Sei personaggi in cerca d’autore de Luigi Pirandello, mise en scène de Luca De Fusco

Sei Personaggi in cerca d’autore de Luigi Pirandello, mise en scène de Luca De Fusco  (spectacle en italien surtitré en français)

 

©Marco Ghidelli

©Marco Ghidelli

Ainsi parle le directeur du Théâtre : «Que voulez-vous que j’y fasse, si de France, il ne nous arrive plus une seule bonne pièce et si nous en sommes réduits à monter des pièces de Pirandello, rudement calé celui qui y comprend quelque chose ! » Le public entre de plain pied dans cette mise en abyme théâtrale vertigineuse. Comment et pourquoi, j’ai écrit Six Personnages en quête d’auteur, est publié simultanément en Italie et en France en 1925, quatre ans après cette très célèbre création (1921). L’auteur y raconte un rêve : «Je me trouvai en présence d’un homme sur la cinquantaine, en veston noir et pantalons clairs, avec les sourcils froncés, le regard revêche à force d’être mortifié ; d’une pauvre veuve en deuil, tenant d’une main une petite de quatre ans, de l’autre, un garçon d’un peu plus de dix ans; d’une jeune femme provocante, elle aussi en  noir. Avec un regard équivoque, toute frémissante d’un dédain joyeux pour le vieux monsieur qui en est mortifié et pour un jeune homme d’une vingtaine d’années qui se tient distant et renfermé en lui-même… »

Au début, les six personnages se mettent à raconter leur triste histoire, l’un coupant l’autre, chacun criant ses explications et jetant à la figure du chef de troupe toutes ses passions exacerbées. Ces Personnages, luttent individuellement et lui résistent, tout comme aux acteurs  qui s’apprêtent à répéter sur le plateau une pièce… de Luigi Pirandello. La première fille de la mère qui a été mariée mais qui vit maintenant avec un autre homme, se prostitue dans une maison de rendez-vous où elle couche avec lui. C’est la seule scène que ces personnages en question jouent et rejouent encore. La pièce se joue comme en direct et fait éclater la duplicité de vies insaisissables mais aussi la vacuité de celle des comédiens professionnels qui ne comprennent rien au drame qui se joue devant eux.

« La conscience individuelle fait le drame, limité au cercle des parentés et des relations humaines : mariage, adultère, inceste, écrivait Guy Dumur dans Le Théâtre de Pirandello. Le théâtre est dérision. La misère et la médiocrité remplacent la noblesse tragique. L’existence du personnage est contestée : les emplois de mélodrame sont difficiles tant la lutte contre une vie dépréciée provoque la réticence du public et des acteurs.

 Luca De Fusco, directeur du Teatro Stabile di Napoli met en scène Eros Pagni, Federica Granata, Gaia Aprea, Gianluca Musiu, Silvia Biancalana, Maria Chiara Cossia, Angela Pagano, Paolo Serra, Maria Basile Scarpetta, Giacinto Palmarini, Alessandra Pacifico Griffini, Paolo Cresta, Enzo Turrin et Carlo Sciaccaluga,  de manière classique, à la fois expressionniste et onirique, cette pièce de théâtre sur le théâtre. Les jeunes comédiens diplômés de la Scuola del Teatro eux, jouent le premier cercle d’acteurs qui verront surgir sur la scène les fameux six personnages. Ils apparaissent  figés, en photo grandeur nature projetée sur le mur du lointain ; en noir et blanc, revenants hiératiques qu’on pense figés. Puis, les voilà sur la scène, bien vivants. Le contraste entre vie et fiction, réel et jeu, est sensible et troublant. Les Personnages vivent un drame intérieur que les acteurs et le metteur en scène qui les accueille ne pourraient imaginer, tant ils sont retirés dans leur histoire privée.

 Sur l’écran au lointain, l’image-vidéo d’une eau  frémissante d’un lac, un étrange espace d’attente rompu par un coup de feu, celui d’un suicide… Jeu entre passé et présent, théâtre et réel, théâtre et cinéma, avec de beaux interprètes. Un spectacle dont on ne se lasse pas d’écouter les questions sur le sens du théâtre et de la vie.

 Véronique Hotte

 Le spectacle a été joué du 7 au 10 février, à l’Athénée-Théâtre Louis-Jouvet, 7 rue Boudreau, Paris IX ème, T. : 01 53 05 19 19.

