Livres et revues

L’Imparfait du temps passé de Grisha Bruskin, 324 épisodes de la vie d’un artiste russe, traduit du russe par Christine Zeytounian-Beloüs

 

23CB700C-321E-49D9-93A7-9A1127538206On peut voir dans  ce volume une sorte d’archétype de l’art du livre, un acte de résistance de l’art contre la technique. A l’heure du triomphe du numérique, quand le livre électronique est en voie de détrôner le livre sur papier, il est réconfortant de tenir dans les mains un livre qui pèse son poids. Mais ce n’est pas seulement une suite de mots sur une tablette mais un véritable objet d’art de Jean-Michel Place. Ce cadeau semble venir d’un autre temps. L’Imparfait du temps passé n’est pas un livre d’écrivain, encore moins de littérateur mais d’un artiste, sans être pour autant ce qu’on appelle un « livre d’artiste ». Grisha Bruskin, spontanément, intuitivement, a trouvé la clé pour échapper au syndrome autobiographique. Le recueil bien agencé des épisodes de sa vie est un anti-roman mais ce sont aussi des anti-mémoires, non  au sens que lui donnait André Malraux, mais à celui que lui prêtaient Henri Bergson, Gilles Deleuze et bien entendu, Marcel Proust, que Samuel Brussell cite fort justement dans une belle préface. Et, dans le sillage de Joseph Czapski,    comme avec A la Recherche du temps perdu, cet Imparfait du temps passé est un formidable remède contre la déchéance.

Chaque lecteur y trouvera la foi dans la résurrection d’une vie dont chaque pas nous rapproche un peu plus de la déchéance finale.En forant le puits de sa mémoire affective, Grisha Bruskin en tire des pépites qui, en affleurant à la surface, sont autant d’épiphanies d’un monde parallèle et spirituel qui est sans doute à la source de son œuvre artistique. Mais on ne saurait oublier que  ces extractions poétiques se rapportent  à son enfance en Union Soviétique. Contrairement aux esprits chagrins qui ne tirent de leur expérience que des malédictions contre les hommes ou contre Dieu, Grisha Bruskin porte sur le monde une vision sereine  qui reste celle de l’enfant qu’il a été dans «  l’empire du mal ».

Et au-delà des stéréotypes et des batailles idéologiques, il nous rappelle qu’en Union soviétique il n’y a pas eu seulement le goulag, les répressions, la censure, mais un mode de vie empreint d’une poésie dont il a su garder l’arôme et il nous le rend ici avec humour et nostalgie. Ses vignettes verbales sont illustrées par des photographies ou des reproductions de ses sculptures et tableaux. Et cela montre que pour lui, les mots appartiennent au même univers que ses œuvres d’art.

Sous l’apparence trompeusement rétrograde d’un retour au  au passé et d’un art conceptuel dématérialisant le vivant et nous donnant en pâture des squelettes desséchés mais sacralisées par la mode. Avec ces instantanés qui tressent un éternel retour, Grisha Bruskin sort de la littérature, de l’histoire et du temps passé, pour nous les restituer et il s’expurge ici de l’imparfait, pour entrer dans le futur antérieur…

Gérard Conio

Le livre est paru aux Nouvelles Editions Place.

 

Corps parlant, corps vivant, Réponses littéraires et théâtrales aux mutations contemporaines du corps

6B8EF11A-3C69-43D0-B2DA-7A8EF784C156Etudes Théâtrales est une publication bi-annuelle du Centre d’études théâtrales de l’Université catholique de Louvain. Ce riche numéro comprend vingt-trois textes réunis par Jonathan Châtel et Pierre Piret. «Penser le corps constitue à n’en pas douter un défi majeur de la littérature et du théâtre (mais aussi du cinéma et  des arts) contemporains.» (… ) «Mais que dire du corps lui-même ? Pour orienter la réflexion, une distinction nous a paru opératoire qui donne son titre au colloque : celle du corps parlant et du corps vivant. »

Effectivement, depuis une cinquantaine d’années, le théâtre et le spectacle en général ont  tenté de résoudre une question aussi complexe que fondamentale : l’expression par la parole d’un corps en scène vivant donc parlant (ou enregistrée parce qu’il était absent de la scène ou décédé) et à la suite de Freud, le corps comme instrument parfois pré-textuel d’une gestualité scénique a fini  parfois même à se substituer à la parole. Comme l’avaient  réalisé il y a déjà un demi-siècle mais dans des genres radicalement différents, les Polonais Jerzy Grotowski et Tadeusz Kantor, l’ltalien Eugenio Barba et son Odin Teatr, ou des Américains comme Judith Malina et Julian Beck, Meredith Monk, John Vaccaro ou le merveilleux marionnettiste Robert Anton. Mais reste à savoir, disent les  concepteurs de ce numéro, comment cette dialectique du corps et des discours se noue-t-elle d’époque en époque. Comment la littérature et le théâtre en rendent-ils compte ? Ont essayé de cerner ces relations, des intervenants issus d’horizons différents à un colloque à l’Université de Louvain-la-Neuve en 2014…

