Luce d’après Les Demeurées de Jeanne Benameur, écriture et mise en scène de Cyrille Louge

Luce d’après Les Demeurées de Jeanne Benameur, écriture et mise en scène de Cyrille Louge (dès sept ans)

 

crédit photo : alejandro guerrero

crédit photo : alejandro guerrero

Après La Petite Casserole d’Anatole, la compagnie Marizibill explore encore ici la différence mais aussi la difficulté d’être…Une mère et sa fille vivent en osmose, l’une près de l’autre, l’une recouvrant l’autre, comme si la mère venant tout juste d’accoucher et ne pouvait renoncer à cet état transitoire, protégeant et gardant à soi sa petite fille qui ne connaît qu’une vie recluse.

La mère : une tête-marionnette est manipulée par Sonia Enquin, comédienne-danseuse qui reste voilée et dont on aperçoit, çà et là, une jambe dépliée qui pourrait être celle aussi de sa fille. Mais jamais nous ne verrons la chevelure de cette mère excessive et abusive. Luce, la jeune héroïne joue la «manipul/actrice» dont le corps se mêle à la marionnette et le dédoublement mère/fille se joue à partir du bassin-pivot de Mathilde Chabot, figure manipulée et manipulatrice qui prendra son envol.

 Les deux visages et les deux bustes relèvent de Luce dont le bas du corps est un. Visage rond et tête rousse bouclée, plus la fille se rapproche de sa génitrice en se coupant du monde, plus elle disparaît dans le buste premier et immobile – comme sans vie. Et plus elle s’écarte de lui, plus elle s’épanouit et semble prendre vie. Manipulée tantôt à la main, tantôt avec la bouche, la marionnette est brandie parfois comme un bouclier, et parfois éloignée pour révéler son intériorité. A la table du petit-déjeuner, il y a un bol rêveur et de la mie de pain dont elle fait un personnage. Elle est la chrysalide, état intermédiaire de la chenille avant de devenir papillon, un entre-deux de poupée et de fille, appelé à se détacher, telle une nymphe…

 Cyrille Louge avec une écriture scénique purement visuelle, sait rendre organique le cocon mère/fille. Et la séparation de la gangue, inventive et articulée avec brio, advient grâce à Mademoiselle Solange, l’institutrice. Elle va aider Luce à s’ouvrir au monde et à le contempler enfin hors des fermetures et de l’ignorance, hors du mutisme et de ce temps initial d’avant la parole qui se suffit à lui-même. Sophie Bezard, en jolie robe rouge virevoltante, est cette institutrice libératrice qui apporte le souffle et la curiosité positive d’un monde à explorer ; vive et mobile, elle marche autour du plateau tournant, disparaît puis revient.

 Sur l’écran vidéo de Mathias Delfau, sont projetées les lettres de l’alphabet et d’un simple  geste du bras ou de la main, l’institutrice enseigne l’orthographe à Luce : les lettres et les chiffres à calculer se mettent alors à danser. Sur le chemin du retour, l’écolière croise encore les arbres hivernaux. Peur, effroi de l’enfant face à l’univers,  qui, peu à peu, l’apprivoise. Les oiseaux printaniers chantent à tue-tête et nul ne peut résister à l’appel du désir d’être, quand, par une matinée ensoleillée, on se tient en éveil. Francesca Testi a conçu des marionnettes à la fois poétiques et oniriques pour Cyrille Louge qui,  avec ce théâtre d’objets inventif, explore l’art de la manipulation qui se conjugue alors avec  une attente existentielle.

 Véronique Hotte

 Théâtre Paris-Villette, 211 avenue Jean Jaurès (Paris XIX ème),  jusqu’au 5 mai. T.: 01 40 03 72 23.

 


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