Oulipolisson! textes oulipiens, adaptation de Jehanne Carillon et Olivier Salon

(c) Régis Nardoux

(c) Régis Nardoux

Oulipolisson! textes oulipiens de Paul Fournel, Jacques Jouet, Hervé Le Tellier, Jacques Roubaud et Olivier Salon, adaptation de Jehanne Carillon et Olivier Salon (tout public à partir de six ans)

D’abord les présentations de ces « jeunes » et bien connus auteurs de textes formidables reconvertis pour la scène : Paul Fournel,  écrivain et poète,  régent du collège de Pataphysique et président  de l’Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle)  cher à Georges Perec. Auteur de romans, nouvelles, poésies, théâtre, Hervé Le Tellier, le benjamin (soixante et un ans) est aussi l’auteur de formes très courtes. Membre de l’Oulipo depuis 92, il a aussi publié un ouvrage de référence, Esthétique de l’Oulipo et a participé à l’aventure de la série Le Poulpe avec un roman, La Disparition de Perek, adapté ensuite en B.D.

À la fois poète, romancier, nouvelliste, auteur de théâtre, essayiste et artiste (il réalise des collages), Jacques Jouet participe, comme Hervé Le Tellier, à l’émission Des Papous dans la tête sur France-Culture. Jacques Roubaud, lui aussi mathématicien de formation, puis journaliste est spécialiste des littératures à contraintes. Avec d’autres artistes et écrivains comme Henri Cueco décédé il y a deux ans, Gérard Mordillat et Jacques Jouet, il participe depuis 91 aux Papous dans la tête.
Olivier Salon, professeur de mathématiques, a soutenu une thèse sur la théorie des nombres. Membre de l’Oulipo depuis dix-huit ans, mais aussi comédien et pianiste occasionnel, il a joué  dans Pièces détachées de l’Oulipo  et dans L’Augmentation de Georges Perec… Jehanne Carillon est elle, chanteuse et comédienne  mais aussi auteure de textes pour Les  Papous dans la tête. Elle mène superbement ce remarquable ovni avec Olivier Salon; tous les deux ont une diction et une gestuelle des plus rigoureuses mais aussi, ce qui n’est pas incompatible, une grande générosité  envers les enfants.

Sur le plateau, trois chaises de cuisine des années cinquante en tubes chromés siège et dossier et stratifié rouge foncé, un rétro-projecteur, deux téléphones à cadran noir ou gris. Paule et Jean-Patrick, un drôle de couple: elle, en affreuse robe verte et lui, en chemise blanche et nœud papillon, affublé d’un pantalon à grands carreaux, s’amusent avec la langue  française, la triturent et la déforment. Calembours, détournements, allitérations, et rimes en tout genre… Sur des musiques de Mike Solomon, Maurice Ravel, Claude Debussy et Django Reinhardt. Les enfants sont ravis, comme ils le sont quand ils écoutent du Ghérasim Luca.Il y a aussi de beaux moments chantés ou dansés.

Puis vient une expérience: les acteurs demandent aux enfants: « Qui connait suffisamment Le Corbeau et le Renard pour la dire. Un petit garçon la récite bien (normal, c’est le fils de Jehanne Carillon: bien vu!). Puis la fable s’affiche sur l’écran mais sans les noms  qu’Olivier Salon demande aux enfants de remplacer. Enthousiastes, les enfants lèvent sans cesse le doigt pour faire une proposition. L’acteur choisit habilement le mot qui convient le mieux mais au passage, remercie Joséphine, Honoré, Baptiste ou Christelle: le premier prénom venu l’affaire! Les enfants jubilent. Puis une fois remplies toutes les cases manquantes directement sur le rétro-projecteur, Jehanne Carillon propose à une petite fille de lire cette nouvelle version de la célèbre fable et à la toute fin, demande à une spectatrice d’apporter la boîte en carton qui est sous son siège et, moment plein de magie, elle en offre un exemplaire à chaque enfant ou adulte…
Un petit spectacle (une heure dix) sans aucun temps mort et d’une rare qualité poétique; s’il passe près de chez vous, n’hésitez pas.

Philippe du Vignal

Spectacle vu à La Graineterie, Houilles (Yvelines)
 le 17 février.
Les 16 et 17 mars, Culture commune-Loos-en-Gohelle, Scène nationale du Bassin minier du Pas-de-Calais. Et 
du 19 au 25 mars, tournée en Hongrie.

Du 16 au 27 mai, Côté Cour,  Scène conventionnée Art, enfance et jeunesse, Espace Menestrier à Valdahon ( Doubs); le  17 mai à Maîche (Doubs); le 21 mai L’Oppidum-Champagnole (Isère) ; le 22 mai, à Vesoul (Haute-Saône); le 23 mai, M.J.C. de Palente, Besançon; le 24 mai, Espace des Arcades, Pierrefontaine-les-Varans  et le 27 mai, à Voujeaucourt (Doubs).


Archive pour février, 2019

La Fin de l’homme rouge, d’après Svetlana Alexievitch, mise en scène d’Emmanuel Meirieu

BDMeirieu-shutterstock_392213806-500x350La Fin de l’homme rouge, d’après le livre de Svetlana Alexievitch, mise en scène d’Emmanuel Meirieu

 Emmanuel Meirieu avait fait merveille en adaptant Mon traître de Sorj Chalandon  (voir Le Théâtre du Blog). Ici, on le trouve un peu moins inspiré malgré des comédiens exceptionnels qu’il a bien dirigés et un texte poignant. Pendant quarante ans, armée d’un magnétophone et d’un stylo, la journaliste, prix Nobel de littérature 2015, a parcouru les républiques soviétiques à l’écoute des populations. Après La Supplication et Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse, et suite au démantèlement de l’U.R.S.S., elle publie La Fin de l’homme rouge ou Le Temps du désenchantement. Un épais recueil, fruit de rencontres avec des hommes et des femmes qui racontent la petite histoire de cette grande utopie puis de son naufrage. Sa méthode : «Je pose des questions non sur le socialisme mais sur l’amour, la jalousie, l’enfance, la vieillesse… Sur des milliers de détails d’une vie qui a disparu. C’est la seule façon d’insérer la catastrophe dans un cadre familier. » (…) «L’histoire ne s’intéresse qu’aux faits, pas aux émotions. Moi, je regarde le monde avec les yeux d’une littéraire, et non d’une historienne.»

