Une Nature énigmatique d’Anton Tchekhov, adaptation et mise en scène de Geneviève Brunet et Odile Mallet

Une Nature énigmatique d’Anton Tchekhov, adaptation et mise en scène de Geneviève Brunet et Odile Mallet

dow-programme-tchekhovCette nouvelle initialement publiée dans une revue russe en 1883, sous le pseudonyme d’A. Tchékhonté  a été écrite par le futur grand auteur russe… Arrivé de Taganrog sur la mer d’Azov où il vivait avec sa famille, il travaille à vingt-trois an à de petits journaux satiriques de Moscou, ce qui lui permet d’aider sa famille et de payer ses études de médecine.

Ces  nouvelles, pour la plupart admirables, dont on exigeait de lui qu’elles soient courtes, sont effectivement concises et souvent proches d’un dialogue théâtral. Et certaines donnèrent naissance à de petites pièces comme L’Ours, La Demande en mariage ou ces merveilleux Cédrats de Sicile…Les personnages? De petits fonctionnaires, des commerçants, des gens du peuple qu’Anton Tchekhov avait dû rencontrés à Taganrog. Il y a ici un humour étonnant, voire parfois un cynisme dans ces scènes qui semblent croquées sur le vif et sont parfois teintés  d’une certaine nostalgie.
 
Comme dans cette Nature énigmatique où l’auteur fait référence à une histoire personnelle et à Dostoïevski dont il subit l’influence. Simplement, et avec l’air de ne pas y toucher, le jeune écrivain sait dire les choses simples quand elles sont vécues au plus profond et au quotidien : une belle promenade, la pluie et le froid insidieux, une rencontre amoureuse inattendue, le bonheur de retrouver un appartement chauffé …

Voldemar, un jeune fonctionnaire qui s’essaye à être écrivain, rencontre dans un train une jeune personne qui lui raconte sa vie, tout en minaudant… Sa famille a eu de sérieux ennuis financiers et vivait dans la misère ; elle a donc pour l’aider, accepté un mariage de raison avec un vieux général très riche. En attendant sans scrupule aucun de pouvoir enfin choisir un homme qu’elle aime. Le général une fois mort, elle est comme désemparée, rencontre un autre homme  mais se dresse déjà sur sa route encore un homme âgé… Comme si elle était abonnée au malheur  -«Ah ! Vous êtes un écrivain et vous nous connaissez, nous, les femmes !… Vous allez comprendre…Je suis douée, par malheur, d’une nature généreuse…J’attendais le bonheur, et quel bonheur ! J’avais soif d’être quelqu’un ! Oui ! Être quelqu’un, c’est là que je voyais le bonheur ! – Ravissante ! murmure l’écrivain en baisant la main de la petite dame près du bracelet. Ce n’est pas vous que je baise, divine, mais la souffrance humaine! Vous rappelez-vous Raskôlnikov? C’est ainsi qu’il embrassait. »

Merveilleuse rencontre de futurs amoureux mais très vite il lui peint les privations et le futur sordide de leur couple et avoue être très pauvre. Mais elle ne veut rien entendre car, dit-elle, elle est riche. Il y a des discussions cyniques entre hommes sur la meilleure façon de séduire une femme, constat d’échec une fois que les partenaires ont fait l’amour… Il y a aussi déjà dans cette nouvelle, le Tchekhov des grandes pièces avec une langue admirable et des dialogues très justes dont certaines répliques pourraient sortir tout droit d’un film de François Truffaut.

C’est habilement mis en scène avec trois fois rien: quelques rideaux noirs, des costumes et perruques de récupération, des guéridons, quelques chaises et un banc «en pierre » de jardin qui, lui aussi, a dû faire autrefois les beaux jours d’un grand théâtre… Qu’importe et on aime bien ce style sans prétention aucune du genre: on fait avec ce que l’on a, car l’essentiel est ailleurs! Jérôme Savary a ses débuts  pratiquait aussi cela comme  Ariane Mnouchkine, ou le Théâtre de l’Unité encore maintenant dans ses kapouchniks (cabarets mensuels) à Audincourt. Geneviève Brunet, Vincent Gauthier, Odile Mallet, Catherine de Précourt et Pierre Sourdive n’ont sans doute pas l’âge de leur personnage mais ont un vrai métier : bonne diction et belle sincérité et cela mérite le respect dans des conditions aussi dures. Ce mercredi soir, il y avait  moins de spectateurs que d’acteurs! Il y a quelques erreurs de mise en scène, comme ces nombreux noirs qui cassent le rythme mais on entend bien le texte et on ne s’ennuie pas une seconde.

Le spectacle fait partie du cycle Tchekhov lancé par Jean-Luc Jenner depuis janvier dernier jusqu’en juin, dans ce Théâtre du Nord-Ouest pittoresque, mais pas très propre et guère accueillant… que ce directeur tient pourtant à bout de bras avec ténacité. Sans être exceptionnel, ce petit spectacle d’une heure et quart mériterait mieux mais nombre de spectacles d’auteurs actuels, longs à n’en plus finir et donneurs de leçons, ne supportent pas la comparaison… Il permet aussi de découvrir avec plaisir, une autre facette du continent Tchekhov. Avis aux amateurs du grand dramaturge mais regardez bien le programme, le spectacle est joué en alternance… 

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 10 avril, Théâtre du Nord-Ouest, 13 rue du Faubourg-Montmartre. T. : 01 47 70 32 75.

La nouvelle est parue dans la traduction de Madeleine Durand et André Radiguet, La Pléiade, éditions Gallimard.