Ce volume issu des contributions à ce colloque fait l’objet de quatre «mouvements» : Le Corps subjectif, Le Corps aliéné, Le Corps subversif, Théâtre, corps et texte. Et la plupart des textes font référence à des spectacles contemporains qu’il vaut mieux avoir vus pour bien saisir la signification de ce matériau aussi exceptionnel que le corps humain, réel et/ou incarné par une marionnette comme chez Ilka Schönbein. Comme  l’explique bien Sandrine Le Pors dans un article consacré au travail de la grande comédienne et créatrice allemande. Son théâtre, dit-elle, «se joue dans le corps-à-corps ou dans ce tête à tête entre le petit corps de l’enfant et le grand corps de l’adulte- l’un et l’autre  étant des autant des partenaires de jeu que des adversaires : dans Chair de ma chair, la mère tente ainsi d’étrangler sa fille alors qu’elle dit ne pouvoir vivre sans elle. » Et l’auteure insiste avec raison sur les interférences entre le dire et le voir, avec des images, une voix parlée, la musique et le chant chez Ilka Schönbein. Ce qui fait toute la richesse de ses spectacles mis en scène avec une extrême précision.

Il y a aussi dans cette première partie une analyse de La Dispute de Marivaux où, dit Pierre Piret, le dramaturge met en lumière la condition corporelle du personnage «Le narcissisme situe le corps dans le registre de l’avoir : c’est à un corps à la fois sien et autre qu’Eglé se confronte. » L’auteur analyse aussi de façon remarquable la crise du personnage dans Pas moi  de Samuel Beckett et à l’inverse, le récit autobiographique  sur fond de dérégulation de l’identification corporelle dans Les Garçons et Guillaume, à table de Guillaume Gallienne. On ne peut citer tous les articles mais  dans la seconde partie, Le Corps aliéné, celui d’Estelle Mathey consacré au travail de Jacques Rebotier est tout à fait intéressant. Elle analyse les rapports que dans La description de l’omme, ce créateur a mis au point: avec une poétique du corps, il «subvertit le discours scientifique de genre encyclopédique pour faire émerger la nécessité d’une parole incarnée.» A noter aussi un texte de la théoricienne et rédactrice en chef d’Etudes Théâtrales, Véronique Lemaire à propos de El Año de Ricardo d’Angelica Liddell d’après Richard II de Shakespeare. Dans cette performance (2008), l’auteure et comédienne  faisait de son corps un discours où elle mettait à mal la notion de démocratie. Dans la partie Le Corps subversif, Jean-Pierre Sarrazac analyse avec une grande pertinence le corps gestuel et viscéral dans les textes  théâtraux de Franz-Xaver Kroetz  reliés aux didascalies, une sorte de sous-texte capital chez cet auteur. Et il insiste avec raison sur leur grande qualité littéraire et pose aussi la question de savoir quelles sont les limites du jouable. Jusque là un interdit juridique n’admet en effet ni la copulation réelle, la coprophilie, ni la défécation ni la présence de cadavres humains. Mais tolère depuis longtemps le nu masculin ou féminin, la masturbation discrète et la fellation… comme dans le dernier spectacle d’Angélica Liddell, même dans un théâtre national  comme la Colline… Dans les années 75, le metteur en scène John Vaccaro avait été condamné à une amende par le tribunal d’instance de Bruxelles après deux jours de débats à Bruxelles pour pornographie. Une association de « protection de la jeunesse” avait  porté  plainte. En cause: dans Cockstrong (en slang new-yorkais: sexe puissant!) une jeune et belle actrice seulement vêtue d’une petite gaine et de bas noirs se masturbait quelques secondes sur un coin de table… Et à la fin, un grand phallus suspendu au dessus de la scène et de la salle, branché sur la lance à incendie des pompiers éjaculait quelques litres d’eau sur le public ravi d’être ainsi rafraîchi… Autres temps, autres mœurs!
Dans le dernier corpus du volume Théâtre, corps et texte, Knut Ove Arntzen, professeur  d’études théâtrales à l’université de Bergen (Norvège), rend compte du bouleversement scénique en Norvège qu’a été, dit-il, dans les années quatre vingt dix (mais ce phénomène d’hybridation avait déjà eu lieu vers 1960 avec l’intrusion des arts plastiques sur les plateaux de théâtre aux Etats-Unis, en France et en Allemagne avec entre autres John Cage, le mouvement Fluxus, le happening, la performance, la danse contemporaine… A signaler aussi une étude de Catherine Naugrette sur le costume de théâtre au statut assez équivoque et rarement bien adapté au corps qu’il abrite. Et souvent raté comme Roland Barthes l’avait déjà remarqué dans son article bien connu sur Les Maladies du costume de théâtre.

On aurait bien aimé que ce volume assez touffu soit accompagné d’un support vidéo des spectacles dont parlent les auteurs mais on peut toujours aller à la pêche, même aléatoire, sur Internet. Il est en tout cas d’une grande richesse et peut apporter beaucoup d’éléments théoriques à des enseignants de lycée ou de fac spécialisés dans les études théâtrales.

Philippe du Vignal

Editions Academia L’Harmattan, Grand-Place, 29 B-1348 Louvain-la-Neuve (Belgique). Prix : 20 €.
Centre d’études théâtrales, Place de l’Hocaille, 4  1348 Louvain-la-Neuve.