C’est ce regard et ces paroles émouvantes que les comédiens viennent partager avec le public pendant deux heures. Emmanuel Meirieu a choisi sept récits de vie: «A chacun de mes spectacles, des êtres viennent se raconter, seuls en scène, dans une adresse au public assumée. » Dans un décor déglingué, post-cataclysme, des personnages témoignent, à tour de rôle. Anouk Grinberg interprète, avec subtilité et sans pathos, une femme qui ne se remet pas du suicide d’Igor, son fils de quatorze ans. Que s’est-il passé ? Il ne comprenait plus son pays ; ce n’est pas ce qu’il avait appris à l’école…

 Anna, non plus (Evelyne Didi). Née dans un goulag et élevée dans un orphelinat, elle n’a vu sa mère que de loin et se souvient des mauvais traitements infligés au pensionnat. Mais elle vénère encore le drapeau rouge, sa boussole et son étendard, quoiqu’il arrive. Son fils, lui, a pris du galon comme aviateur militaire. Maintenant, il fait des affaires et est fortuné, comme ses camarades mais constate qu’il y a des pauvres et des riches…  On entend aussi Valentina, (Maud Wyler) qui raconte l’horrible agonie de son mari, pompier à Tchernobyl. Un vieux militant (André Wilms) clôt le spectacle, avec une grande humanité et on est au bord des larmes à l’entendre évoquer le Parti Communiste qu’il a intégré tout gamin. Il garde dans son cœur cet idéal, malgré les vexations qu’il a subies et les erreurs du Régime. Morte, l’utopie ? Il la défend encore, dur comme fer…

 A travers ces mots, se dessine le portrait d’un pays qui s’écroule et qui n’a pas encore trouvé ses nouveaux repères. Il fallait des comédiens de grand talent pour gommer cette impression de “défilé“, de passage en revue. On a encore en mémoire le  travail choral et stylisé de Stéphanie Loïk dont la mise en scène, à partir de ce même livre, démultipliait les voix (Voir Le Théâtre du Blog). Cette version, très différente, repose sur la performance remarquable de chaque acteur. Un travail sonore accompagne avec subtilité tous les registres de l’émotion. Mais était-il bien nécessaire d’illustrer les paroles avec des projections vidéo redondantes,  avec sur le plateau, un amas de décombres ?

Mais on ne regrette pas d’avoir entendu ces «hommes et femmes rouges », de la couleur douloureuse de leur drapeau: «Notre superbe drapeau rouge/ Rouge du sang de l’ouvrier (bis)». Et d’avoir partagé leur souffrance et leur nostalgie. Il faut aussi lire Svetlana Alexievitch qui nous parle de l’Union Soviétique telle qu’elle a été vécue par des millions de gens, loin de la vitrine frelatée et prétentieuse que Dau nous en proposait dernièrement (voir Le Théâtre du Blog).

 Mireille Davidovici

 Spectacle créé du 8 au 17 février, aux Gémeaux, 49 avenue Georges Clémenceau, Sceaux (Hauts-de-Seine). T. :01 46 61 36 67.

Le 26 février, L’Olivier, Scène conventionnée, Istres (Bouches-du-Rhône).
Le 8 mars Le Rayon vert, scène conventionnée, Saint Valéry-en-Caux (Somme) ; le 15 mars, L’Arc-Scène nationale, Le Creusot  (Saône-et-Loire ); le 19 mars Espace Diamant, Ajaccio (Corse).
Du 12 septembre au 2 octobre, Théâtre des Bouffes du Nord, Paris Xème, avec deux spectacles d’Emmanuel Meirieu. A 19h, Les Naufragés et à  21h, La Fin de l’homme rouge.

 Le livre est publié chez Actes-Sud, dans la traduction de Sophie Benech.

Dans la peau de Cyrano de et par Nicolas Devort, direction d’acteurs de Clotilde Daniault

 

Dans la peau de Cyrano de et par Nicolas Devort, direction d’acteurs de Clotilde Daniault

photos-cyrano1-300x199Il ne s’agit pas, malgré le titre, d’une nième version de Cyrano de Bergerac. L’oeuvre d’Edmond Rostand  sert ici de prétexte à ce solo et en sous-tend l’argument: «Le point de départ, explique Nicolas Devort, est mon envie de parler du personnage et des valeurs qu’il véhicule: abnégation, courage, élégance, courtoisie, verve, panache… » Tout le contraire du héros principal, Colin, un adolescent mal dans sa peau qui, grâce au théâtre et au rôle de Cyrano qu’il doit interpréter, va sortir de sa coquille.

 Colin a du mal à s’intégrer dans son nouveau collège: les autres lui font peur et il se sent différent des machos et fiers à bras. Nicolas Devort endosse tous les personnages : Colin, le professeur mais aussi une panoplie d’élèves, le hâbleur, le rigolard, le snobinard, la minette (dont  l’adolescent est secrètement amoureux), etc. Il passe avec talent de l’un à l’autre en changeant radicalement de posture et entraîne le spectateur dans un jeu véloce en créant une sorte de complicité.

On s’attache à cette histoire où le théâtre apparaît comme un moyen de résilience : «Le fait de placer mon propos dans le monde de l’adolescence me permet d’aborder de façon quelque peu exacerbée les thèmes fondamentaux qui nous construisent : la confiance en soi, le regard d’autrui… Le fait d’entrer dans la peau de Cyrano, dit Nicolas Devort, permet à Colin de s’accepter et se libérer de lui même. »

Bien écrit et interprété avec talent, ce solo a de quoi séduire un public de tout âge : il se joue depuis cinq ans à Paris et en tournée. Une version anglaise présentée tous les mardis permet d’envisager des représentations à l’étranger. Comédien, musicien, auteur-metteur en scène, Nicolas Devort signe ici le cinquième spectacle de sa compagnie Qui Va Piano. Le plateau nu et le texte plutôt minimaliste laissent toute sa place au corps de l’acteur, dirigé par Clotilde Daniault. Une belle performance.

Mireille Davidovici

Jusqu’au 27 mars, Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, Paris VI ème, T. : 01 45 34 57 34.

Le 12 mars, Bailly-Romainvilliers (Seine-et-Marne); le 15 mars, Saint-Marcel-lès-Valence (Drôme); le 21 mars,  Mayenne (Mayenne) et  le 28 mars, Nantes (41).
 Le 2 avril au Pecq (Yvelines); le 4 avril, Saint-Didier-sur-Chalaronne (Ain); le 5 avril, Francheville (Rhône); le 6 avril, Faverges (Haute-Savoie)) ; du 10 au 12 avril, Fribourg (Suisse) ; le 14 avril à la Communauté de Communes des Deux Rives (Seine-et-Marne); le 20 avril à Mazan (Vaucluse); le 25 avril, Foussais-Payré (Vendée) et le 26 avril, Landevieille (Vendée).
Les 2 et 3 mai, Dubaï (Emirats Arabes Unis); le 17 mai, Craon (Mayenne); le 24 mai, Gien (Loiret).
Le 7 juin,Châtenois (Vosges) ;  le 13 juin,Bruz (Ille-et-Vilaine) ; le 14 juin, Louveciennes (Yvelines).
Le 13 octobre, Willems (Nord) ; le 15 octobre, Haubourdin (Nord) ; le 16 octobre, Comines (Nord).
Le  19 novembre, Franconville (Val-d’Oise).

Pour en revenir à DAU

©SIPA

©SIPA

Pour en revenir à DAU ou      D.C.A.O. (Derniers Commentaires Avant l’Oubli?)

 
Nous avons pu réussir à enfin voir vendredi dernier après avoir tant bien que mal rempli sur Internet, la fiche d’inscription réservée aux journalistes et à vrai dire assez dissuasive. A 8 h 30 du matin, muni d’un passe obtenu sans aucune difficulté par des jeunes gens aimables et souriants au kiosque édifié pour la circonstance place du Châtelet, nous avons pénétré d’abord au Théâtre de la Ville actuellement en travaux (photo ci-dessus). Très bien accueillis et dirigés vers des cabines au sous-sol où on diffusait les séquences des films projetés dans d’autres salles mais non retenues au montage.

