Adieu Agnès Varda et le TNP : Bon pour le cahier-photos

 

113648832 Agnès Varda  et le T.N.P. : Bon pour le cahier-photos…

 Nous étions enfants, nous avions de la chance : le lycée, car les privilégiés que nous étions- les professeurs n’arrêtaient pas de nous le rabâcher- nous offrait l’occasion extraordinaire d’aller en groupes organisés au T.N.P., pardon: au Théâtre National Populaire installé au Palais de Chaillot. Et de pouvoir nous évanouir de bonheur -c’était avant les yéyés et les idoles- en admirant Gérard Philipe dans Le Cid, en se laissant traverser par sa voix (qu’on trouve moins écoutable aujourd’hui). Le programme était gratuit mais on pouvait acheter  le texte de la pièce, qu’on avait parfois déjà, mais en “petits classiques“. Ce qui en donnait une lecture toute différente : ils étaient vieillots mais les livrets du T.N.P. étaient modernes, avec le beau graphisme de Jacno qui signait aussi les fameuses affiches des spectacles.

(C)Agnès Varda

(C)Agnès Varda

Mais, quelquefois, nous devions  attendre le cahier-photos d’Agnès Varda. Car, en ce temps-là, il fallait développer les photos, les imprimer et les opérations techniques étaient longues. Et alors, aux premières représentations, le texte paraissait seul mais on y trouvait un bon pour obtenir ces photos en noir et blanc. Et on les aimait d’autant plus  qu’on les avait ainsi attendues. Notre Gérard était-il aussi beau que dans nos propres yeux ? Peu importe ; nous ne savions rien de l’art de la photo, mais nous sentions quelque chose, ces images étaient vivantes. La signature : photos Agnès Varda signifiait qu’on était dans la vraie vie, sur le plateau et à côté. Jean Vilar, répétant  sous le soleil à Avignon, dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes, en salopette de travailleur, Jean Vilar en profil de médaille, en parallèle avec celui de Maria Casarès, c’est tout le théâtre, artisanal et hiératique, cousu main et sacré. Et tout le chemin entre l’un et l’autre et la traversée d’un personnage par un comédien (et réciproquement), et le verre qu’on boit ensemble, toute cette vie est captée, reçue par l’œil et la boîte noire de cette petite bonne femme qui rencontra  Jean Vilar et sa bande et qui les a aimés. Photos Agnès Varda : nous aussi, on l’aimait. C’était bien la première fois, à douze ans, qu’on avait une pensée pour la photographe, cette chanceuse si proche des comédiens, au-delà de  la photo à faire signer par le magnifique acteur, à la sortie des artistes.

 On donnera, pour finir, la parole à Jean Vilar, le bâtisseur de théâtre, c’est à dire d’édifices faits d’une réalité volatile qui peut animer longtemps les mémoires. « Si la mort plaque sur le visage du comédien le masque d’une vérité sans illusions, sans flatterie, si ce visage cruel et vrai ment à nos songes, ainsi la réalité crue fait, au théâtre, le désert en nos cœurs. Elle heurte ce besoin d’une imagination qui nous flatte, elle heurte ce gai souci de se croire autre que nous ne sommes. Car le théâtre est, me semble-t-il, irréalité, songe, magie psychique, mythomanie ; et s’il est aussi réalité, du moins il faut qu’elle nous dope, nous enivre, nous jette hors du théâtre le cœur vif, l’esprit plein de merveilles, le cœur vivant. » De la tradition théâtrale (1950).

Couvrez donc le visage du comédien mort.

 Christine Friedel

Les obsèques d’Agnès Varda auront lieu, mardi 2 avril, à 14 heures, au cimetière du Montparnasse à Paris. Un hommage lui sera rendu ce même 2 avril à 11 h, à la Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, Paris (XII ème).


Archive pour mars, 2019

L’Autre Fille, texte d’Annie Ernaux, mise en scène de Jean-Philippe Puymartin et Marianne Basler

L’Autre Fille, texte d’Annie Ernaux, mise en scène de Jean-Philippe Puymartin et Marianne Basler

 D2B9A00E-45A1-425D-9773-92E2F07D49DBIl y avait déjà eu une version scénique de Cécile Backès (voir Le Théâtre du Blog). Et ce spectacle est une reprise de celui déjà créé aux Théâtre des Déchargeurs. Il s’agit d’une lettre très intime que l’écrivaine adresse à sa petite sœur de six ans, décédée avant la naissance. Elle parle aussi à mots feutrés de la relation qu’elle a eu avec ses parents. Sans doute compliquée;en effet, silence du père, silence de la mère  quant à la courte vie de leur fille aînée, toujours physiquement absente mais toujours aussi terriblement présente pour  ce couple jamais consolé de sa perte… Et on se doute que cela a aussi beaucoup frappé Annie Ernaux qui se sent comme un peu de trop dans cette famille où il manquera toujours quelqu’un, comme si la douleur de ses parents avaient en partie du moins oblitéré l’amour qu’ils avaient pour leur cadette.

