La semaine Extra au NEST

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La Semaine Extra au NEST, Centre Dramatique National transfrontalier de Thionville Grand-Est

C’est la cinquième année que le NEST réunit des jeunes qui partagent idées et énergie pour imaginer la prochaine édition de  ce festival. Cette saison, ils sont venus à vingt-deux au théâtre une fois par mois pour le construire…

 Pronom d’Eva Placey, mise en scène de Guillaume Doucet

 Cette compagnie bretonne mène des actions toute l’année en direction des adolescents. Soutenu par de nombreuses structures en Bretagne… et en Belgique, ce texte a été lauréat de la commission d’aide à la création de textes dramatiques d’Artcena. Le spectacle avec  Chloé Vivres, Guillaume Trotinon,  Jeanne Lazar, Marie Lévy, Géraud Cayla, Glenn Marausse et Morgane Vallée raconte une histoire d’amour entre deux lycéens. Dean, né dans un corps de fille, s’est toujours senti garçon. Il a pris la décision d’entreprendre une transition pour changer de genre aux yeux de tous. « Tu peux me dire pourquoi tu portes une robe? » Il se fait maquiller, se pique, se bande les seins, s’habille en garçon pour pouvoir vivre le sexe qu’il a choisi. Interprété avec un humour salutaire, cette pièce soulève l’enthousiasme.

Master de David Lescot, mise en scène de Jean-Pierre Baro, musique de Jean Pierre Leroux

 Ce spectacle, joué par Amine Adjina et Rodolphe Blanchet, a déjà été joué deux cent-quatre vingt représentations avant d’être présenté ici… Dans une salle de classe du lycée Colbert de Thionville. Une étrange interrogation écrite avec un professeur joué par un acteur qui remonte aux origines du rap dans les années 80. Interrogation écrite, puis orale, il se balade goguenard, entre les rangs : « Vous n’avez pas révisé, vous espériez ne pas être interrogés ! « (…) « Dis-nous ce que tu as retenu du mouvement dans ces années? La France n’est pas ma spécialité, la matière que j’enseigne, c’est le rap et le hip-hop ! » Puis, il trace un schéma qui est projeté : 1981 Beat Box Rap, Graph, Break Dance DS sing ! C’est l’époque où le rap commence à émerger dans le circuit commercial et on voit le noms des groupes écrits au tableau. Le hip hop français a connu une jeunesse difficile et le rap est réfractaire à tout ce qui est autoritaire.

 En vers de mirliton, Amine répond au prof qui met de la musique, en continuant à rimer. Face à face, ils secouent leur tête, puis le prof monte sur la table et se déguise en pirate. Toute la classe autour frappe en cadence et veut les faire danser. MASTER apparaît en lettres capitales au tableau : « Le passé, c’est la racine du présent, à la différence de clash et battle, le graph, on ne le laisse pas inachevé ! Le rap, c’est la musique de la contestation. » .

 

Les Imposteurs d’Alexandre Koutchevsky, mise en scène Jean Boillot,

 C’est une reprise de la pièce jouée ici l’an passé et qui avait connu un beau succès.  Dans un petit cabanon, on projette une photo de classe d’Isabelle Ronayette en 1986 qui joue ce petit spectacle avec avec Régis Larroche. « J’avais quinze ans, j’étais dyslexique, et le théâtre était le seul endroit où je me sentais vivre pleinement. Ton personnage ne doit pas savoir, mais toi, tu sais ! (…) Le regard, la parole et le geste ! » . Ils entament un dialogue sur les personnages joués  par  la compagnie, « Je suis Hamlet, je suis Régis Larroche » (…) « Là, c’est moi en 1986 ! » (…) « Profite de ta jeunesse, la vie passe comme un éclair. Nous passons notre vie à jouer, nous ne savons plus, nous avons oublié. Pourtant en grandissant, on arrête d’inventer des histoires ! » 

 Régis Larroche prend un élève sur son dos : « Les vieux portent leur enfance assassinée sur leurs dos. Je suis payé aussi pour faire des silences. Et bing! » Il chante, elle danse, et tous deux essayent de comprendre le chemin qu’ils ont parcouru, pour savoir ce qu’ils sont devenus. Une belle expérience que deux acteurs impeccables savent partager…

 Blanche-Neige ou La Chute du Mur de Berlin, mise en scène de Samuel Hercule et Métilde Weyergans

 Huit acteurs pour cette étrange Blanche-Neige qui danse et que la méchante reine qui se regarde sans cesse dans son miroir dans la plus grande tour du royaume, une cité H.L.M. à l’orée d’un bois à Berlin, essaye de détruire au moment où le miroir lui révèle qu’elle n’est pas la plus belle. Heureusement Blanche Neige s’enfuit dans la forêt et rencontre ses sept nains qui vont la protéger. Aidée par les joyeux nains, Blanche-Neige parviendra à survivre et même à supporter sa belle mère dans la grande ville d’abord coupée en deux et finalement réunie. Les projections filmées alternent avec la présence vivante des comédiens.

Jean Boillot va quitter la direction du Nest et ce festival singulier témoigne de l’activité qu’il aura su lui insuffler. Cette cinquième Semaine Extra a la grand mérite de rassembler un public diversifié de nombreux jeunes ce qui est rare nous dans des lieux pas toujours adaptés au théâtre et disséminés dans la ville. Loin d’en souffrir, tous ces spectacles sont révélateurs d’une vie sociale qu’on ne trouve pas toujours dans les institutions nationales…notamment parisiennes.

Edith Rappoport

 Nest-Théâtre, 15 route de Manom, Thionville ( Moselle) . T. : 03 82 82 14 92.