Une jeune femme nous observait discrète mais très présente, et plus loin, un gardien impassible assis les mains sur les genoux rappelant étrangement celui de La Classe morte de Tadeusz Kantor et un couple était absorbé par la contemplation d’un tableau… Des mannequins hyper-réalistes en résine comparables aux sculptures de Duane Hanson!  Puis nous nous avons pu voir la plus grande partie d’un film remarquablement bien joué avec de belles images, tourné dans un appartement. Mais dont la personne à l’entrée de la salle n’a pu nous donner le titre. Il retraçait avec de vrais acteurs, les retrouvailles entre une jeune femme grecque et un ingénieur russe. Aux dialogues doublés… par une seule et douce voix féminine comme cela se faisait souvent en U.R.S.S. mais sans que cela nuise bizarrement à leur qualité et parfois très proches de ceux de François Truffaut.

©PHILIPPE LOPEZ/AFP

©PHILIPPE LOPEZ/AFP

Dans la grande salle du Théâtre de la Ville vidée de tous ses sièges: impressionnant! un autre film mais qui se finissait. Dommage! Puis nous sommes monté dans les anciennes loges d’artistes tout en haut du théâtre où étaient reconstitués les petits appartements communautaires de l’ère soviétique avec des personnes vivantes. Et nous serons moins sévères que Jacques Livchine (voir Le Théâtre du Blog). Sans doute, cela a-t-il déjà été fait depuis longtemps en France mais cette immersion quasi-ethnologique remarquablement réalisée, séduisait nombre de jeunes gens ravis de cette ballade dans un monde dont ils n’avaient qu’une très vague connaissance…Vêtements tristes et de médiocre qualité comme les meubles et rideaux d’époque, cuisine communautaire avec plusieurs petits éviers en fer émaillé, couloirs encombrés de séries de bottillons en mauvais cuir, cuvette par terre remplis de linge trempant dans une eau sale… Une visite que l’on n’oublie pas…

Au théâtre du Châtelet, on entre quasiment comme dans un moulin et sans aucun véritable contrôle, et même avec son téléphone portable. Après avoir monté et descendu nombre d’escaliers en sous-sol, nous arrivons à un accueil où une jeune femme explique gentiment aux visiteurs le mode d’emploi. Là aussi, des cabines individuelles mais celles où on  pouvait être écouté,  étaient déjà occupées. Et le petit film porno entrevu quelques minutes valait en qualité ceux de l’Occident, c’est à dire.. pas grand chose. Il y a avait aussi  un bar-boutique porno avec des vidéos  en boucle sur grand écran: aucun intérêt sinon dans une scénographie très réaliste et théâtrale: éclairage feutré vulgaire, poupées gonflables accrochées aux murs, vitrines protégées par des grillages avec sur les rayons: lingerie, films, godemichets variés, etc. La nuit commençait déjà à tomber et il y avait une longue file d’attente autour de la place du Châtelet (surtout de jeunes gens  sans doute curieux de voir autre chose qu’un spectacle de théâtre). Bref, l’immersion et le participatif sont dans l’air depuis saisons…

Sans doute le matraquage médiatique -surtout dans le métro parisien- était-il assez insupportable, sans doute aussi le coût monumental de l’opération n’a rien de sympathique ( surtout quand cela se passe dans deux établissements subventionnés par la Mairie de Paris, avec un prix  d’entrée  dissuasif, sauf pour les moins de vingt-six ans: 20 €) . Sans doute y-avait-il eu au départ de cette énorme opération mal rodée, une information réelle très approximative. Et, ici,  une connaissance, même limitée de la langue russe, n’était pas un luxe… Mais à écouter à la sortie les jeunes visiteurs qui, eux, n’avaient aucun préjugé, c’était une opération sinon vraiment réussie mais du moins très intéressante. A condition bien sûr, de bien vouloir entrer dans le jeu et de n’avoir pas de regard clinique ou méprisant.

Pour notre part, nous n’avons pas regretté cette visite, même si, du fait d’un temps compté et d’un  programme  mal affiché, nous avons finalement vu peu de choses et c’était donc frustrant.

Philippe du Vignal 

***************************************************************************************************************************************************************************

©Phenomen

©Phenomen

Gérard Conio, correspondant du Théâtre du Blog et grand spécialiste de la littérature et de l’art contemporains en Russie où il vécut quelque vingt ans, y a, lui, passé beaucoup de temps dans DAU, et a été souvent séduit. Il dit pourquoi -et très franchement- ci-dessous… C’est un article sans doute polémique  et un point de vue socio-politique avec lequel  on n’est pas obligé d’être d’accord…
Ph. du V.

On ne s’étonne pas de l’accueil assez réservé fait à DAU, une manifestation artistique du réalisateur russe Ilya Khrzhanovsky, par une presse qui reflète rarement une autre opinion que celle de ses commanditaires. Les régimes se suivent et se ressemblent ! Et il y aurait un parallèle à établir entre la servilité et les stéréotypes des médias français en général,  et ceux des rédacteurs du quotidien russe La Pravda envers la ligne générale. Ce dénigrement,  pas unanime heureusement, nous rappelle que toute initiative portant l’estampille russe suscite une sorte de réflexe de Pavlov bien ancré en France…Et on peut supposer que certains auteurs d’articles récemment parus dans la presse papier quotidienne n’ont jamais entendu parler de Landau, grand scientifique et prix Nobel 1962, des charachkas, ces laboratoires secrets où un millier de scientifiques, d’ingénieurs et  techniciens travaillaient,  dont l’ingénieur aéronautique Andreï Tupolev… ou le futur écrivain Alexandre Soljenitsyne.

Et ils ignorent sans doute qu’il y avait une vie et une civilisation soviétiques qu’on ne peut assimiler exclusivement au Goulag.  Ils sont donc peu capables d’avoir un avis pertinent sur la reconstitution des appartements communautaires, les performances, conférences et installations et concerts, comme sur les quatorze films présentés en boucle au Châtelet, au Théâtre de la Ville et au Centre Georges Pompidou. D’où le plus souvent des jugements expéditifs fondés sur des critères futiles, sans jamais que soit posée la question du sens. Il aurait au moins fallu qu’ils s’interrogent sur les vraies questions posées par cette reconstitution de l »homo sovieticus » à travers le personnage de Landau, prototype d’une classe d’intellectuels de haute volée et dont le destin exprime la terrible ambiguïté d’une expérience totalitaire.  