« J’éprouve, dit Marianne Basler, une forme de reconnaissance envers l’auteure d’avoir pu mettre en mots si justes, si décapés, son histoire. C’est pour chacun de nous, un travail d’excavation, de retour à une mémoire ancienne oubliée et retrouvée.» Souvenirs, souvenirs: Annie Ernaux revoit son passé de gamine des années cinquante et se souvient très bien qu’elle a entendu -à son insu- sa mère parler de la naissance et la mort de cette sœur aînée en précisant qu’elle était plus gentille… Un vrai choc et de quoi remuer, on s’en doute, la sensibilité et l’imaginaire de la petite fille qui  deviendra ensuite écrivaine mais aussi le nôtre.

Marianne Basler est assise, face public, à une table en bois où il y a quelques livres et photos familiales puis elle se lève parfois. La mise en scène est précise et toujours juste. Mais comment adapter à la scène une telle confession: à l’impossible, nul n’est tenu! Mais comme l’actrice est magnifique, on se laisse vite emporter par le texte ciselé d’Annie Ernaux qui frappe fort et juste. Et on ne s’ennuie pas un instant. Cela fait-il théâtre pour autant? Pas vraiment. Il faudrait que les metteurs en scène mettent un peu sur: pause, leur envie de recréer des monologues ou quasi-monologues avec voix off,  tirés de romans ou de fictions. Ils envahissent actuellement les scènes et le public commence à s’en lasser! Cela dit, si vous avez envie de retrouver Marianne Basler, bonne occasion que cette reprise: la comédienne est ici vraiment formidable et elle sait faire naître l’émotion, sans avoir l’air d’y toucher…

 Philippe du Vignal

Théâtre des Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs, Paris I er. T. : 01 42 36 00 50.

Le texte est paru Editions Nil.
 

 

Le Voyage de G. Mastorna, d’après Federico Fellini, mise en scène de Marie Rémond

Le Voyage de G. Mastorna, d’après Federico Fellini, mise en scène de Marie Rémond

 

Crédit photo : Coll. Comédie-Française

Crédit photo : Coll. Comédie-Française

 Projet onirique sans cesse repoussé, jusqu’à l’échec, ce  Voyage de G. MastornaVoyage au pays des morts (1968), avait été imaginé par le grand réalisateur (1920-1993) et explore l’au-delà. Né d’un souvenir d’étudiant, ressurgi à la mi-temps de sa vie mais à l’opposé d’une vision dantesque qui imposerait en échange, une vision laïque de l’existence, sans Paradis après la mort, lieu de comptabilité des vices, vertus, fautes, châtiments. Rappel aussi d’un voyage: au moment d’un atterrissage aléatoire sur un aéroport enneigé à New-York, Federico Fellini imagine l’avion s’écraser au sol.

 En 1966, raconte Aldo Tassone, il y a la pré-production d’un film dans les studios de Dinocittà, créés par Dino De Laurentiis, à la périphérie de Rome. Mais, en raison de problèmes techniques insolubles, le tournage n’aura jamais lieu! Tiraillements entre le réalisateur, le producteur et Marcello Mastroianni pressentant que Federico Fellini a des doutes sur son personnage… Bref, un climat de projet maudit et son ami le mage turinois Gustavo Rol, l’engage à respecter le mystère de la mort et à ne pas jouer avec le feu. Et en 1992, donc un an avant sa disparition,  le cinéaste accepte que son scénario soit publié en B.D. avec, à partir de ses esquisses à lui, des images de Milo Manara… 

 Onirique, l’inspiration du maestro devient visionnaire et mélancolique et le scénario inspire le cinéma le meilleur de sa seconde période. G. Mastorna est mort dans un accident d’avion mais il  ne le sait pas encore et ne l’admettra pas. Scènes d’effroi dans l’avion et moments énigmatiques à l’aéroport, séance scandaleuse de remise de prix au violoncelliste G. Mastorna, angoisse latente d’une mort imminente, accueil grotesque au bureau de l’hôtel dont l’employé exige de façon incompréhensible d’autres papiers d’identité que ceux présentés, sentiment fatal de l’absurde et scènes d’expression de soi exacerbée dans une boîte de nuit… La mort ici provoque, a, comme la vie, des incohérences inattendues et loufoques.

Marie Rémond a choisi de porter à la scène le «récit» du Voyage de G. Mastorna. La metteuse en scène dit avoir voulu explorer deux pans de la narration: le réalisateur au travail et la vie sur le plateau mais aussi  des incursions dans la fiction. Ce  tournage s’avère être le meilleur du spectacle.  Scénographie bi-frontale pour le public invité à voir la réalisation du film. Chez les acteurs, bonne humeur, excitation et plaisir intense d’accomplir un travail technique et plaisir enfantin de jouer une fiction. Jérémy Lopez, cheveux longs et en pantalon des années soixante-dix, interprète le régisseur technique  et assistant de Federico Fellini.  A la fois, nerveux sensible, il impulse toute la tension voulue sur ce plateau investi par le Maître, un personnage superbement tenu par Serge Bagdassarian. Petite caméra à la main, il est soutenu physiquement par ce régisseur et commente sans cesse la situation. Il contrôle chaque plan, dirigeant Alain Lenglet, Nicolas Lormeau, Jennifer Decker, et Yoann Gasiorowski qui participent à l’aventure avec gourmandise… Georgia Scalliet qui joue l’hôtesse de l’air puis de bar ou encore Giuletta Masina, est absolument radieuse. Et Laurent Lafitte interprète un Masterna/Mastroianni avec toute la distance voulue.

