Aux Arts citoyens, Université citoyenne des arts de la rue à Limoges

Mairie_de_Limoges_depuis_la_gareAux Arts citoyens, Université citoyenne des arts de la rue à Limoges

La Fédération des Arts de la rue organise comme chaque année une rencontre sur plusieurs jours  avec  différentes tables rondes. Les intervenants sont des responsables culturels représentant des régions, villes ou départements, avec parfois des observateurs ironiques comme Jean-Michel Lucas, alias Kasimir Bizou. La première journée est consacrée à: Nouvelles régions, nouvelles politiques culturelles pour les arts de la rue et la deuxième à: Du local à l’international, quelle politique culturelle pour la création artistique en espace public? On évoque les résidences au long cours et les appels à projets innovants inter-générations…

Jean-Michel Lucas évoque la fusion de trois Régions: Rhône, Alpes, Auvergne, ce qui rend les choses compliquées.  En Aquitaine, des acteurs volontaires se sont réunis pendant dix huit-mois, il y a eu cinquante réponses à l’appel à projet et quatre-vingt volontaires dans la Région … Fin 2014, des ateliers de travail sur les friches industrielles ont aussi été organisés. Mais aucune réponse ne put être donnée sur la politique culturelle de la future grande Région. Fin 2017, après trois journées de conférences, le rapport en janvier 2019 a été adopté sans aucune nouvelle mesure.

Un metteur en scène évoque « l’étrange mariage entre la Bourgogne et la Franche-Comté. Il y a de nouveaux dispositifs en région pour les auteurs de théâtre, les cinéastes et les créateurs d’arts visuels. La culture fait partie de rayonnement d’un territoire, c’est une dimension de l’action publique. Comme pour les Scènes Nationales, il devrait y avoir des projets itinérants. »
En 2014, Limoges a changé de majorité: les socialistes succèdent aux Centre-Droite. La ville n’est plus la capitale de la plus petite Région de France, au profit de Bordeaux.

André Vincent, directeur depuis 2011, des Affaires culturelles de Givors  (Agglomération de Lyon) qui est très intéressé par les arts de la rue, parle de sa ville, pauvre et fortement marquée par la désindustrialisation mais qui dispose d’équipements culturels. Grégory Gendre, maire de Dolus (17.550 habitants) dans l’île d’Oléron où a lieu un festival d’arts de la rue, a dû signer un permis de construire (1.750 m2!) pour un Mac Do. Forcé par la décision de la cour administrative d’appel de Bordeaux. « Dans une île, on est très à cheval sur l’écologie et le bilan carbone de cette implantation est énorme. Et Mc Donald’s a refusé d’utiliser les tomates et le poisson de l’île d’Oléron. » (…) « Après Aubierre (Puy-de-Dôme), Dolus est la deuxième collectivité où une personne morale extérieure impose un aménagement du territoire sans prendre en considération ses impacts à court, moyen et long terme.»

André Brouille, maire de Décines (Agglomération de Lyon) a monté un projet d’accompagnement de théâtre et il a récemment accueilli la compagnie des Bains Publics avec une installation participative regroupant des balnéo-stations (voir Le Théâtre du Blog). Sophie Bardet, conseillère-théâtre de la D.R.A.C. à Poitiers essaye, elle, de monter un Centre des Arts de la Rue dans la nouvelle Région Nouvelle-Aquitaine. Isabelle Jans, directrice de l’association des arts de la rue, des arts du cirque et des arts forains établie en Wallonie-Bruxelles, essaye de favoriser  son développement mais a du mal à monter de nouveaux projets, bien qu’il y ait des bourses pour l’aide à la création.  Elle a accueilli le chorégraphe et artiste performeur Zora Snake, figure emblématique de sa génération dans son Cameroun natal et en Afrique. «Entre les lignes d’une chorégraphie, dit-il, se dessine une dramaturgie juste et sincère dans un espace vide, brute ou remplie »D’où l’idée de comment transformer l’espace public en scène de révolution artistique par la danse d’aujourd’hui. » (…) « Donner une autre image à l’espace public, c’est le penser artistiquement aussi. C’est semer une graine et arroser, c’est veiller à sa racine et sa tige, afin qu’elle puisse produire des fruits naturels bénéficiant à tous. »