 

 

 


Archive pour mars, 2019

Cet Été suivi de La Rencontre/Portraits de Femmes, écriture et mise en scène de Pauline Bureau

 

Cet Été suivi de La Rencontre/Portraits de Femmes, écriture et mise en scène de Pauline Bureau

07BE3E3E-4D58-4373-AD79-7EB9A1490765 Un centre d’apprentissage dans la banlieue de Caen propose aux élèves des activités culturelles mises en place avec la Comédie de Caen. Devant une classe de C.A.P. coiffure, deux comédiennes vont, tour à tour, se mettre dans la peau de femmes qui livrent leur parcours de vie. Avec ces récits, Pauline Bureau et son équipe répondent à une commande de La Poudrerie de Sevran, une compagnie produisant des spectacles dits «immersifs», joués dans des appartements, écoles, bibliothèques, collectivités… (voir Le Théâtre du Blog) Une trentaine de femmes, choisies par l’intermédiaire des réseaux associatifs de Sevran, se sont portées volontaires pour se raconter, en relation avec cette ville de Seine-Saint-Denis qui compte aujourd’hui quelque cinquante mille habitants. Elles se sont confiées aux magnétophones de Pauline Bureau et de ses actrices, Sabrina Baldassarra et Sonia Floire. Une fois ces paroles recueillies, puis décryptées, la metteuse en scène a demandé à chaque comédienne de choisir le personnage qu’elle désirait incarner. Elle a ensuite opéré des coupes en respectant le parler, les silences, le style d’élocution des personnes interviewées et assuré la mise en scène de ces petites formes. Le hasard a voulu que, sans se concerter, les actrices optent pour des portraits qui se répondent. Une femme battue qui s’en est sortie, et la directrice de la crèche municipale qui s’est occupé à un moment donné du fils de la première !

  »Dans le corpus global, précise Sonia Floire, il y avait deux sortes de femmes : les battantes, et les battues. Ce qui m’a intéressée dans mon personnage, c’est sa capacité de résilience. » Dans Cet été, elle retrace l’itinéraire douloureux d’une jeune coiffeuse qui a dû abandonner son métier, quand elle s’est mariée et qu’elle s’est trouvée confrontée à un homme alcoolique et violent  : «Je suis maman de deux enfants. De quatre ans et demi, et le petit de deux ans. » (…)  « Il voulait pas que je travaille. Il m’a dit que c’est lui qui va assumer./ Et qu’il n’a pas besoin que je travaille, il gagnait bien sa vie, il était ingénieur en informatique. Et au début, il buvait, il buvait que le week-end, mais pas beaucoup … ». Elle montre au public, avec fierté, les coiffures qu’elle a réalisées, compilées dans un petit carnet rose : son trésor ! On sent alors que cette femme est sortie du cercle vicieux où elle se trouvait enfermée.

 Après ce touchant témoignage, Sabrina Baldassarra prend le relai avec La Rencontre, une narration beaucoup plus structurée, la parole militante d’une directrice de crèche qui apporte un point de vue lucide et pertinent sur son métier et son rôle social. Elle raconte comment, dans son établissement, elle accueille plusieurs enfants handicapés, et combien, avec eux, on apprend sur soi-même : «Un mot qu’on utilise beaucoup en ce moment, c’est la tolérance et notamment par rapport à… Voilà, où il faudrait être tolérant avec le handicap, etc. Et quand on dit à quelqu’un : je te tolère, excusez-moi, mais ce n’est pas s’enrichir de l’autre. Pour moi, il y a quand même dans la rencontre, l’idée de, bien sûr, qu’on s’expose, hein, dès l’instant où on entre dans une rencontre, bien sûr qu’on s’expose (… ) »

 Sans décor, avec quelques accessoires, et la force des mots, s’invente ici un théâtre hors-les-murs, pour des publics tenus éloignés des scènes traditionnelles. Les échanges avec les apprentis, d’abord timides, ont permis de tracer la limite ténue entre réalité et fiction, de mettre en évidence la distance qu’apporte le jeu, l’écriture  et la mise en scène : l’essence même du théâtre. «Vous êtes courageuses», ose une jeune fille. S’adressait-elle aux comédiennes ou à leurs personnages, ces Sevranaises qui, chacune à sa façon, nous ont donné une leçon de vie… Et encore quelque espoir en l’humanité. On sort de cette petite heure chargée d’émotion.

 «Rencontrer, dit Pauline Bureau, c’est accepter d’être surprises, bougées. » Et elle le démontre avec sa compagnie La Part des anges, engagée depuis des années dans ce type d’action artistique et actuellement en résidence à la Comédie de Caen. Dernièrement, on a pu apprécier son implication sociale avec Mon cœur (voir Le Théâtre du Blog). La prochaine création de la metteuse en scène, à la Comédie-Française, promet d’être dans le même esprit : Hors la loi raconte l’histoire d’un avortement clandestin au début des années 70, jugé au Tribunal de Bobigny. En attendant, ces Portraits de femmes qui ont déjà été en tournée dans la région parisienne, devraient partir à la rencontre d’autres publics.

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 8 mars au C.I.F.A.C de Caen (Calvados), dans le cadre de la saison Appart’ C.A.F/C.E.M.E.A. de Normandie.

Le 10 mai, Maison d’arrêt de femmes de Caen.

Hors la loi sera créé du 24 mai au 7 juillet, au  Théâtre du Vieux-Colombier, Paris VI ème.

