Las Vegas (suite): Penn et Teller

 

Las Vegas (suite) : Penn et Teller

 Penn & Teller (2018) - copieCes magiciens comiques américains en costume-cravate travaillent ensemble depuis 1975 dans la tradition clownesque. Penn, le clown blanc parle comme un moulin à paroles et Teller est l’Auguste, et faire-valoir de Penn ; muet, il s’exprime par le mime et subit les vannes de son partenaire. Penn, grand et costaud,  a l’ongle de l’annulaire gauche passé au vernis rouge (en hommage à sa mère). Teller lui, est petit  et drôle malgré lui. Ce contraste physique, à la base de leur jeu, rappelle celui de Laurel et Hardy. Penn est magicien mais aussi jongleur, comédien, musicien, inventeur, acteur et auteur à succès. Teller, lui, est illusionniste, écrivain, acteur, peintre et réalisateur. Ils sont le poil à gratter de la magie actuelle qu’ils redéfinissent avec des éléments de comédie et farce et utilisent le non-sens, le mime, le débinage et la mystification. Ils se définissent eux-mêmes comme «un couple de gars excentriques qui ont appris à faire des choses cool ».

Vers 1970, Penn jongleur très inspiré par la culture punk, entre à la Ringling Bros and Barnum & Bailey Clown College pour apprendre le monocycle et l’art clownesque et vit de petits boulots et en jonglant dans les bars et dans la rue. Il se passionne aussi pour l’illusionnisme après avoir vu James Randi.  Teller, lui, après avoir suivi des cours d’art dramatique, enseigne le latin au lycée de Trenton (New Jersey). Et il écrit aussi  des livres (en latin), fait de la peinture (ses parents sont artistes) et pratique la prestidigitation. Ils se rencontrent grâce au musicien Wier Chrisemer, fondateur du Othmar Schoeck Memorial Society for the Preservation of Unusual and Disgusting Music et présentent leur premier spectacle au Minnesota Renaissance Festival en 1975. Jusqu’en 1977,  Penn, Teller et Chrisemer se produisent sous le nom de The Asparagus Valley Cultural Society, à San Francisco. Chrisemer quittera ses amis, après avoir contribué à la conception de numéros comme le fameux Shadows de Teller.

 Penn et Teller de 80 à 84 travaillent dans des clubs de San Francisco et Los Angeles. Ils se font appeler les  « bad boys of magic » et mettent alors en scène leur premier spectacle, Mme Lonsberry’s Seance of horror avec Donna Davis dans le rôle de Mrs Lonsberry, un médium qui utilise ses compétences occultes avec son fils Julian (Teller) pour ressusciter les morts, défier les lois de la physique et explorer les pouvoirs cachés de l’esprit. Ils collaborent ensuite avec Johnny Thompson qui deviendra leur consultant pour la magie sur tous leurs spectacles  et qui produira leur émission télévisée Fool Us, jusqu’à sa mort, cette année.

 En 1993, ils sont engagés au Bally’s à Las Vegas puis migrent au Rio où ils sont toujours à l’affiche, dix-huit ans après… Dans les années 2.000, Penn et Teller provoquent une controverse, en présentant des spectacles dont ils expliquent les tours créés dans le cadre de représentations spécifiques mais ils ne révèlent jamais les trucs de leurs confrères. Au-delà du simple débinage et sous prétexte de montrer le fonctionnement de certaines illusions (comme le jeu du gobelet), ils en profitent pour montrer le travail de direction d’une routine et… tromper ainsi encore plus leur public.

Teller, Penn et Chrisemer (1975) - copieDe 2003 à 2010, dans leur émission Bullshit (primées plusieurs fois aux Emmy Awards) ils ont un regard sceptique sur le paranormal, les pseudo-sciences, les médiums, les théories du complot et la religion. Et ils ont aussi des opinions politico-sociales excentriques et libertaires sur la guerre, la drogue et  le contrôle des armes à feu. Il y a huit ans, ils ont inauguré un nouveau concept télévisuel avec Fool us sur la chaîne I. TV au Royaume-Uni, puis sur C W aux Etats-Unis à partir de 2.014, avec  un concours de magie très populaire : des illusionnistes réalisent des tours devant eux, en essayant de les tromper. Contrairement à beaucoup d’autres (entre autres, la magie de rue) tout est réalisé sans trucages caméra et les téléspectateurs voient exactement  la même chose que le public.