 


Archive pour 11 avril, 2019

Une Nature énigmatique d’Anton Tchekhov, adaptation et mise en scène de Geneviève Brunet et Odile Mallet

Une Nature énigmatique d’Anton Tchekhov, adaptation et mise en scène de Geneviève Brunet et Odile Mallet

dow-programme-tchekhovCette nouvelle initialement publiée dans une revue russe en 1883, sous le pseudonyme d’A. Tchékhonté  a été écrite par le futur grand auteur russe… Arrivé de Taganrog sur la mer d’Azov où il vivait avec sa famille, il travaille à vingt-trois an à de petits journaux satiriques de Moscou, ce qui lui permet d’aider sa famille et de payer ses études de médecine.

Ces  nouvelles, pour la plupart admirables, dont on exigeait de lui qu’elles soient courtes, sont effectivement concises et souvent proches d’un dialogue théâtral. Et certaines donnèrent naissance à de petites pièces comme L’Ours, La Demande en mariage ou ces merveilleux Cédrats de Sicile…Les personnages? De petits fonctionnaires, des commerçants, des gens du peuple qu’Anton Tchekhov avait dû rencontrés à Taganrog. Il y a ici un humour étonnant, voire parfois un cynisme dans ces scènes qui semblent croquées sur le vif et sont parfois teintés  d’une certaine nostalgie.
 
Comme dans cette Nature énigmatique où l’auteur fait référence à une histoire personnelle et à Dostoïevski dont il subit l’influence. Simplement, et avec l’air de ne pas y toucher, le jeune écrivain sait dire les choses simples quand elles sont vécues au plus profond et au quotidien : une belle promenade, la pluie et le froid insidieux, une rencontre amoureuse inattendue, le bonheur de retrouver un appartement chauffé …

Voldemar, un jeune fonctionnaire qui s’essaye à être écrivain, rencontre dans un train une jeune personne qui lui raconte sa vie, tout en minaudant… Sa famille a eu de sérieux ennuis financiers et vivait dans la misère ; elle a donc pour l’aider, accepté un mariage de raison avec un vieux général très riche. En attendant sans scrupule aucun de pouvoir enfin choisir un homme qu’elle aime. Le général une fois mort, elle est comme désemparée, rencontre un autre homme  mais se dresse déjà sur sa route encore un homme âgé… Comme si elle était abonnée au malheur  -«Ah ! Vous êtes un écrivain et vous nous connaissez, nous, les femmes !… Vous allez comprendre…Je suis douée, par malheur, d’une nature généreuse…J’attendais le bonheur, et quel bonheur ! J’avais soif d’être quelqu’un ! Oui ! Être quelqu’un, c’est là que je voyais le bonheur ! – Ravissante ! murmure l’écrivain en baisant la main de la petite dame près du bracelet. Ce n’est pas vous que je baise, divine, mais la souffrance humaine! Vous rappelez-vous Raskôlnikov? C’est ainsi qu’il embrassait. »

Merveilleuse rencontre de futurs amoureux mais très vite il lui peint les privations et le futur sordide de leur couple et avoue être très pauvre. Mais elle ne veut rien entendre car, dit-elle, elle est riche. Il y a des discussions cyniques entre hommes sur la meilleure façon de séduire une femme, constat d’échec une fois que les partenaires ont fait l’amour… Il y a aussi déjà dans cette nouvelle, le Tchekhov des grandes pièces avec une langue admirable et des dialogues très justes dont certaines répliques pourraient sortir tout droit d’un film de François Truffaut.

C’est habilement mis en scène avec trois fois rien: quelques rideaux noirs, des costumes et perruques de récupération, des guéridons, quelques chaises et un banc «en pierre » de jardin qui, lui aussi, a dû faire autrefois les beaux jours d’un grand théâtre… Qu’importe et on aime bien ce style sans prétention aucune du genre: on fait avec ce que l’on a, car l’essentiel est ailleurs! Jérôme Savary a ses débuts  pratiquait aussi cela comme  Ariane Mnouchkine, ou le Théâtre de l’Unité encore maintenant dans ses kapouchniks (cabarets mensuels) à Audincourt. Geneviève Brunet, Vincent Gauthier, Odile Mallet, Catherine de Précourt et Pierre Sourdive n’ont sans doute pas l’âge de leur personnage mais ont un vrai métier : bonne diction et belle sincérité et cela mérite le respect dans des conditions aussi dures. Ce mercredi soir, il y avait  moins de spectateurs que d’acteurs! Il y a quelques erreurs de mise en scène, comme ces nombreux noirs qui cassent le rythme mais on entend bien le texte et on ne s’ennuie pas une seconde.

Le spectacle fait partie du cycle Tchekhov lancé par Jean-Luc Jenner depuis janvier dernier jusqu’en juin, dans ce Théâtre du Nord-Ouest pittoresque, mais pas très propre et guère accueillant… que ce directeur tient pourtant à bout de bras avec ténacité. Sans être exceptionnel, ce petit spectacle d’une heure et quart mériterait mieux mais nombre de spectacles d’auteurs actuels, longs à n’en plus finir et donneurs de leçons, ne supportent pas la comparaison… Il permet aussi de découvrir avec plaisir, une autre facette du continent Tchekhov. Avis aux amateurs du grand dramaturge mais regardez bien le programme, le spectacle est joué en alternance… 

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 10 avril, Théâtre du Nord-Ouest, 13 rue du Faubourg-Montmartre. T. : 01 47 70 32 75.

La nouvelle est parue dans la traduction de Madeleine Durand et André Radiguet, La Pléiade, éditions Gallimard.

 

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