L’Ecole des Femmes de Molière, mise en scène de Christian Esnay

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L’Ecole des Femmes de Molière, mise en scène de Christian Esnay

On suppose que le metteur en scène  qui avait créé Les Européens et Tableau d’une exécution de Howard Baker, il y a une quinzaine d’années aux Ateliers Berthier-Odéon, a voulu insister sur le retour du religieux et sur les menaces qui pèsent aujourd’hui encore sur l’émancipation féminine. Il y a dans les cintres un grand Christ crucifié d’abord caché puis dévoilé, et un prie-Dieu noir avec une croix sur le dossier. Les acteurs déjà sur le plateau nu, marchent et discutent entre eux.  Deux stéréotypes du théâtre contemporain pour le prix d’un. Passons… Christian Esnay a choisi de faire basculer la pièce dans une espèce de farce qui se voudrait populaire et ce n’est jamais bon signe…

Cela commence mal avec un petit prologue aussi inutile que pesant : Rose Mary D’Orros et Belaïd Boudellal sont les domestiques d’Arnolphe: Georgette avec une perruque et enceinte (mais il faut se pincer très fort pour y croire) et Alain au faux gros ventre mal fait, et coiffé d’un bonnet de laine, chantent au micro mais pas très bien, comme pour installer un air festif et populaire dans la salle. « Bonjour, Clamart» lance l’actrice au micro. Sans commentaires! Et le public ne réagit pas vraiment.Puis les six comédien enlèvent du plateau une dizaine de briques rouges, des branches… Georgette, et Alain (qui change d’accent en cours de route!) mettent en place côté jardin et côté cour, deux escaliers en fer mobiles qui figureront dans le fond la maison d’Arnolphe et où, plus tard, Agnès viendra s’asseoir. C’est bien du temps perdu. Il y a des bruits de serrure ou de coups sur la porte enregistrés quand Arnolphe veut rentrer chez lui. Bon…
 
On connaît l’histoire pathétique de cet homme relativement âgé qui n’a pas vu que la jeune Agnès n’est plus du tout la petite fille qu’il se réservait égoïstement comme épouse était devenue une jeune femme. Agnès, à cause de lui qui l’a gardée enfermée, ne sait pas grand chose des relations sexuelles mais est intelligente et connaît les émois d’un premier amour avec le jeune et bel Horace. Christian Esnay joue cet Arnolphe, frustré, exaspéré et coléreux contre lui tout le monde et lui-même en particulier. Et son ami Chrysalide  (Gérard Dumesnil) a bien du mal à le tempérer. Comme ils ont tous les deux une excellente diction, on entend très bien le texte, c’est déjà cela! Mais l’auto-direction d’acteurs cause souvent des ravages… Christian Esnay, ici, en fait des tonnes, roule des yeux, tape des pieds, gesticule sans arrêt, fait de allées et venues sur le plateau, criaille, joue sans nuances pratiquement toujours face public, et sans regarder Agnès… Et il marche en parlant comme un débutant: résultat, la gestuelle brouille le textuel et ce personnage en smoking noir n’a alors plus rien de vraiment crédible. N’est pas en effet Louis de Funès qui veut… « Ce qui est pour l’œil ne doit pas faire double emploi avec ce qui est pour l’oreille, disait justement le grand Robert Bresson. »

Marion Nonne (Agnès) est parfois émouvante mais ne semble pas vraiment à l’aise avec un clown comme partenaire et on se demande pourquoi le metteur en scène l’a fait jouer aussi face public. Matthieu Dessertines (Horace) discret et efficace, s’en tire un peu mieux. Mais cette dérive vers le burlesque, avec un court mais ridicule petit ballet, ne fonctionne pas et cette  mis en scène de Christian Esnay toute au service de l’acteur Christian Esnay devient vite insupportable. La vie est courte et, au bout d’une heure de cette chose trop approximative, nous avons quitté la partie.

 Décidément, cette saison, L’École des Femmes, après une mise en scène pas très réussie à l’Odéon (voir Le Théâtre du Blog) n’a pas eu de chances. Pourtant, le texte mérite beaucoup mieux que cela et nous dit encore beaucoup de choses mais à condition de ne pas tricher. Ici, il n’y a même rien ici d’une mise en scène, disons classique et traditionnelle mais tout se passe comme si Christian Esnay voulait nous faire croire qu’il nous emmène du côté de la modernité alors qu’il accumule les poncifs du théâtre contemporain; enfin on échappe à la vidéo! Mais pas aux descentes des acteurs dans la salle, au plateau nu, etc. Bref, vous pouvez, si cela passe près de chez vous, vous épargner cette réalisation des plus médiocres; évitez, en tout cas, d’y emmener des collégiens ou lycéens : cela risque de les dégoûter à jamais du théâtre…

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Théâtre Jean Arp à Clamart, 22 rue Paul Vaillant-Couturier (Hauts-de Seine) le  2 février. T. :  01 71 10 74 31.

L’Avant-Scène, scène conventionnée de Cognac (Charente), le 7 février.

Théâtre Beaumarchais, Amboise (Indre-et-Loire), le 8 mars ; Transversales à Verdun (Meuse) du 19 au 24 mars. Relais Culturel de Hagueneau (Bas-Rhin), les 26 et 27 mars. La Castine, Reichshoffen (Bas-Rhin), le 28 mars.

Théâtre du Chevalet à Noyon (Oise), le 4 avril. Théâtre des Trois Ponts à Castelnaudary (Aude), le 9 avril. Théâtre de Poissy (Yvelines), le 12 avril. Scène Nationale 61 à Alençon (Orne), le 23 avril.


