La Collection d’Harold Pinter, mise en scène de Ludovic Lagarde

La Collection d’Harold Pinter, traduction d’Olivier Cadiot, mise en scène de Ludovic Lagarde

 

Crédit photo : Gwendal Le Flem

©  Gwendal Le Flem

Une œuvre sombre et fascinante où l’auteur joue avec l’art du mensonge. James Horne veut savoir la vérité sur les relations d’une nuit dans un hôtel de Leeds entre sa femme, Stella Horne et Bill Lloyd, tous deux créateurs de mode. James vit avec Stella à Chelsea, le quartier londonien des artistes. Et cet amant d’un soir vit chez Harry Kane dans un quartier  huppé. Des milieux d’artistes où l’on apprécie l’opéra et le jazz, les objets d’art et les porcelaines de Chine, les masques d’Afrique ou d’Orient, les fauteuils de cuir confortables d’un salon. Et où on sait goûter le temps en lisant le journal, un verre à la main. Quelles sont les relations entre le jeune couturier et son protecteur esthète et manipulateur? Que représentent-ils? Un pouvoir sur le monde, une réussite sociale, quand l’aîné  dit «avoir sorti de la  zone» celui plus jeune dont il a repéré le talent ? Que recèle aussi la mystérieuse Stella, mariée depuis seulement deux ans ?

Passion et désir, fantasmes mais aussi jalousie, mépris et rêves de puissance : les scènes se succèdent, d’une situation à l’autre, d’un intérieur à l’autre, selon les partenaires. Avec, le temps de la représentation, tous les possibles, selon un calcul mental, des réalités vécues. Sur le plateau, on ne passe pas de l’appartement chic d’un couple, à la maison somptueuse de Harry en traversant les murs mais en empruntant des portes latérales. A la fin, des croisements s’opèrent pourtant. Harry Kane,  qui est allé en savoir davantage chez Stella, revient chez lui, passant outre les murs pour aller rejoindre et surprendre son protégé Bill Lloyd… en compagnie de James Horne. Est-ce Harry le manipulateur, fin politique  pour  prendre le pouvoir à la fois sur Bill Lloyd et Stella Horne… des personnages à la fois manipulés et manipulant. Un puzzle à recomposer à partir de bribes d’information recueillies puis démenties, et enfin appréciées à nouveau comme authentiques. Et une collection de scénarios possibles à n’en plus finir… Collection: un mot qui joue sur l’art d’imaginer et de coudre des robes luxueuses mais aussi un roman policier…

La pièce avait été créée à Paris en 1965 dans une mise en scène de Claude Régy, avec Jean Rochefort, Michel Bouquet, Delphine Seyrig et Bernard Fresson, d’immenses acteurs. Mais il y a ici, tout aussi excellents: Mathieu Amalric: Harry, un garçon précis, à la fois distant et très présent, Valérie Dashwood: Stella, belle alanguie et vêtue de fourrures claires qu’elle caresse, Micha Lescot: Bill à la silhouette longiligne,nonchalant et satisfait, narquois et enfin Laurent Poitrenaux: James, un être mélancolique, à la fois déterminé et hésitant, prenant plaisir à déstabiliser l’autre mais que l’on sent blessé intérieurement. Un quatuor de grands acteurs dans un écrin scénique où les silences en disent parfois long…

Véronique Hotte

Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, Paris (Xème), jusqu’au 23 mars. T: 01 46 07 34 50.

 

 

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