Voir un tournage sur un plateau de cinéma est une expérience passionnante pour un public attentif. Oui, mais ici, problème de dramaturgie: la dimension de la fiction n’a pas du tout la rigueur exigée. Et Marie Rémond a du mal à maîtriser les transitions et à maintenir le rythme indispensable. L’ensemble, initié avec talent, perd alors de son unité… Dommage !

Véronique Hotte

Théâtre du Vieux-Colombier-Comédie-Française, 21 rue du Vieux-Colombier, Paris (VI ème), jusqu’au 5 mai.T. : 01 44 39 87 00/01.

 

 

 

Still in Paradise de et par Yan Duyvendak et Omar Ghayatt

© Pierre Abensur

© Pierre Abensur

 

Still in Paradise  de et par Yan Duyvendak et Omar Ghayatt

Un spectacle qui fait recette: il tourne depuis 2008… La pièce est constituée de fragments, accumulés au fil des années, annoncent dès notre entrée le performeur hollandais Yan Duyvendak et le metteur en scène égyptien Omar Ghayatt ; ce dernier s’exprimera en arabe relayé par un traducteur. Ils nous invitent à une votation, comme en Suisse où ils habitent l’un et l’autre, pour choisir quatre sur onze propositions aux titres alléchants. Parodie de démocratie ? Ces élections sont bien aléatoires! Et le public ne verra pas les mêmes séquences  chaque soir. L’une d’elles remporte systématiquement les suffrages, allez savoir pourquoi : elle est censée nous apprendre pourquoi les musulmans sont méchants !

Après ce prologue un peu fastidieux, les artistes prient le public de se déplacer toutes les dix minutes, chaque épisode étant montré sous un angle légèrement différent. Quelques accessoires et menus objets, un drap blanc pour des projections feront l’affaire. Le décor tient en quelques valises. Malgré le titre, le monde n’est pas un paradis, veulent-ils nous expliquer. L’un représentant l’Occident, l’autre l’Orient. Ils pourfendent, avec une bonne dose de dérision, les préjugés opposant les gens de cultures et de religions différentes  et qui engendrent peur et haine de l’autre.

Une saynète finale nous sera obligatoirement imposée (déni de démocratie ?). Apparaissent alors des dissensions idéologiques… Yan Duyvendak critique les idées d’Omar Ghayatt, proches des thèmes identitaires sur l’immigration!  L’Egyptien appelle les migrants à respecter les valeurs occidentales et les lois ou sinon à rester chez eux… L’Egyptien, lui,  traite le Hollandais de Bisounounours et se moque de sa culpabilité post-coloniale de petit blanc bien-pensant : «Qu’est-ce que tu veux faire ? Qu’on chante We are the world, à la fin de la pièce, en buvant un thé à la menthe ?»

Comme souvent dans un spectacle immersif, une partie du public semble ravie, l’autre un peu coincée. Mais la plupart des spectateurs obéit aux rituels imposés: se déchausser avant d’entrer, s’asseoir par terrevoter,  se déplacer  et  plus tard, imiter une prière musulmane expliquée et dirigée par Omar Gayatt et enfin, partager un thé à la menthe convivial. Ils n’hésitent pas non plus à s’exprimer quand les animateurs leur demandent ce qu’ils savent de l’Islam. Certains avouent tout en ignorer, d’autres paraissent mieux  informés…

Cette performance de presque deux heures traîne parfois en longueur. Assez brouillonne mais sympathique, elle permet quand même, sans révolutionner le théâtre ni le monde des idées, de partager quelques interrogations dans l’air du temps et présentées ici avec humour… Alors, pourquoi pas ?

Mireille Davidovici

Jusqu’au 11 avril, Nouveau Théâtre de Montreuil, salle Jean-Pierre Vernant, 10 place Jean Jaurès, Montreuil (Seine-Saint-Denis) T. : 01 48 70 48 80.

Du 18 au 21 avril, Museum of Contemporary Art, Chicago (Etats-Unis).

Susan, d’après les textes de Susan Sontag, conception d’Alix Riemer

Susan, d’après les textes de Susan Sontag, conception et mise en scène d’Alix Riemer

 

Crédit photo : Calypso Baquey

Crédit photo : Calypso Baquey

La romancière, nouvelliste, dramaturge, cinéaste et essayiste américaine mais française de cœur (langue, culture, philosophie, littérature et cinéma) née en 1933 était, selon André Bleikasten, «le plus parisien des écrivains américains». Figure de la scène intellectuelle new-yorkaise, elle incarne le plaisir d’écrire et de vivre. Avec un recueil d’essais Contre l’interprétation (1966), elle évoque la modernité européenne avec des études sur Simone Weil, Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Claude Lévi-Strauss et Nathalie Sarraute…

Restent d’elle ses réflexions sur les rapports  entre le politique, l’éthique et l’esthétique. Et elle ne se gêna pas pour critiquer aussi l’impérialisme des Etats-Unis dans des livres comme Sur la Photographie (1977), Devant la douleur des autres (2003). Et La Maladie comme métaphore (1978), une autobiographie lui fut inspirée par un premier cancer en 1975 dont elle guérit. Voix dissidente, cette militante des droits de l’homme et de la femme condamne la guerre au Vietnam, défend Salman Rushdie, vit à Sarajevo assiégée par les Serbes pendant la guerre en Bosnie (1993-1995), et lutte contre la torture de prisonniers par l’armée américaine en Irak… Le spectacle raconte aussi, à travers quelques extraits de ses Carnets, la longue amitié qu’elle entretint avec la photographe Annie Leibovitz puis leur vie commune depuis leur rencontre en 1989, jusqu’à la mort de Susan Sontag, en 2004.

