Rabbit Hole de David Lindsay-Abaire, mise en scène de Claudia Stavisky

F514E2F6-23DF-4133-AD7F-ABA1ABA96B1A

Rabbit Hole de David Lindsay-Abaire, mise en scène de Claudia Stavisky

Jacques-Antoine Granjon, le fondateur de vente-privee.com (deux milliards d’€ de chiffres d’affaires en 2015 et quelque 2. 800 collaborateurs) s’était offert le Théâtre de Paris il y a presque six ans avec le producteur Richard Caillat et le metteur en scène Stéphane Hillel. Puis en 2016, le Théâtre de la Michodière, toujours avec ces deux complices et enfin, le Théâtres des Bouffes Parisiens. Inauguré par Jacques Offenbach, le lieu est dirigé maintenant par Dominique Dumond. On a pu y voir récemment Acting, une pièce de Xavier Durringer avec Kad Merad et Niels Arestrup, un spectacle de Michel Drucker, Seul avec vous. Bref, c’est le vieux coup du théâtre privé : un endroit bien chauffé avec moquette rouge, candélabres, ouvreurs habillés de noir et places chères (on reste entre soi). Et qu’importe le texte, il y a dans la distribution au moins un nom du cinéma et de la télé pour attirer un public bourgeois ravi de voir en vrai des acteurs de cinéma et/ou de la télévision. Et  ici, on annonce honnêtement la couleur: “A l’affiche du Théâtre des Bouffes Parisiens, découvrez Julie Gayet dans Rabbit Hole.» Actrice et productrice de cinéma et, dit-on, amie très proche de notre ex-président de la République… Est-ce pour la pièce, ou pour elle, jouant, bien sûr, le rôle principal, que le public est censé venir ici ? Devinez…

L’œuvre de l’auteur américain bien connu (il a reçu de nombreux prix dont le Putlizer) a été créée à Broadway puis fut adaptée au cinéma par Cameron Mitchell en 2010. Elle a été créée en France au Théâtre des Célestins à Lyon, il y a un an. Cela se passe dans la spacieuse cuisine-salle à manger-salon d’une belle maison avec grand frigo inox brossé, long plan de travail en bois, avec four intégré, évier où l’eau coule, grand canapé: on n’a pas lésiné sur les moyens et tout ici est réaliste. Il y a huit mois, un couple a perdu son petit garçon de quatre ans, fauché par une voiture sur la route, alors qu’il courait après leur chien qui courait après un écureuil. Howard (Patrick Catalifo) et Becky (Julie Gayet) essayent de lutter conte le désespoir et semblent se réfugier dans leur belle maison où ils ont vécu heureux comme dans un trou de lapin. Pourquoi, au fait, ce titre gardé en anglais? Pour faire mode? Alors qu’ils sont entourés d’amis qui ne savent comment leur parler, ces parents ligotés tous les deux par leur  grand malheur, en arrivent quand même assez vite aux petits conflits permanents et sont à la limite de la séparation. Il y a aussi celui qui est en partie responsable de l’accident de leur fils (Renan Prévot), un lycéen qui veut absolument les rencontrer… Mais Howard refus la moindre entrevue. Quelque chose va alors se casser dans les relations entre Beccky et son mari: elle n’a plus envie d’Howie et lui, malgré les évidences, nie avoir une amie devant Izzy, la sœur de Becky (Lolita Chammah).

Et puis, il y a toujours bien là, comme menaçante, la chambre de Dany avec son lit, ses dessins et ses peluches. Pour fuir ce passé encombrant, ils veulent alors vendre la maison mais Izzy fait remarquer que les acquéreurs ne vont pas se bousculer quand ils la visiteront et qu’ils apprendront que leur enfant est mort. Becky a aussi bien du mal à supporter Nat, sa mère (Christiane Cohendy) elle aussi restée inconsolable d’avoir perdu autrefois son petit garçon et récemment son petit-fils… Elle et Izzy sont toutes les deux un peu envahissantes, ce que Becky supporte de moins en moins bien. Pour arranger les choses, Izzy, enceinte, ne sait pas comment l’annoncer à sa sœur, alors qu’elle l’a déjà dit à leur mère. Et elle semble être un peu amoureuse d’Howie… Becky, elle, va se rapprocher du lycéen qui conduisait la voiture, même s’il lui avoue avoir dépassé la limite de vitesse autorisée et avoir eu un petit coup dans le nez. Plus paisible, elle accepte alors de lire la nouvelle qu’il a écrite… A la fin, elle semble alors avoir du moins en partie fait son deuil et veut retrouver son mari. Ils ne vendront plus la maison qui a vu à la fois leur bonheur et le plus grand malheur qui puise arriver à des parents et, après cette douloureuse parenthèse, continueront malgré tout à s’aimer. Vous avez dit: une fin heureuse comme on dit aussi en anglais?

