L’Autre Fille, texte d’Annie Ernaux, mise en scène de Jean-Philippe Puymartin et Marianne Basler

L’Autre Fille, texte d’Annie Ernaux, mise en scène de Jean-Philippe Puymartin et Marianne Basler

 D2B9A00E-45A1-425D-9773-92E2F07D49DBIl y avait déjà eu une version scénique de Cécile Backès (voir Le Théâtre du Blog). Et ce spectacle est une reprise de celui déjà créé aux Théâtre des Déchargeurs. Il s’agit d’une lettre très intime que l’écrivaine adresse à sa petite sœur de six ans, décédée avant la naissance. Elle parle aussi à mots feutrés de la relation qu’elle a eu avec ses parents. Sans doute compliquée;en effet, silence du père, silence de la mère  quant à la courte vie de leur fille aînée, toujours physiquement absente mais toujours aussi terriblement présente pour  ce couple jamais consolé de sa perte… Et on se doute que cela a aussi beaucoup frappé Annie Ernaux qui se sent comme un peu de trop dans cette famille où il manquera toujours quelqu’un, comme si la douleur de ses parents avaient en partie du moins oblitéré l’amour qu’ils avaient pour leur cadette.

« J’éprouve, dit Marianne Basler, une forme de reconnaissance envers l’auteure d’avoir pu mettre en mots si justes, si décapés, son histoire. C’est pour chacun de nous, un travail d’excavation, de retour à une mémoire ancienne oubliée et retrouvée.» Souvenirs, souvenirs: Annie Ernaux revoit son passé de gamine des années cinquante et se souvient très bien qu’elle a entendu -à son insu- sa mère parler de la naissance et la mort de cette sœur aînée en précisant qu’elle était plus gentille… Un vrai choc et de quoi remuer, on s’en doute, la sensibilité et l’imaginaire de la petite fille qui  deviendra ensuite écrivaine mais aussi le nôtre.

Marianne Basler est assise, face public, à une table en bois où il y a quelques livres et photos familiales puis elle se lève parfois. La mise en scène est précise et toujours juste. Mais comment adapter à la scène une telle confession: à l’impossible, nul n’est tenu! Mais comme l’actrice est magnifique, on se laisse vite emporter par le texte ciselé d’Annie Ernaux qui frappe fort et juste. Et on ne s’ennuie pas un instant. Cela fait-il théâtre pour autant? Pas vraiment. Il faudrait que les metteurs en scène mettent un peu sur: pause, leur envie de recréer des monologues ou quasi-monologues avec voix off,  tirés de romans ou de fictions. Ils envahissent actuellement les scènes et le public commence à s’en lasser! Cela dit, si vous avez envie de retrouver Marianne Basler, bonne occasion que cette reprise: la comédienne est ici vraiment formidable et elle sait faire naître l’émotion, sans avoir l’air d’y toucher…

 Philippe du Vignal

Théâtre des Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs, Paris I er. T. : 01 42 36 00 50.

Le texte est paru Editions Nil.
 

 

 

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