Séparation(s),d’après Racine et Pascal Rambert, mise en scène de Denis Loubaton

Séparation(s), volet 2, d’après Bérénice de Jean Racine et Clôture de l’amour de Pascal Rambert, mise en scène de Denis Loubaton

04-09Se259

Crédit photo : E. Carecchio

L’expression des sentiments semble, ici,  bridée, livrée à la seule capacité de persuasion: Bérénice doit être  convaincue du dilemme et de l’amour sincère que lui porte son amant  mais le public aussi. «Car enfin, ma princesse, il faut nous séparer», ose dire Titus, avec courage et abnégation. L’Empereur, conscient de la catastrophe provoquée  chez son amante, ne se renie pas : «Pour sortir des tourments dont mon âme est la proie,/Il est, vous le savez, une plus noble voie… En l’état où je suis, je puis tout entreprendre » Bérénice comprend la situation pathétique où est son amant et le supplie de  poursuivre son règne . Mais Audrey, une femme actuelle, devant cette nouvelle inattendue ne se résout pas encore à supporter la brutalité dévastatrice d’une rupture amoureuse. Le bourreau insiste, sûr de sa décision, mais il devine aussi les commentaires que sa victime fera: «La messe est dite, Audrey/je ne vais pas épiloguer pendant cent-sept ans là-dessus/c’est quelque chose que tu sais /que tu as toujours su… Tu n’es pas de ces gens qui croient à l’amour qui dure… »

Mais les femmes, quand bien même leur rôle ne relèverait guère du politique, n’en sont pas moins les pourvoyeuses de l’éducation morale de leur amant. Bérénice peut être finalement rassurée : «J’aimais, seigneur, j’aimais: je voulais être aimée… Je connais mon erreur, et vous m’aimez toujours. » Comme elle, toute femme reste désespérément une étrangère dans un Empire romain peu accueillant, celui des hommes dominateurs… Audrey, elle, doit accepter l’éloignement de Stan qui ne la veut plus à ses côtés. Mais repousssée, elle lui répond, à travers les phrases de Bérénice puis de son personnage contemporain qui n’admet pas qu’on lui conte des chansons. Et elle n’autorise pas plus le traître à s’immiscer dans sa vie professionnelle : «A partir de maintenant, je t’interdis de dire un mot sur mon travail/ tu entends/je refuse que tu parles de ma façon de travailler… Ne compte pas garder cela pour toi/non/mon intériorité, je la garde pour moi… Mon intériorité, elle te saute au visage, elle va te sauter au visage, à la gorge, dépecer ton extérieur flamboyant. »

L’expression poétique est le chemin d’exploration existentielle d’un bien à soi… Astrid Bayiha et Roman Jean-Elie servent cette double partition fragmentée, avec une fougue juvénile et une pleine conviction intime. Dans un rapport tri-frontal au public, il y a ici comme un ballet gestuel et verbal de ces interprètes aux mouvements amples et à la belle voix tonique. En prologue, la chorégraphie de Roman Jean-Elie arrête l’attention, avec une simulation de parade guerrière et de préparation au combat. Une façon de saisir l’adversaire, subjugué dans la confrontation d’un corps-à-corps… Les acteurs font résonner la situation douloureuse où se trouvent leurs personnages mais aussi leur capacité à s’en relever.

 Véronique Hotte

Lavoir Moderne Parisien, 35 rue Léon, Paris (XVIII ème), jusqu’au 28 avril.

 

 

 

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