Archive pour 3 avril, 2019

La semaine Extra au NEST

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La Semaine Extra au NEST, Centre Dramatique National transfrontalier de Thionville Grand-Est

C’est la cinquième année que le NEST réunit des jeunes qui partagent idées et énergie pour imaginer la prochaine édition de  ce festival. Cette saison, ils sont venus à vingt-deux au théâtre une fois par mois pour le construire…

 Pronom d’Eva Placey, mise en scène de Guillaume Doucet

 Cette compagnie bretonne mène des actions toute l’année en direction des adolescents. Soutenu par de nombreuses structures en Bretagne… et en Belgique, ce texte a été lauréat de la commission d’aide à la création de textes dramatiques d’Artcena. Le spectacle avec  Chloé Vivres, Guillaume Trotinon,  Jeanne Lazar, Marie Lévy, Géraud Cayla, Glenn Marausse et Morgane Vallée raconte une histoire d’amour entre deux lycéens. Dean, né dans un corps de fille, s’est toujours senti garçon. Il a pris la décision d’entreprendre une transition pour changer de genre aux yeux de tous. « Tu peux me dire pourquoi tu portes une robe? » Il se fait maquiller, se pique, se bande les seins, s’habille en garçon pour pouvoir vivre le sexe qu’il a choisi. Interprété avec un humour salutaire, cette pièce soulève l’enthousiasme.

Master de David Lescot, mise en scène de Jean-Pierre Baro, musique de Jean Pierre Leroux

 Ce spectacle, joué par Amine Adjina et Rodolphe Blanchet, a déjà été joué deux cent-quatre vingt représentations avant d’être présenté ici… Dans une salle de classe du lycée Colbert de Thionville. Une étrange interrogation écrite avec un professeur joué par un acteur qui remonte aux origines du rap dans les années 80. Interrogation écrite, puis orale, il se balade goguenard, entre les rangs : « Vous n’avez pas révisé, vous espériez ne pas être interrogés ! « (…) « Dis-nous ce que tu as retenu du mouvement dans ces années? La France n’est pas ma spécialité, la matière que j’enseigne, c’est le rap et le hip-hop ! » Puis, il trace un schéma qui est projeté : 1981 Beat Box Rap, Graph, Break Dance DS sing ! C’est l’époque où le rap commence à émerger dans le circuit commercial et on voit le noms des groupes écrits au tableau. Le hip hop français a connu une jeunesse difficile et le rap est réfractaire à tout ce qui est autoritaire.

 En vers de mirliton, Amine répond au prof qui met de la musique, en continuant à rimer. Face à face, ils secouent leur tête, puis le prof monte sur la table et se déguise en pirate. Toute la classe autour frappe en cadence et veut les faire danser. MASTER apparaît en lettres capitales au tableau : « Le passé, c’est la racine du présent, à la différence de clash et battle, le graph, on ne le laisse pas inachevé ! Le rap, c’est la musique de la contestation. » .

 

Les Imposteurs d’Alexandre Koutchevsky, mise en scène Jean Boillot,

 C’est une reprise de la pièce jouée ici l’an passé et qui avait connu un beau succès.  Dans un petit cabanon, on projette une photo de classe d’Isabelle Ronayette en 1986 qui joue ce petit spectacle avec avec Régis Larroche. « J’avais quinze ans, j’étais dyslexique, et le théâtre était le seul endroit où je me sentais vivre pleinement. Ton personnage ne doit pas savoir, mais toi, tu sais ! (…) Le regard, la parole et le geste ! » . Ils entament un dialogue sur les personnages joués  par  la compagnie, « Je suis Hamlet, je suis Régis Larroche » (…) « Là, c’est moi en 1986 ! » (…) « Profite de ta jeunesse, la vie passe comme un éclair. Nous passons notre vie à jouer, nous ne savons plus, nous avons oublié. Pourtant en grandissant, on arrête d’inventer des histoires ! » 

 Régis Larroche prend un élève sur son dos : « Les vieux portent leur enfance assassinée sur leurs dos. Je suis payé aussi pour faire des silences. Et bing! » Il chante, elle danse, et tous deux essayent de comprendre le chemin qu’ils ont parcouru, pour savoir ce qu’ils sont devenus. Une belle expérience que deux acteurs impeccables savent partager…

 Blanche-Neige ou La Chute du Mur de Berlin, mise en scène de Samuel Hercule et Métilde Weyergans

 Huit acteurs pour cette étrange Blanche-Neige qui danse et que la méchante reine qui se regarde sans cesse dans son miroir dans la plus grande tour du royaume, une cité H.L.M. à l’orée d’un bois à Berlin, essaye de détruire au moment où le miroir lui révèle qu’elle n’est pas la plus belle. Heureusement Blanche Neige s’enfuit dans la forêt et rencontre ses sept nains qui vont la protéger. Aidée par les joyeux nains, Blanche-Neige parviendra à survivre et même à supporter sa belle mère dans la grande ville d’abord coupée en deux et finalement réunie. Les projections filmées alternent avec la présence vivante des comédiens.

Jean Boillot va quitter la direction du Nest et ce festival singulier témoigne de l’activité qu’il aura su lui insuffler. Cette cinquième Semaine Extra a la grand mérite de rassembler un public diversifié de nombreux jeunes ce qui est rare nous dans des lieux pas toujours adaptés au théâtre et disséminés dans la ville. Loin d’en souffrir, tous ces spectacles sont révélateurs d’une vie sociale qu’on ne trouve pas toujours dans les institutions nationales…notamment parisiennes.

Edith Rappoport

 Nest-Théâtre, 15 route de Manom, Thionville ( Moselle) . T. : 03 82 82 14 92.

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