 

Bells and Spells, mise en scène de Victoria Thierrée-Chaplin

 

Bells & Spells mise en scène de Victoria Thierrée-Chaplin

 

51584234-D9E4-4AFF-9A54-649B44D594FF« Notre travail, dit Aurélia Thierrée, est très instinctif: nous n’avons aucun script. Victoria imagine le décor, le plateau… Elle s’inspire de photos et de musiques pour la scénographie. Ensuite, j’évolue librement dans cet univers, je me l’approprie au fur et à mesure.» Grandie sous le chapiteau du Cirque Invisible de ses parents Victoria Thierrée-Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée, la jeune femme a de qui tenir et crée ici son troisième spectacle en collaboration avec sa mère.

 La pièce, écrite en plusieurs tableaux autour de la lumineuse artiste et du danseur Jaime Martinez, conjugue dès l’ouverture, le comique et l’insolite, avec un numéro de chaises musicales sur lesquelles s’agitent de curieux personnages dans un décor vieillot. Parmi eux, une femme enveloppée dans un manteau informe va se métamorphoser en créature de rêve : blonde et moulée dans une somptueuse tenue de soirée. Cleptomane, elle s’empare subrepticement de tout ce qui lui tombe sous la main: objets et accessoires plus ou moins volumineux. Elle a aussi l’art de disparaître et réapparaître dans un tout autre contexte et sous d’autres formes et costumes, à l’instar de son partenaire qui la poursuit de ses assiduités pour quelques pas de tango, entre deux numéros de claquettes…

Dans cet univers en perpétuel mouvement, s’opère une série de transformations dans des  univers fantasmagoriques. Séquence après séquence, les murs s’ouvrent et se referment, les portes tournent, les objets s’escamotent et les personnages changent d’apparence comme par enchantement. Le séduisant hidalgo et sa blonde dulcinée forment un couple fugace et charmant quand elle ne mute pas en bête bizarre, ou en preux chevalier immergé dans un très grand tableau de bataille tendu à l’avant-scène. Agrandissement d’une enluminure de Jean Colombes (1430)

D’une agilité exceptionnelle, assistés de discrets manipulateurs, ces artistes évoluent avec grâce dans un ballet infini d’accessoires, un tourbillon de costumes, tentures et paravents et luttent contre des objets animés d’une vie autonome qui leur jouent des tours pendables. La magie ne se cache pas et les trucages restent artisanaux, ce qui produit un décalage. L’esthétique éclectique du décor surprend : l’environnement suranné et sursaturé de tableaux, meubles, lampes fait place à un plateau dépouillé où pendent des draps blancs… La magie ne se cache pas, les trucages restent artisanaux, ce qui produit un décalage. Une forêt de porte-manteaux de toutes tailles devient une monture aux allures de dinosaure squelettique. Une tête de chien surmonte un corps de marquise et celle d’un homme coiffe le cou d’un chien… Cadavres exquis.

 Ici, une poésie surréaliste sous-tend ce spectacle plein de charme, drôle, épicé d’un zeste d’impertinence. Une belle soirée au Théâtre de l’Atelier qui a été vendu en juillet dernier à Antoine Courtois, spécialisé dans la restauration d’œuvres d’art et de monuments. Il vient de changer de directeur, Didier Long ayant cédé la place à Marc Lesage. Premier amour de Samuel Beckett, interprété par Samy Frey (voir Le Théâtre du Blog) a fait le plein. Avec cette fantaisie onirique d’une heure dix, servie par des artistes hors-pair, l’Atelier devrait continuer sur cette lancée: l’accueil du public a été chaleureux lors de cette première représentation parisienne, après un succès au festival del Due Mondi de Spoleto (Italie), puis au Théâtre des Célestins à Lyon.

Mireille Davidovici

A partir du 7 mars Théâtre de l’Atelier, place Charles Dullin, Paris XVIII ème. T. :  01 46 06 49 24.

 

 

 

L’homme qui ne savait pas qu’il était mort de Nouschka Ovtchinnikoff

L’homme qui ne savait pas qu’il était mort, texte et mise en scène de Nouschka Ovtchinnikoff

6EC56538-8DB3-40C1-8C2C-7A3F4B67D945La danseuse et chorégraphe nous propose ici une sorte d’engagement philosophique dans la mort, dans l’après de la vie, pendant une heure, avec le parcours de deux personnages au passé à la fois douteux et poétique. « Vivre la mort, plonger et rester un instant dans l’entre-monde, le temps de faire émerger nos doutes et nos ardeurs, de se construire une philosophie de l’éphémère, de réfléchir à nos vies. » Elle nous invite à nous projeter dans la mort de ces hommes et comme eux, à revenir ensuite à la vie.

David Weiss et René Hernandez, deux acteurs-marionnettes attachés à une corde restituent la tension et la fragilité de nos vies peuplées d’images et de sons, avec rires et lamentations. «Ils sont morts, ils ne savent pas qu’ils sont morts, ils se souviennent par bribes de leurs existences terrestres. » (…) « Moi, quand je suis dans un café, je ne supporte pas qu’un type s’asseye en face de moi ! »

Les morts se balancent et une multitude d’univers subtils se mélangent. «Je me retrouve dans un paysage parfaitement inconnu et je rêve! » (…) « La confusion de mon esprit m’effraye !» Ils se débattent au bout de leur corde: «Moi aussi, je nage comme toi! » et restent  dans des positions étranges jusqu’à l’apparition d’une femme (Nouschka Ovtchinnikoff) qui joue en solo: elle ne sait pas de quel côté du monde elle se situe! En fait, tellement «comme ça» et « autrement», que l »autrement » et le « comme ça », sont chez elle une tentation permanente. Mais, malgré une belle interprétation acrobatique, nous avouons nous être un peu perdus dans ce spectacle insolite…

Edith Rappoport

Jusqu’au 16 mars, Théâtre de l’Epée de Bois, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de manœuvre, Vincennes(Val-de-Marne) jusqu’au 7 mars. T. : 01 48 08 39 74.

