Je suis un Bourreau, une introduction, écriture, mise en scène et interprétation de Jacques Albert

Je suis un Bourreau, une introduction, écriture, mise en scène et interprétation de Jacques Albert

 

JSUB © DR

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On le voit, en images et en personne, seul sur scène, ce mercenaire. Comme tout bon père éloigné du foyer, il  tente de parler avec sa petite fille par Skype ; il bricole son ordinateur, s’ennuie éventuellement, à l’écart des combats, se mêle des histoires de drague d’un collègue. Il parle de son travail et ne dit jamais : «Je suis un bourreau » . Il euphémise, recouvre le sang, la douleur, les cris, la violence, d’un langage technique, professionnel. Il tue avec compétence, conscient du fait que c’est un métier à risques. Il nous fait sourire, par moment, de  ses maladresses banales et pauvres astuces. On assiste à la mise en scène quotidienne de son équipement : pièce par pièce, il revêt sa panoplie : vêtements spécifiques, gilet pare-balles, holster…, et passe en revue ses armes. La (belle) danse solitaire du combattant nous emmène au-delà de cette préparation utilitaire, dans une sorte de cercle narcissique  de celui qui sait ne pouvoir regarder loin en avant.

Jacques Albert et le collectif Das Plateau (Céleste Germe et Maëlys Ricordeau, ses collaboratrices artistiques et le compositeur Jacob Stambach) ont glissé, presque en arrière-plan, un scénario qui permet de clore l’exhibition à la fois méthodique et sans prétention du bourreau qui ne dit pas son nom. L’acteur devient alors conférencier, ou mieux, dit-il, «un individu qui s’est posé des questions qui peuvent nous appartenir à tous, et qui les partage». La question est celle-ci : sommes-nous tous prêts à tuer ? En tout cas, nous y sommes préparés, par les jeux vidéo le cinéma et les séries : gagner, c’est tuer l’autre et tout est résolu par les armes à feu.

Dans les deux parties du spectacle, l’écriture semble, à première vue, naïve. La parole du mercenaire est telle quelle, avec ses pudeurs non pas morales mais conventionnelles, et sa platitude. La parole du conférencier n’est pas celle d’un expert, d’un philosophe, mais d’une personne qui a pris le temps de réfléchir sur une question grave. Mais il n’y a là aucune naïveté : il ne fallait surtout pas poétiser le mercenaire. Nous devons le prendre comme il se donne, encore une fois, comme un professionnel, un bourreau qui voudrait une appellation plus « moderne», plus lisse, sans aller jusqu’à être valorisante. Et les interrogations que nous adresse Jacques Albert et tout son travail d’analyse ne relèvent pas non plus de la littérature, au sens d’une écriture qui s’impose d’abord par son invention esthétique.

Film, jeu, danse : voilà un spectacle très bien fait : le collectif Das Plateau, accueilli plusieurs fois à Théâtre Ouvert, nous avait rendus exigeants. Avec une inquiétude qui n’est pas souvent mise en avant au théâtre : de quoi parlons nous ? Qu’est-ce qui compte ? On a trop souvent l’impression que le souci esthétique occulte la question posée. Dans la «banalité du mal», il interroge ici la mince frontière qui nous sépare de l’acte de tuer. Le monstre existe-t-il vraiment, ou est-il en chacun de nous ? «Un individu n’a pas besoin d’être fanatisé pour tuer», dit-il, faisant allusion, entre autres, aux livres de Jean Hatzfeld sur les massacres au Rwanda (Dans le nu de la vie, Une Saison de machettes et La Stratégie des antilopes).

Ce questionnement vaut bien une rencontre avec le public dans le prolongement direct du spectacle qui en serait l’introduction. Jacques Albert, auteur et interprète (parfait) nous donne ici un acte théâtral singulier et apporte un véritable propos. Il nous ramène, quitte à sacrifier peut-être une certaine virtuosité et un brillant dans l’écriture, à l’essentiel du théâtre, et «cela, comme le rappelait Arthur Rimbaud, ne veut pas rien dire»…

Christine Friedel

Théâtre Ouvert, Cité Véron, Paris XVIII ème, jusqu’au 19 avril. T. : 01 42 55 55 50.

 

 


Archive pour avril, 2019

Le Misanthrope de Molière, mise en scène de Peter Stein

Le Misanthrope de Molière, mise en scène de Peter Stein

Photo : Svend Andersen

Photo : Svend Andersen

Une dame de haut rang, Célimène, avec sa cousine Eliante, reçoit dans sa chambre des gens du monde qui se livrent à leur passe-temps favori: la conversation. Ils parlent aussi littérature ou jouent avec malice aux portraits satiriques. Et ils discutent  des comportements dans les salons et à la Cour mais aussi des valeurs et des règles de civilité galante et de l’amour. Chez Célimène, défilent ainsi les mêmes invités que dans La Critique de L’Ecole des femmes (1663). Philinte (Hervé Briaux) est l’honnête homme sensible aux charmes d’Eliante, patiente et enjouée (Manon Combes). Les petits marquis assez fats (le longiligne Léo Dussollier et le comique Paul Minthe) se croient tous deux aimés de la maîtresse de maison. Enfin, la prude et hypocrite Arsinoé (Brigitte Catillon) impose sa présence malencontreuse. Et à cette galerie, s’ajoute Oronte (Jean-Pierre Malo) un courtisan et rimailleur sincère, redoublant de politesse, un mondain qui prétend faire applaudir ses vers : l’inverse exact de l’«honnête homme ».

 Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux est une pièce à rebondissements où cet Alceste, jaloux obsessionnel, provoque soupçons et interventions. Mais ce familier de Célimène (Pauline Cheviller) qui en est vite la proie, tire le fil de l’intrigue. Jaloux de cette jeune femme à la fois, libre et authentique. Mais cette coquette, personnage central de la littérature galante, entretient des relations amoureuses simultanées… Sa vie et celle de son « atrabilaire amoureux » alimentent donc les cinq actes de cette grande comédie (1666) qu’écrivit Molière, avec l’énergie d’un homme révolté contre la trahison et les gens de la Cour qui font et défont les réputations. En tous temps, vanité et amour absolu n’ont jamais fait bon ménage : doit-on pour autant fuir ce que l’on exècre et se retirer de la société ? Ne vaut-il pas mieux raison garder et savoir composer avec nos semblables ?

Pour Peter Stein, jalousie et misanthropie font d’Alceste, un clown émouvant dont on peut comprendre les résistances sociales. Mais, dans cette pièce magistrale, s’imposent aussi l’élégance des vers et l’ironie des dialogues de Molière. Ici la scénographie de Ferdinand Woegerbauer est efficace : dans un hall étroit et tout en longueur avec lambris et hautes fenêtres, Lambert Wilson va et vient, en Alceste inlassable et agacé, aux gestes furieux. Mains parfois collées au visage, c’est un jeune homme romantique aux cheveux longs, troublé et passionné. Et on croit à cette colère et à cette douleur si bien incarnées… C’est un beau travail de diction et on a plaisir à écouter ces vers  dans cette mise en scène honnête où Lambert Wilson met du sien…

Véronique Hotte

 Théâtre Libre, 4 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème). T. : 01 42 38 97 14, jusqu’au 18 mai.

 

 

Zauberland (Le Pays enchanté), mise en scène de Katie Mitchell

Zauberland (Le Pays enchanté) d’Heinrich Heine et Martin Crimp, musique de Robert Schumann et Bernard Foccroule, mise en scène de Katie Mitchell  (en allemand et en anglais, surtitré en français)

 

©Patrick Berger

©Patrick Berger

Ce spectacle musical sur les Dichterliebe (L’Amour du poète) de Robert Schumann, seize lieders sur des poèmes d’Heinrich Heine, les fait alterner avec dix-neuf chants de Bernard Foccroulle,  paroles de Martin Crimp. Le cycle a été composé en 1840, l’année du mariage de Robert Schumann avec la pianiste Clara Wieck et est une œuvre-phare du romantisme européen : désir d’amour et paysages idylliques qui n’existent plus. Ces Dichterliebe ouvrent un nouveau dialogue dramatique entre passé et présent, entre «l’Europe forteresse» et ses origines: pour Martin Crimp, la poésie européenne ne connaît pas de frontières et vient du Moyen et du Proche-Orient, du Cantique des Cantiques (III ème-IV ème siècle avant J.C.) et de Mâlik B. Asma de Fazâra (VI ème siècle).

 La complexité des relations de l’Europe avec «L’Autre» est manifeste et la poésie d’Heinrich Heine n’a pas, en son temps, été reçue avec évidence, attaquée par des voix antisémites et populistes: «Heine, le rimailleur, tel est le verdict de Kraus.» Les passages symboliques de frontières ne vont jamais de soi, honteusement. Ici, une jeune femme enceinte quitte la Syrie et entame un long voyage pour trouver refuge en Allemagne. Alep est ravagée par la guerre et son mari et ses proches y sont restés. Elle s’installe à Cologne où elle donne naissance à une petite fille et où elle poursuit sa carrière de chanteuse professionnelle d’opéra. La veille de la mort de son mari, elle fait un rêve étrange où elle chante ces Dichterliebe où se glissent des visions traumatisantes quand elle a quitté la Syrie, et des souvenirs d’Alep avant la guerre.

 Dans les violences et l’embrasement du Proche-Orient, elle attend à la frontière de l’Europe, avec l’espoir d’entrer dans le Zauberland, ce monde magique où règnent la sécurité et la paix. Mais quand  la jeune femme s’endort, les images de sa ville bombardée la hante encore. Zauberland est un spectacle onirique, tel un rêve sombre de la cantatrice et le sentiment de l’exil envahit les cœurs : chez Heine, le souvenir romantique d’un amour nostalgique, un printemps, un été qu’on pensait sans fin, avec ses fleurs: «Le soleil, la colombe, le lys/Qu’hier encore j’aimais d’un radieux amour/ Ne sont plus rien pour moi car c’est elle que j’aime,/Si petite, si pure, si fine, si unique.» Martin Crimp, lui, rappelle les frontières franchies dans l’horreur et le voyage choisi ou imposé : «Enfouies dans la mémoire de mon téléphone portable, Halab brûle et Cologne aussi: je vais partager les photos ! »

