Lettres jamais écrites, mise en scène d’Estelle Savasta

©Danica Bijeljac

©Danica Bijeljac

Lettres jamais écrites, textes de Pauline Bureau, Véronique Côté, Marc-Antoine Cyr, Marie Desplechin, Emmanuelle Destremau, Delphine de Vigan, Laurance Henry, Annick Lefebvre, Sylvain Levey, Fabrice Melquiot, Anne-Marie Olivier, Estelle Savasta, Karin Serres, Luc Tartar et Catherine Verlaguet, mise en scène d’Estelle Savasta

 

L’auteure et metteuse en scène, a convié lors d’ateliers dans un lycée de Cavaillon, quinze adolescents à « écrire la lettre que vous n’avez jamais écrite ». Elle a mené avec eux un travail d’écriture et de création, puis en a confié les réponses possibles à quinze auteurs, comme s’ils en étaient les destinataires. Les mots des élèves souvent durs, témoignent le plus souvent d’une relation difficile avec l’un de leurs parents, ou d’un amour mal assumé. Bref, l’existence dans ce qu’elle a de plus vrai mais aussi de plus douloureux.

Le public choisit une dizaine de textes, juste signés d’un prénom, tellement justes et forts mais sans doute destinés à n’être jamais lus par leur véritable destinataire. Entre autres, cette remarquable lettre au fils qu’un adolescent aura un jour, ou tout aussi remarquable, celle d’une jeune fille à un père… qu’elle n’a jamais connu. D’une extrême et rare violence dans le choix des mots et d’un grand souci d’écriture chez cette jeune fille. Cela se passe dans la petite salle située sous un des grands escaliers extérieurs du Palais de Chaillot, dite le Studio, autrefois magasin d’accessoires au temps du T.N.P. puis devenue salle de répétitions où Antoine Vitez mis en scène son mythique Soulier de Satin avant sa création dans la Cour d’honneur à Avignon. Et où Jérôme Savary répéta souvent et où Andrezj Seweryn fit travailler les élèves de l’Ecole. Bref, tout un passé théâtral… Pas une grande hauteur de plafond, une petite jauge mais un silence absolu et une grande intimité avec le public. Que demande le peuple? Surtout pour un spectacle comme celui-ci…

 Une scénographie quadri-frontale avec des gradins pour quelque quatre-vingt spectateurs.  «Assis autour de deux acteurs, dans un cadre intimiste, chacun est invité à découvrir ces lettres lues, leurs réponses mises en jeu et à contribuer à faire de chaque représentation un moment unique. »  Quelques accessoires comme un guéridon avec une lampe, une table en bois et quelques chaises. Fabrice Gaillard et Valérie Puech se partagent le travail avec de nombreuses adresses au public. Les nombreux lycéens présents écoutent fascinés et avec raison, même si (curieusement ou logiquement, on choisira), les lettres des élèves nous ont paru plus fortes que celles des auteurs, à part celle remarquable de Pauline Bureau…

 Il y a quelques longueurs et la direction d’acteurs est un peu flottante mais Fabrice Gaillard avec une excellente diction possède comme une espèce de magnétisme dans le regard et réussit à fasciner le public. Ce spectacle court et sans prétention ne peut laisser indifférent. Une lettre : quel bonheur de l’entendre dire, même et parfois surtout quand on n’en est pas le destinataire, un peu comme si on y entrait par effraction. « S’écrire des lettres, disait Isocrate au IV ème siècle avant J.C.,  est la seule chose qui rend présents les hommes absents.”  Et cela reste encore vrai à l’heure d’Internet, et des textes, photos ou films envoyés instantanément à l’autre bout du monde…

 Philippe du Vignal

 Spectacle vu le 21 mars au Théâtre National de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, (Paris XVI ème)

 

 

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