Zuihô Taiko, groupe de tambours sacrés japonais, compagnie Genesis of Entertainment et Konan Dance Company

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Zuihô Taiko, groupe de tambours sacrés japonais, précédés par les ballets de la compagnie Genesis of Entertainment et de la Konan Dance Company

Un spectacle de tambours japonais -déjà un événement en lui-même- l’est d’autant plus que le groupe rassemble des professionnels handicapés mentaux.  Cette compagnie née en 1987 sous la forme d’un club de loisirs propose à des personnes handicapées d’apprendre à jouer de cet instrument traditionnel. Puis en 2001,  elle s’est professionnalisée et donne chaque année, une centaine de concerts et participe à plus de cinq cents ateliers et actions sociales.

D’abord au programme: La Genesis of Entertainment, composée de personnes en fauteuil roulant, puis la Konan Dance Company dont les danseurs sont handicapés mentaux. Deux paraplégiques dansent avec deux interprètes valides: l’homme invalide, lui, rampe au sol et reconstruit son fauteuil roulant préalablement démonté. «Nous espérons, dit-il au public, que le vent vous porte dans la joie de vivre.» Suivront solos et duos sur une musique rythmée de boîte de nuit. Puis les interprètes valides se lancent dans une belle chorégraphie en utilisant un fauteuil roulant vide.

On retrouve ici cette liberté que procure la danse : pendant dix minutes, les membres de la Konan Dance Company enchaîneront une série d’improvisations impressionnantes sous le regard bienveillant de la danseuse Kitamura Shigemi, responsable de cette troupe et sur scène avec eux. Le pianiste Tanikawa Kensaku qui les accompagne, joue énergiquement comme Keith Jarret pouvait le faire avant de tomber malade en 90. Lors des saluts, petite anarchie jubilatoire: certains interprètes viennent saluer le public dans la salle, d’autres adressent des signes à la régie…

La dernière partie plus structurée (le suivi de la partition y oblige) fait résonner fortement pendant une heure les tambours japonais du groupe Zuihô Taiko. Ce spectacle atypique vient clore avec brio Japonisme 2.018 qui aura accueilli plus de trois millions de personnes.

Jean Couturier

Spectacle vu le 27 février à la Maison de la Culture du Japon, 101 bis quai Branly, Paris XV ème T. : 01 44 37 95 01.

Rencontre avec Simon Delétang, directeur du Théâtre du Peuple de Bussang

Le Théâtre du Peuple–Maurice Pottecher à Bussang, ouvert en toutes saisonsRencontre avec Simon Delétang

C645D83E-66B5-4093-8C6C-BB5283A75792 Depuis sa création en 1895 par l’écrivain Maurice Pottecher (1867-1960), le Théâtre du Peuple à Bussang (Vosges) accueille un public nombreux et fidèle chaque année pendant un festival marqué par l’utopie humaniste et poétique de son fondateur. Par l’art, pour l’humanité : sa devise est toujours inscrite de part et d’autre du cadre de scène. Les bâtiments ont été classés monuments historiques en 1976 et l’Etat en est propriétaire depuis 2.005. le Théâtre du Peuple avec quelque neuf cent places survit comme une oasis dans cette vallée éloignée. Pourtant connu dans le monde entier et visité pour son architecture toute en bois et son fond de scène qui peut s’ouvrir sur la forêt. Mais aussi pour l’esprit de partage qui y souffle : acteurs amateurs et professionnels ont toujours joué ensemble l’été sur la scène de Bussang, entourés de bénévoles passionnés de théâtre. Maurice Pottecher  avait le souci d’un répertoire exigeant : «Tandis que la foule, d’esprit sincère, non blasée, apporte sa faculté d’enthousiasme et préserve l’artiste d’un raffinement mortel pour l’art, l’élite intelligente corrige le goût de la foule et impose au dramaturge un souci de pensée et une tenue de style sans lesquels il n’y a pas de véritable œuvre d’art ». Un“ théâtre populaire“ avant la lettre, «élitaire pour tous », selon les mots d’Antoine Vitez.

En septembre 2017, Simon Delétang est nommé directeur pour un mandat de quatre ans et habite à Bussang. A la fois metteur en scène, acteur et scénographe, comme le fut Maurice Pottecher, il reprend le flambeau et s’est donné pour mission de faire vivre et rayonner ce théâtre toute l’année dans ce petit bourg lorrain, à la lisière de l’Alsace. C’est devenu au fil du temps et de l’exode rural, un de ces territoires en déshérence d’une France périphérique qui occupe aujourd’hui les ronds-points pour ne pas se faire oublier. L’école risque de fermer et le jeune directeur espère la sauver en proposant aux élèves des activités théâtrales.