Archive pour 3 février, 2019

L’Ecole des Femmes de Molière, mise en scène de Christian Esnay

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L’Ecole des Femmes de Molière, mise en scène de Christian Esnay

On suppose que le metteur en scène  qui avait créé Les Européens et Tableau d’une exécution de Howard Baker, il y a une quinzaine d’années aux Ateliers Berthier-Odéon, a voulu insister sur le retour du religieux et sur les menaces qui pèsent aujourd’hui encore sur l’émancipation féminine. Il y a dans les cintres un grand Christ crucifié d’abord caché puis dévoilé, et un prie-Dieu noir avec une croix sur le dossier. Les acteurs déjà sur le plateau nu, marchent et discutent entre eux.  Deux stéréotypes du théâtre contemporain pour le prix d’un. Passons… Christian Esnay a choisi de faire basculer la pièce dans une espèce de farce qui se voudrait populaire et ce n’est jamais bon signe…

Cela commence mal avec un petit prologue aussi inutile que pesant : Rose Mary D’Orros et Belaïd Boudellal sont les domestiques d’Arnolphe: Georgette avec une perruque et enceinte (mais il faut se pincer très fort pour y croire) et Alain au faux gros ventre mal fait, et coiffé d’un bonnet de laine, chantent au micro mais pas très bien, comme pour installer un air festif et populaire dans la salle. « Bonjour, Clamart» lance l’actrice au micro. Sans commentaires! Et le public ne réagit pas vraiment.Puis les six comédien enlèvent du plateau une dizaine de briques rouges, des branches… Georgette, et Alain (qui change d’accent en cours de route!) mettent en place côté jardin et côté cour, deux escaliers en fer mobiles qui figureront dans le fond la maison d’Arnolphe et où, plus tard, Agnès viendra s’asseoir. C’est bien du temps perdu. Il y a des bruits de serrure ou de coups sur la porte enregistrés quand Arnolphe veut rentrer chez lui. Bon…
 
On connaît l’histoire pathétique de cet homme relativement âgé qui n’a pas vu que la jeune Agnès n’est plus du tout la petite fille qu’il se réservait égoïstement comme épouse était devenue une jeune femme. Agnès, à cause de lui qui l’a gardée enfermée, ne sait pas grand chose des relations sexuelles mais est intelligente et connaît les émois d’un premier amour avec le jeune et bel Horace. Christian Esnay joue cet Arnolphe, frustré, exaspéré et coléreux contre lui tout le monde et lui-même en particulier. Et son ami Chrysalide  (Gérard Dumesnil) a bien du mal à le tempérer. Comme ils ont tous les deux une excellente diction, on entend très bien le texte, c’est déjà cela! Mais l’auto-direction d’acteurs cause souvent des ravages… Christian Esnay, ici, en fait des tonnes, roule des yeux, tape des pieds, gesticule sans arrêt, fait de allées et venues sur le plateau, criaille, joue sans nuances pratiquement toujours face public, et sans regarder Agnès… Et il marche en parlant comme un débutant: résultat, la gestuelle brouille le textuel et ce personnage en smoking noir n’a alors plus rien de vraiment crédible. N’est pas en effet Louis de Funès qui veut… « Ce qui est pour l’œil ne doit pas faire double emploi avec ce qui est pour l’oreille, disait justement le grand Robert Bresson. »

Marion Nonne (Agnès) est parfois émouvante mais ne semble pas vraiment à l’aise avec un clown comme partenaire et on se demande pourquoi le metteur en scène l’a fait jouer aussi face public. Matthieu Dessertines (Horace) discret et efficace, s’en tire un peu mieux. Mais cette dérive vers le burlesque, avec un court mais ridicule petit ballet, ne fonctionne pas et cette  mis en scène de Christian Esnay toute au service de l’acteur Christian Esnay devient vite insupportable. La vie est courte et, au bout d’une heure de cette chose trop approximative, nous avons quitté la partie.

 Décidément, cette saison, L’École des Femmes, après une mise en scène pas très réussie à l’Odéon (voir Le Théâtre du Blog) n’a pas eu de chances. Pourtant, le texte mérite beaucoup mieux que cela et nous dit encore beaucoup de choses mais à condition de ne pas tricher. Ici, il n’y a même rien ici d’une mise en scène, disons classique et traditionnelle mais tout se passe comme si Christian Esnay voulait nous faire croire qu’il nous emmène du côté de la modernité alors qu’il accumule les poncifs du théâtre contemporain; enfin on échappe à la vidéo! Mais pas aux descentes des acteurs dans la salle, au plateau nu, etc. Bref, vous pouvez, si cela passe près de chez vous, vous épargner cette réalisation des plus médiocres; évitez, en tout cas, d’y emmener des collégiens ou lycéens : cela risque de les dégoûter à jamais du théâtre…

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Théâtre Jean Arp à Clamart, 22 rue Paul Vaillant-Couturier (Hauts-de Seine) le  2 février. T. :  01 71 10 74 31.

L’Avant-Scène, scène conventionnée de Cognac (Charente), le 7 février.

Théâtre Beaumarchais, Amboise (Indre-et-Loire), le 8 mars ; Transversales à Verdun (Meuse) du 19 au 24 mars. Relais Culturel de Hagueneau (Bas-Rhin), les 26 et 27 mars. La Castine, Reichshoffen (Bas-Rhin), le 28 mars.

Théâtre du Chevalet à Noyon (Oise), le 4 avril. Théâtre des Trois Ponts à Castelnaudary (Aude), le 9 avril. Théâtre de Poissy (Yvelines), le 12 avril. Scène Nationale 61 à Alençon (Orne), le 23 avril.

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