Le Belge Luc Carton dit qu’il partage son exotisme avec d’autre pays. Pour lui, « la Belgique s’est construite par défaut et Bruxelles est la capitale la plus populaire du monde occidental. La politique francophone belge est modeste mais l’éducation populaire est notre premier budget et le deuxième,  celui  des centres culturels. Mais la dimension culturelle des droits humains est oubliée. Il faut exprimer notre vision du monde, délibérer, arbitrer. Nous avons travaillé avec Franck Lepage, nous en avons marre de perdre notre vie, à la gagner…Le sens de la vie sociale est remis en cause. Il y a un retour du religieux, de l’archaïque, du patriarcat, une privatisation. Les hôpitaux, les écoles ont besoin de citoyens qui réfléchissent, la culture doit sortir de ses murs, Luc Carton expose sa conception du projet participatif. Il y un rapport entre travail et emploi. La société repose sur le plein emploi. Un dessin, une danse, un pied de nez, on réutilise perpétuellement les mêmes mots remaniés. Il faut mettre à bas la prédominance de l’argent. Comment introduire la production écologique dans la culture. Les Centre Nationaux des Arts de la Rue ont avorté:  il faut donc changer de ressources et faire en sorte que les gens aient le droit à la parole. A quelles conditions, est-on réellement participatif ? Si c’est du socio-culturel, ce ne serait pas de l’art ! La hiérarchie et les droits culturels, est-ce compatible? Non ! Comment faire pour trouver le cadre? Il faut explorer les territoires, construire un parcours symbolique et accepter les rapports sociaux. »

Pour Jean Digne, ancien directeur de l’Association française d’action artistique, « il faudrait remplacer le ministère de la Culture par une O.N.G. et chercher le point G du théâtre. Les droits culturels sont une résurgence du XIX ème siècle. Au lendemain de la deuxième Guerre mondiale, il y a eu la création des Maisons des Jeunes et de la Culture. La démocratie est gravement menacée, comme la construction européenne. Le partage du monde entre économique, social et culturel doit être contesté! »

L’autobus d’Hélène qu’elle emmène dans les villages de Franche-Comté (voir Le Théâtre du Blog) cherche à établir du lien social depuis plus de trois ans mais n’a ni lieu ni subvention. Les gens n’auraient-ils plus envie de rencontre ni de partage: «Ce n’est pas l’objet final qui compte, dit-elle, mais la rencontre; j’ai besoin d’appendre à vivre avec les autres !» Luc Carton reprend: «Sortons du patriarcat, l’époque est mûre, le mouvement est plus ascendant que descendant. Dans l’espace public, on rencontre ceux qu’on ne connaît pas. La participation est un poison pour l’esprit, il faut faire exploser ce mot égalité, le droit permet d’indexer la manière dont on peut faire œuvre ensemble. Vendre sa force de travail à quelqu’un qui en dispose, n’est plus d’actualité. Avec la massification des diplômes, nous sommes plus cultivés et nous pouvons faire beaucoup plus dans l’espace public et devenir auteur là où on est. »

Jacques Livchine proclame: «Invente ou je te dévore! » « Notre société se vautre dans le lit de l’économie. Ici, on se passe de hiérarchie,  on choisit le meilleur!  Dans une coopérative, il n’y a pas de hiérarchie de jugement, il faut mettre le maître en absence… Nous devons redéfinir la richesse, ne pas avoir une réponse mais partir avec une question. Comment changer le monde ? Qu’est-ce qui plaît à mon cœur?  Prendre soin des amorces et collectionner les fables. S’interroger sur toutes les assignations de genres, de places. Faire tomber les hiérarchies. Raconter l’expérience collective. »

Jacques Livchine évoque aussi le travail de son Théâtre de l’Unité avec le Cercle des Idioties dans Etouvie, un quartier au Nord-Est d’Amiens, sensible mais calme, enclavé entre la Somme et la route d’Abbeville. En 2007, au cours d’une soirée orchestrée par le Théâtre de l’Unité, des centaines d’habitants avaient attendu l’implosion imminente (bidonnée bien sûr, vu la grande proximité du public!) de l’immeuble de la Tour bleue,  avant une rénovation urbaine. En  2009,  Jean-Pierre Marcos, le directeur du Pôle régional cirque et arts de la rue à Amiens, avait  rappelé que « travailler dans l’espace public nécessite d’être attentif à l’évolution de la ville, notamment sur le plan urbanistique. Telle artère, occupée par des spectacles le temps d’un festival, devient zone piétonne quelques années plus tard. » Le Théâtre de l’Unité a aussi monté il y a trois ans un Parlement de rue qui s’est joué vingt-trois fois dans des villes différentes: quelque dizaines de propositions de loi ont été ainsi examinées.