 La soprano Julia Bullock, accompagnée au piano par Cédric Tiberghien à l’expression et à la technique enlevées, s’impose avec une présence intense. «Suis-je la femme ? -La racine ? -Ou l’homme-poète ? » Des servants de scène jouent le mari, la mariée, la petite fille, les policiers des frontières et s’affairent autour d’elle : ils revêtent de robes noires de cérémonie ou quotidiennes, cette marionnette vivante, manipulée avec précision. Soit la métaphore de la condition féminine en temps de guerre. Que les femmes soient noires ou blanches, elles sont belles mais leurs plaies sont ouvertes comme celles de toutes ces poupées, petites filles miniaturisées installées dans des vitrines, dont le corps violé et blessé est transporté aux Urgences. Ben Clifford, Natasha Kafka, David Rawlins et Raphael Zaru ne cessent de pousser des lits d’hôpital et de transporter des blessés allongés sur des brancards.

 Revient de façon répétitive un cauchemar qui blesse la cantatrice : son mari mort est recouvert d’un drap couvert de sang, celui des affrontements et des combats… Le public est invité à pénétrer l’étoffe des songes d’un conte noir et réaliste, perçu de front. Et il ne peut guère fermer les yeux sur la capacité d’inhumanité du monde ancien. Et nous sommes invités à renouveler le monde présent grâce aux migrations…

 Véronique Hotte

Le spectacle a été joué au Théâtre des Bouffes du Nord, 37 (bis) boulevard de la Chapelle, Paris (Xème). T. : 01 46 07 34 50.

Douzième Festival :Rencontre des Jonglages

 Douzième Festival :Rencontre des Jonglages

jongleur-animation-evasion-communication-foire-salon-vnement-jonglage-jonglerie-eventArrivé à la gare RER de La Courneuve, impossible de se perdre, comme cela arrive souvent dans les villes de la couronne parisienne : ici des affiches nous guident jusqu’au pied du Centre culturel Jean Houdremont.  Devant la Maison des jonglages, quelques installations permettent aux enfants de se livrer, sans danger, à des exercices d’équilibre… Tout au long de l’année, cette maison accueille des artistes en résidence et développe,  hors programmation, une action culturelle vers les écoles et les habitants du secteur.  Et un festival annuel donne une visibilité à ce lieu unique en son genre et permet de découvrir la création jonglée dans tous ses états: aujourd’hui, les artistes se frottent en effet à d’autres disciplines circassiennes, comme à la danse et au théâtre. Un mois leur est consacré, avec, dans les salles et les espaces publics, une grande ouverture artistique… Soit   cinquante spectacles, une trentaine d’artistes et de compagnies qui se produiront à Evry, Garges-lès-Gonesse, Tremblay-en-France, Bagneux, Aubervilliers, Saint-Denis, Paris, La Courneuve….  Avec un bon panorama de cet art métissé.

Unknown

Damoclès Cirque Inextrèmiste

Damoclès, mise en scène de Yann Ecauvre

En face de la Maison des jonglages, Place de la Fraternité, le Cirque Inextremiste propose un spectacle interactif qui tient plus de l’équilibrisme, que du jonglage. Sur les  indications de Yann Ecauvre, le directeur de cette compagnie installée dans l’Indre, le public est invité à empiler de longues planches de bois blanc en quinconce pour créer une sorte de butte à claire-voie qui sera le terrain de jeu d’une ribambelle de spectateurs. Au gré de leurs déplacements à la queue-leu-leu sur cette structure, ils doivent, pour ne pas perdre pied, rester en étroite interdépendance. Et seule l’écoute et la solidarité les uns envers les autres leur permet de ne pas tomber de ce manège ludique qui restera installé pendant tout le festival. «Un spectacle, dit le metteur en scène, dont vous  êtes artisans, pour ne pas dire les héros !»  Petits et grands, très nombreux autour de l’équilibriste participait avec entrain à cette édification ludique.

Deixe me par le Subliminati Corporation
Selon ses quatre interprètes, il s’agit d’un «cirque-remède à  la crise» Maladroits bouffons, ils s’agitent tous azimuts en vitupérant l’époque. Beaucoup de paroles pour raconter un monde qui les dépasse, accompagnent quelques numéros assez réussis. Peu de jonglage mais surtout de l’acrobatie et des parodies de danse… Il faudra entendre de nombreuses blagues, pas toujours drôles, avant de pouvoir apprécier les talents de  Mikel Ayala, Romain Delavoipière, Aude Martos et Maël Tebibi. Mais, dommage, leur beau savoir-faire se perd ici en palabres.