Pour autant les représentations estivales resteront le point d’orgue du Théâtre du Peuple, devenues un rendez-vous incontournable. Avec des dates en août et jusqu’en septembre, il pourra ainsi accueillir les festivaliers d’Avignon à la recherche de fraîcheur…  Et pour rajeunir le public, on proposera aux quatre cents élèves du collège Jules Ferry du Thillot, une petite ville de 3.500 habitants proche de Bussang, d’y faire leur rentrée scolaire !

Mais passer d’un festival d’été dont la billetterie assure 50% des recettes (l’autre moitié provenant de subventions et de coproductions), à une programmation annuelle sans augmentation de budget, demande une gymnastique comptable. Il faut aussi une ingéniosité à développer des partenariats locaux et régionaux : Simon Delétang, n’est pas à court d’idées et déploie, tout au long de l’année, spectacles, stages, actions pédagogiques entre Alsace, Lorraine, Franche-Comté, et au-delà… Il s’agit pour lui d’inventer, comme son illustre prédécesseur, un théâtre loin de Paris, capable, tout en s’adressant au plus grand nombre, de donner voix aux formes contemporaines, notamment celles des autrices et auteurs qu’il se plait à mettre en scène. Les manifestations publiques commenceront donc au printemps 2019 pour se poursuivre jusqu’en décembre.

Pour faire plus ample connaissance avec les Vosges environnantes et ses habitants, et explorer ces «chemins noirs» comme l’écrivain-marcheur Sylvain Tesson désigne les zones dépeuplées de l’Hexagone, Simon Delétang prend son bâton de pèlerin à travers la montagne.  » La marche, dit-il, est une réponse à l’abandon des territoires. La volonté de placer le théâtre au cœur de la nature fut, pour Maurice Pottecher, un désir de retour à l’essentiel afin d’être en lien direct avec l’existence la plus simple, loin du chaos de la ville. » Georg Büchner (1813-1837) est son guide  et l’acteur-metteur en scène opère avec Lenz, une marche à travers les Vosges, un retour aux sources : «Aller, au rythme de la marche,  au contact avec les habitants, dans la tradition des Wanderer romantiques (…) Que ce soit le directeur qui y aille lui-même, ça brise les barrières, comme le Théâtre de Bussang les a brisées. »

 Lenz, cette nouvelle restée inachevée, évoque le voyage de Jakob Michael Reinhold Lenz, pour soigner son âme malade auprès du pasteur Oberlin qui le recueillit l’hiver 1778, chez lui, à Waldersbach, un village du Bas-Rhin, à moins de deux heures de route de Bussang. Ce récit, fondé sur les notes du pasteur, raconte comment le célèbre écrivain parcourut la montagne puis sombra dans la folie. L’occasion pour le jeune Büchner, en 1839, d’exposer sa vision de l’art et, pour Simon Delétang, depuis 2017, d’éprouver physiquement, en déambulant, la poésie aigüe et rythmée de Lenz, traduit par Georges-Arthur Goldschmidt : «Un récit, dit-il,  qui ouvre à la modernité. »  L’an dernier, il partit vers le Nord jusqu’à Waldersbach, parcourant environ trente kilomètres par jour et faisant étape le soir pour jouer dans des salles de fêtes, écoles, granges…  « Les gens savent que je suis venu à pied, ce qui induit une plus grande proximité avec une centaine de spectateurs à chaque fois. » Cette année, il ira en direction du Sud vers la Franche-Comté, par des sentiers balisés à travers le Plateau des Mille Étangs (Haute-Saône)… Certains spectateurs pourraient se joindre pendant quelques kilomètres à cette randonnée au cœur du Parc naturel régional des Ballons des Vosges.

Au programme de cet été, la création de Suzy Storck de Magali Mougel, une autrice originaire des Vosges. Simon Delétang assurera la mise en scène et la scénographie de ce texte, issu d’un fait divers: l’histoire d’une matricide par accident et dont la parole libératoire fait éclater les cadres familiaux… Et Jean-Yves Ruf  réalisera La Vie est un rêve de Pedro Calderon de la Barca, avec des comédiens professionnels et amateurs. Un bal littéraire clôturera le festival.

D’autres manifestations sont prévues pour l’automne et l’hiver, dont un focus sur cinq pièces d’autrices portées par cinq metteuses en scène et dix interprètes. Car Simon Delétang entend faire la part belle aux femmes, trop souvent minoritaires dans les programmations. Et il a aussi invité Claudia Stavisky avec une pièce  de Pierre Corneille, La Place Royale (ancien nom de la place des Vosges à Paris).

Mireille Davidovici

Rencontre avec Simon Delétang, le 6 mars à Théâtre Ouvert, cité Véron, Paris XVIII ème.

Au Théâtre du Peuple à Bussang:
Lenz
du 30 avril au 11 mai.

Festival d’été du 27 juillet au 8 septembre. La Place Royale, les 11 et 12 octobre. Faits d’Hiver 14 et 15 décembre.

Lenz de Georg Büchner est publié  chez Vagabonde et Suzy Stork est publié aux éditions Espaces 34.