Sébastien et Elise retracent l’histoire de l’intermittence créée en 1936 pour les techniciens et cadres du cinéma. En 1939, on crée la caisse des congés-spectacles. En 1958, l’assurance chômage et l’UNEDIC. Puis dix ans plus tard, l’annexe VIII pour les artistes du spectacle vivant. Et en 1972, le régime de l’intermittence pour le chômage. En 2003, on était indemnisé 10,5 mois pour 507 heures qui donnaient 243 jours d’indemnisation. Avec Emmanuel Macron, on repart sur la C.S.G. Le gouvernement  donne 3.900 € pour  douze mois flottants. » (…) « Le gouvernement veut faire des économies  de quatre milliards  sur le chômage. La crise des gilets jaunes nous a sauvés et nous sommes indemnisés sur cinq cent sept heures pour douze mois et pour 3. 900 €. Mais pas de cumul des congés payés et des indemnités chômage. Les règles d’indemnisation se sont dégradées et on a changé les règles du jeu. »

Au cours de la deuxième journée, on propose de redéfinir la richesse. Avec quatorze questions comme entre autres:  le 1% accordé aux travaux publics : Valérie de Saint-Do travaille  à un livre blanc sur la transformation des espaces publics.
La construction d’une œuvre avec les habitants: à Montpellier,  une campagne réussie de cartes postales. Il faut établir une  relation, déterminer les enjeux et les objectifs, aller aux rendez vous à trois, faire un compte rendu écrit, trouver un compromis. L’Etat n’est pas prêt à partager le pouvoir. 

Atelier de spectacle vivant : Les femmes sont moins payées que les hommes. Il faut se poser la question du genre: qu’est-ce qu’un homme, qu’est-ce qu’une femme ?
Mettre en place une journée du matrimoine. Quand on ne s’inquiète plus de leur sexe, on commence à s’inquiéter de ce qu’elles ont dans la tête! Le problème de la disparité hommes-femmes. On cite Karl Marx: «Les circonstances créent l’homme, à l’homme de créer les circonstances ! »

Paul Ariès, journaliste et politologue, un des penseurs contemporains de la décroissance, évoque la gratuité. « Elle répond, dit-il, à l’urgence sociale et écologique et offre le moyen de terrasser les quatre cavaliers de l’Apocalypse qui menacent l’humanité et la planète: marchandisation, monétarisation, utilitarisme et économisme. Elle nous propulse vers un au-delà des logiques de besoins et de rareté. La gratuité que nous devons défendre, relève d’une construction. Économique, d’abord: l’école publique est gratuite mais l’impôt la finance. La gratuité libère le service du prix, pas du coût. Culturelle, ensuite : il ne s’agit pas de promettre une liberté sauvage d’accès aux biens et aux services, mais de l’adosser à des règles. » (…) Les arts de la rue peuvent être un laboratoire de jouissance. L’être humain est un être social. La solution n’est pas du côté du « toujours plus ». Il faudrait mobiliser trente milliards par an pour réduire la pauvreté, soit  y consacrer autant que coûte le gaspillage alimentaire aux Etats-Unis. »

« On devrait créer, poursuite Paul Ariès, un observatoire de la gratuité dans l’ensemble de la sphère publique pour l’eau et les services culturels. » (…) « Si nous sommes démunis pour l’avenir, c’est en nous souvenant du passé ! Pour l’écologie, le mode de vie des puissants est indéfendable, il faut trouver une alternative, ne pas revenir en arrière mais faire des pas de côté. Au XX ème siècle, nous avons accordé trop de place à l’économie. Rien n’est désespéré mais il faut construire la gratuité au cœur des élections municipales. Il faut inventer un autre mode de vie pour une transition écologique impossible. »

Edith Rappopport

Ces Rencontres ont eu lieu les 12 et 13 février à Limoges (Haute-Vienne).

 


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