Cet échantillon de spectacles, pas forcément représentatif, témoigne de dramaturgies et chorégraphies, entre manipulation d’objets, équilibrisme et acrobatie. Reste à découvrir un plus large éventail de cet art en pleine mutation, avec des spectacles gratuits en plein air et des parcours jonglés. Et des initiations à la manipulation seront proposées  en plusieurs  lieux. A suivre donc…

Mireille Davidovici

Le festival Rencontre des jonglages se poursuit jusqu’au 5 mai,
La Maison des Jonglages, Centre culturel Houdremont, 11, avenue du Général Leclerc, La Courneuve (Seine-Saint-Denis).  T. : 01 49 92 61 61 info@maisondesjonglages.fr

Damoclès : 7 mai à Toulon (Var)  ; 8,14,15 mai à La Seyne-sur-mer (Var) ; 28,29,30 juin 2019  Festival Le Mans fait son cirque, Le Mans (Sarthe)

Teatro naturale ? Moi, le couscous et Albert Camus par le Teatro delle Ariette

 Teatro naturale ? Moi, le couscous et Albert Camus par le Teatro delle Ariette

teatronaturale_11-768x509En entrant à la Ferme du Buisson, dans le chapiteau permanent dessiné par l’architecte Patrick Bouchain, une odeur de légumes mijotés nous saisit. On découvre des tables avec nappe à carreaux Vichy rouge et blanc où trônent trois couscoussiers, un peu comme la Sainte-Trinité ! Nous sommes invités à nous assoir de part et d’autre de la scène, autour de petites tables pour cinq convives.

Stefano Pasquini, en maître de cérémonie, nous explique alors pourquoi il fait du théâtre. L’art de la cuisine réunit ses passions : rencontrer des gens et raconter des histoires ! Sa première scène reste à jamais la cuisine de sa grand-mère, lieu de toutes les transformations! La troupe du Teatro delle Ariette vit en Émilie-Romagne près de Bologne, cultive ses légumes et a bâti un petit théâtre.

Pour l’apéro, on dispose sur chaque table une bouteille, des amandes torréfiées et des taralli (biscuits italiens proches des gressins). Mais dommage, le vin est un Côtes-de-Gascogne, alors que la Péninsule regorge de crus fameux ! Stefano Pasquini, avec Paola Berselli et Maurizio Ferraresi raconte: l’été de ses dix-sept ans, il a fait connaissance à Paris, d’une jeune fille qui l’a emmené dans sa maison de famille, en Normandie. Il découvre l’amour mais surtout lit L’Étranger d’Albert Camus qu’il déchiffre : son français est encore approximatif. Un choc : pour lui, Meursault n’est pas un insensible comme ce que beaucoup pensent.

Les trois acteurs jouent des scènes-phares du roman. Le début du texte est lu, au micro, sur un panneau placé dans le dos de Maurizio Ferraresi. Un grand baquet d’eau symbolise la mer, une partie de ballon rappelle la passion de l’écrivain pour le football. Il y a, dans ce spectacle, beaucoup de poésie et quelque chose de très italien, de simple et doux et  empreint de  nostalgie. On retrouve l’humour tragique d’un Roberto Benigni, et chez Paola Berselli, la générosité d’une Giulietta Masina, mais aussi la tendre folie de Federico Fellini.

Entre deux scènes, il y en a toujours quelqu’un pour surveiller le couscous qui sera prêt à la fin du spectacle. Et, comme on ne veut pas se quitter comme ça, Stefano Pasquini se raconte en interaction avec le public. Il y a dans cette semoule et ces légumes, toute une histoire et surtout un partage sincère : la marque de fabrique des Ariette et ils ne savent pas faire autrement !  On a connu de nombreux spectacles-repas: entre autres, La Baraque du Théâtre Dromesko qui avait aussi été joué à la Ferme du Buisson, La Princesse de Clèves de Benoît Schwartz, Le Petit Déjeuner de la compagnie Dérézo… Mais celui-ci est un délice!

Julien Barsan

 Spectacle vu le 13 avril, à la Ferme du Buisson-Scène Nationale, Allée de la Ferme, Noisiel (Seine-et-Marne). T. : 01 64 62 77 00.

Malgré tout, il y avait cette clarté, d’après Anna Seghers, conception et mise en scène de Maxime Chazalet

Malgré tout, il y avait cette clarté, texte librement adapté de L’Excursion des jeunes filles qui ne sont plus d’Anna Seghers, traduction d’Hélène Roussel, conception et mise en scène de Maxime Chazalet

 22140801_1449974168418161_9035981079803081790_nAnna Seghers (1900-1983), de son vrai nom: Netty Radvanyi, née Reiling,  écrivaine allemande, fait publier en 1943, lors de son exil au Mexique, une nouvelle emblématique de la littérature allemande du XX ème siècle, L’Excursion des jeunes filles qui ne sont plus. Une écriture poétique au plus près des réalités politiques de temps infâmes et le reflet d’une intériorité sensible quand  elle regarde en face cette tragédie: elle est de religion juive. Anna Seghers évoque le printemps 1913, quand une classe de lycéennes  est en excursion sur les bords du Rhin. «Quelques boutons d’or se mirent à briller dans la vapeur qui s’exhalait du sol à travers l’herbe haute.» Quinze adolescentes à l’orée de leur vie.  Trente ans après, depuis le Mexique où elle s’est réfugiée, Anna Seghers se souviendra de cette journée mais aussi des promesses et des reniements qui suivront.