 En 2016, ils sont élus «magiciens de l’année» à Las Vegas. Après quinze années à l’hôtel-casino Le Rio, c’est leur spectacle, avec celui de leur ami Mac King au Harrah’s qui aura duré le plus longtemps. Unanimement reconnus par le public et la critique mais aussi par le monde universitaire, ces magiciens et chercheurs sont invités au Massachusetts Institute of Technology! Et ils donnent des conférences à l’Université d’Oxford sur la magie, la psychologie et l’interaction avec le public. Penn et Teller ont investi régulièrement le West side Art  à New-York, avec des représentations à guichets fermés dès 85. Deux ans plus tard, ils ont même eu leur propre show permanent au Ritz. Très riches et très populaires aux Etats-Unis, ils dépassent même David Copperfield côté médiatisation et fortune. Reconnaissance suprême, ils ont leurs étoiles sur le Walk of Fame à Hollywood depuis 2013. Bref, le duo a un statut d’icône culturelle! Car ils sont aussi acteurs, animateurs, dramaturges, écrivains, réalisateurs de documentaires et même musiciens…

 Penn et Teller, champions des apparitions à la télévision, ont joué dans différentes séries comme Sabrina the Teenage Witch (1996), Babylon 5 (1998) et The West Wing (2004).  Et pour l’émission Tell a Lie sur Discovery Channel, ils racontent sept histoires incroyables, dont six sont… véridiques. Et ils jouent aussi dans des films et sont même les têtes d’affiche de Get Killed d’Arthur Penn (1989) et  ont écrit ensemble des best-sellers comme Cruel tricks for dear friends (1989), How to play with your food (1992) et How to play in traffic (1997).

 Mais les compères savent aussi travailler chacun de leur côté… Penn présente des jeux à la télévision comme Identity sur NBC de 2006 à 2007, anime aussi une émission-débat sur une radio FM et participe à Dancing with the Stars sur ABC en 2008. Teller, avec le magicien Todd Robbins, écrit Play Dead joué à Broadway en 2010 et il met en scène avec Aaron Posner des versions théâtrales et magiques de Macbeth  et de La Tempête. Il a aussi réalisé et produit un documentaire Tim’s Vermeer.

 Penn & Teller - Fool Us - copieDans le hall, les spectateurs sont invités à prendre un gobelet et quatre cartes différentes qui serviront ensuite à un tour. Teller sort d’une boîte en bois (examinée auparavant par des spectateurs et exposée vide). «Nous sommes là pour vous tromper !» annonce Teller qui va essayer de s’échapper de deux boîtes ; enfermé dans une fabriquée en plexiglass, elle-même placée dans celle en bois et bien fermée par des cadenas. Penn énumère les différents moyens de s’échapper et parle, bien  sûr, du célèbre Harry Houdini et de Metamorphosis, une malle des Indes conçue par Jonh Nevil Maskelyne. Il donne ensuite le choix aux spectateurs d’être trompés ou non, en leur demandant de fermer ou non leurs yeux, avant de révéler le tour. Les curieux qui ont gardé les yeux ouverts, voient Teller sortir la tête grâce à un trucage mécanique de la boîte en bois et s’allonger tranquillement dessus.

 Mike Jones au piano, Penn à la contrebasse jouent pour Teller qui fait léviter un foulard, tout en soufflant dans un saxophone. Il confectionne ensuite un petit chapeau avec le foulard qu’il place brièvement sur la tête du pianiste. Le bout de tissu est ensuite roulé en boule et s’envole comme un feu follet. Teller déchire alors un bout du foulard, en avale une partie et souffle des confettis avec le saxophone. Le foulard semble prendre vie à la demande du magicien. Un tour déjà réalisé pour la première fois par Nevil Maskelyne en 1.888 !