 Alix Riemer met en scène et incarne Susan. Elle s’adresse à cette amie, confiant ses rêves et ses espoirs et elle se parle aussi à elle-même. On entend une interview de l’actrice à Avignon, pendant que les cigales chantent, puis on assiste à l’éveil d’Alix Riemer à l’œuvre de Susan Sontag et à la conscience de son propre engagement théâtral. Elle reconnaît ses difficultés à lire Gustave Flaubert, le maître et le fomenteur de futures œuvres qu’on nommera par la suite: auto-fictions et dont Annie Ernaux, entre autres, est la représentante. Admirative de Susan Sontag qui voulait lire toutes les grandes œuvres, Alix Riemer nous raconte son cheminement patient mais efficace dans la littérature.

 Le plateau est conçu comme un laboratoire de recherche d’une figure intellectuelle mais aussi d’elle même. A trente ans, l’actrice sait qu’elle vit une période-charnière entre deux mondes. Et le spectacle commence dans la sphère de l’intime, à travers des passages des Journaux d’une Susan Sontag de seize ans jusqu’à ses quarante-cinq ans. La jeune comédienne change souvent de costume dans les coulisses, puis revient s’allonger de façon lascive sur un canapé, sous une lumière tamisée, avec  un verre de vin rouge à proximité et un cendrier où des cigarettes se consument. Encline à la réflexion et à l’introspection, elle parle d’amour, sexe, littérature, mariage, famille, musique…

«La douleur et l’ambition, ses Journaux oscillent entre les deux», écrit David Rieff, le fils de Susan Sontag, qui les fera publier  après sa mort. Elle y évoque, entre autres propos intimes, sa maladie, à laquelle elle accorde une dimension universelle, philosophique et existentielle. Alix Riemer  a recréé un laboratoire avec micro, enregistreur, diaporama et supports de projection sur lesquels veille Quentin Vigier, concepteur vidéo, qui interprète aussi le fils de Susan Sontag. La comédienne écrit au marqueur sur des tableaux de papier, les mots essentiels qui résonnent en elle et qui remplissant peu à peu l’espace de son écriture. Puis elle met à mal la couette du canapé-lit et les lais de papier pendus au lointain sur des cadres verticaux. Faire enfin, agir, ne pas se laisser faire, vivre enfin, jouer et aimer… La comédienne quitte le plateau pour laisser David Rieff nous entretenir des Carnets qu’il a publiés.

Puis revient sur scène une Susan Sontag apaisée, interviewée par un journaliste de Rolling Stone Magazine  (1978). Elle est en veste et imperméable et porte des lunettes de soleil. «Ce que je veux, c’est être au cœur de ma vie, être là où l’on se trouve, contemporain de soi-même dans sa vie, prêter une totale attention au monde qui vous inclut. Vous n’êtes pas le monde, le monde n’est pas identique à vous, mais vous êtes dans le monde et vous lui donnez toute votre attention. C’est ce que fait un écrivain : il y prête attention. »

Une belle performance théâtrale d’Alix Riemer…

Véronique Hotte

Théâtre-Studio, 16 rue Marcelin Berthelot, Alfortville (Val-de-Marne) jusqu’au 30 mars. T. : 01 43 76 86 56.

 

 

 

A Parté, texte et mise en scène de Françoise Dô

A Parté, texte et mise en scène de Françoise Dô

 183726-50860305_2316430361755704_7233974916565958656_n_-_copieL’auteure vit en Martinique où elle a créé sa compagnie Bleus et Ardoise, accueillie en résidence à la Scène Nationale Tropiques Atrium. Auteure d’un premier texte Aliénations, lauréat d’En Avant, un concours de jeunes artistes organisé par cette même Scène Nationale. Et elle a été l’assistante d’Hassane Khassi Kouyaté pour deux spectacles. Lauréate, pour A Parté, du programme Ecritures de la Cité Internationale des Arts de Paris, et avec le soutien de Théâtre Ouvert et du Théâtre de Vanves, cette jeune artiste arrive aujourd’hui à Paris.

Cette création s’inscrit d’emblée dans un théâtre de l’intime, de la parole cachée, de l’indicible du désir. Deux personnages émergent tour à tour d’une ombre élégamment travaillée : la femme d’abord,  l’homme ensuite. D’elle-même, la  femme dit le ressenti des caresses de son nouvel amant, plus âgé, étranger. Pourra-t-elle avoir un enfant de cet homme, alors qu’elle sait la mécanique mal accordée des désirs ? Les scènes intercalées, jouant  subtilement de réminiscences, nous entraînent vers la séparation récente avec son ancien compagnon.

