A Parté, texte et mise en scène de Françoise Dô

A Parté, texte et mise en scène de Françoise Dô

 183726-50860305_2316430361755704_7233974916565958656_n_-_copieL’auteure vit en Martinique où elle a créé sa compagnie Bleus et Ardoise, accueillie en résidence à la Scène Nationale Tropiques Atrium. Auteure d’un premier texte Aliénations, lauréat d’En Avant, un concours de jeunes artistes organisé par cette même Scène Nationale. Et elle a été l’assistante d’Hassane Khassi Kouyaté pour deux spectacles. Lauréate, pour A Parté, du programme Ecritures de la Cité Internationale des Arts de Paris, et avec le soutien de Théâtre Ouvert et du Théâtre de Vanves, cette jeune artiste arrive aujourd’hui à Paris.

Cette création s’inscrit d’emblée dans un théâtre de l’intime, de la parole cachée, de l’indicible du désir. Deux personnages émergent tour à tour d’une ombre élégamment travaillée : la femme d’abord,  l’homme ensuite. D’elle-même, la  femme dit le ressenti des caresses de son nouvel amant, plus âgé, étranger. Pourra-t-elle avoir un enfant de cet homme, alors qu’elle sait la mécanique mal accordée des désirs ? Les scènes intercalées, jouant  subtilement de réminiscences, nous entraînent vers la séparation récente avec son ancien compagnon.

L’homme, à son tour apparaît, porté par l’obsession de la reconquête, habité par une lancinante conviction : «Elle est tout pour moi, je suis tout pour elle », celle du conjoint quitté, à la virilité blessée. De l’entrelacs oppressant d’une relation fils/mère fusionnelle jusqu’à l’inceste, il s’est extrait pour jeter son dévolu sur elle, sa propriété même près qu’elle l’eût quitté : «Elle est la seule femme qui est mieux que ma mère. »

De ces vies parallèles, l’auteure distille ce qu’il faut de résilience chez la femme, et d’obsession maladive  chez l’homme, tout en nous tenant fermement à distance d’un drame psychologique. Le public avance comme l’écriture, à pas feutrés, goûtant le poison du doute, de la jalousie, en compagnie de ces deux êtres. Le troisième, l’amant iranien, nous ne le voyons que dans le regard des deux autres : sa différence, sa haute taille, son autorité naturelle, lui confèrent le statut d’objet convoité dans une société fermée où toute nouveauté fait parler.

Le talent d’écriture de Françoise Dô se trouve lové dans ce non-dit de la société martiniquaise, qu’elle ne mentionne jamais, mais qui enveloppe ses personnages du filet implicite des convenances, apparences et menues distinctions de classe. Et, quand l’homme se retrouve, « à cette heure bâtarde où on ne distingue rien »,  parmi les petits marchands du matin, revendeurs de crack, drogués jeunes et vieux qui croisent son chemin, il est renvoyé, par le fruit des circonstances, au statut de paria.

 De la violence économique, il n’est pas directement question, mais la déchéance rôde, toujours possible. En revanche, de l’instrumentalisation de la sexualité pour régler le ballet social, les personnages sont bien les enjeux. Françoise Dô, avec une redoutable efficacité,  offre au regard la puissance d’un détonateur : ce que l’on voit de l’autre à son insu, cet autre, objet de désir, cet autre en train d’agir et de rire avec des inconnus, est insoutenable : une vérité psychique, s’il en est…

Abdon Fortuné Koumbha et Astrid Bayiha sont impeccables, dans un dispositif réduit à des lés posés au sol, gris clair, gris foncé ou blancs sur lesquels,  sur lequel la nuit pesante de la jalousie peut convoquer tous ses combats.  Mais ce n’est pas le seul sentiment qui agite la pièce : la sourde douleur reliée à un enfant qui n’a pas pu naître et la difficile liberté de choisir qui on veut aimer, s’affrontent chez la femme. Tout comme, en creux, chez l’homme, la mère abusive et incestueuse continue à régler à distance les pensées de son fils. La violence masculine, allumée comme une mèche, jusqu’à l’explosion finale, a-t-elle son origine dans la faute des mères ? La question, jamais directement posée, restera en suspens jusqu’à la fin.

La metteuse en scène a aussi donné à ses acteurs les rôles de deux autres personnages : ils ajoutent ainsi, à l’intériorisation de leur propre état émotionnel, la parole de ceux qui composent dans le texte original, la toile d’araignée des désirs et attitudes de classe. Le spectacle gagne certainement à ce choix, sans doute né du projet de tendre encore davantage le ressort des pulsions, et non (espérons-le) d’un simple souci d’économie. L’intrigue peut alors se resserrer comme une main autour de leurs gorges : il n’y aura pas d’issue. Et il n’y aura pas d’enfant.

 Marie-Agnès Sevestre

 Jusqu’au 6 avril,  Théâtre Ouvert, Centre national des dramaturgies contemporaines, cité Véron, Paris XVIII ème.  T. 01 42 55 55 50.

 Du 24 au 26 mai, Théâtre en Mai, Théâtre Dijon-Bourgogne. Parvis Saint-Jean, Rue Danton, Dijon (Côte d’Or). T. : 03 80 30 12 12. infostheatre@tdb-cdn.com

La pièce est publiée par Tapuscrit/Théâtre Ouvert.

 

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