Et cela donne quoi dans cette adaptation de Marc Lesage, auteur et scénariste français? Il y a quelques bons moments teintés d’humour quand Nat, la mère revient en boucle sur la malédiction qui frappe la famille  Kennedy. Ou quand la famille fête l’anniversaire d’Izzy avec un cadeau, un rideau de douche foutraque… Cette petite comédie qui frise le pathos et la pleurnicherie,  a aussi parfois de légers airs de la fameuse Qui a peur de Virgina Woolf? d’Edward Albee. Mais des airs seulement, comme si l’auteur ne voulait surtout ne mécontenter personne. Et très vite, sa pièce, déjà bavarde, devient longuette: ces petites histoires ne nous concernent pas. Heureusement, Claudia Stavisky a très bien dirigé ses acteurs qui, malgré l’insignifiance des dialogues, sont tous très justes. Mention spéciale à Christiane Cohendy que l’on a vue dans tant de beaux spectacles; elle est ici remarquable dans ce personnage de mère un peu envahissante. Cette grande actrice réussit le prodige de mettre des nuances dans un dialogue d’une rare platitude. Et Julie Gayet est tout aussi très solide, crédible avec un jeu sobre et précis. Mais, bizarrement, l’émotion ne perce jamais mais comment y arriver avec un pareil texte?  Et les acteurs ont bien du mérite de l’interpréter, soir après soir…

Côté mise en scène, c’est un peu plan-plan et Claudia Stavisky aurait pu accélérer le rythme de cette comédie des plus minces et nous épargner ces marquages du temps avec en projection:  » Le soir », « Deux mois plus tard », etc. et des séquences vidéo assez faciles sur un gigantesque écran (les murs de la maison) avec des arbres en fleurs roses au début, et les images de vacances ensoleillées près d’une piscine avec un merveilleux enfant et ses parents. Ou encore le petit garçon en ombre chinoise courant avec son chien: tirez vos mouchoirs…Tout cela pèse des tonnes et ces images réalistes semblent servir de béquille à ces pauvres dialogues qui n’arrivent pas à s’imposer… On va encore jouer les vieux cons mais la comparaison est rude quand on relit Marivaux, Regnard, Labiche, Beckett, etc.

Et on ne comprend pas bien pourquoi ce décor signé Alexandre De Dardel se déstructure,  et dont on ne voit plus à la fin que l’ossature en bois. On est aussi  surpris que la metteuse en scène n’ait pas  fait de sérieuses coupes dans un texte estouffadou qui n’a rien de très passionnant et c’est un euphémisme! L’auteur a beau introduire de temps en temps un petit élément nouveau pour piquer l’attention du public, sa pièce fait le plus souvent du sur-place, n’arrive pas à décoller et il n’y a aucun sous-texte. Tout le monde n’est pas Tchekhov! D’autant plus que la chose dure une heure quarante et n’en finit plus de finir. On ne voit pas très bien pourquoi Claudia Stavisky a voulu monter ce grandissime chef-d’œuvre… Et il n’y a aucune bonne raison pour vous le recommander, surtout à plus de cinquante et quarante € les bonnes places… Et le public ? Pas de la première jeunesse et assez passif, il ne semblait quand même pas dupe de cette pacotille américaine; il a applaudi, (il est toujours poli, le public bourgeois) mais mollement et pas longtemps… On le comprend!

Philippe du Vignal

Théâtre des Bouffes Parisiens, 4, rue Monsigny, Paris II ème. T. : 01.42.96.92.42 /44.

 

 

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...