Adieu Agnès Varda et le TNP : Bon pour le cahier-photos

 

113648832 Agnès Varda  et le T.N.P. : Bon pour le cahier-photos…

 Nous étions enfants, nous avions de la chance : le lycée, car les privilégiés que nous étions- les professeurs n’arrêtaient pas de nous le rabâcher- nous offrait l’occasion extraordinaire d’aller en groupes organisés au T.N.P., pardon: au Théâtre National Populaire installé au Palais de Chaillot. Et de pouvoir nous évanouir de bonheur -c’était avant les yéyés et les idoles- en admirant Gérard Philipe dans Le Cid, en se laissant traverser par sa voix (qu’on trouve moins écoutable aujourd’hui). Le programme était gratuit mais on pouvait acheter  le texte de la pièce, qu’on avait parfois déjà, mais en “petits classiques“. Ce qui en donnait une lecture toute différente : ils étaient vieillots mais les livrets du T.N.P. étaient modernes, avec le beau graphisme de Jacno qui signait aussi les fameuses affiches des spectacles.

(C)Agnès Varda

(C)Agnès Varda

Mais, quelquefois, nous devions  attendre le cahier-photos d’Agnès Varda. Car, en ce temps-là, il fallait développer les photos, les imprimer et les opérations techniques étaient longues. Et alors, aux premières représentations, le texte paraissait seul mais on y trouvait un bon pour obtenir ces photos en noir et blanc. Et on les aimait d’autant plus  qu’on les avait ainsi attendues. Notre Gérard était-il aussi beau que dans nos propres yeux ? Peu importe ; nous ne savions rien de l’art de la photo, mais nous sentions quelque chose, ces images étaient vivantes. La signature : photos Agnès Varda signifiait qu’on était dans la vraie vie, sur le plateau et à côté. Jean Vilar, répétant  sous le soleil à Avignon, dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes, en salopette de travailleur, Jean Vilar en profil de médaille, en parallèle avec celui de Maria Casarès, c’est tout le théâtre, artisanal et hiératique, cousu main et sacré. Et tout le chemin entre l’un et l’autre et la traversée d’un personnage par un comédien (et réciproquement), et le verre qu’on boit ensemble, toute cette vie est captée, reçue par l’œil et la boîte noire de cette petite bonne femme qui rencontra  Jean Vilar et sa bande et qui les a aimés. Photos Agnès Varda : nous aussi, on l’aimait. C’était bien la première fois, à douze ans, qu’on avait une pensée pour la photographe, cette chanceuse si proche des comédiens, au-delà de  la photo à faire signer par le magnifique acteur, à la sortie des artistes.

 On donnera, pour finir, la parole à Jean Vilar, le bâtisseur de théâtre, c’est à dire d’édifices faits d’une réalité volatile qui peut animer longtemps les mémoires. « Si la mort plaque sur le visage du comédien le masque d’une vérité sans illusions, sans flatterie, si ce visage cruel et vrai ment à nos songes, ainsi la réalité crue fait, au théâtre, le désert en nos cœurs. Elle heurte ce besoin d’une imagination qui nous flatte, elle heurte ce gai souci de se croire autre que nous ne sommes. Car le théâtre est, me semble-t-il, irréalité, songe, magie psychique, mythomanie ; et s’il est aussi réalité, du moins il faut qu’elle nous dope, nous enivre, nous jette hors du théâtre le cœur vif, l’esprit plein de merveilles, le cœur vivant. » De la tradition théâtrale (1950).

Couvrez donc le visage du comédien mort.

 Christine Friedel

Les obsèques d’Agnès Varda auront lieu, mardi 2 avril, à 14 heures, au cimetière du Montparnasse à Paris. Un hommage lui sera rendu ce même 2 avril à 11 h, à la Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, Paris (XII ème).


Archive pour 31 mars, 2019

L’Autre Fille, texte d’Annie Ernaux, mise en scène de Jean-Philippe Puymartin et Marianne Basler

L’Autre Fille, texte d’Annie Ernaux, mise en scène de Jean-Philippe Puymartin et Marianne Basler

 D2B9A00E-45A1-425D-9773-92E2F07D49DBIl y avait déjà eu une version scénique de Cécile Backès (voir Le Théâtre du Blog). Et ce spectacle est une reprise de celui déjà créé aux Théâtre des Déchargeurs. Il s’agit d’une lettre très intime que l’écrivaine adresse à sa petite sœur de six ans, décédée avant la naissance. Elle parle aussi à mots feutrés de la relation qu’elle a eu avec ses parents. Sans doute compliquée;en effet, silence du père, silence de la mère  quant à la courte vie de leur fille aînée, toujours physiquement absente mais toujours aussi terriblement présente pour  ce couple jamais consolé de sa perte… Et on se doute que cela a aussi beaucoup frappé Annie Ernaux qui se sent comme un peu de trop dans cette famille où il manquera toujours quelqu’un, comme si la douleur de ses parents avaient en partie du moins oblitéré l’amour qu’ils avaient pour leur cadette.

« J’éprouve, dit Marianne Basler, une forme de reconnaissance envers l’auteure d’avoir pu mettre en mots si justes, si décapés, son histoire. C’est pour chacun de nous, un travail d’excavation, de retour à une mémoire ancienne oubliée et retrouvée.» Souvenirs, souvenirs: Annie Ernaux revoit son passé de gamine des années cinquante et se souvient très bien qu’elle a entendu -à son insu- sa mère parler de la naissance et la mort de cette sœur aînée en précisant qu’elle était plus gentille… Un vrai choc et de quoi remuer, on s’en doute, la sensibilité et l’imaginaire de la petite fille qui  deviendra ensuite écrivaine mais aussi le nôtre.

Marianne Basler est assise, face public, à une table en bois où il y a quelques livres et photos familiales puis elle se lève parfois. La mise en scène est précise et toujours juste. Mais comment adapter à la scène une telle confession: à l’impossible, nul n’est tenu! Mais comme l’actrice est magnifique, on se laisse vite emporter par le texte ciselé d’Annie Ernaux qui frappe fort et juste. Et on ne s’ennuie pas un instant. Cela fait-il théâtre pour autant? Pas vraiment. Il faudrait que les metteurs en scène mettent un peu sur: pause, leur envie de recréer des monologues ou quasi-monologues avec voix off,  tirés de romans ou de fictions. Ils envahissent actuellement les scènes et le public commence à s’en lasser! Cela dit, si vous avez envie de retrouver Marianne Basler, bonne occasion que cette reprise: la comédienne est ici vraiment formidable et elle sait faire naître l’émotion, sans avoir l’air d’y toucher…

 Philippe du Vignal

Théâtre des Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs, Paris I er. T. : 01 42 36 00 50.

Le texte est paru Editions Nil.
 

 

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