Les époques se superposent et entrent en collision. Ces anciennes amies s’affrontent maintenant sous le régime nazi, les unes du côté des bourreaux, les autres du côté des victimes. Netty, la narratrice (Anna Seghers) se penche sur son passé et se remémore une promenade scolaire d’un groupe d’adolescentes où s’épanouit l’amitié. Mais ce récit-souvenir montre aussi la destinée fatale dont elles ont été les manipulatrices ou les manipulées, selon le camp choisi  lors de la première mais surtout de la deuxième guerre mondiale, avec séparations violentes et disparitions tragiques.

Un va-et-vient entre passé et présent. L’Histoire se met alors à basculer : les gens sont placés d’un côté ou de l’autre d’une ligne fatale et les petites histoires se mêlent aux opportunités de faire carrière. L’auteure décrit poétiquement cette excursion qui cache l’avenir : «On eut beau écrire bien des rédactions sur le pays natal, sur l’histoire de ce pays, sur l’amour de ce pays, jamais il n’y fut mentionné que le pays natal, c’était avant tout notre essaim de jeunes filles, appuyées les unes contre les autres, et remontant le fleuve dans la lumière oblique de l’après-midi. » Les jeunes filles vont, nattes au vent tressées de chaque côté des oreilles, en catogan ou bien roulées en macarons nattés. Elles ont des rires en cascade : ces belles personnes, en éveil de la vie, s’apprécient et expérimentent une proximité nouvelle.L’œil vif, goûtant à la nonchalance bienveillante de l’amitié. Etre ensemble et ressentir  un état de de complicité manifeste…  La nature dans la campagne alentour s’éveille, prête à une renaissance colorée et musicale dans des paysages aux tons pastel : arbres fruitiers en fleurs, ombres et lumières des collines trilles et envols des oiseaux heureux du retour éternel des saisons. Netty, la narratrice, évoque Leni et Marianne, ces jeunes filles en fleur, des amies d’enfance, disparues dans la tragédie allemande avec ses déportations et bombardements. Proches du public  et prêtes pour une photo collective que l’on verra projetée sur écran.  Les époques qui s’entrechoquent : le vert paradis des amours enfantines et l’effrayant nazisme. Mais le présent a effacé l’amitié des jeunes filles mais aussi l’idylle de Marianne et d’Otto tué à la première guerre mondiale. Marianne se mariera ensuite avec un homme acquis au nazisme et qui, par carriérisme, montera de plus en plus haut dans la hiérarchie… Elle dénoncera ainsi Leni, son amie d’un temps oublié et qu’elle a répudiée  à cause de son peu d’empressement à adhérer au régime nazi.

 Dans la mise en scène de Maxime Chazalet, Raphaëlle Grélin et Maud Saurel, au jeu délicat et sincère, sont les demoiselles innocentes de ces temps idylliques. La grande posant la main sur l’épaule de la petite, elles regardent s’approcher le bateau blanc qu’elles vont prendre pour une croisière enivrante de vingt minutes sur le Rhin, du côté de Mayence. Sur la pointe des pieds, elles essaient d’apercevoir encore l’amoureux de Marianne : elle a lâché sa main discrètement et il est resté sur le quai. Elles s’amusent et font le geste de lancer la corde pour l’attacher au bastingage. Elans du corps, délicatesse de sentiments nouveaux qu’on pense éternels, rapprochements spontanés et empathiques, bouffées de rire…. Mais cela dément les compromissions et bassesses ultérieures.

 Un requiem pour les disparus d’un autre temps : des  fonctionnaires, engagés dans le nazisme, ont oublié tout principe d’amitié et de possibles et belles convictions communes…

 Véronique Hotte

Le spectacle s’est joué à La Commune-Centre Dramatique National, 2 rue Edouard Poisson Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), du 10 au 14 avril. T. : 01 48 33 16 16

 

Welcome, mise en scène de Jean-Michel Guérin et Patrice Thibaud

Welcome, mise en scène de Jean-Michel Guérin et Patrice Thibaud

F21111E6-BD5B-4CF8-A2DD-2737555542F1Après Franito la saison dernière à Chaillot, Patrice Thibaud y revient avec une création où figurent ,entre autres, Olivier Saladin et le chorégraphe et danseur Fran Espinosa. Ce spectacle burlesque  a pour thème la mort et  l’au-delà une forme d’entre-deux: un espace où un homme âgé se voit confronté à la mort sous toutes ses personnifications… Sur la scène presque nue «une sorte de purgatoire, dit Patrice Thibaud, où on évoquera sa vie, ses joies, ses peines, ses regrets, sa quête, pour convoquer sa conscience et tenter d’accéder à l’extase, ou pas… »
Cela commence avec Welcome, un «mauvais» show où les six protagonistes sont tous plus ringards les uns que les autres. Le maître de cérémonie (Patrice Thibaud) invite un spectateur à les rejoindre sur le plateau. Personne n’en a visiblement envie mais un homme un peu âgé, en élégant costume trois pièces et à la belle chevelure blanche, hésite, grommelle, puis se laisse embarquer. Généreusement applaudi par le public… Pas très l’aise sous les lumières, il dit s’appeler Bertrand. Mais le public a vite reconnu Olivier Saladin, splendide… Emmené par les acteurs lors d’un solo endiablé de rock, Bertrand est victime d’un A.V.C. et  est transporté  dans le hall aseptisé d’un hôpital, ou d’une clinique privée avec comptoir d’accueil des années cinquante. Sur le rideau blanc à lames en arrière-plan, on lit: Welcome…  Ceux qui, quelques minutes avant, animaient le show, deviennent alors des avatars de la mort dont Morta, une belle et grande jeune femme…

