Hard to be soft chorégraphie d’Oona Doherty ; Body Roots et Rising de Shira Eviatar

 

Hard to be soft chorégraphie d’Oona Doherty ;  Body Roots et Rising chorégraphie de Shira Eviatar

 

Le Théâtre de la Bastille accueille pour le deuxième annee consecutive des chorégraphies choisies en concertation avec l’Atelier de Paris-CDCN, pour un focus sur la danse contemporaine émergente. Cette année, il s’agissait d’«explorer, dans l’intimité même des corps, l’articulation entre le local et le global». L’Israelienne  Shira Eviatar et l’Irlandaise Oona Doherty présentes à cette soirée répondaient parfaitement à ce questionnement par les liens qu’elles tissent avec leurs racines.

 Hard to be soft- a Belfast Prayer  (Dur d’être doux-Une prière belfastienne)

© Luca Truffarelli

© Luca Truffarelli

Cette pièce d’une singulière puissance est en tournée depuis qu’elle a vu le jour en 2017  au Metropolitan Arts Center, puis été programmée à la Biennale de la danse à Lyon l’année suivante. Cette “prière“ en quatre volets traite  de l’âpreté de la vie en Irlande du Nord, pays où sévit une grave crise sociale, et se termine sur l’espoir d’une transcendance.

Eclat de lumière dans les ténèbres, Oona Doherty danse elle-même l’ouverture, Lazarus and the birds of Paradise. En survêtement blanc, à l’avant-scène, devant une haute grille qui ferme le plateau, elle évolue sur une bande-son extraite de We Bastards? un docu-fiction sur la violence dans les quartiers chauds de Belfast. D’une grande sobriété, son corps semble habitée par ces voix braillardes recueillies dans les pubs ou dans la rue et avec ce solo de huit minutes, telle une chrysalide la danseuse se libère d’un physique de garçon dans lequel «adolescente, elle se sentait encapsulée».  A ces bribes de voix rugueuses, se mêle le Miserere Mei, Deus de Gregorio Allegri.

 Beau contraste, repris dans le deuxième volet où, grilles ouvertes, sur le tapis de danse immaculé, évoluent neuf jeunes femmes au sourire figé et tirées à quatre épingles: « il faut avoir l’air pimpant pour trouver du travail », dit la chorégraphe en voix off, quand la bande-son, concoctée par le DJ et compositeur David Holmes, natif de Belfast, lui cède la place. Cet ensemble de hip hopeuses parfaitement ordonné, sorte de «haka moderne», évoque ces adolescentes qui font la queue devant Primark, ces  « filles-mères » en colère (l’avortement en Irlande du Nord n’est autorisé que depuis fin 2018 !) mais qui doivent, en serrant les dents, rentrer dans le rang.

La troisième «prière» Meat Kaleidoscope (Kaléidoscope de chair) expose des corps masculins colossaux, montagnes de chair : un père et son fils, aux physiques de sumotori, s’affrontent en paroles puis dans une lutte impressionnante, bedaine contre bedaine, biceps tatoués contre poitrines velues, suant la bière. La violence se mue en étreinte affectueuse. «Je veux les faire danser jusqu’à ce qu’ils s’enlacent, dit la chorégraphe. L’histoire détruit les hommes et leur désapprend à s’aimer.»

Enfin, Helium, le quatrième mouvement, est plus aérien, comme la promesse d’une libération, quand le corps échappe à sa gangue et que la rudesse cède le pas à la douceur. Le trivial sublimé.  Cette pièce, adressée au public comme un message de paix, révèle une grande artiste qui tire son inspiration d’une énergie vitale à laquelle elle croit d’une façon quasi-religieuse : «L’ego se retire. Nous ne sommes plus qu’un flux de sang dans les veines, une circulation d’énergies, comme les marées, l’alignement des planètes ou la sève des arbres. » (…)  « Le mot religion est fucked up, », dit-elle, le langage est fucked up. » Il faut nous ré-approprier ce terme. »

Une artiste à suivre absolument. Sa nouvelle création Lady Magma est une plongée dans les années 70, une époque « où les publicités pour le café, les shampoings, les cigarettes n’étaient pas vraiment féministes ». Et elle est programmée à la Biennale du Val-de-Marne. Oana Doherty  présentera par ailleurs une nouvelle création à la Biennale de Lyon 2020.

 Body Roots  et Rising, chorégraphie de Shira Eviatar

Body Roots, un solo de vingt minutes que la jeune chorégraphe danse et dédie à sa famille. En revêtant les visages comme des masques, de sa grand-mère, de ses père et mère, frère et sœurs, elle donne vie à son arbre généalogique. Elle nous raconte en images et en paroles (en anglais)  comment son père a quitté son identité marocaine pour devenir l’éminent professeur Eviatar. Par la danse, l’artiste donne corps à ces visages figés et tente de retrouver ses racines maghrébines… Une belle proposition, encore fragile.

Rising : ce duo réunit Shira Eviatar et Anat Amrani. La chorégraphe et sa partenaire yéménite explorent leur racines mizrahim. Leurs parents, juifs orientaux, ont du quitter leurs pays d’origine pour fuir les persécutions et s’installer en Israël. A travers la musique et des éléments de danses traditionnelles, elles donnent libre cours à leur inspiration débridée. Corps orientaux revisités par la grammaire contemporaine. Shira Eviatar, nouvellement diplômée, présente des performances dans divers festivals en Israël et en Europe, et poursuit ainsi ses recherches sur le métissage des origines, en intégrant différents styles de danse. A suivre.

 Mireille Davidovici

Du 8 au 18 avril, Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, Paris (XI ème)  T. :01 43 57 42 14

Prochaines représentations: Nina Santes et Simon Mayer, dans le cadre des temps forts d’ Atelier de Paris-Carolyn Carlson.

 

 

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