 Pour  qui a connu ce régime autrement que par les slogans, il est consternant de voir que la police de la pensée est encore aujourd’hui plus puissante que le devoir élémentaire pour un journaliste d’éclairer le public. Les films de DAU montrent, entre autres, une société sous surveillance. Et logique: les chiens de garde de notre propre société de surveillance, celle que dénoncent les gilets jaunes, ne les trouvent pas à leur goût. Mais on ne saurait limiter aux médias le rejet de cette expérience qui est avant tout une expérimentation, une mise à l’épreuve de chaque spectateur face à lui-même et où on teste sa faculté de jugement. Les grands journaux français (je ne parle évidemment ici que d’eux) sont parfois d’une grande médiocrité dès qu’il s’agit de mettre au ban de la société, tout ce qui échappe à la norme. Comme dans leur traitement des Gilets Jaunes dont l’importance est sans commune mesure avec celle de DAU. Mais ces manifestations de rue offrent  certaines analogies avec ce happening issu d’une autre sphère qui est en effet, selon nous, une forme d’art qui joue du second degré, de la parodie, de l’artifice, de l’ambiguïté, du paradoxe, voire de la contradiction et qui ose franchir les frontières du sens commun pour dévoiler les mystères de l’Etre…

©HILIPPE LOPEZ / AFP

©HILIPPE LOPEZ / AFP

Mais nous avons retrouvé pendant ces trois semaines de compagnonnage avec DAU, la même ligne de démarcation que pendant les vingt années passées là-bas sous le régime soviétique. Vladimir Nabokov dénonçait dans le bolchevisme, non pas la volonté révolutionnaire mais bien l’esprit petit-bourgeois qui dort en chaque citoyen socialement dressé. Et un éternel monsieur Prudhomme s’est encore manifesté à propos des récents événements qui ont défrayé la chronique artistique: DAU et socio-politique avec les Gilets Jaunes. Pas d’amalgame à des fins polémiques: nous nous n’irons plus loin dans ce rapprochement pourtant dicté par l’actualité. Et comparaison n’est pas raison. Mais DAU nous aura sortis pendant un entracte trop court, des pesanteurs de la vie ordinaire. Les bien-pensants et les mauvais esprits ont cru déceler, mais à tort, une soumission sectaire dans la prévenance des jeunes garçons et filles chargés d’aiguiller les visiteurs fascinés par cette reconstitution d’un monde qui, sinon, serait peut-être à jamais englouti dans l’oubli collectif, si le réalisateur russe Ilya Khrzhanovsky n’avait eu l’audace de le faire renaître d’un passé, non seulement aboli mais diabolisé.

Mais il fallait accepter de s’immerger dans un chaos organisé. Et Grisha Bruskvin, artiste et peintre russe né en 1945, partageait cette opinion dans la conférence à deux voix  que nous avons faite sur L’Avenir de l’art contre les masses et lui, sur son « installation plastique Le Pouvoir et la foule. Grisha Bruskvin reconnaissait, plus que son épouse, être sensible à DAU et dans son livre sur L’Imparfait du temps passé, il a apporté un même regard, teinté d’humour sur des réalités dont il a été victime comme beaucoup d’autres. Mais il n’a pas renié une enfance et une jeunesse marquées par une utopie qui avait, au moins, le mérite de vouloir changer la vie des masses, en les tirant d’un asservissement séculaire. ce que l’on oublie trop souvent.

 Gérard Conio

Kyoto Forever 2, texte et mise en scène de Frédéric Ferrer

Kyoto Forever 2 , texte et mise en scène de Frédéric Ferrer

 avant-la-cop21-kyoto-forever-2-rechauffe-le-coeur,M277602La compagnie Vertical Détour a eu l’excellente idée de reprendre ce spectacle qui reste d’une actualité brûlante: la température de notre planète croît encore et toujours, depuis le Sommet de Kyoto -le premier du genre- sur le climat. Frédéric Ferrer nous convoque à une réunion dans trois ans  pour préparer la COP 28 à Shanghaï  (en anglais: Conference Of Parties). Cette réunion a lieu sur l’île Maurice qui sera bientôt submergée par la mer, si rien n’est fait ! 

 Les délégués des pays représentés (Chine, Union Européenne, Congo, Brésil, Etats-Unis, Russie, Iran) ont cinq jours, sous la houlette d’un sympathique président de séance, pour trouver un accord et sauver le monde. Malgré la cacophonie des langues et les dysfonctionnements de la traduction simultanée, ils ont au moins  décidé de s’exprimer dans une langue commune : le français. Mais cela suffira-t-il ?

 Bien entendu, les points de vue divergent. L’Iran, représentant l’O.P.E.P.  (Organisation des pays exportateurs de pétrole) veut continuer à puiser et à vendre son or noir. Le Congo réclame, lui, son droit à la croissance énergétique, l’Afrique n’étant pas responsable du réchauffement climatique entamé par l’Occident à l’orée du XX ème siècle. Le Brésil préservera ses forêts d’Amazonie, poumons de la planète, à condition qu’on le paye en contrepartie. Les représentantes de la Chine et des Etats-Unis s’engueulent.  Et celle de l’Union Européenne refuse tout compromis…

On perd beaucoup de temps en compliments et remerciements, et encore plus à éplucher les 148 pages du texte. On pinaille sur des virgules et des adverbes, et, plus grave, sur les pourcentages d’émission de C02. Plus on s’agite moins, on arrive à un accord… Heureusement, il y a des suspensions de séance : des petites récréations, ce qui n’empêche pas ce petit monde de se chamailler à propos de l’extinction du dodo,  un petit oiseau de l’île Maurice. Frédéric Ferrer, tel un monsieur Loyal, en profite pour mettre son grain de sel.

Image de prévisualisation YouTube

 Comme pour ses autres spectacles, l’auteur-metteur en scène s’est beaucoup documenté. Il s’est inspiré des conférences tenues après l’échec retentissant de celle de Copenhague en 2009.  Kyoto Forever 2 date de 2015 : à l’époque, la COP 21 venait de se tenir à Paris et les résultats s’avéraient décevants. En effet, malgré le grand nombre de pays signataires, ces accords n’étaient pas contraignants. Depuis, Frédéric Ferrer a du mettre le spectacle à jour.. car les Etats-Unis de Donald Trump se sont retirés et le Brésil s’apprête à les suivre…

Pour autant, cette conférence, malgré les atermoiements et querelles enfantines, n’a rien d’ennuyeux : on assiste ici à une vraie comédie. Fréderic Ferrer joue sur les personnalités et les accents des huit comédiens venus de plusieurs continents et orchestre un ballet incessant et tendu où il se moque de la langue de bois et des postures politiques. L’humour : un outil  avec lequel on peut, sans donner de leçons, lancer l’alarme… La situation est grave et le théâtre, à défaut de changer les choses, peut toujours alerter le monde. Et quel plaisir de partager cette heure quarante d’intelligence pétillante ! Si d’autres pièces de la compagnie Vertical Détour passent près de chez vous, faites le détour. 

Mireille Davidovici

Jusqu’au 23 février, Le Monfort-Théâtre, Parc Georges Brassens, 106 rue Brancion, Paris XV ème. T. : 01 56 08 33 88.

Le 26 avril,  Le Manège, Maubeuge (Nord).

Les Analphabètes,d’après d’Ingmar Bergman, mise en scène de Gina Calinoiu et Lionel Gonzàlez

Les Analphabètes, librement inspiré de Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman , mise en scène de Gina Calinoiu et Lionel González

© Charlotte Corman

© Charlotte Corman

Dans cette création de la compagnie du Balagan’ retrouvé, Marianne et Johan forment un couple modèle, de ceux qu’on invite volontiers à dîner : avec eux, aucun risque de scène de ménage ou de scandale, et on reste donc en bonne compagnie. Seulement voilà, un jour Johan vient annoncer à Marianne qu’il a rencontré quelqu’un: Paula. « Elle est, dit-il, complètement folle mais je ne peux vivre sans elle et je pars demain. » Le ciel tombe sur la tête de l’épouse et mère de leurs deux filles. S’enclenche alors le processus classique vers le divorce, un parcours cahotant qui passe par la résilience, les pseudo-réconciliations, la repentance de l’époux, aussitôt démentie, la complicité retrouvée, jusqu’à la violence et aux coups.