Le pauvre Bertrand, complètement ahuri par les événements, se voit affublé d’une seule chemise en non-tissé d’hôpital. Mais il ne semble prendre pas vraiment conscience du ridicule de son personnage, ni surtout de sa propre mort et il en parle beaucoup avec les autres personnages. Mais il y a aussi de nombreuses chansons et danses. Sur le rideau, passent et repassent en vidéo (Frank Lacourt) des sortes de méduses bleues… Comme pour dire toute la dimension de l’au-delà. 

Fran Espinosa, en costumes trois pièces et lunettes noires façon mafioso, accueille le public à l’entrée. Il semble sorti tout droit d’une bande dessinée à laquelle se réfère souvent l’esthétique du spectacle; il assure aussi la chorégraphie avec Joëlle Iffrig et apparait notamment en danseuse de flamenco caricaturale. Patrice Thibaud, lui, mime une scène à la manière de Louis de Funès mais, seul moment faible, ces quelques minutes nous ont parues longues et, comme ce n’est pas en situation, cela tombe à plat. Même si une partie du public, ravi, applaudit le numéro.
 Cela dit, avec Jean-Michel Guérin, il a conçu une mise en scène où ils se moquent, de façon souvent brillante, des dogmes et des certitudes concernant l’au-delà.

© Laurent Philippe

© Laurent Philippe

Et il y a une belle unité de jeu rappelant celle des spectacles de Macha Makeieff et Jérôme Deschamps où Olivier Saladin, vieux complice de Patrice Thibaud et lui aussi acteur de le troupe, avait créé un formidable personnage d’ahuri complet très crédible. Ici, avec une  diction et  une gestuelle impeccables, il réussit (et ce n’est pas facile) à devenir aussi ridicule que touchant mais toujours avec retenue. Une belle performance d’un acteur qui emmène avec lui tout le spectacle. 

A la fin, une sorte de prêtre (Patrice Thibaud) arrive, vêtu d’un manteau doré et coiffé d’un curieux chapeau conique blanc,  rassure le pauvre Bertrand, désemparé et très inquiet. Il l’invite à passer enfin dans le royaume des morts, un au-delà symbolisé ici par un espace invisible derrière le rideau blanc à lamelles. Il montera quelques marches et pénètre enfin avec sérénité dans l’au-delà, chaleureusement entouré des personnages qui lui font une haie d’honneur… Une belle image finale. 
Un spectacle à la fois comique et plein de poésie qui ne peut laisser indifférent, même s’il comporte quelques longueurs et baisses de rythme et s’il mériterait d’être resserré…

Le thème de la mort et de l’au-delà a souvent été exploité au théâtre et cela, depuis l’Antiquité. C’est même un solide fond de commerce. Depuis l’apparition de Darios revenant des Enfers dans Les Perses d’Eschyle, celle du fantôme du père d’Hamlet. Et les suicides de Phèdre, Oenone, Juliette, etc… Mais aussi de nombreux assassinats. Et le fantôme du Commandeur et la mort de Don Juan, et encore Orphée aux enfers de Jacques Offenbach: n’en jetez plus, les cimetières sont pleins….  Et encore Eugène Ionesco dans Le Roi se meurt qui s’empare du thème  avec ce Bérenger Ier qui meurt, en se révoltant contre l’idée de la mort mais que sa femme Marguerite l’accompagnera. Ou plus récemment, dans Le Tigre bleu de l’Euphrate de Laurent Gaudé, à l’instant de mourir, un Alexandre le Grand qui pleure sur toutes les terres qu’il n’a pas eu le temps de voir…

Ici, cette mini-comédie musicale n’est jamais angoissante et même vraiment comique: même si la mort est tout le temps présente, les acteurs-danseurs-chanteurs réussissent à provoquer le rire. Et cela fait du bien: dans le spectacle contemporain et, en particulier, dans les Théâtres et Centres Dramatiques Nationaux, rire est souvent un luxe… Ici, pari tenu avec légèreté et une belle couleur poétique. Olivier Saladin et ses camarades ont été longuement applaudis…

Alicia Karger

Spectacle joué du 6 au 13 avril, au Théâtre National de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, (Paris XVI ème). T. : 01 53 65 30 00.

Du 21 au 28 mai, Maison de la Danse, Lyon.

Amour et Psyché, d’après Molière, mise en scène d’Omar Porras

Amour et Psyché, d’après Molière, mise en scène d’Omar Porras

215F0540-0FD4-4A3B-8F83-4AC32C5332E2Bien connu du public, Omar Porras explore les mythes littéraires et théâtraux dont il propose de libres adaptations avec son Teatro Malandro de Genève. Et il ne déroge pas ici à son goût pour la désacralisation : l’histoire d’Amour et Psyché s’y prête à merveille, avec ses nombreux avatars qui continuent à nous fasciner depuis la première version connue du récit figurant dans Les Métamorphoses d’Apulée (II ème siècle après J.- C.). Et elle se prête à tous les jeux, depuis  que la Renaissance l’a redécouverte.

