Une vraie femme, texte et mise en scène de Sylvie Gravagna

 

Une vraie Femme, texte et mise en scène de Sylvie Gravagna

 516386-que-voulaient-les-femmes-pendant-les-tre-622x600-2Dans ce solo, l’auteure et comédienne tisse le portrait de sept femmes dont les destins s’entremêlent et elle nous parle de de l’égalité des sexes. Directrice de magazine féminin, mère au foyer, députée, étudiante, ou encore starlett: Sylvie Gravagna nous fait pénétrer avec humour dans le quotidien de ces femmes qui ne sont pas toujours d’accord avec la société patriarcale des Trente Glorieuses.

 Sur le plateau quasiment nu, deux paravents, un fauteuil en plastique blanc devant le grand mur en pierres du théâtre où sont parfois projetées des formes colorées ou une  information sur la scène suivante… Sylvie Gravagna jongle avec chaque personnage; des jeux de lumière et costumes différents nous aiguillonnent (mais parfois assez lourdement !) vers les personnages représentés: aucun risque de confusion possible ! Malgré une bonne intention, cela tourne au procédé un peu répétitif et l’attente est grossièrement comblée par des vidéos pas toujours très réussies de publicités et extraits d’émissions télévisées. Des interludes censés donner la parole aux hommes, ravivant ainsi la nécessité du féminisme auprès d’un public…  sans doute déjà aguerri.

 Sylvie Gravagna a été un peu ambitieuse et la longue période  -de 1946 aux années soixante – que couvre ce texte, suppose une certaine obligation d’aller vite sur le plateau, alors que nous aurions aimé mieux sonder les discours et mentalités des protagonistes. Et l’utilisation d’un trop grand nombre d’accessoires implique des va-et-vient entre coulisses et scène, injustifiés et fatigants pour l’œil. Mais difficile de ne pas succomber à l’enthousiasme de Sylvie Gravagna qui nous questionne ici sur notre actualité.

L’autrice et comédienne conclut ce solo sympathique par le nécessaire passage du flambeau de la lutte féministe aux filles des différentes femmes qu’elle incarne et il est bien ici question de legs. Le public est, à ce titre, invité à discuter après le spectacle avec des membres d’une association féministe dont la démarche renvoie à la méthode d’Augusto Boal (1931-2009) dramaturge, metteur en scène et théoricien mais aussi homme politique brésilien qui créa le Théâtre de l’Opprimé dans son pays; il encourageait le public à réfléchir sur sa méthode, le théâtre-forum pour affronter les conflits et ainsi devenir «spectActeur». Mais ironie du sort : à cette représentation, il n’y avait que cinq hommes dans le public…

 Alicia Karger

Spectacle joué du 6 au 10 février, au Théâtre de l’Opprimé, 78 rue du Charolais, Paris XII ème. T. : 01 43 45 81 20.

 


Archive pour 11 février, 2019

Il pourra toujours dire…, texte et mise en scène de Gurshad Shaheman

Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète, texte et mise en scène de Gurshad Shaheman

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

L’auteur donne voix à des migrants, ceux  qu’on entend peu car voués aux gémonies dans les terres d’Islam, du fait de leur orientation sexuelle. Il a connu lui aussi les chemins de l’exil depuis son Iran natal, avant de s’établir en France où il se forme à l’Ecole Régionale d’Acteurs de Cannes et Marseille. Pour sa deuxième mise en scène, après un triptyque autobiographique intitulé Pourama Pourama, il s’est donné «pour mission d’aller en quête d’autres histoires d’exil, d’amours interdites et de guerre, pour en rassembler les fragments sous forme d’un oratorio pour le théâtre. »

Et il a passé un mois et demi à Athènes et à Beyrouth, à écouter une vingtaine de jeunes gens (entre seize et trente ans) venus d’Irak, de Syrie, du Maghreb… fuyant leur pays pour diverses raisons : guerre, répression homophobe, antagonismes religieux… Une fois les récits individuels  collectés, il s’agissait de les tisser ensemble, de les mettre en forme en respectant la singularité de ces histoires, pour les rendre universelles. Mission accomplie: ces témoignages, réécrits avec délicatesse et talent, s’entrecroisent et se répondent, et composent une fresque chorale impressionnante. Articulée en trois parties : des récits d’enfance où l’on questionne son identité ethnique religieuse ou sexuelle, puis une exploration des causes de l’exil, et enfin une peinture des traversées de chacun(e).