On a reconnu le couple du film Les Analphabètes (1973) d’Ingmar Bergman joué par Liv Ullmann et Erland Josephson. Gina Calinoiu et Lionel González sont à la fois les dramaturges, metteurs en scène et acteurs. Ils pratiquent, comme beaucoup de collectifs, l’écriture de plateau mais avec une radicalité qui donne ici un résultat exceptionnel. Il y a une grande différence entre parler de soi en se servant de ce que nous dit par exemple Roland Barthes, et le fait  de se plonger dans une œuvre, de se l’incorporer, au point de la réécrire dans son esprit, dans sa vitalité. Quand on finit par parler de soi, on touche à l’universel.

La formule commode « librement inspiré de »… dit vrai: Gina Calinoiu et Lionel González ont pris la liberté de se placer à la racine de la création d’Ingmar Bergman et se sont concentrés sur les emblématiques Marianne et Johan. Ils ont mis hors-champ les autres personnages comme le couple ami qui trahit Marianne et comme surtout Paula qui finit par n’être plus qu’un énorme fantasme destructeur… Ces acteurs ont déjà travaillé ensemble, entre autres dans les ateliers d’Anatoli Vassiliev et ont tous les deux d’autres carrières, collaborent à d’autres créations. Ce qui les met dans une situation idéale pour jouer ces personnages. Ils sont différents: lui, très “à la française“ souligne légèrement le trait;  elle, de l’Ecole roumaine (elle est membre permanent du Théâtre National Marin Sorescu à Craiova, entre autres). Mais, lancés dans la même énergie, ils parlent le même langage.

Cela donne un spectacle jubilatoire, souvent drôle et touchant mais parfois glaçant quand on assiste au déclenchement de la violence masculine du genre: « Je t’ai quittée, trompée, mais tu m’appartiens. »Dans la comédie classique, tout finit par un mariage mais Ingmar Bergman et Le Balagan’ retrouvé s’occupent de ce qui suit. Et des questions qu’on oublie de se poser, en “analphabètes“ des sentiments. De quoi est fait l’amour durable ? Qu’est-ce qu’un couple ? Quel est le lien qui ne se défait pas, même quand l’un et l’autre ont refait leur vie comme on dit ?

Un troisième personnage donne au spectacle une note de fantaisie et de tendre ironie qui contribue beaucoup à son charme : Thibaud Perriard, batteur, percussionniste, bricoleur de piano et chanteur modeste. Il regarde les protagonistes avec la bienveillance un peu distante de celui qui échappe à ces guerres et tourments. Relais entre le public et la scène, il nous prend à témoin, en laissant entendre, sans un mot mais avec une musique légère, le constat navré d’Anton Tchekhov «Comme vous vivez mal, messieurs ! » Cela concerne aussi les femmes, on ne peut l’oublier…

Bref, un spectacle à voir,  d’abord pour le plaisir d’admirer un travail exceptionnel de comédiens, même si la pudeur nous interdit de nous reconnaître dans les tourments et les découvertes de Marianne et Johan…

Christine Friedel

Théâtre Gérard Philipe,  Saint-Denis, (Seine-Saint-Denis), jusqu’au 24 février. T. : 01 48 70 00.

 

Aux Arts citoyens, Université citoyenne des arts de la rue à Limoges

Mairie_de_Limoges_depuis_la_gareAux Arts citoyens, Université citoyenne des arts de la rue à Limoges

La Fédération des Arts de la rue organise comme chaque année une rencontre sur plusieurs jours  avec  différentes tables rondes. Les intervenants sont des responsables culturels représentant des régions, villes ou départements, avec parfois des observateurs ironiques comme Jean-Michel Lucas, alias Kasimir Bizou. La première journée est consacrée à: Nouvelles régions, nouvelles politiques culturelles pour les arts de la rue et la deuxième à: Du local à l’international, quelle politique culturelle pour la création artistique en espace public? On évoque les résidences au long cours et les appels à projets innovants inter-générations…

Jean-Michel Lucas évoque la fusion de trois Régions: Rhône, Alpes, Auvergne, ce qui rend les choses compliquées.  En Aquitaine, des acteurs volontaires se sont réunis pendant dix huit-mois, il y a eu cinquante réponses à l’appel à projet et quatre-vingt volontaires dans la Région … Fin 2014, des ateliers de travail sur les friches industrielles ont aussi été organisés. Mais aucune réponse ne put être donnée sur la politique culturelle de la future grande Région. Fin 2017, après trois journées de conférences, le rapport en janvier 2019 a été adopté sans aucune nouvelle mesure.

Un metteur en scène évoque « l’étrange mariage entre la Bourgogne et la Franche-Comté. Il y a de nouveaux dispositifs en région pour les auteurs de théâtre, les cinéastes et les créateurs d’arts visuels. La culture fait partie de rayonnement d’un territoire, c’est une dimension de l’action publique. Comme pour les Scènes Nationales, il devrait y avoir des projets itinérants. »
En 2014, Limoges a changé de majorité: les socialistes succèdent aux Centre-Droite. La ville n’est plus la capitale de la plus petite Région de France, au profit de Bordeaux.

André Vincent, directeur depuis 2011, des Affaires culturelles de Givors  (Agglomération de Lyon) qui est très intéressé par les arts de la rue, parle de sa ville, pauvre et fortement marquée par la désindustrialisation mais qui dispose d’équipements culturels. Grégory Gendre, maire de Dolus (17.550 habitants) dans l’île d’Oléron où a lieu un festival d’arts de la rue, a dû signer un permis de construire (1.750 m2!) pour un Mac Do. Forcé par la décision de la cour administrative d’appel de Bordeaux. « Dans une île, on est très à cheval sur l’écologie et le bilan carbone de cette implantation est énorme. Et Mc Donald’s a refusé d’utiliser les tomates et le poisson de l’île d’Oléron. » (…) « Après Aubierre (Puy-de-Dôme), Dolus est la deuxième collectivité où une personne morale extérieure impose un aménagement du territoire sans prendre en considération ses impacts à court, moyen et long terme.»

André Brouille, maire de Décines (Agglomération de Lyon) a monté un projet d’accompagnement de théâtre et il a récemment accueilli la compagnie des Bains Publics avec une installation participative regroupant des balnéo-stations (voir Le Théâtre du Blog). Sophie Bardet, conseillère-théâtre de la D.R.A.C. à Poitiers essaye, elle, de monter un Centre des Arts de la Rue dans la nouvelle Région Nouvelle-Aquitaine. Isabelle Jans, directrice de l’association des arts de la rue, des arts du cirque et des arts forains établie en Wallonie-Bruxelles, essaye de favoriser  son développement mais a du mal à monter de nouveaux projets, bien qu’il y ait des bourses pour l’aide à la création.  Elle a accueilli le chorégraphe et artiste performeur Zora Snake, figure emblématique de sa génération dans son Cameroun natal et en Afrique. «Entre les lignes d’une chorégraphie, dit-il, se dessine une dramaturgie juste et sincère dans un espace vide, brute ou remplie »D’où l’idée de comment transformer l’espace public en scène de révolution artistique par la danse d’aujourd’hui. » (…) « Donner une autre image à l’espace public, c’est le penser artistiquement aussi. C’est semer une graine et arroser, c’est veiller à sa racine et sa tige, afin qu’elle puisse produire des fruits naturels bénéficiant à tous. »