L’homme, à son tour apparaît, porté par l’obsession de la reconquête, habité par une lancinante conviction : «Elle est tout pour moi, je suis tout pour elle », celle du conjoint quitté, à la virilité blessée. De l’entrelacs oppressant d’une relation fils/mère fusionnelle jusqu’à l’inceste, il s’est extrait pour jeter son dévolu sur elle, sa propriété même près qu’elle l’eût quitté : «Elle est la seule femme qui est mieux que ma mère. »

De ces vies parallèles, l’auteure distille ce qu’il faut de résilience chez la femme, et d’obsession maladive  chez l’homme, tout en nous tenant fermement à distance d’un drame psychologique. Le public avance comme l’écriture, à pas feutrés, goûtant le poison du doute, de la jalousie, en compagnie de ces deux êtres. Le troisième, l’amant iranien, nous ne le voyons que dans le regard des deux autres : sa différence, sa haute taille, son autorité naturelle, lui confèrent le statut d’objet convoité dans une société fermée où toute nouveauté fait parler.

Le talent d’écriture de Françoise Dô se trouve lové dans ce non-dit de la société martiniquaise, qu’elle ne mentionne jamais, mais qui enveloppe ses personnages du filet implicite des convenances, apparences et menues distinctions de classe. Et, quand l’homme se retrouve, « à cette heure bâtarde où on ne distingue rien »,  parmi les petits marchands du matin, revendeurs de crack, drogués jeunes et vieux qui croisent son chemin, il est renvoyé, par le fruit des circonstances, au statut de paria.

 De la violence économique, il n’est pas directement question, mais la déchéance rôde, toujours possible. En revanche, de l’instrumentalisation de la sexualité pour régler le ballet social, les personnages sont bien les enjeux. Françoise Dô, avec une redoutable efficacité,  offre au regard la puissance d’un détonateur : ce que l’on voit de l’autre à son insu, cet autre, objet de désir, cet autre en train d’agir et de rire avec des inconnus, est insoutenable : une vérité psychique, s’il en est…

Abdon Fortuné Koumbha et Astrid Bayiha sont impeccables, dans un dispositif réduit à des lés posés au sol, gris clair, gris foncé ou blancs sur lesquels,  sur lequel la nuit pesante de la jalousie peut convoquer tous ses combats.  Mais ce n’est pas le seul sentiment qui agite la pièce : la sourde douleur reliée à un enfant qui n’a pas pu naître et la difficile liberté de choisir qui on veut aimer, s’affrontent chez la femme. Tout comme, en creux, chez l’homme, la mère abusive et incestueuse continue à régler à distance les pensées de son fils. La violence masculine, allumée comme une mèche, jusqu’à l’explosion finale, a-t-elle son origine dans la faute des mères ? La question, jamais directement posée, restera en suspens jusqu’à la fin.

La metteuse en scène a aussi donné à ses acteurs les rôles de deux autres personnages : ils ajoutent ainsi, à l’intériorisation de leur propre état émotionnel, la parole de ceux qui composent dans le texte original, la toile d’araignée des désirs et attitudes de classe. Le spectacle gagne certainement à ce choix, sans doute né du projet de tendre encore davantage le ressort des pulsions, et non (espérons-le) d’un simple souci d’économie. L’intrigue peut alors se resserrer comme une main autour de leurs gorges : il n’y aura pas d’issue. Et il n’y aura pas d’enfant.

 Marie-Agnès Sevestre

 Jusqu’au 6 avril,  Théâtre Ouvert, Centre national des dramaturgies contemporaines, cité Véron, Paris XVIII ème.  T. 01 42 55 55 50.

 Du 24 au 26 mai, Théâtre en Mai, Théâtre Dijon-Bourgogne. Parvis Saint-Jean, Rue Danton, Dijon (Côte d’Or). T. : 03 80 30 12 12. infostheatre@tdb-cdn.com

La pièce est publiée par Tapuscrit/Théâtre Ouvert.

Place des Héros de Thomas Bernhard, mise en scène de Krystian Lupa

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Place des Héros de Thomas Bernhard, mise en scène de Krystian Lupa (spectacle en lituanien, surtitré en français)

En mars 1938,  Hitler prononce un discours au balcon de l’actuelle Bibliothèque Nationale, devant plus de 250.000 Autrichiens réunis sur la grande Heldenplatz (Place des Héros) à Vienne. Juste après avoir décidé de créer l’Anschluss: l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie. En 1988, donc un demi-siècle après, le metteur en scène Claus Peymann qui fut pendant treize ans, à la tête du Burgtheater commanda une pièce à Thomas Bernhard  pour  célébrer le centième anniversaire du grand théâtre de la capitale autrichienne. Mais Heldenplatz que nous avions vue à sa création à Vienne dans sa mise en scène tout à fait remarquable, sera la dernière pièce du célèbre auteur avant sa mort.