 

 


Archive pour 12 février, 2019

Le Musée juif de Berlin

Le Musée juif de Berlin

 

Une mise en espace de la mémoire conçu par Daniel Libeskind… Rares sont les musées qui font appel par leur architecture-même, aux sensations et à l’émotion des visiteurs : celui-ci propose une véritable scénographie  “immersive“ pour une mémoire de l’holocauste. Inauguré en 2001, c‘est le premier édifice imaginé par cet architecte américain d’origine polonaise qui a conçu des cheminements fléchés, parcours sensibles sur les traces de la Shoah.  Between the Lines (Entre les Lignes)  est pour lui comme le troisième acte de Moïse et Aaron, un opéra inachevé d’Arnold Schoenberg, un acte de silence ». Et il se réfère aussi à Sens unique (Einweg Strasse) de Walter Benjamin pour qui on ne peut mieux connaître une ville qu’en s’y perdant : «Ne pas trouver son chemin dans une ville, ça ne signifie pas grand-chose; mais s’égarer dans une ville, comme on s’égare dans une forêt, demande toute une éducation »…

On est en effet déconcerté par cette architecture au bout d’une allée, qui semble impénétrable, derrière une façade en acier inoxydable aux angles vifs et sans ouverture sur l’extérieur : on n’y entre pas directement mais par un vieux bâtiment, auquel il est accolé : l’ancienne Cour de Justice de Prusse. Selon Daniel Libeskind : «Le musée juif est conçu comme un emblème où l’invisible et le visible sont des éléments structurels qui ont été assemblés dans cet espace de Berlin et révélés dans une architecture où l’innommable rappelle le nom de ceux qui ont disparu. » Son plan biscornu, pour épargner les arbres du sites, se déploie au sol en forme d’éclair (les Berlinois l’ont surnommé Blitz ),  et il évoque une étoile de David éclatée.

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On se perd aussi dans un dédale de couloirs : après être descendu par un profond puits en béton, chacun peut choisir son parcours, suivant l’un des trois axes qui se recoupent et qui s’enfoncent en pente douce vers des «voids» (vides). L’Axe de l’Exil mène au Jardin de l’Exil, L’Axe de la Continuité débouche sur Le Vide de la Mémoire et L’Axe de l’Holocauste mène à La Tour de l’Holocauste. Plafonds bas, éclairages artificiels et parois aux arêtes vives créent un certain malaise physique : cette architecture impose des trajets déroutants et contraint les corps, qu’ils aient pris le chemin de l’Exil, de l’Holocauste ou de la Continuité, à revivre la tragédie du peuple juif. Plus que les mots et les images, l’émotion nous fait regarder autrement les objets et documents de la collection permanente, témoins muets et présentés dans des vitrines le long de trois couloirs.

La structure du musée se fonde sur des espaces vides impressionnants qui ponctuent la visite. Pour Daniel Liebeskind, le vide «renvoie fondamentalement à ce que l’on ne pourra jamais montrer de l’histoire des juifs de Berlin, et renvoie aussi à tout ce qui a été réduit en cendres. » Au sortir de L’Axe de l’Exil, on se retrouve à l’air libre devant un ensemble de colonnes en rangs serrés: «Quarante-huit colonnes remplies de terre de Berlin symbolisent la création de l’Etat d’Israël en 1948 et une colonne remplie de terre de Jérusalem symbolise la ville de Berlin elle-même. »

On pénètre dans La Tour de l’Holocauste par une lourde porte puis on se perd dans l’immensité d’un puits obscur, éclairé par un rai de lumière et plongé dans un silence où parviennent les rumeurs lointaines de la ville. Encore plus impressionnant, Le Vide de la Mémoire : avant d’y arriver, en suivant L’Axe de le Continuité, on entend des sons inquiétants : portés par leur écho, ce sont les pas des visiteurs sur un amas de visages en métal. Fallen Leaves (Feuilles mortes), une installation de l’artiste israélien Menashé Kadishman comportant  «10.000 visages découpés dans de l’acier, afin de commémorer les victimes de l’Holocauste, mais aussi toutes les victimes des guerres et des violences à travers le monde entier ». Bouleversant !

 A l’instar du Mémorial aux juifs assassinés d’Europe de la Porte de Brandebourg, ce musée, au-delà d’une expérience spatio-sensorielle éprouvante, représente un geste esthétique élégant et de haute portée symbolique. Il prend, parmi les nombreux monuments de la capitale allemande, toute sa dimension.

Mireille Davidovici

Musée juif de Berlin, Lindenstraße 9-12, 10969 Berlin.

 

 

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