Le Belge Luc Carton dit qu’il partage son exotisme avec d’autre pays. Pour lui, « la Belgique s’est construite par défaut et Bruxelles est la capitale la plus populaire du monde occidental. La politique francophone belge est modeste mais l’éducation populaire est notre premier budget et le deuxième,  celui  des centres culturels. Mais la dimension culturelle des droits humains est oubliée. Il faut exprimer notre vision du monde, délibérer, arbitrer. Nous avons travaillé avec Franck Lepage, nous en avons marre de perdre notre vie, à la gagner…Le sens de la vie sociale est remis en cause. Il y a un retour du religieux, de l’archaïque, du patriarcat, une privatisation. Les hôpitaux, les écoles ont besoin de citoyens qui réfléchissent, la culture doit sortir de ses murs, Luc Carton expose sa conception du projet participatif. Il y un rapport entre travail et emploi. La société repose sur le plein emploi. Un dessin, une danse, un pied de nez, on réutilise perpétuellement les mêmes mots remaniés. Il faut mettre à bas la prédominance de l’argent. Comment introduire la production écologique dans la culture. Les Centre Nationaux des Arts de la Rue ont avorté:  il faut donc changer de ressources et faire en sorte que les gens aient le droit à la parole. A quelles conditions, est-on réellement participatif ? Si c’est du socio-culturel, ce ne serait pas de l’art ! La hiérarchie et les droits culturels, est-ce compatible? Non ! Comment faire pour trouver le cadre? Il faut explorer les territoires, construire un parcours symbolique et accepter les rapports sociaux. »

Pour Jean Digne, ancien directeur de l’Association française d’action artistique, « il faudrait remplacer le ministère de la Culture par une O.N.G. et chercher le point G du théâtre. Les droits culturels sont une résurgence du XIX ème siècle. Au lendemain de la deuxième Guerre mondiale, il y a eu la création des Maisons des Jeunes et de la Culture. La démocratie est gravement menacée, comme la construction européenne. Le partage du monde entre économique, social et culturel doit être contesté! »

L’autobus d’Hélène qu’elle emmène dans les villages de Franche-Comté (voir Le Théâtre du Blog) cherche à établir du lien social depuis plus de trois ans mais n’a ni lieu ni subvention. Les gens n’auraient-ils plus envie de rencontre ni de partage: «Ce n’est pas l’objet final qui compte, dit-elle, mais la rencontre; j’ai besoin d’appendre à vivre avec les autres !» Luc Carton reprend: «Sortons du patriarcat, l’époque est mûre, le mouvement est plus ascendant que descendant. Dans l’espace public, on rencontre ceux qu’on ne connaît pas. La participation est un poison pour l’esprit, il faut faire exploser ce mot égalité, le droit permet d’indexer la manière dont on peut faire œuvre ensemble. Vendre sa force de travail à quelqu’un qui en dispose, n’est plus d’actualité. Avec la massification des diplômes, nous sommes plus cultivés et nous pouvons faire beaucoup plus dans l’espace public et devenir auteur là où on est. »

Jacques Livchine proclame: «Invente ou je te dévore! » « Notre société se vautre dans le lit de l’économie. Ici, on se passe de hiérarchie,  on choisit le meilleur!  Dans une coopérative, il n’y a pas de hiérarchie de jugement, il faut mettre le maître en absence… Nous devons redéfinir la richesse, ne pas avoir une réponse mais partir avec une question. Comment changer le monde ? Qu’est-ce qui plaît à mon cœur?  Prendre soin des amorces et collectionner les fables. S’interroger sur toutes les assignations de genres, de places. Faire tomber les hiérarchies. Raconter l’expérience collective. »

Jacques Livchine évoque aussi le travail de son Théâtre de l’Unité avec le Cercle des Idioties dans Etouvie, un quartier au Nord-Est d’Amiens, sensible mais calme, enclavé entre la Somme et la route d’Abbeville. En 2007, au cours d’une soirée orchestrée par le Théâtre de l’Unité, des centaines d’habitants avaient attendu l’implosion imminente (bidonnée bien sûr, vu la grande proximité du public!) de l’immeuble de la Tour bleue,  avant une rénovation urbaine. En  2009,  Jean-Pierre Marcos, le directeur du Pôle régional cirque et arts de la rue à Amiens, avait  rappelé que « travailler dans l’espace public nécessite d’être attentif à l’évolution de la ville, notamment sur le plan urbanistique. Telle artère, occupée par des spectacles le temps d’un festival, devient zone piétonne quelques années plus tard. » Le Théâtre de l’Unité a aussi monté il y a trois ans un Parlement de rue qui s’est joué vingt-trois fois dans des villes différentes: quelque dizaines de propositions de loi ont été ainsi examinées.

Sébastien et Elise retracent l’histoire de l’intermittence créée en 1936 pour les techniciens et cadres du cinéma. En 1939, on crée la caisse des congés-spectacles. En 1958, l’assurance chômage et l’UNEDIC. Puis dix ans plus tard, l’annexe VIII pour les artistes du spectacle vivant. Et en 1972, le régime de l’intermittence pour le chômage. En 2003, on était indemnisé 10,5 mois pour 507 heures qui donnaient 243 jours d’indemnisation. Avec Emmanuel Macron, on repart sur la C.S.G. Le gouvernement  donne 3.900 € pour  douze mois flottants. » (…) « Le gouvernement veut faire des économies  de quatre milliards  sur le chômage. La crise des gilets jaunes nous a sauvés et nous sommes indemnisés sur cinq cent sept heures pour douze mois et pour 3. 900 €. Mais pas de cumul des congés payés et des indemnités chômage. Les règles d’indemnisation se sont dégradées et on a changé les règles du jeu. »

Au cours de la deuxième journée, on propose de redéfinir la richesse. Avec quatorze questions comme entre autres:  le 1% accordé aux travaux publics : Valérie de Saint-Do travaille  à un livre blanc sur la transformation des espaces publics.
La construction d’une œuvre avec les habitants: à Montpellier,  une campagne réussie de cartes postales. Il faut établir une  relation, déterminer les enjeux et les objectifs, aller aux rendez vous à trois, faire un compte rendu écrit, trouver un compromis. L’Etat n’est pas prêt à partager le pouvoir. 

