Matin et soir, d’après Jon Fosse, traduction de Terje Sinding, mise en scène d’Antoine Caubet

 

Matin et soir, d’après Jon Fosse, traduction de Terje Sinding, mise en scène d’Antoine Caubet

© Hervé Bellamy

© Hervé Bellamy

Chose étrange que naître dans le rouge translucide du ventre maternel, remué de bruits liquides, puis se heurter dans un grand cri à la brutalité de l’air. Pierre Baux réussit à faire ce geste prodigieux, se déplier comme du bourgeon à la feuille, jusqu’à se tenir debout, le souffle collé à la respiration du violoncelle de Vincent Courtois. (La musique est enregistrée, à l’exception de deux représentations en direct, ces samedi 9 et dimanche 10 février).

Dans le récit de Jon Fosse, la naissance et la mort se rejoignent : tout homme né, mourra: c’est très simple. On comprend qu’entre temps, Johannes a eu une vie laborieuse et  plutôt heureuse avec femme et enfants  et qu’est venu pour lui  le temps de se reposer. On imagine sa vie de pêcheur quand survient sans bruit, son ami Peter (Antoine Caubet). Il est question de moments ordinaires de la vie : pêcher des crabes, se couper les cheveux, mais quelque chose résiste : Peter est là, et n’est pas là… Déjà au pays des morts, il a repris l’apparence d’un corps pour pouvoir accompagner Johannes de l’autre côté de la mer houleuse, plus loin qu’il n’a jamais été, sur l’autre rive où «il n’y a plus de mots».

Jon Fosse parle de la mort avec respect, on pourrait dire avec amour : le passage se ferait en douceur, dans l’hésitation et le doute, mais aussi en confiance. Même sentiment dans la perte : Signe, la fille de Johannes (Marie Ripoll), s’inquiète, le croise mais «passe à travers» son corps et finit par le trouver mort dans son alcôve. Mais sans cris ni larmes : elle accompagne son départ de paroles paisibles. Étrangement, cette pièce où Jon affronte la mort en direct, est moins noire que dans la plupart de ses autres pièces où il l’évoque avec craintes et tourments.

Antoine Caubet a installé le récit dans une scénographie simplissime et parfaite : un écran où se mêlent les couleurs changeantes qui accompagnent la naissance et la mort, un plateau incliné -la vie n’est pas facile- et un fond d’eau dont le clapotis évoque, plus que la vie des pêcheurs, les lents fleuves des Enfers comme l’imaginaient les Grecs de l’Antiquité. L’accord entre musique et jeu est de la même eau, si l’on ose dire : limpide et profond.

Avec une grande qualité du jeu : qui a entendu Antoine Caubet prononcer dans Le Roi Lear les dernières paroles de Cordélia mourante, comprendra de quelle délicatesse est capable ce colosse.  Comme Pierre Baux, parfait  lui aussi: inquiet mais quand même serein, intérieur et disponible, précis sans être démonstratif… Et Marie Rippoll apporte, avec la même délicatesse, la part de la vie et de la jeunesse.

Que demander de plus ? Il faut oser s’offrir ce moment de grâce et assister au récit de ce passage dont nous ne saurons rien -il n’existe pas d’expérience de sa propre mort- mais que Jon Fosse imagine pour nous et que ces acteurs habitent avec économie et justesse.

Christine Friedel

Jusqu’au 24 février, Théâtre de l’Aquarium, route du Champ de Manœuvre, Cartoucherie de Vincennes (Val-de-Marne) jusqu’au 24 février. T. : 01 43 74 99 61.

 

 

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...