Cinq spectateurs sont invités à prendre place sur scène. Une prédiction est enfermée dans une grosse bouteille semi-opaque suspendue au-dessus du plateau. Des mots sont écrits sur un grand tableau : number, password, football..  et des chiffres de 1 à 9. Les spectateurs doivent écrire sur un papier un code Pin, le nom d’une chanteuse, etc. qui sont placés dans un sac. Penn devine alors, un par un, ce qui est marqué dessus! Les spectateurs doivent ensuite choisir une lettre de leur mot que l’on marque sur le tableau. Pour compléter ces quatre lettres, un dé en mousse est lancé dans la salle pour désigner au hasard quatre autres personnes qui choisissent aussi un chiffre qui sera aussi noté. Teller, armé d’un marteau, de gants et lunettes de protection, casse la bouteille au-dessus d’une grande bâche en plastique pour prendre la prédiction et en révéler les similitudes avec les choix du public…Une routine assez laborieuse… On voit mal où Penn veut nous emmener avec ces choix sans queue ni tête.  Mais cette méthode pour arriver à la révélation finale, est diaboliquement efficace et se fait en toute transparence… relative.

Puis une spectatrice est invitée à voir de près le fameux tour, dit des anneaux chinois. Teller lui en présente six grands, en réalisant enclavements et désenclavements classiques. Penn révèle le truc de la clé mais quand il réalise la version «close-up» avec des petits anneaux, la spectatrice est encore plus perdue…. Un classique de la magie où, -de deux à dix, voire plus et en métal solide- ils semblent passer les uns dans les autres ou former des chaînes aux motifs complexes. Le magicien chinois Ching Ling Foo (1854-1922) a été l’un des premiers à avoir présenté ce tour sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. En 1988, le Japonais Masahiro Yanagida  réalise cette routine avec quatre anneaux de onze cms de diamètre seulement: les Ninja Rings et depuis cet effet,  surtout présenté sur scène, est devenu un incontournable du « close-up ».

Fervent défenseurs d’une magie «non truquée», à la télé, Penn et Teller se moquent gentiment des  magiciens de rue qui prétendent réaliser des miracles impossibles, Criss Angel en tête. Puis ils nous révèlent comment cela  fonctionne vraiment. Avec un dispositif reconstituant une partie d’un immeuble en extérieur où l’on voit les coulisses et trucages employés, Penn et Teller demandent alors à deux spectateurs de venir jouer le public et un caméraman filme en direct la scène, qui est projetée sur des écrans. Les magiciens font ensuite choisir une carte à une femme accoudée à une fenêtre de l’immeuble. Carte qui sort ensuite de la manche d’Elvis Presley  sur une photo  encadrée et accrochée à un mur…

Puis Teller s’assoie sur une chaise couverte d’un drap et se met à léviter… grâce à un chariot élévateur caché derrière le décor, hors-champ de la caméra. Un grand cerceau est passé autour du drap puis il disparait dans les airs pour réapparaître sur scène. Il présente ensuite une plaque de verre qu’il place sur un présentoir pour qu’un spectateur puisse dessiner le visage d’un autre  personne par transparence grâce à trois feutres de couleur différente. L’œuvre est ensuite signée par le dessinateur et par Teller. La plaque, mise dans un sac transparent, est cassée bien visiblement, avec un marteau. Et tous les morceaux étalés sur un plateau, sont versés dans un cube transparent qui produit de la fumée. On entend alors les morceaux se reconstituer et la plaque réapparait intacte avec le dessin d’origine signé! Superbe numéro métaphorique qui laisse un souvenir inoubliable…