Atelier de spectacle vivant : Les femmes sont moins payées que les hommes. Il faut se poser la question du genre: qu’est-ce qu’un homme, qu’est-ce qu’une femme ?
Mettre en place une journée du matrimoine. Quand on ne s’inquiète plus de leur sexe, on commence à s’inquiéter de ce qu’elles ont dans la tête! Le problème de la disparité hommes-femmes. On cite Karl Marx: «Les circonstances créent l’homme, à l’homme de créer les circonstances ! »

Paul Ariès, journaliste et politologue, un des penseurs contemporains de la décroissance, évoque la gratuité. « Elle répond, dit-il, à l’urgence sociale et écologique et offre le moyen de terrasser les quatre cavaliers de l’Apocalypse qui menacent l’humanité et la planète: marchandisation, monétarisation, utilitarisme et économisme. Elle nous propulse vers un au-delà des logiques de besoins et de rareté. La gratuité que nous devons défendre, relève d’une construction. Économique, d’abord: l’école publique est gratuite mais l’impôt la finance. La gratuité libère le service du prix, pas du coût. Culturelle, ensuite : il ne s’agit pas de promettre une liberté sauvage d’accès aux biens et aux services, mais de l’adosser à des règles. » (…) Les arts de la rue peuvent être un laboratoire de jouissance. L’être humain est un être social. La solution n’est pas du côté du « toujours plus ». Il faudrait mobiliser trente milliards par an pour réduire la pauvreté, soit  y consacrer autant que coûte le gaspillage alimentaire aux Etats-Unis. »

« On devrait créer, poursuite Paul Ariès, un observatoire de la gratuité dans l’ensemble de la sphère publique pour l’eau et les services culturels. » (…) « Si nous sommes démunis pour l’avenir, c’est en nous souvenant du passé ! Pour l’écologie, le mode de vie des puissants est indéfendable, il faut trouver une alternative, ne pas revenir en arrière mais faire des pas de côté. Au XX ème siècle, nous avons accordé trop de place à l’économie. Rien n’est désespéré mais il faut construire la gratuité au cœur des élections municipales. Il faut inventer un autre mode de vie pour une transition écologique impossible. »

Edith Rappopport

Ces Rencontres ont eu lieu les 12 et 13 février à Limoges (Haute-Vienne).

Petite balade aux enfers, texte et mise en scène de Valérie Lesort

Petite balade aux enfers, texte et mise en scène de Valérie Lesort

6A5B70A7-2295-48A1-9C45-F9248633E91FAprès neuf jours d’intenses répétitions, c’est une version iconoclaste et joyeuse d’Orphée et Eurydice de Gluck, avec la pianiste Marine Thoreau La Salle et le chœur de la maîtrise populaire de l’Opéra-Comique. Ils accompagnent Marie Lenormand (Orphée), Judith Fa (Eurydice) et Marie-Victoire Collin (Amour) dans une expérience scénique originale. Pour les incarner, trois petites marionnettes qui ont le visage des chanteuses. D’autres apparaissent, dont Zeus qui raconte la fable de cet opéra. Dans le petit castelet, construit pour l’occasion et  à la frise qui rappelle celle du cadre de scène de l’Opéra-Comique, les marionnettes sont manipulées selon la technique dite du théâtre noir: avec une forte lumière latérale, ce qui laisse invisibles les  intervenants habillés de noir.

Pascal Laajili a conçu les lumières et la scénographie, Valérie Lesort a fabriqué les marionnettes avec Sami Adjali, un ancien des Guignols de l’info qui est aussi manipulateur et Carole Allemand. Christian Hecq, de la Comédie-Française, prête sa voix à Zeus et à Amour, tout en animant lui aussi quelques pantins. Cette pièce en une heure s’inscrit dans le cadre de Mon premier festival d’Opéra où on invite le jeune public à franchir le seuil de cette institution. Quel que soit son âge, le public a salué ce spectacle burlesque et poétique qui pourrait facilement partir en tournée, vu la simplicité de son dispositif scénique. Une belle manière d’initier les enfants au plaisir du théâtre et aux œuvres lyriques…

Jean Couturier

Spectacle joué du 13 au 17 févier à l’Opéra-Comique, 1 place Boieldieu, Paris II ème. T. : 01 70 23 01 31. 

L’Impossible procès, devoir d’Histoire en Guadeloupe de Guy Lafages, adaptation et mise en scène de Luc Saint-Eloy

Photo Félix Denis  L'impossible procès Martinique 2

L’Impossible Procès, devoir d’Histoire en Guadeloupe de Guy Lafages, adaptation et mise en scène de Luc Saint-Eloy

En 1967, un grave incident raciste eut lieu à Basse-Terre, chef-lieu du département de la Guadeloupe. Et Max Jeanne s’en est inspiré pour écrire un roman poético-réaliste La Chasse au Racoon ponctué d’humour rabelaisien et qui transforma une confrontation en légende.Vladimir Snarsky, propriétaire blanc d’un magasin de chaussures lâcha son berger allemand pour chasser Raphaël Balzinc, un vieux cordonnier noir et handicapé qui installait son étal en face de son commerce. Znarsky, militant au parti gaulliste U.N.R., dit à son chien: «Dis bonjour au nègre ! Ce qui  fut à l’origine d’émeutes et de grèves à Basse-Terre et à Pointe-à-Pitre; le préfet fit déployer deux escadrons de gendarmerie.

Le caractère xénophobe du geste était évident et l’association entre chien et esclavage avait rouvert une blessure encore trop présente à la mémoire et évoquait des souvenirs pénibles. Et cela avait provoqué une émotion dans toute l’île et déclenché une colère anticolonialiste qui couvait depuis longtemps! Il y eut par la suite un soulèvement  des ouvriers du bâtiment, des débats publics, des articles dans la presse d’opposition et d’autres incidents qui inquiétèrent les autorités… On a parlé de trois morts, chiffre qui n’a jamais été confirmé. Mais, à la suite de ces violences, dix-huit Guadeloupéens, issus de toutes les classes de la société, furent traduits devant la Justice. Accusés de porter atteinte à l’intégrité du territoire français et de meurtre. Le procès  eut lieu du 9 février au 1er mars 1968.

À l’occasion du cinquantenaire de ce procès devant la dixième Chambre correctionnelle à Paris, Luc Saint-Eloy, auteur dramatique, acteur et metteur en scène mais aussi directeur artistique du  Théâtre de l’Air nouveau, a créé un spectacle inspiré des interventions authentiques prononcées les derniers jours du procès. Cette reconstitution, conçue par Guy Lafages et Luc Saint-Eloy, à partir des plaidoyers des avocats et des verdicts prononcés, est d’un grand intérêt historique. Elle rassemble en effet la population guadeloupéenne autour d’une période importante d’une histoire que les archives officielles existantes n’ont jamais permis d’élucider. Mais c’est surtout une création artistique où le metteur en scène  clarifie les opinions de l’auteur et impose une remise en question critique des rôles alors joués par les différentes structures alors au pouvoir en Guadeloupe.  

Photo Félix Denis

Photo Félix Denis

Dès le début, les différentes interventions sont annoncées sur écran et soulignent les thématiques qui seront abordées, pour casser l’illusion et mettre en valeur les éléments formels.  Cette suite de courts épisodes s’inspire de la dialectique chère à Bertolt Brecht et permet aux auteurs d’insister sur l’opposition entre les preuves de culpabilité présentés par l’accusation et la manière dont elle a pu falsifier des documents pour faire valoir son point de vue.    

Il en ressort  un doute profond quant à la véracité des propos tenus au fur et à mesure du procès, quant à la nature dite subversive du G.O.N.G (Groupement d’Organisation National Guadeloupéen). En montrant que le fait de choisir quelques lignes d’un article publié dans Le Progrès social, ou d’isoler un certain nombre de phrases de leur contexte ne  signifiait en aucun cas que cet article constituait une atteinte à l’intégrité du territoire national… Ainsi, l’avocat de la Défense balaye-t-il vite les arguments du Procureur! La dialectique brechtienne joue ici un rôle important et le metteur en scène impose une forme de réalisme critique teinté d’émotion.