160718_rdl_0077Le metteur en scène polonais Krystian Lupa l’avait recréée il y a trois ans, au festival d’Avignon  puis au Théâtre de la Colline. Grand admirateur de Thomas Bernhard, il avait monté de lui Déjeuner chez Wittgenstein, Kant, Extinction (voir Le Théâtre du blog). Place des Héros se passe dix ans seulement après l’Anschluss. Joseph Schuster, un vieux professeur d’Université juif, s’était exilé des années avec sa femme Hedwige, à Oxford. Dix ans après, le couple  est maintenant revenu à Vienne par amour de la musique dans un appartement qui donne sur la Place des Héros… Très mauvaise pioche! Sa femme, Hedwige ne supporte plus le souvenir de cette célébration de l’Anschluss et veut qu’ils retournent en Angleterre: les caisses de déménagement sont déjà prêtes. Mais, la veille du départ, Joseph se jettera par la fenêtre. Et l’appartement va très vite être vendu. Son frère Robert, professeur de philo, lui aussi s’était exilé mais à Cambridge. Il habite maintenant, à Neuhaus près de Vienne, une belle maison de campagne familiale mais est très déprimé: «Ce qu’écrivent les écrivains, dit-il n’est rien en comparaison de la réalité.»

Avant l’enterrement de Schuster, dans ce qui était sans doute la salle à manger, occupée par des caisses de déménagement et deux grandes armoires… il y a un très long monologue de Madame Zittel, leur gouvernante. Elle a une grande admiration pour lui et ils avaient tous les deux une relation privilégiée, lui,  plus sans doute qu’avec son épouse et ses deux filles. Madame Zittel repasse et plie les chemises de son patron, en racontant qu’il était très intelligent mais parfois féroce: il avait ainsi une obsession maniaque de la précision et de la vérité, notamment pour le repassage de son linge. C’est un quasi monologue et Herta, la femme de chambre ne cesse, elle, de regarder la place des Héros par une des très hautes fenêtres. Joseph Schuster, on s’en doute, n’avait pas supporté l’Anschluss imposé par le Reich, avec tout ce que cela représentait d’humiliation pour son petit pays, symbole même de la culture occidentale avec, entre autres: Mozart, Freud, Schiele,  Hausman, Schnitzler, Sweig… Et il n’a pas non plus supporté, dix ans plus tard, de revenir à la case départ. Seule solution pour lui: le suicide.

Dans une deuxième partie de la pièce, on verra son frère Robert, un vieux philosophe, pas très en point et avancer péniblement sur ses cannes. Amer et désespéré, il se lance dans un quasi monologue. Il  refuse de lutter, comme le supplient ses deux nièces, contre un projet de route qui défigurerait le parc de la propriété familiale de Neuhaus. «Partout tout est anéanti/ partout la nature est anéantie/la nature et l’architecture/tout/ Bientôt tout sera anéanti/ le monde entier ne sera bientôt plus reconnaissable. » «Tout ce que je demande est de pouvoir finir ma vie calmement ici. » (…)  «Je ne veux pas du tout me brouiller avec le maire. » Comme toute sa vie, Thomas Bernhard, Robert a un rapport très ambigu avec l’Autriche : «Etre citoyen de ce pays est mon plus grand malheur. »

Très calme, il attaque à coups de phrases radicales et avec une grande violence, sa médiocrité, son Eglise et ses hommes politiques, qu’ils soient socialistes ou libéraux, mais tous, dit-il, menteurs, racistes et antisémites. Derrière le personnage, on entend,  bien entendu, la voix du célèbre écrivain  qui s’en prenait aux grands intellectuels comme aux aristocrates et capitaines d’industrie qui avient accepté l’Anschluss et s’étaient fait les complices d’Hitler et du nazisme…Mais derrière il y aussi ici un drame humain, celui de la vieillesse: Robert se sent proche de la mort et avoue aux jeunes femmes: «Le mieux serait de ne pas se réveiller». Sur le plateau nu, il y a juste des projections d’images d’arbres sur les murs. On entend au loin le glas d’une cloche. Habillés de noir, ils sont assis sur un banc. Glaçant… Dans une  dernière partie, on assiste au déjeuner après l’enterrement. Robert, toujours aussi cynique, continue à vitupérer. Ses nièces, comme les autres invités, tout le monde est gêné, et face à son flot d’invectives, reste silencieux…

index.bancBon, et la mise en scène ? Il y a des jours comme cela où rien n’est dans l’axe. Passons sur la difficulté à trouver l’endroit de la navette Paris-Sceaux. Le conducteur nous annonce qu’elle repartira à minuit et demi… Donc impossible d’avoir un métro et obligation de trouver un taxi. Le spectacle annoncé à vingt heures, commence déjà avec un peu de retard mais au bout de quinze minutes, un spectateur crie: stop ! Et les lumières de la salle s’allument. Jeu de scène? Que nenni… C’était Krystian Lupa, furieux et à juste titre, de voir qu’il y avait de graves ennuis avec le banc de surtitrage… Les actrices lituaniennes se retirent donc, chaleureusement applaudies par le public. Une douce voix féminine annonce qu’il y a un problème technique et qu’il va y avoir une pause de dix minutes pour le résoudre !