Quinze jeunes comédiens, élèves de l’Ecole régionale des acteurs de Cannes et Marseille, s’approprient  avec justesse les mots de Gurshad Shaheman. Ils bougent peu et leur voix seule nous parvient, d’abord dans la pénombre. La presque immobilité des corps donne plus de force à leurs propos, au risque de rendre le spectacle trop statique. Mais Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète finit par  trouver son rythme, soutenu par la musique discrète de Lucien Gaudion. Il fabrique des climats sonores, composés de vibrations électro-acoustisques à variations infimes pour appuyer ces paroles qui portent comme des leçons de vie:  «On a une très forte relation/À notre valise/Nos valises/Dans le première valise tu transportes toute ta mémoire/Après tu découvres que ce n’est pas très important/Alors ta valise devient plus petite/De plus en plus/Et vraiment là/Tu ne prends plus que le stricte nécessaire/Et même ça tu pourrais t’en passer/A la fin/Ce qui compte/C’est que tu existes encore. »

Cet oratorio, partition pour orchestre vocal, se déploie dans un clair obscur qui se dissipe peu à peu pour un dernier témoignage en pleine lumière, sur la musique de C’est si bon, chanté par Joséphine Baker. Une note d’optimisme sur les chemins de la liberté. Une belle expérience à partager et on espère que ce spectacle créé au festival d’Avignon l’été dernier n’en restera pas aux quelques représentations programmées à Aubervilliers.

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 14 février, Centre Dramatique National d’Aubervilliers, 2 rue Edouard Poisson Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).  T. :01 48 16 16.

 

Trans (mes enllà) de Didier Ruiz

Trans (mes enllà) de Didier Ruiz

L’enfermement, un thème remarquablement mis en scène dans Une longue Peine (2016) toujours à l’affiche, se manifeste à nouveau mais sous un autre visage, dans la dernière création de Didier Ruiz: «J’ai eu envie, dit-il, de continuer à interroger l’enfermement, avec ceux qui ne se reconnaissent pas dans le corps avec lequel ils sont nés ou avec l’identité qui leur a été attribuée. »

Ici, le geste théâtral demeure porté par une parole politique et poétique singulière.  Envisager le travail de Didier Ruiz comme théâtre documentaire ne suffit pas et lui-même le qualifie  de « non pas documentaire mais de l’humanité». Les questions et thèmes abordés dans ses créations comme le parcours effectué pour leur mise en scène, se révèlent sensibles, brûlants parfois, pour ne pas dire risqués. Aucun doute : le théâtre se vit chez Didier Ruiz comme un acte total  au service d’un engagement artistique mais aussi de citoyen libre. Et depuis plus de quinze ans avec sa compagnie des Hommes, il a fait de la création participative, l’un de ses outils. Une pratique  qui rassemble dans un même mouvement, des spectateurs, des  personnes qui ne sont pas du métier théâtral, et qu’il appelle «innocents» ou «intervenants» et, avec ou sans eux, des comédiens comme il dit: «professionnels du mensonge».

Trans (Més Enllà), réunit sept hommes et femmes, tous espagnols. Leurs voix, leurs corps et leurs expériences en témoignent: dans une société opposant les sexes, ce  sont des dissidents. Ils interrogent ainsi la norme, la solitude, la marginalité mais aussi la liberté et le fait d’accepter la différence et l’Autre. «Quoique tu fasses, tu es unique » proclame l’un d’eux et cela n’a pas de prix.  Tomeo Vergés, chorégraphe et fidèle compagnon depuis 2011 est venu compléter  le regard du metteur en scène. «Son apport, dit-il, me semble essentiel pour accompagner et guider les corps.»

Neus, Clara, Danny, Raùl, Ian, Sandra, et Leyre, à travers leurs humeurs, leur chemin de vie et la charge de cruauté qu’ils doivent supporter, nous ouvre les yeux sur le monde si décrié de la transsexualité! La grâce des corps chargés d’émotion et dans l’urgence du dire, la voix de ces intervenants éveillés par la lutte, le désir de vérité, s’emparent du public qui  est subjugué.

Comme dans plusieurs de ses spectacles, nous retrouvons une  scénographie épurée d’Emmanuelle Debeusscher, avec au centre du plateau nu, deux parois convexes décalées l’une  de l’autre. La parole et le corps occupent tout l’espace avec une grande sobriété mais sur ces façades, sont projetées des images de synthèse: des fleurs et plantes mouvantes et colorées mais aussi des  figures abstraites réalisées par de jeunes créateurs issus de l’Ecole des Gobelins, comme pour rythmer les entrées et sorties des acteurs et la révélation de leurs paysages intimes. Parfois des lumières bleutées ou rosées servent d’interludes entre les récits et donnent à l’espace et aux mots intimes -pudiques mais sans détour- des transsexuels, une dimension poétique d’une grande humanité.

