La Conférence des oiseaux, d’après le récit théâtral de Jean-Claude Carrière, mise en scène de Guy-Pierre Couleau

La Conférence des oiseaux, d’après le récit théâtral de Jean-Claude Carrière, inspiré par Manteq Ol-Teyr, poème de Farid Uddin Attar, mise en scène de Guy-Pierre Couleau

© Laurent Schneegans

© Laurent Schneegans

Un des plus célèbres contes soufis à partir duquel l’auteur persan (1.142-1.220) imagine à son tour un poème fameux et subtil où les oiseaux se mettent en quête du mythique Simorg pour le reconnaître comme leur roi. Au terme d’une épopée mystique et existentielle, ils découvrent que ce Simorg n’est autre qu’eux-mêmes : «Le soleil de sa majesté est un miroir. Celui qui se voit dans ce miroir, y voit son âme et son corps.» L’oiseau, ici, est le symbole de l’homme apte à quitter la terre pour le ciel et à y revenir. Une allégorie entre l’âme et son vrai roi que mit en scène Peter Brook au festival d’Avignon 79.

 Depuis sa création, le texte n’avait plus été monté en France : Guy-Pierre Couleau l’a repris l’an passé. Une bande de trente mille oiseaux pèlerins partent sous la conduite d’une huppe fasciée, à la recherche du Simorg, leur roi. Ils doivent traverser sept vallées dangereuses pour trouver le roi tant recherché, comme les étapes par lesquelles les soufis peuvent atteindre la vraie nature de Dieu. Un à un, les oiseaux refusent le voyage et chacun a une excuse pour ne pas supporter autant d’épreuves. Chaque oiseau symbolise un comportement caractéristique, une erreur d’être. Dans la mise en scène colorée et poétique de Guy-Pierre Couleau, la tête de file: la Huppe, petit oiseau léger, est incarnée par le facétieux Luc-Antoine Diquéro. Mais tous les comédiens sont talentueux et inventifs : Manon Allouch, Nathalie Duong, Cécile Fontaine, Carolina Pencheny, Jessica Vedel, Emil Abossolo M’Bo, François Kergourlay et Nils Ôhlund. Shabrokh Moshkin Ghalam danse avec grâce en tournoyant  comme un derviche.

Les masques d’oiseaux de Kuno Schlegelmilch, magnifiques de légèreté, miment des élans aériens et le souffle et la vie. Et les acteurs traduisent les sautillements légers, tics et roucoulements que le public devine et reconnaît en souriant. Le Rossignol représente l’amant, le Perroquet, lui, s’enquiert de la fontaine de l’immortalité, et non pas de Dieu. Le Paon évoque les âmes perdues alliées à Satan.  Il y a  aussi le Canard, la Perdrix le Rossignol, le Héron, le Faucon et la Chouette…Tous disent bon nombre de contes, anecdotes, paroles de saints et de fous et décident de suivre la Huppe. Ils traversent sept vallées correspondant à la recherche, à l’amour, à la connaissance, au détachement, à l’unicité de Dieu, à la stupéfaction, à la pauvreté.

 L’univers onirique du conte  est ici traduit par l’élégance des déplacements et des envols, et par l’écoute de la parole de chacun… Mais, malgré toutes les précautions, le respect et la dignité même clairement mis en situation et vécus de l’intérieur pour être reconnus comme des modèles exemplaires, ne peuvent faire oublier les tensions de nos temps actuels: violences, sentiment d’urgence et crise chronique dans une cacophonie indescriptible. Un chant idéal, éloigné des dissonances de la confusion de nos voix.

Véronique Hotte

Manufacture des Œillets-Centre Dramatique National du Val-de-Marne, 1 place Pierre Gosnat, Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), jusqu’au 22 février. T.: 01 43 90 11 11.

Scènes Vosges-La Souris Verte, Épinal (Vosges), le 26 mars.
Le Carré-Sainte-Maxime (Var), le 5 avril.
Centre Dramatique National de l’Océan Indien, La Réunion, du 9 au 13 avril.

 

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