Avec une joie manifeste, Omar Porras nous en fait traverser différentes versions, depuis l’Antiquité jusqu’à Psyché, tragédie-ballet commandée par Louis XIV à Molière. Dans la fable,  le conte moral, la féérie ou le théâtre baroque, l’effet majeur réside dans la surprise des apparitions/disparitions et transformations : du pain béni pour ce magicien de la scène, qui nous offre une heure trente d’effets spéciaux avec les techniques du XVIIIème siècle. 

Le rideau de scène, peint à la ressemblance de la terre, s’ouvre sur un feu de camp où des soldats au repos et passablement avinés, se racontent l’histoire : prologue farcesque qui renvoie aux origines drolatiques du mythe et nous fait pénétrer de plain-pied dans l’univers des dieux et des mortels de la Grèce antique.  Leurs boucliers sont des masques et, tour à tour, ils évoquent avec force rigolade, Psyché (une très belle jeune princesse, mortelle forcément), Vénus (qui la jalouse car les humains se détournent de ses autels pour adorer la jeune fille). Par vengeance, elle ordonne en effet à son fils Amour, de la rendre amoureuse d’un être vil. Mais le divin Amour tombe sous le charme de Psyché… Tel est l’argument de départ.

Mais nous quittons le récit pour entrer au palais du roi où les deux sœurs de la Princesse, moins jolies qu’elle, commencent à ourdir de mauvais projets, telles les soeurs de Cendrillon. Vengeance de Vénus et haine des sœurs: Psyché ira d’épreuve en épreuve, soutenue par Amour, indéfectible et sincère amant, qui finira par la faire admettre à l’Olympe. Omar Porras joue magnifiquement du théâtre baroque de cour comme de la comédie moliéresque et n’hésite pas à introduire un numéro de duettistes hilarant : les scènes avec les sœurs sont jouées par les excellents Jonathan Digelmann et Philippe Gouin, affublés d’accoutrements délirants. Des précieuses ridicules aussi grossières que des marchandes de hareng… Ruptures de ton, de style et de niveau de langue ponctuent une mise en scène qui garde le cap et ne s’égare pas dans les facilités. Ce qu’on aurait pu craindre : Omar Porras a parfois tendance à jouer d’effets…

Ce spectacle a une très bonne tenue, grâce au travail sur la langue, très respectueux du vers quand le texte l’exige,  grâce aussi à la qualité des acteurs, tous formidables dans les différents personnages qu’ils incarnent. Psyché voit apparaître Amour sous les traits de Louis XIV, tel qu’il s’invitait à jouer dans les comédies-ballets et  la grande tradition du théâtre de cour à Versailles. Et la mise en scène  nous renvoie  aux jeux cruels des courtisans, à leurs disgrâces, à leurs complots. L’Olympe n’en est qu’une métaphore et Jupiter, la figure de la clémence royale. Quant à Vénus, finalement déboutée de ses droits à la vengeance, elle nous apparaît en vieille maîtresse, puissante encore, mais délaissée…

 Sans doute, serions-nous un peu indifférents aujourd’hui à la pièce de Molière mais la version qu’en donne la troupe de Malendro, en  la jouant sur le mode spectaculaire et, pour tout dire, libertaire, fait naître la jubilation. Le sort de la belle Psyché nous intéresse peu mais nous sommes sensibles au jeu des acteurs tout comme aux explosions, envols, effets de pyrotechnie et autres images fantastiques  préparés par Laurent Boulanger, ainsi qu’ aux costumes d’Elise Vuitel. Tous nous entraînent à laisser dehors notre esprit chagrin et à laisser galoper notre imaginaire sur le dos du dragon, aux ailes des anges, au rideau qui vole dans la tempête… Et c’est alors une joie simple de théâtre qui s’empare des spectateurs.

Marie-Agnès Sevestre

Jusqu’au 18 avril, Théâtre 71-Scène Nationale, 3 place du 11 novembre, Malakoff (Hauts-de-Seine)

Les 23 et 24 avril au Théâtre de l’Olivier, Istres (Bouches-du-Rhône).
 Du 30 avril au 17 mai, Théâtre de Carouge-Atelier de Genève (Suisse). Et du 22 au 25 mai, Théâtre National de Bordeaux-Aquitaine.

Luce d’après Les Demeurées de Jeanne Benameur, écriture et mise en scène de Cyrille Louge

Luce d’après Les Demeurées de Jeanne Benameur, écriture et mise en scène de Cyrille Louge (dès sept ans)

 

crédit photo : alejandro guerrero

crédit photo : alejandro guerrero

Après La Petite Casserole d’Anatole, la compagnie Marizibill explore encore ici la différence mais aussi la difficulté d’être…Une mère et sa fille vivent en osmose, l’une près de l’autre, l’une recouvrant l’autre, comme si la mère venant tout juste d’accoucher et ne pouvait renoncer à cet état transitoire, protégeant et gardant à soi sa petite fille qui ne connaît qu’une vie recluse.