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Le metteur en scène parvient d’une prise de parole à l’autre, à créer progressivement une atmosphère dramatique hors temps, soutenue à merveille par la composition musicale d’Adrien Cordier. Naît alors une réelle complicité et une écoute bienveillante du public. Mépris, préjugés et méfiance, soudain mis de côté, s’éloignent et il y a ici comme un sentiment de paix. L’échange entre scène et public aurait-il eu lieu ? Le respect de la différence s’est imposé avec noblesse grâce à la théâtralité. A travers cette réalisation, être déjà ou devenir trans n’est plus vécu comme une anomalie malsaine, voir dangereuse. Chaque intervenante ou intervenant, est d’une présence, d’une sincérité et nous procure une rare émotion: Didier Ruiz, loin des clichés, ne tombe jamais dans l’univers fantasmé de la nuit et du music-hall. Tous ceux qui ont été choisis par  lui ont une vie familiale et socio-professionnelle assez classique. La sélection cependant n’a pas été facile : «J’ai rencontré trente-deux personnes pour en garder sept. Trois hommes et quatre femmes. La plus jeune, Leyre, a vingt-deux ans et la plus âgée, Clara, soixante. »

Une fois encore, à l’image d’ Une longue peine et de ses autres créations, « la parole accompagnée » principe dramaturgique élaboré avec rigueur par Didier Ruiz, ne tombe ni dans le pathos, la vulgarité ou la leçon de morale. Rien ici de déjà vu et entendu ! Et la prise de parole par le dionysiaque, l’étonnement et la beauté, habitent toute sa démarche théâtrale.  Il s’empare ici avec finesse mais aussi avec violence et intelligence, de ce thème délicat mystérieux ! Ce spectacle surprenant de Didier Ruiz, au cœur de la complexité humaine, nous saisit au plus profond de nos secrets et pensées. A ne pas manquer !

Elisabeth Naud

Spectacle joué au Théâtre de la Bastille 76, rue de la Roquette, Paris XI ème, du 4 au 10 février.
Le 12 février au Théâtre de Chevilly-Larue. T. : 01 41 80 69 60. Le 14 février. Théâtre de Fontenay-sous-bois. T.:  01 49 74 79 10

Du 6 au 10 mars, Teatre Lliure. Barcelone (Espagne). Le 28 mars, Théâtre Paul-Eluard à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne). T. : 01 48 90 89 79.
Les 9 et 10 avril , FIND 2019/Schaubühne, Berlin.

Le 14 mai, à La Filature-Scène nationale de Mulhouse (Haut-Rhin). T. : 03 89 36 28 28. Et le 16 mai, Théâtre de l’Agora-Scène nationale d’Evry (Essonne). T. : 01 60 91 65 65.

En compagnie de Nijinski, chorégraphie de Jean-Christophe Maillot

En compagnie de Nijinski, chorégraphie de Jean-Christophe Maillot

L’histoire de la danse à Monte-Carlo est intimement liée à la vie du très célèbre danseur Vaslav Nijinski d’origne polonaise (1885-1950) et aux Ballets Russes de Serge Diaghilev. Les premières représentations eurent lieu en 1909  à Paris, au Théâtre du Châtelet, au Théâtre des Champs-Elysées et à l’Opéra. Cette aventure révolutionnera la danse et le prince et mécène Albert 1er  créera alors une  compagnie permanente des Ballets Russes à Monaco qui survivra quelques années après la mort de Serge Diaghilev en 1929.
En 1985, renait dans la Principauté cette compagnie dont Jean-Christophe Maillot deviendra en 1993, le chorégraphe et directeur: «Ces quatre pièces, dit-il, abordent la question du désir et du regard sur l’autre; j’ai été aussi motivé par ma rencontre avec Kazuki Yamada, chef du Philarmonique de  Monaco.