Le spectacle finit par reprendre, et vingt minutes plus tard : rebelote. Le metteur en scène était visiblement excédé, et très en colère. Il y a de quoi On nous annonce une nouvelle pause de vingt minutes pour essayer (sic) de réparer la panne. Une partie du public quitte définitivement la salle. Reprise. Puis premier et véritable entracte, normalement prévu après la première partie d’une heure quinze.
La deuxième partie (cinquante-cinq minutes) continue cette fois sans accro mais le surtitrage était difficile à lire sur le fond très gris dû aux projections d’images. Nouvel entracte à 23 h 50 avant la dernière et troisième partie d’une heure. Ce qui devait donc mener les choses aux environs d’une heure et quelque du matin… Donc arrivée chez nous prévue à plus vers deux heures quinze… Dans la salle, deux voisines excédées ont alors décidé de ne pas rester, et nous ont proposé gentiment de nous ramener en voiture à Paris. Ce à quoi, nous avons cédé…
La faute à quoi? D’abord à une mauvaise organisation de la représentation: un surtitrage est toujours délicat à opérer et ici, il n’avait pas été maîtrisé et/ou des problèmes techniques n’avaient pas été anticipés. Qu’en pense Françoise Letellier, directrice de cette maison? Il y avait déjà une erreur en n’installant pas plusieurs écrans de surtitrage. Et pourquoi ne pas avoir programmé le spectacle à 19h ou 19 h 30, chose devenue courante… Par ailleurs,  on ne comprend pas les raisons de ce premier entracte où le décor est pratiquement le même. Et était-il aussi vraiment indispensable de prévoir un deuxième entracte  pour une pièce de trois heures dix?

Du côté  jeu, Eglé Gabranaité (Madame Zittel) Rasa Samulolyté ( Herta)  Victorija Kuodyté et , Eglé Mikulionyté (Anna et Olga) et  Valentinas Masallkis (Robert Schuster),  les seuls acteurs que nous avons pu voir, étaient tout à fait remarquables et donnaient une belle vérité à leurs personnages. Chapeau. Surtout dans ces conditions aussi insupportables pour eux. Côté dramaturgie, on avait l’impression que Krystian Lupa aurait pu couper un peu dans ce trop long monologue du début, rendu encore plus long du fait des interruptions. Mais comme toujours chez lui, direction d’acteurs, scénographie et costumes tout en noir, gris et et blanc, lumières et son étaient de tout premier ordre, même avec des micros H.F. Voilà, malgré quelques beaux moments, on ne vous ne dira rien de plus sur cette soirée exaspérante et ratée.

Philippe du Vignal

Les Gémeaux-Scène Nationale, 49 rue Georges Clémenceau,  Sceaux, (Hauts-de-Seine) jusqu’au 31 mars. T: : 01 46 61 36 67.

La pièce est édité à l’Arche, dans la traduction de Claude Porcell

 

 

Belgian Rules, conception et mise en scène de Jan Fabre

Belgian Rules, texte de Johan De Boose, conception et mise en scène de Jan Fabre, musique de Raymond van Het Groenewoud et Andrew Van Ostade (spectacle en plusieurs langues, sous-titré en français)

0FD15D83-C8EE-449F-B904-6EBB3943072DJan Fabre, auteur et homme de théâtre mais aussi artiste depuis trente ans, avait déjà présenté à la Villette,  Mount Olympus, une performance de vingt-quatre heures.  Ici,  il nous offre un spectacle on ne peut plus énigmatique avec une dizaine d’artistes, pour camper les images de la Belgique, ce petit pays aux trois langues et grand colonisateur en Afrique. Dans cette immense halle de près de cinq cents places -presque pleine, du moins au début- difficile de  s’attacher aux détails et au sens de ce spectacle en quatre heures…
En quatorze chapitres et une trentaine de tableaux, Jan Fabre essaye de nous parler chronologiquement de la Belgique, son pays pétri de contradictions et rassemblant  trois communautés linguistiques. En une trentaine de tableaux dont le sens nous est expliqué dans un lexique: René Magritte, Les Noirauds de Bruxelles, Pierre-Paul Rubens, Paul Delvaux, des majorettes et le Congo Belge. Mais de loin,  nous avons du mal à suivre mais heureusement, on peut se rapprocher quand la salle se vide: des spectateurs  libèrent des places en silence… On voit d’abord une grosse femme qui vide un bock de bière qu’elle a découvert, à force d’attendre. On est aussi dans le pays de Van Eyck, Félicien Rops, James Ensor… Les morts brandissent un drapeau sur leurs tombes. On voit des caravaniers en costumes et à Ypres, des masques dansant en rythme, des repas d’oiseaux, tous en noir avec des sébiles, quatre squelettes pendus, une femme nue en chapeau melon, des pingouins avec des parapluies…

Quelle espèce bizarre,  ces êtres humains! «Vive la Flandre où il est encore temps de louer le seigneur! » Les acteurs se déshabillent puis se rhabillent en rythme, et certains enfilent d’énormes costumes de carnaval. Ils énoncent quatorze règles dont la dernière est: « It is possible to be Belgian ! » Puis, on voit un hérisson boire une bière et sept pingouins blancs agitent un drapeau…

Un spectacle prétentieux et sans aucune émotion et, malgré quelques belles images, on l’aura compris, très décevant…

Edith Rappoport

Spectacle vu le 24 mars à la Grande Halle de la Villette, 211 avenue Jean Jaurès, Paris XIX ème.

 

Festival du printemps de Tokyo, hommage aux Ballets Russes

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Festival du printemps de Tokyo: hommage aux Ballets russes

Les Japonais ont toujours été férus de culture européenne et ils ont la chance de découvrir notre patrimoine parmi les multiples événements de ce festival. Le National Museum of Western Art accueille actuellement une exposition Le Corbusier. Dans le jardin, on peut admirer des copies de statues d’Auguste Rodin comme Les Bourgeois de Calais, Le Penseur, La Porte de l’enfer ainsi qu’ Héraklès archer d’Antoine Bourdelle. En face, devant l’un des plus grands théâtres de la capitale, le Tokyo Bunka Kaïkan, une quinzaine de portraits en pied des figures emblématiques des Ballets russes, à l’entrée du parc Ueno, célèbre au printemps pour ses cerisiers en fleurs.

