992, la tête de cette Volksbühne  plus que centenaire et où, à l’origine, officièrent Max Reinhardt, Erwin Piscator… puis Bertolt Brecht et d’autres grands noms de la mise en scène. Frank Castorf avait continué à en faire un des fleurons culturels d’outre-Rhin. Et le milieu culturel n’a pas admis que ce théâtre «populaire », situé dans Mitte, un quartier de Berlin-Est certes en voie de gentrification mais qui a résisté au monde néolibéral et a conservé une mixité sociale, perde son âme de gauche…  Quand le Belge, Chris Dercon, commissaire d’exposition et spécialiste d’art contemporain, venu de la Tate Modern de Londres mais sans passé de créateur, est arrivé, cela a donné lieu à une pétition et la Volsbühne a été occupée. Il a donc été contraint à un départ précipité. On voit que cette grande institution théâtrale berlinoise reste profondément liée à son histoire mais on ne sait pas ce que l’avenir lui réserve. Pour la saison 2018-2019 et la suivante, Klaus Dörr, directeur par intérim, a mis au point un programme de transition avec, entre autres, Coming Society (La Société de demain) de Susanne Kennedy,  invitée comme artiste associée par son prédécesseur. Cette installation “immersive“ à la mode d’aujourd’hui nous convoque dans l’univers parallèle d’un jeu virtuel scénographié par Markus Selg. L’anglais, langue de la globalisation par excellence (la plupart des spectacles des grands établissements germaniques sont surtitrés en anglais), permet au public cosmopolite de faire connaissance avec cette scène mythique.

Dans la grande salle, les spectateurs, jeunes pour la plupart, sont accueillis par une courte annonce : «Il y a deux sortes de jeux, profère une voix off : l’un fini, l’autre infini. On joue au premier pour gagner  et au second pour continuer à jouer. Impossible de dire combien de temps dure un jeu infini, ni dans quel monde il se déroule… » Le rideau de fer s’ouvre sur un décor coloré et mouvant  où chacun est invité à pénétrer par un imposant portique.  Sur l’immense plateau qui tourne dans un sens en son milieu et dans l’autre à sa périphérie, on découvre un univers “new age”  où cohabitent images archaïques et ultra- contemporaines : la fresque d’un sacrifice humain Maya côtoie un paysage de forêt projeté en vidéo sur grand écran. Sur les parois d’une zone centrale circulaire, on peut voir des peintures psychédéliques surmontée d’un ciel bleu où flottent des nuages roses. Tout autour de cet axe, différents espaces scéniques : sous une pyramide, incube une humanoïde. Là, un homme et une femme jouent et rejouent une scène banale de leur vie de couple, tirée d’une série télévisée. Ailleurs, une vieille femme décharnée reste assise, immobile et silencieuse jusqu’à la fin des événements. Plus loin, sous une arche, on lave les pieds d’une autre femme, avec des gestes lents et cérémonieux. Quand ils ne sont pas requis par des saynètes jouées simultanément, les acteurs errent parmi les spectateurs, en susurrant quelques phrases. Tous arborent un regard vide, un visage inexpressif ou remuent les lèvres, sur des textes enregistrés avec des voix distordues. Au public de choisir devant quelle séquence s’attarder et vers où s’orienter sur cette scène qui tourne dans un sens, puis dans l’autre.

IMG_4121« A quel jeu, jouons-nous ? » , nous demande, toujours en anglais, la voix off surplombante, qui accompagne la performance de sentences laconiques. « Impossible de dire combien de temps dure un jeu infini».  Cela va de soi mais le spectacle, lui, se joue pendant une heure et quart! Une fois attiré dans ce décor séduisant, formidablement conçu et piloté à vue par une armada de techniciens, le public – comme les acteurs  bientôt à cours de texte – finit par tourner en rond et l’imagerie s’épuise. La pièce, d’abord  énigmatique, s’étire: une éternité pour les figurants que nous sommes. Nous errons sans but, à la rencontre d’avatars d’humains, piégés dans un ultra-monde incertain et bercés par un discours où cohabitent citations de Nietzsche, banalités quotidiennes, et petites provocations anti-système. Des spectateurs s’allongent et se détendent, hypnotisés par les sons et les lumières, et d’autres, debout ou assis, attendent que cela passe…  Jusqu’au moment où un haut-parleur nous signifie la fin de la représentation: “Choisis ton dernier mot ,nous allons mourir.“

 Susanne Kennedy fait beaucoup parler d’elle sur les scènes d’Allemagne et des Pays-Bas. En France, on a pu voir,  quelques jours, son Warum laüft Herr R. Amok (Pourquoi M. R. est-il atteint de folie meurtrière? ), au théâtre Nanterre-Amandiers en 2018. Cette créatrice s’intéresse plutôt à des états qu’à des conflits et entend, par distorsion du réel, porter un regard critique sur la banalité et les stéréotypes de notre société. Elle élabore, depuis la création de Pionniers à Ingolstadt en 2013, un langage scénique où les corps sont comme télécommandés par une bande-son  textuelle: «Je conçois un théâtre où la voix n’appartient plus au corps, où le visage ne véhicule plus d’émotions. L’acteur devient imperceptible.»

Mais sa méfiance à l’égard du théâtre conventionnel semble la conduire à une impasse et ici, l’esthétisme et le conceptuel seraient d’une grande indigence sans la présence des comédiens, tous exceptionnels. Avec une parfaite économie de moyens, ils échangent des propos fastidieux et, en jouant le jeu de leur propre effacement, réussissent à nous troubler. Plus que le dispositif scénique bluffant mais coûteux et plus aussi que la philosophie existentielle bon marché de Susanne Kennedy…

Mireille Davidovici

Jusqu’au 10 avril, (en alternance). Volskbühne,  Rosa-Luxemburg Platz, Berlin-Mitte. T. : +49 30 24 06 57 77. www.volksbuhne.berlin

 

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