Le chorégraphe reprend ici Daphnis et Chloé créé en 2010, musique de Maurice Ravel et scénographie d’Ernest Pignon-Ernest. Des dessins projetés en constante évolution accompagnent ces jeux d’enfants dansés et leur forte connotation érotique contraste avec la sagesse des mouvements. La deuxième pièce:  Aimais-je un rêve ?  surprend par son audace. Chorégraphiée par le Belge Jeroen Verbruggen, elle s’inspire du Prélude à l’Après-Midi d’un faune, musique de Claude Debussy. Le Faune (Alexis Oliveira) emporte un homme (Benjamin Stone) dans un duo animal d’une grande sensualité au milieu d’un nuage de fumée. Le Spectre de la rose, sur la musique de Carl Maria von Weber (1911) est bien connu par l’envol  mythique de Nijinski. La chorégraphie de Marco Goecke, en décalage par rapport à la partition musicale déconcerte par le burlesque de certains tableaux. Petrouchka avait été marqué à sa création en 1911 par la première collaboration d’Igor Stravinsky avec les Ballets Russes. Ici, la version du Suédois Johan Inger nous transporte dans l’univers de la haute couture : Petrouchka, un mannequin de vitrine, revient à la vie et tombe amoureux d’une ballerine, elle-même amoureuse d’un Maure qui finira par éliminer son concurrent. Cette fête tragique parmi les personnages caricaturaux d’un défilé de mode est très lisible, presque trop… Les costumes de Salvador Mateu Andujar sont d’une grande beauté et la musique du Philarmonique de Monte-Carlo a une belle dynamique. En 1911, dans la revue Comœdia, Michel Dimitri Calvocoressi (1877-1944), critique musical, écrivait: « Très raffinée et hardie jusqu’en ses moindres détails, la musique est en même temps très « musculeuse », d’une sûreté de lignes remarquable, d’une intensité de couleurs sans seconde. Rien de tatillon, rien de forcé dans l’humour ni dans l’émotion : en un mot, une œuvre maîtresse et une œuvre de joie.»  

Ce surprenant programme de danse a réveillé dans le public le mythe des Ballets russes. 

Jean Couturier

Spectacle présenté du 8 au 10 février, dans le cadre de TranscenDanse, au Théâtre des Champs-Elysées, 18 avenue Montaigne, Paris VII ème. T. : 01 49 52 50 50.

Après la fin de Dennis Kelly, mise en scène de Baptiste Guiton

© Michel Cavalca

© Michel Cavalca

 

Après la fin de Dennis Kelly, traduction de Pearl Manifold et Olivier Werner, mise en scène de Baptiste Guiton

Un homme et une femme enfermés dans un abri souterrain : « un récit de naufrage  dit le metteur en scène. La pièce de Dennis Kelly, dont on a pu apprécier les textes ancrés sur des questions sociétales comme L’Abattage rituel de Gorge Mastromas (voir Le Théâtre du blog ) offre ici un formidable huis-clos pour deux acteurs. Mark a sauvé Louise d’une prétendue explosion nucléaire par des terroristes et l’a transportée, inconsciente, dans un abri souterrain attenant à son appartement. Le chaos règne au dehors et ils ont seulement quelques jours de vivres. Leur amitié de longue date s’avère insuffisante pour empêcher Mark d’exercer un chantage sur Louise qui refuse d’entrer dans son jeu et de partager ses fantasmes complotistes. La violence se fait jour entre les pulsions amoureuses et les idées d’extrême-droite de Mark, et l’éthique inflexible de Louise. 

Cette  pièce en trois mouvements titrés: Début  Milieu, Fin,  suivis d’un épilogue : Après la fin,  analyse au microscope les réactions de ce garçon et de cette jeune femme pris au piège : Mark, immature, veut dicter sa loi mais Louise résiste tant qu’elle peut mais, volontairement affamée par lui, passe à l’offensive.  Plus rusée, elle avait le dessus mais les rapports de force s’inverseront car elle est incapable de cruauté…

La scénographie -l’ossature d’un souterrain- ne donne pas l’impression oppressive d’un enfermement mais la création sonore de Sébastien Quencez accompagne avec justesse la montée progressive de la tension entre les protagonistes. Le metteur en scène a demandé aux comédiens un jeu très physique, à couteaux tirés. Tiphaine Rabaud-Fournier incarne une Louise inflexible qui sait se faire animale et reptile, et se révèle aussi, émouvante et fragile, dans le très bel épilogue, une scène déchirante et apaisée que nous réserve l’auteur britannique. Thomas Rortais colle à son rôle de jeune homme immature avec parfois un rien de forcé dans son  jeu.

Cette mise en scène, à l’arrache, laisse peu de place à l’humour noir du texte, mais ce spectacle d’une heure vingt de Baptiste Guiton, en résidence de création au T.N.P. dans le cadre du cycle Formation et de transmission est soigné,  et saisit le public par son rythme haletant. 

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 21 février, Théâtre National Populaire, 8 place Lazare Goujon, Villeurbanne (Rhône). T. : 04 78 03 30 00.

La pièce est publiée à L’Arche éditeur.

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