 

Théâtre du Peuple-Maurice Pottecher, 40 rue du Théâtre, Bussang (Vosges) T. 03 2961 62 47 www.theatredupeuple.com

Le Leçon de francais, spectacle en cours d’élaboration de Pépito Matéo

La Leçon de francais, spectacle en cours d’élaboration de Pépito Matéo

(C) Alexandra de Lamine

(C) Alexandra de Lamine

Il a contribué à remettre le conte en vigueur entre l’art de raconter des histoires, et un spectacle… Cet athlète du verbe a monté une vingtaine de solos qui ont beaucoup tourné Avec entre autres, Hasta siempre, Saturne  Sans les mains et en danseuse et Pépito solo. Il revient cette fois avec une création prévue en automne. Ici, il travaille la langue à travers une pseudo-conférence pour demandeurs d’asile, en passant par ses souvenirs d’enfance : « Qui tient la langue maîtrise son monde ! » Mais «Qui donne sa langue au chat perd sa place » et « Qui n’a pas les mots, est accusé de tous les maux! » Des sortes de dictons dont il aime bien s’entourer.

Sur un plateau nu, face à six chaises il salue une classe imaginaire : «On croit parler la même langue, le langage engage, les mots diffèrent selon les pays. » (…) « Je m’assieds parce que mes histoires ne tiennent pas debout, j’ai passé une nuit blanche avec des idées noires ! » (…) « Deux cent millions de personnes parlent le Français, est-ce qu’on peut jouer avec les mots ? J’apprends en nommant les choses, quand tu changes de langue , tu changes de point de vue avec le manque de logique du Français. » Un parcours jubilatoire teinté d’absurdités qu’il fait bon d’entendre.

Edith Rappoport

Spectacle vu le 27 février au Théâtre Berthelot, 6 rue Marcelin Berthelot, Montreuil (Seine-Saint-Denis). T. : 01 71 89 26 70.

 

 

Conte d’enfants réels de Suzanne Lebeau, musique de Gisèle Pape, mise en scène Véronique Widock

Festival Rumeurs urbaines à l’Avant-Scène de Colombes:

Conte d’enfants réels d’après les textes de Suzanne Lebeau, mise en scène de Véronique Widock

608B3CAD-E0F0-47E2-B12B-8EA0EAC0DDD5Après une carrière d’actrice, auprès, entre autres, de Daniel Mesguich, Jean-Pierre Miquel et Anita Picchiarini, Véronique Widock a installé en 1992 sa compagnie des Héliades dans une ancien atelier de métallurgie à Colombes (Hauts-de-Seine) où elle a créé depuis, une vingtaine de spectacles singuliers. Elle met en scène des écritures contemporaines étrangères comme celles de Stig Dagerman, Gregory Motton, Dea Loher, Hanokh Levin…. « J’aime, dit-elle, les textes qui ouvrent sur les grandes questions de l’existence : l’amour, le lien,  l’abandon, la mort, le rapport au temps. A travers le prisme de la lente construction intérieure, mettre en scène les conflits quotidiens et politiques, l’accès  à la légitimité d’exister. D’exister. Et de faire valoir, telle qu’on l’entend, cette existence. « 

Suzanne Lebeau, auteure dramatique québécoise bien connue (voir Le Théâtre du Blog) avait publié Contes d’enfants réels en 1995. Ces cinq contes impertinents écrits pour la scène mettent enfants et adultes d’aujourd’hui face à face dans des situations qui oscillent entre ludique et  dramatique, insolite et quotidien,  rêve et réalité, poésie et  théâtre… Accompagnées par la musicienne et chanteuse Gisèle Pape.

Dans un jardin, un amas de fleurs et, au centre,  une femme (Lia Khizioua Ibanez) adossée à une pile de papiers; à cour, une table avec un ordinateur. Un enfant veut parler à son père (Sébastien Dalloni) qui continue à lire. « Je m’ennuie, je m’ennuie, nous sommes seuls tous les deux ! ». Elle aperçoit le bocal de bonbons, son papa en engloutit d’une seule bouchée mais étouffe, appelle à l’aide. Il y a une distribution de bonbons et le public est invité à s’asseoir sur le plateau, chacun doit masser la personne assise devant lui. Julie court le long du chemin de terre, puis forme de petits tas de ses mains. «Petit homme était un bébé charmant, adoré de ses parents… ».

On distribue des gâteaux et des boissons. On donne un violon à l’enfant qui rêve d’en jouer mais qui refuse la musique. «Avant de mourir, il faut jouer! » La femme  monte sur une  grande partition accrochée à un trapèze… Un spectacle ludique, simple comme un jeu d’enfants et pourtant révélateur d’une réalité complexe: ces Contes d’enfants réels nous interroge sur notre enfance.

Edith Rappoport

Spectacle vu le 28 février, au Théâtre Le Hublot, 87 rue Felix Faure,  Colombes (Hauts-de-Seine). T. : 01 47 60 10 33.

Le texte est publié aux éditions Théâtrales Jeunesse

P. O. Box Unabomber de Zdrava Kamenova et Gergana Dimitrova, mise en scène de Stavros Stagkos

 P.O. Box Unabomber de Zdrava Kamenova et Gergana Dimitrova, traduction de Dimitris Vergados, mise en scène de Stavros Stagkos

P. O. Box UnabomberCette pièce a remporté  le prix Ikar  2.012 de l’Union des artistes bulgares pour le meilleur texte dramatique. Ses auteurs citent souvent Le Manifeste de Ted Kaczynski, dit Unabomber, un militant écologiste américain né en 1942, qui s’est battu contre la société industrielle. Il deviendra un terroriste qui fit l’objet de la chasse à l’homme la plus coûteuse de l’histoire du  F.B.I. . À la suite de la disparition d’un lieu naturel où il se rendait régulièrement, il envoya de  nombreux colis piégés à plusieurs personnes construisant ou défendant le « progrès » technologique.  Et cela durant dix-huit ans; bilan: trois morts et vingt-trois  blessés .

