Daddy Papillon , texte et mise en Scène de Naéma Boudoumi


(C)Baptiste Muzard

(C)Baptiste Muzard

Daddy Papillon, texte et mise en Scène de Naéma Boudoumi

«Partant d’une expérience, celle d’être la fille d’un père sujet aux hallucinations et aux bouffées délirantes», Naéma Boudimi met en scène le désarroi de ce vieil homme en proie à des visions allant de l’euphorie à la  persécution. Monsieur B., natif d’Algérie, ex-ouvrier en bâtiment dans le Nord de la France, est arraché à son domicile devenu un taudis, suite à la plainte de ses voisins  et pris en main par les services sociaux et les soignants d’un hôpital qui, malgré leurs efforts, ne parviennent pas à entrer en contact avec lui.  Le patient reste figé dans son monde intérieur et sa douce folie.

Daddy Papillon propose un théâtre d’images par le biais de plusieurs techniques corporelles empruntées au cirque, un voyage dans l’univers mental de cet homme hors-d’âge, hirsute et ensauvagé. Monsieur B. (Carlos Lima) est tantôt immobile et hagard, tantôt en mouvement dans une roue Cyr. Sous ses yeux de malade, le médecin devient le Docteur Mouche, un insecte aux élytres translucides, dansé par Maxime Pairault, un acrobate qui sait aussi se muer en escargot…

Nous suivons le périple de cet être en mal de repères qui essaye de retrouver ses souvenirs d’enfance, quand, dans un pays en guerre, il mangeait des figues et écoutait les histoires de son grand-père. Tout ce qu’il souhaite à présent, c’est retourner chez lui et qu’on le laisse en paix nourrir les pigeons et rêver à de belles blondes aux douces fesses… A travers l’histoire de Monsieur B., on reconnaît le destin de l’immigré, un homme en chute libre qui plane, à l’instar des oiseaux qu’il affectionne…

La chorégraphe Anna Rodriguez a bien réglé les numéros dansés, avec une grâce appuyée qui contraste avec le sordide de la situation. Cette poésie de l’insolite tranche avec le réalisme des dialogues mais les tableaux successifs ont du mal à entrer en cohérence, faute d’un texte suffisamment travaillé. Naéma Boudouni dirige la compagnie Ginko installée en Normandie depuis 2010 et elle s’emploie à croiser les disciplines du spectacle en insistant sur le travail corporel. On peut espérer que Daddy Papillon, sa quatrième création, trouve son rythme et prenne son envol…

Mireille Davidovici

Spectacle vu  le 12 avril, aux Plateaux Sauvages, 5 rue des Plâtrières, Paris (XX ème)
T. : 01 40 31 26 35.

Du 12 au 13 septembre, Mains-d’Oeuvres, Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).
En octobre, Festival SPOT, au Théâtre Paris-Villette, Paris (XIX ème).
Du 25 au 29 novembre, Festival Arts et Déchirures, Rouen (Seine-Maritime).

 


Archive pour 16 avril, 2019

Je suis un Bourreau, une introduction, écriture, mise en scène et interprétation de Jacques Albert

Je suis un Bourreau, une introduction, écriture, mise en scène et interprétation de Jacques Albert

 

JSUB © DR

JSUB © DR

On le voit, en images et en personne, seul sur scène, ce mercenaire. Comme tout bon père éloigné du foyer, il  tente de parler avec sa petite fille par Skype ; il bricole son ordinateur, s’ennuie éventuellement, à l’écart des combats, se mêle des histoires de drague d’un collègue. Il parle de son travail et ne dit jamais : «Je suis un bourreau » . Il euphémise, recouvre le sang, la douleur, les cris, la violence, d’un langage technique, professionnel. Il tue avec compétence, conscient du fait que c’est un métier à risques. Il nous fait sourire, par moment, de  ses maladresses banales et pauvres astuces. On assiste à la mise en scène quotidienne de son équipement : pièce par pièce, il revêt sa panoplie : vêtements spécifiques, gilet pare-balles, holster…, et passe en revue ses armes. La (belle) danse solitaire du combattant nous emmène au-delà de cette préparation utilitaire, dans une sorte de cercle narcissique  de celui qui sait ne pouvoir regarder loin en avant.

Jacques Albert et le collectif Das Plateau (Céleste Germe et Maëlys Ricordeau, ses collaboratrices artistiques et le compositeur Jacob Stambach) ont glissé, presque en arrière-plan, un scénario qui permet de clore l’exhibition à la fois méthodique et sans prétention du bourreau qui ne dit pas son nom. L’acteur devient alors conférencier, ou mieux, dit-il, «un individu qui s’est posé des questions qui peuvent nous appartenir à tous, et qui les partage». La question est celle-ci : sommes-nous tous prêts à tuer ? En tout cas, nous y sommes préparés, par les jeux vidéo le cinéma et les séries : gagner, c’est tuer l’autre et tout est résolu par les armes à feu.