Suivent des prédictions de cartes utilisant avec des procédés ensuite révélés au public. Penn fait choisir une carte et Teller la devine, en la dessinant sur un tableau. Il révèle le système de code verbal pour communiquer à son compère le nom de la carte. Il s’assoit ensuite à une table avec la spectatrice, lui fait choisir une carte et demande à Teller de la deviner à nouveau. Les magiciens révèlent la méthode dite du «code du silence» (1989), un tour de Gary Kurtz inspiré de Positional codes (1959) de Tony Corinda qui donne le nom de la carte suivant l’emplacement du jeu sur le tapis… Ensuite, sur le jeu étalé, la spectatrice en choisit une et la cache dans sa main. Puis  la carte est montrée à Teller: il ne bouge pas d’un poil, ne cligne pas des yeux et ne dit pas un mot. Dans ces conditions extrêmes, Penn devine quand-même la carte mais il n’expliqueront pas le principe…

Il présente ensuite une feuille de magazine, et passe derrière un paravent: on voit juste ses mains déchirer lentement chaque feuille pour reconstituer, au final, le magazine. Un verre d’eau est ensuite produit à partir du magazine roulé en cône quand soudain Penn arrive sur scène. Mais alors, qui est derrière le paravent depuis le début ? Teller déguisé en Penn! Une transposition finale-surprise pour un effet classique. Au XIX ème siècle, détruire et restaurer une feuille de papier, un ruban, une ficelle ou une carte, étaient déjà monnaie courante…

Puis Teller confie un bocal à une spectatrice, plonge ses mains dans un aquarium et produit des pièces qu’il déverse dans ce bocal et ceci plusieurs fois de suite. Et Teller en prend une poignée et fait semblant de les faire disparaître dans l’eau. La deuxième fois est la bonne et les pièces se volatilisent dans l’aquarium  où circulent de nombreux poissons rouges. La spectatrice repart avec le bocal et un poisson qui se transforme une dernière fois en pièce. Une superbe routine qui détourne astucieusement la fameuse chasse aux pièces, ici avec un ajout d’eau…   Ce qui nous fait remonter au roi Midas et à la fameuse source du Pactole qui contenait des paillettes d’or après son passage. Miser’s Dream (Le  Rêve de l’avare ou la chasse aux pièces) est une routine où le magicien produit des pièces de monnaie dans les airs et les dépose dans un réceptacle, généralement un seau en métal. Inventé au XIX ème siècle et présenté par De Linski puis par Robert Houdin en 1852 sous le titre: Pluie d’or. Vers 1895, l’Américain T. Nelson Downs  utilisait dans Trésor aérien,un chapeau à la place d’un seau. Ce tour, alors très populaire, intégrera le répertoire de milliers de magiciens. Une routine vite devenue un classique…

Penn et Teller nous proposent un «rituel d’amour» quand nous entrons dans la salle. Tout le monde est invité à prendre les cartes en main et à les mélanger face en bas. Ensuite, elles sont pliées en deux dans leur longueur et déchirées. Et les deux paquets mis l’un sur l’autre.  Soit un mélange de petits morceaux selon une procédure dictée par les magiciens qui les placent  dessous,  au milieu, et en en mettant un de côté face en bas, sur son cœur. On échange ensuite une demi-carte avec son voisin et on élimine petit à petit tous les autres morceaux dans le gobelet  jusqu’à ce qu’il nous reste plus qu’une demi-carte, correspondant à celle placée sur notre cœur. Le spectateur a retrouvé «sa moitié» grâce à son voisin ou à sa voisine. Un beau moment de communion entre les gens, même si cette routine est un peu longuette…

Dans la tradition de la disparition d’un éléphant effectuée par Harry Houdini, à l’hippodrome de New York en 1918, Penn et Teller proposent une version scénique avec une vache déguisée en éléphant. Une vidéo nous la montre, broutant dans un pré. Des spectateurs sont invités à encercler un praticable monté sur roulettes où elle se trouve et à joindre leurs mains. On descend un rideau et la vache-éléphant se transforme en poule… Ce dernier tour est la «vitrine» de leur spectacle et la sculpture de cet éléphant, conçue par Penn et Teller, est installée dans le hall de l’hôtel.  Mais  cet anti-climax plombe le final car il y a, et volontairement, double tromperie sur la marchandise (l’éléphant est une vache et la disparition est remplacée par une transformation). On reste donc sur sa faim, dommage….