La mère : une tête-marionnette est manipulée par Sonia Enquin, comédienne-danseuse qui reste voilée et dont on aperçoit, çà et là, une jambe dépliée qui pourrait être celle aussi de sa fille. Mais jamais nous ne verrons la chevelure de cette mère excessive et abusive. Luce, la jeune héroïne joue la «manipul/actrice» dont le corps se mêle à la marionnette et le dédoublement mère/fille se joue à partir du bassin-pivot de Mathilde Chabot, figure manipulée et manipulatrice qui prendra son envol.

 Les deux visages et les deux bustes relèvent de Luce dont le bas du corps est un. Visage rond et tête rousse bouclée, plus la fille se rapproche de sa génitrice en se coupant du monde, plus elle disparaît dans le buste premier et immobile – comme sans vie. Et plus elle s’écarte de lui, plus elle s’épanouit et semble prendre vie. Manipulée tantôt à la main, tantôt avec la bouche, la marionnette est brandie parfois comme un bouclier, et parfois éloignée pour révéler son intériorité. A la table du petit-déjeuner, il y a un bol rêveur et de la mie de pain dont elle fait un personnage. Elle est la chrysalide, état intermédiaire de la chenille avant de devenir papillon, un entre-deux de poupée et de fille, appelé à se détacher, telle une nymphe…

 Cyrille Louge avec une écriture scénique purement visuelle, sait rendre organique le cocon mère/fille. Et la séparation de la gangue, inventive et articulée avec brio, advient grâce à Mademoiselle Solange, l’institutrice. Elle va aider Luce à s’ouvrir au monde et à le contempler enfin hors des fermetures et de l’ignorance, hors du mutisme et de ce temps initial d’avant la parole qui se suffit à lui-même. Sophie Bezard, en jolie robe rouge virevoltante, est cette institutrice libératrice qui apporte le souffle et la curiosité positive d’un monde à explorer ; vive et mobile, elle marche autour du plateau tournant, disparaît puis revient.

 Sur l’écran vidéo de Mathias Delfau, sont projetées les lettres de l’alphabet et d’un simple  geste du bras ou de la main, l’institutrice enseigne l’orthographe à Luce : les lettres et les chiffres à calculer se mettent alors à danser. Sur le chemin du retour, l’écolière croise encore les arbres hivernaux. Peur, effroi de l’enfant face à l’univers,  qui, peu à peu, l’apprivoise. Les oiseaux printaniers chantent à tue-tête et nul ne peut résister à l’appel du désir d’être, quand, par une matinée ensoleillée, on se tient en éveil. Francesca Testi a conçu des marionnettes à la fois poétiques et oniriques pour Cyrille Louge qui,  avec ce théâtre d’objets inventif, explore l’art de la manipulation qui se conjugue alors avec  une attente existentielle.

 Véronique Hotte

 Théâtre Paris-Villette, 211 avenue Jean Jaurès (Paris XIX ème),  jusqu’au 5 mai. T.: 01 40 03 72 23.

Some Hope for the bastards, conception et direction artistique de Frédérick Gravel

 

Some Hope for the bastards, conception et direction artistique de Frédérick Gravel

Jean Couturier

Jean Couturier

Qui sont ces «bastards» ? «C’est nous, c’est vous, c’est nous tous, annonce Frédérik Gravel dans la salle encore éclairée. Nous sommes tous en train de rétrograder… Nous sommes devenus les larbins, les participants d’un ordre des choses que, pourtant, nous détestons.» Les danseurs nous interrogent du regard, avant de se disloquer sous des pulsations musicales, comme en état d’ébriété. Suit alors un tableau fascinant de beauté: La Passion selon Saint-Jean de Jean-Sébastien Bach envahit le plateau et peu à peu, trois musiciens en fond de scène dont le chorégraphe lui-même,  jouent de rythmes électroniques pour accompagner les corps désarticulés.

Les danseurs de cette meute se livrent à une performance physique totalement habitée, devenant les instruments de la musique : «Je fais en quelque sorte de la musique avec la danse, dit le chirégraphe ou, disons que je compose des lignes que les danseurs vont jouer avec leur propre timbre, leur propre tonalité.» En effet, ils se traînent au sol, bondissent, se cherchent, se trouvent parfois et oscillent sous des impulsions invisibles, comme traversés par un alien… Parmi les multiples scènes-choc de cette pièce: un duo sensuel et à la douceur communicative.

La chorégraphie est ici bien servie par les compositions de Philippe Brault entre rock et musique électronique et  par les lumières, toujours mouvantes, d’Alexandre Pilon-Guay. Ici, on sent avec bonheur  l’influence de Pina Bausch, d’Alain Platel et de La La La Human Steps d’Edouard Lock. Mais cette heure trente est un peu longue et cette danse sauvage dérange quelques spectateurs, peu nombreux, mais qui s’en vont. Ce à quoi, Frédérick Gravel répond: « C’est assez long mais je ne m’en excuse pas. Quand des gens sortent, cela me donne l’occasion d’être un artiste non consensuel. »  

Jean Couturier

Spectacle joué au Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 place du Trocadéro, Paris (XVI ème) du 11 au 13 avril.

 

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