Pourama Pourama, texte et conception de Gurshad Shaheman

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Pourama Pourama, texte et conception de Gurshad Shaheman

 Le Franco-Iranien Gurshad Shaheman a été lauréat de la Villa Médicis hors-les-murs et  a  créé Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète au dernier festival d’Avignon. Cet oratorio théâtral faisait se rencontrer paroles d’exilés, jeunes comédiens et création sonore de Lucien Gaudion. Un spectacle réalisé la suite à de nombreux entretiens avec des personnes fuyant leur pays pour des raisons identitaires et politiques et/ou les guerres. Dans cette création, une quinzaine d’acteurs partageait une parole circulant à travers la salle, loin de tout réalisme…

Ici, il s’agit d’un étrange voyage, celui d’un jeune Iranien exilé qui nous fait traverser la guerre Iran-Irak… A l’entrée de la première salle, on nous distribue des masques et nous devons nous asseoir par terre sur des coussins, On entend une musique répétitive et plaintive signé aussi Lucien Gaudion,  Gurshad chuchote dans l’ombre et  parle de son enfance : «J’ai quatre ans,  mon père supervise les chantiers au pied de la frontière irakienne, la guerre on vit avec… Bien sûr il y a des coupures d’eau et d’électricité ! » De temps en temps on fait le ménage, on prépare les repas. Grand Maman me raconte une histoire. Parfois Maman prend la voiture, un air de liberté souffle sur la montagne, Grand Maman me mettait sur son dos. Plus tard, tu sera ingénieur comme Papa !  » (…) « Mon père se fait soigner à Dunkerque, le bar où je devais le retrouver est fermé, il est sur la place, ses poings fermés percutent ma poitrine. » (…) « Mon père me donne un petit cahier, nous traversons les montagnes du Kurdistan, il est important que je dessine chaque détail de ce paysage en ruines, tous mes dessins sont en couleur, ma mère me manque, je n’ose pas pleurer. Nous vivons terrés jusqu’au coucher du soleil. « (…) « Mon père est obligé de me laver, il m’explique qu’il ne faut jamais montrer sa nudité. La douche devient une volupté mêlée de honte! »

Gurshad Shaheman avance, nous fait lever et nous prie de changer de salle. Nous sommes accueillis à de petites tables où nous dégustons un caviar de légumes. Gurshad Shaheman,  en robe étincelante, épluche des légumes en écoutant les recettes de sa tante «reine de la casserole ». Il évoque sa mère qui voulait devenir avocate et nous sert des plats végétariens délicieux… Puis nous changeons de salle à nouveau. Nous sommes cette fois autour d’un espace carré entouré de rideaux lamés, et dans une robe étincelante, l’auteur-metteur en scène dit qu’il est attiré par les hommes : «Je m’installe chez Xavier à Toulon…» Il dit aussi qu’il vit de passes homosexuelles rétribuées et  joue aux fléchettes en parlant de ces relations. Puis, il y a un étrange tirage au sort: avec les numéros qu’on nous a distribués et qui s’affichent sur des panneaux lumineux, nous pouvons être appelés à pénétrer auprès de lui. Cet étrange questionnement sur l’identité sexuelle parle aussi de l’émigration subie et de l’intégration.

Edith Rappoport

Spectacle vu au Nouveau Théâtre de Montreuil, le 17 mars. T. :  01 48 70 48 90.

Potentia Guadendi, chantier de recherche sur les identités contemporaines dirigé par Gurshad Shaheman aura lieu avec les élèves-comédiens de l’ensemble 26 de l’E.R.A.C.M., les 21 et 22 mars, à la salle Maria Casarès du Nouveau Théâtre de Montreuil.

Le texte est édité aux Solitaires Intempestifs.

 


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