Les auteurs mettent l’accent sur le fait que la technologie, plutôt que de faire avancer l’humanité, la détruit. Comme en contrepoint, ils décrivent le voyage de la dernière femelle d’une espèce en voie d’extinction: l’échidné à long nez, et sa tentative de trouver un compagnon pour éviter de disparaître à jamais. D’un côté, l’Homme qui pense possible d’échapper à la surveillance des satellites et de l’autre, une créature croyant qu’elle ne disparaîtra jamais bien qu’elle soit la dernière de son espèce…  Une réflexion profonde quant aux impasses de l’évolution : celle des hommes, des animaux, de la Nature et  de la société. En cause: des technologies qui se développent de plus en plus vite, des scientifiques auto-satisfaits, la mort proche d’espèces biologiques, la famille humaine qui se dégrade. Un activiste écolo essayera de changer le monde: mais échouera et deviendra juste un simple terroriste. Les personnages essaient de se faire entendre dans un monde qui devient de plus en plus aliéné. Sans visage, ils sont des voix dans la nuit. Sans nom, il semblent s’être perdus dans le temps et dans l’espace, sans aucune chance d’entrer en contact entre eux.

Un homme disparaît et va tout seul dans la montagne, revenant à la fois vers la Nature et vers lui-même. La police et sa famille le cherchent. Inversement, un animal femelle quitte sa forêt et va dans le monde des hommes pour chercher un mâle. Des scientifiques essaient de construire un ascenseur cosmique. Et un satellite supervise tout et tous sur la Terre… Le système actuel peut être changé par la violence ? Pourquoi le plus ancien mammifère est-il menacé de disparition ? Pourquoi les êtres humains veulent aller toujours plus loin et plus loin ? Vers où, tout cela nous mène ?

Dans un décor symbolique, Stavros Stagkos combine divers instantanés comme dans un film  pour souligner le message politique. Sons et musique, éclairage et projections vidéo renforcent le suspense et l’intensité de l’action. Le solide collectif de comédiens  se met au service du texte. Entre autres, Ioanna Kanellopoulou incarne avec une expression remarquable la femelle en voie de disparition. Bref, un spectacle-commentaire du monde contemporain qui fait réfléchir de nouveau sur  l’avenir de notre planète…

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Bar-Théâtre Faust 12 rue Athinaïdos, Athènes, T. : 0030 210 32 34 095.
La pièce est publiée en français sous le titre Protohérissé aux éditions l’Espace d’un instant.

Showtime par Holiday on ice, chorégraphie de Robert Cousins

Showtime! par Holiday on Ice,  chorégraphie de Robert Cousins

4349818B-1830-44C1-9405-D69EDC03194BAprès Believe, Time et Atlantis, c’est  le nouveau spectacle de cette célèbre troupe qui célèbre cette année son soixante-cinquième anniversaire. Créé aux Etats-Unis, la troupe appartient à l’histoire des arts scéniques! Sa première tournée, en 1947, l’avait menée au Mexique et à Cuba et depuis elle a parcouru le monde entier, jusqu’en Union Soviétique en 1959 ! Il y a plus d’un demi-siècle déjà, le programme vantait les mérites des interprètes: «Dans cette gigantesque revue sur glace, trente-six ravissantes « glamour icers » représentent le charme du continent nord-américain. Leur entrainement intensif en ont fait des patineuses de premier ordre et elles ont été choisies pour leur beauté comme pour leur talent». Aujourd’hui, ce talent  reste inchangé mais l’origine des artistes s’est diversifiée: d’abord Etats-Unis mais aussi Allemagne, Grande-Bretagne, Ukraine, Russie… et parmi eux, nombre d’anciens champions de patinage artistique.

Malgré un fréquent a priori, cette grande revue en impose par son professionnalisme et son invention. Nous retrouvons ici ,comme au Cirque du Soleil, la même volonté d’éblouir le public et de l’emporter dans un tourbillon, avec une succession de tableaux divers : cabaret, cirque, défilé de costumes hauts en couleurs, acrobatie aérienne… Et sur sur une plateforme suspendue, cinq techniciens sont à la poursuite-lumière! Le maître-mot ici: mobilité. Les quarante patineurs dansent, jouent de la musique et participent, avec une belle fluidité, à la transformation de la piste de glace qui, par moments, peut aussi s’enflammer.

Robin Cousins met les figures acrobatiques du patinage artistique au service d’une chorégraphie harmonieuse et précise. Les costumes de scène conçus par Michael Sharp  ont une qualité égale aux créations de Jean-Paul Gaultier pour son récent spectacle (voir Le Théâtre du Blog). Il faut avoir vu, au moins une fois dans sa vie, cette performance très populaire et qui n’a d’autre but que le divertissement.

Jean Couturier

Jusqu’au 5 mars,  Palais des Sports, Dôme de Paris, Porte de Versailles, Paris XV ème.  T. 01 48 28 46 46.

Aren’Ice de Cergy-Pontoise du 8 au 10 mars 2019, puis tournée en  France.
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