Cette célèbre troupe reste mythique dans l’imaginaire des Japonais et fut déjà célébrée en 2014 avec une exposition de ses costumes au National Art Center de Tokyo (voir Le Théâtre du Blog). La plupart des photos présentées ici ont été publiées dans Comœdia illustré à la riche iconographie, un supplément bimensuel du magazine qui parut en quotidien de 1907 à 1914 et de 1919 à 1937  puis hebdomadairement, de 41 à 44. On découvre Vera et Mikhaïl Fokine dans Cléopâtre. Mais aussi Mikhaïl Fokine seul, dans Le Spectre de la rose, ballet en un acte créé par les Ballets russes de Serge de Diaghilev  en 1911 à l’Opéra de Monte-Carlo sur la chorégraphie de Michel Fokine et la musique de L’Invitation à la danse de Carl Maria von Weber, ou avec Tamara Karsavina dans Le Dieu bleu et Shéhérazade. On retrouve ces gloires du Ballet du Kirov dans Petrouchka et Les Sylphides. Et bien entendu, Vaslav Nijinski, artiste emblématique de la troupe de Serge de Diaghilev, célèbre pour ses  performances en scène et son destin tragique: atteint de sérieux troubles mentaux dès 1919, il mourra en 1950 et est enterré au cimetière de Montmartre à Paris. C’est encore aujourd’hui, l’un des danseurs les plus célèbres au Japon…

Sont exposées des photos de lui dans Le Spectre de la rose, L’Après-midi d’un faune ou encore Le Pavillon d’Armide dans un costume d’Alexandre Benois… Au théâtre du Châtelet, le 19 mai 1909 le tout-Paris découvre les Ballets Russes et les  chorégraphies de Mikhaïl Fokine (1890-1942) avec Les Danses polovtsiennes du Prince Igor, Le Festin et Le Pavillon d’Armide mais aussi un interprète exceptionnel comme Vaslav Nijinski. Le tout-Tokyo, se remémore aujourd’hui ce passé glorieux grâce à ces photos émouvantes…

Jean Couturier

 Festival du printemps de Tokyo, jusqu’au 14 avril.

 

Cachafaz de Copi, mise en scène d’Eram Sobhani

Cachafaz de Copi, traduction de René de Ceccatty, mise en scène d’Eram Sobhani
©QUE L'OREILLE SAIGNE

©QUE L’OREILLE SAIGNE

Etrange spectacle que ce pot pourri des textes du célèbre Argentin Raúl Damonte Botana, dit Copi, romancier et dramaturge francophone mais aussi dessinateur et figure majeure du mouvement gay. Né en 1939 et mort à Paris à quarante-huit ans des suites du SIDA pendant une répétition d’une de ses pièces… traitant du SIDA, il avait émigré en France en  1963 et a écrit de nombreuses pièces depuis 1966 comme entre autres L’Alligator, le thé, mise en scène de Jérôme Savary, La Journée d’une rêveuse, L’Homosexuel ou la Difficulté de s’exprimer, Les Quatre Jumelles, mises en scène par Jorge Lavelli, Eva Peron mise en scène d’Alfredo Arias, L’Homosexuel ou la Difficulté de s’exprimer, mise en scène de Philippe Adrien. Des spectacles à chaque fois étonnants et en rupture avec le théâtre établi….

 Ici, le metteur en scène  a mélangé des extraits de ses textes dans un ordre des plus étonnants : «Ton Cachafaz, c’est une ordure, les mains sanglantes, il a tué un flic ! » (…) « Son ami lui suce le sang, « Nous sommes tous des opprimés, nous sommes pour eux des moins que rien. Si on regarde droit devant nous, l’avenir aussi, c’est du passé, vive Cachafaz ! » On enlève les balles sanglantes dont il a été criblé : « De sa viande on peut faire quatre-vingt jambonneaux, on vient de fonder un petit commerce, si on vous tue, c’est pour manger, pas pour faire des funérailles! » «Face aux visages de la dictature, dans les bas-fonds de Montevideo, les machos sont pédés, les pédés sont des femmes, les gros machins sont des vagins, quand on crève la dalle, on s’attaque sauvagement aux flics et l’on nourrit les gosses avec leurs tripes. Cette révolution finit très mal, mais elle n’en reste pas moins nécessaire. »

Cécile Chatignoux, Fabio de Domenico, Sarah Labrin, Santiago Montelequin, Thomas Nolet et Eram Sobahni n’ont pas froid aux yeux mais il est difficile de trouver le fil rouge de cette étrange réalisation imaginée pour faire la fête à Copi. On pourra assister avec cette Carte blanche,  à d’autres spectacles et lectures de textes de l’auteur ainsi qu’à une exposition de son œuvre graphique.

Edith Rappoport

Jusqu’au 30 mars, L’Etoile du Nord,  16 rue Georgette Agutte, Paris XVIII ème. T. :  01 42 26 47 47.

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