Dans les deux parties du spectacle, l’écriture semble, à première vue, naïve. La parole du mercenaire est telle quelle, avec ses pudeurs non pas morales mais conventionnelles, et sa platitude. La parole du conférencier n’est pas celle d’un expert, d’un philosophe, mais d’une personne qui a pris le temps de réfléchir sur une question grave. Mais il n’y a là aucune naïveté : il ne fallait surtout pas poétiser le mercenaire. Nous devons le prendre comme il se donne, encore une fois, comme un professionnel, un bourreau qui voudrait une appellation plus « moderne», plus lisse, sans aller jusqu’à être valorisante. Et les interrogations que nous adresse Jacques Albert et tout son travail d’analyse ne relèvent pas non plus de la littérature, au sens d’une écriture qui s’impose d’abord par son invention esthétique.

Film, jeu, danse : voilà un spectacle très bien fait : le collectif Das Plateau, accueilli plusieurs fois à Théâtre Ouvert, nous avait rendus exigeants. Avec une inquiétude qui n’est pas souvent mise en avant au théâtre : de quoi parlons nous ? Qu’est-ce qui compte ? On a trop souvent l’impression que le souci esthétique occulte la question posée. Dans la «banalité du mal», il interroge ici la mince frontière qui nous sépare de l’acte de tuer. Le monstre existe-t-il vraiment, ou est-il en chacun de nous ? «Un individu n’a pas besoin d’être fanatisé pour tuer», dit-il, faisant allusion, entre autres, aux livres de Jean Hatzfeld sur les massacres au Rwanda (Dans le nu de la vie, Une Saison de machettes et La Stratégie des antilopes).

Ce questionnement vaut bien une rencontre avec le public dans le prolongement direct du spectacle qui en serait l’introduction. Jacques Albert, auteur et interprète (parfait) nous donne ici un acte théâtral singulier et apporte un véritable propos. Il nous ramène, quitte à sacrifier peut-être une certaine virtuosité et un brillant dans l’écriture, à l’essentiel du théâtre, et «cela, comme le rappelait Arthur Rimbaud, ne veut pas rien dire»…

Christine Friedel

Théâtre Ouvert, Cité Véron, Paris XVIII ème, jusqu’au 19 avril. T. : 01 42 55 55 50.

 

 

Le Misanthrope de Molière, mise en scène de Peter Stein

Le Misanthrope de Molière, mise en scène de Peter Stein

Photo : Svend Andersen

Photo : Svend Andersen

Une dame de haut rang, Célimène, avec sa cousine Eliante, reçoit dans sa chambre des gens du monde qui se livrent à leur passe-temps favori: la conversation. Ils parlent aussi littérature ou jouent avec malice aux portraits satiriques. Et ils discutent  des comportements dans les salons et à la Cour mais aussi des valeurs et des règles de civilité galante et de l’amour. Chez Célimène, défilent ainsi les mêmes invités que dans La Critique de L’Ecole des femmes (1663). Philinte (Hervé Briaux) est l’honnête homme sensible aux charmes d’Eliante, patiente et enjouée (Manon Combes). Les petits marquis assez fats (le longiligne Léo Dussollier et le comique Paul Minthe) se croient tous deux aimés de la maîtresse de maison. Enfin, la prude et hypocrite Arsinoé (Brigitte Catillon) impose sa présence malencontreuse. Et à cette galerie, s’ajoute Oronte (Jean-Pierre Malo) un courtisan et rimailleur sincère, redoublant de politesse, un mondain qui prétend faire applaudir ses vers : l’inverse exact de l’«honnête homme ».

 Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux est une pièce à rebondissements où cet Alceste, jaloux obsessionnel, provoque soupçons et interventions. Mais ce familier de Célimène (Pauline Cheviller) qui en est vite la proie, tire le fil de l’intrigue. Jaloux de cette jeune femme à la fois, libre et authentique. Mais cette coquette, personnage central de la littérature galante, entretient des relations amoureuses simultanées… Sa vie et celle de son « atrabilaire amoureux » alimentent donc les cinq actes de cette grande comédie (1666) qu’écrivit Molière, avec l’énergie d’un homme révolté contre la trahison et les gens de la Cour qui font et défont les réputations. En tous temps, vanité et amour absolu n’ont jamais fait bon ménage : doit-on pour autant fuir ce que l’on exècre et se retirer de la société ? Ne vaut-il pas mieux raison garder et savoir composer avec nos semblables ?

Pour Peter Stein, jalousie et misanthropie font d’Alceste, un clown émouvant dont on peut comprendre les résistances sociales. Mais, dans cette pièce magistrale, s’imposent aussi l’élégance des vers et l’ironie des dialogues de Molière. Ici la scénographie de Ferdinand Woegerbauer est efficace : dans un hall étroit et tout en longueur avec lambris et hautes fenêtres, Lambert Wilson va et vient, en Alceste inlassable et agacé, aux gestes furieux. Mains parfois collées au visage, c’est un jeune homme romantique aux cheveux longs, troublé et passionné. Et on croit à cette colère et à cette douleur si bien incarnées… C’est un beau travail de diction et on a plaisir à écouter ces vers  dans cette mise en scène honnête où Lambert Wilson met du sien…

Véronique Hotte

 Théâtre Libre, 4 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème). T. : 01 42 38 97 14, jusqu’au 18 mai.

 

 

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