La salle avec quelques  praticables reproduisant le lieu du procès, est sobre et sinistre; il n’y a guère ici d’émotion, exception faite des extraits de films réalisés à l’extérieur du Tribunal en métropole. Mais un groupe de militaires alignés aux côtés du Président de séance crée un malaise qui tourne vite au ridicule. Le Procureur de la République est joué par une femme (Carolin Savard) crispée, haineuse et caricaturale, sans humanité. En contradiction avec la sobriété du lieu, la vision épique de cette réalité est transformée par le regard critique des concepteurs. Mais les dix-huit inculpés placés derrière leurs avocats, juste en face du procureur, réagissent souvent comme un chœur, bruyant ou joyeux… Leur présence en impose et ils apportent des preuves incontournables.

Un extrait de film pour la télévision avec une journaliste à Paris qui explique le déroulement du procès qui va avoir lieu apporte une vérité certaine à la scène. Il y a des moments de réalisme critique,  comme savait en créer le grand metteur en scène allemand Erwin Piscator. Et l’ensemble du spectacle (scénographie et lumière de Stéphane Loirat) est ponctué d’actualités télévisées de l’époque. Avec des images sur écran des protagonistes de cette tragédie. Ce qui bouscule  notre perception et nous fait parfois tout remettre en question.     
Les contradictions entre réel et «réel critique» nous amènent à réfléchir sur l’évènement. Cela en devient même une  sorte de pédagogie associée à la fonction épique du spectacle. Certains acteurs, très connus dans la région, ont ainsi pu assumer leurs personnages sans une imitation réaliste, ce qui leur aurait permis de faire valoir leur jeu virtuose. Comme Marc-Julien Louka qui  imite Aimé Césaire, ou Eric Delors devenant le Félix Rodes puissant que tout le monde a entendu à la radio à la suite de son acquittement. Il y a aussi les interventions tonitruantes de Ruddy Sylaire qui joue maître Mainville-Darsières (1922-1998) un avocat martiniquais de la défense et ami de Frantz Fanon, encore plus  vrai que dans la vie. La puissante Isabelle Laporte, joue, elle aussi, une avocate. Et dans un numéro très réaliste, l’impeccable Théo Dunoyer interprète Gérard Lauriette (1922-2006), un pédagogue exceptionnel sorti Major de sa promotion à l’Ecole Normale, il décida à vingt ans d’échapper à «l’asservissement intellectuel du blanc». Et expulsé de l’enseignement public au motif d’aliénation mentale avant d’être mis à la retraite d’office à trente-neuf ans! Dans l’école privée qu’il fonda, il obtenu de très bons résultats.  Selon lui, l’enfant guadeloupéen devait partir de ce qu’il connaissait pour s’ouvrir à une autre langue et à une autre culture, il préconisa l’usage du créole en classe pour favoriser les apprentissages… Un personnage hautement théâtral mais qui n’avait rien à voir avec les accusations alors portées contre lui et qui chercha à divertir la Cour et le public. Il arrive sur scène avec les vrais survivants de cette tragédie qui se trouvaient déjà dans la salle…

Des ombres rougeâtres font sortir les personnages de leur passé mystérieux qui s’imposent alors comme des figures platoniciennes observant une vie autre,  celle qui dansait sur les murs de la grotte. Ils fascinent les spectateurs en leur prouvant que les avocats de l’Etat avaient essayé de prouver l’impossible : le lien entre les membres du  G.O.N.G  et le soulèvement qui avait alors bouleversé le pays.

 Il y eut récemment Delgrès, un spectacle-reconstitution du combat de Delgrès (une plaque en la mémoire  de ce Guadeloupéen a été placée dans la crypte du Panthéon à Paris : «Héros de la lutte contre le rétablissement de l’esclavage à la Guadeloupe, mort sans capituler avec trois cents combattants au Matouba en 1802. Pour que vive la liberté.» L’Impossible Procès est un autre moment important de théâtre politique qui clarifie les choses en contribuant à une réflexion sérieuse sur un événement historique de cette île française, si éloignée de la métropole.

Alvina Ruprecht

Spectacle présenté au Cinéstar-Les Abymes du 1 au 5 février, Z.A.C. de Dothémare, Parc d’activité La Providence, Les Abymes (Guadeloupe).

Ouvrage collectif de Guy Lafages, d’après Le Procès des Guadeloupéens, Editions L’Harmattan. Mé  ’67 de Raymond Gama et Guy Sainton : articles de presse et  documentation personnelle.

 

aSH conception, mise en scène d’Aurélien Bory, chorégraphie de Shantala Shivalingappa

 

aSH conception, mise en scène d’Aurélien Bory, chorégraphie de Shantala Shivalingappa

©Aglae Bory

©Aglae Bory

Le metteur en scène revient à La Scala dont il a inauguré la saison avec cette création de Montpellier-Danse 2018. Comme à son habitude, il a conçu aSH, au sein d’un dispositif scénique simple et impressionnant. L’immense châssis de papier kraft, enduit de laque noire appliqué sur un bâti sonorisé et électrifié, s’anime bruyamment et oppose à la danseuse sa masse sombre et menaçante, dragon mugissant qu’elle dompte par la puissance de ses gestes. Une heure durant, à la fois nerveuse et souple, elle mène un combat pugnace, soutenue par les percussions.  «J’ai imaginé, dit Aurélien Bory, que Shantala Shivalingappa allait danser sur de la cendre pour aSH dont le titre est composé des initiales et de la finale de ses prénom et nom (…). Dans Shantala Shivalingappa, il y a Shiva, dieu de la danse, dieu créateur et destructeur. Seigneur des lieux de crémation, il se couvre le corps de cendres qui s’inscrivent dans un cycle de mort et de naissance, entre Shiva et Dionysos.»

Solidement campée sur ses jambes, elle a des mouvements de bras d’une incomparable vélocité. Quand, dans l’intervalle d’un silence laissé par les percussions, le grand rideau de papier gagne du terrain dans un vacarme assourdissant et envahit le plateau, elle revient à l’assaut pour maîtriser le monstre. Sur les genoux ou sur les pieds, puis bondissante, elle est Shiva aux mille figures.

Energie du corps dansant, opposant à la verticalité et à l’horizontalité rigide de l’espace des symétries, cercles et spirales. Comme ce grand kolam (dessin traditionnel tracé au sol par les femmes en Inde). Ici, la cendre se transmue en poudre blanche, dispersée au tamis sur le sol humidifié, pour devenir, sous les pas tournoyants de la danseuse, rosaces concentriques, motifs en pointillés.Des images éphémères d’une grande beauté.

La danse de Shantala Shivalingappa participe d’une  symbiose parfaite entre un art ancestral et l’expression contemporaine. Face à la technologie savante du dispositif scénique, sous l’obscure clarté des lumières d’Arno Veyrat, elle traverse le noir pour mieux briller. Une étoile ! Ne la laissez pas filer.

Mireille Davidovici

Jusqu’au 1er mars, La Scala, 13 boulevard de Strasbourg, Paris Xème T. : 01 40 03 44 30.Le 24 mai, Agora Boulazac-Nouvelle-Aquitaine; le 24 mai, Théâtre de l’Olivier, Istres (Bouches-du-Rhône); les 28 et 29 mai, Théâtre de Caen (Calvados).

123456

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...