Mais tout le spectacle est très bien rôdé et on sent le travail de toute une équipe derrière chaque numéro. Comme à leur habitude, Penn et Teller jouent sur les contrastes, en impliquant  le public et en critiquant gentiment les magiciens et leur répertoire uniformisé… Avec un jeu réglé millimètre, Penn débite aussi à la mitraillette des textes par ailleurs bien écrits; peut-être un peu trop par moments…Cela nous fait perdre le fil et affaiblit la dramaturgie de certains tours. Teller, lui, a un jeu plus minimaliste où chaque geste et micro-expression de son visage trahissent volontairement sa pensée… Une attitude clownesque empreinte de lassitude qui fait merveille. Malgré tout, ici, le répertoire est inégal et il y a des numéros interchangeables. Les compères se perdent parfois dans le débinage gratuit, contrairement à leur habitude. Dommage!  Et  ils ont raté leur final! Encore dommage !

 Sébastien Bazou

Spectacle vu à Las Vegas ( Nevada) le 20 avril.

 


Archive pour 6 mai, 2019

Las Vegas (suite): Penn et Teller

 

Las Vegas (suite) : Penn et Teller

 Penn & Teller (2018) - copieCes magiciens comiques américains en costume-cravate travaillent ensemble depuis 1975 dans la tradition clownesque. Penn, le clown blanc parle comme un moulin à paroles et Teller est l’Auguste, et faire-valoir de Penn ; muet, il s’exprime par le mime et subit les vannes de son partenaire. Penn, grand et costaud,  a l’ongle de l’annulaire gauche passé au vernis rouge (en hommage à sa mère). Teller lui, est petit  et drôle malgré lui. Ce contraste physique, à la base de leur jeu, rappelle celui de Laurel et Hardy. Penn est magicien mais aussi jongleur, comédien, musicien, inventeur, acteur et auteur à succès. Teller, lui, est illusionniste, écrivain, acteur, peintre et réalisateur. Ils sont le poil à gratter de la magie actuelle qu’ils redéfinissent avec des éléments de comédie et farce et utilisent le non-sens, le mime, le débinage et la mystification. Ils se définissent eux-mêmes comme «un couple de gars excentriques qui ont appris à faire des choses cool ».

Vers 1970, Penn jongleur très inspiré par la culture punk, entre à la Ringling Bros and Barnum & Bailey Clown College pour apprendre le monocycle et l’art clownesque et vit de petits boulots et en jonglant dans les bars et dans la rue. Il se passionne aussi pour l’illusionnisme après avoir vu James Randi.  Teller, lui, après avoir suivi des cours d’art dramatique, enseigne le latin au lycée de Trenton (New Jersey). Et il écrit aussi  des livres (en latin), fait de la peinture (ses parents sont artistes) et pratique la prestidigitation. Ils se rencontrent grâce au musicien Wier Chrisemer, fondateur du Othmar Schoeck Memorial Society for the Preservation of Unusual and Disgusting Music et présentent leur premier spectacle au Minnesota Renaissance Festival en 1975. Jusqu’en 1977,  Penn, Teller et Chrisemer se produisent sous le nom de The Asparagus Valley Cultural Society, à San Francisco. Chrisemer quittera ses amis, après avoir contribué à la conception de numéros comme le fameux Shadows de Teller.

 Penn et Teller de 80 à 84 travaillent dans des clubs de San Francisco et Los Angeles. Ils se font appeler les  « bad boys of magic » et mettent alors en scène leur premier spectacle, Mme Lonsberry’s Seance of horror avec Donna Davis dans le rôle de Mrs Lonsberry, un médium qui utilise ses compétences occultes avec son fils Julian (Teller) pour ressusciter les morts, défier les lois de la physique et explorer les pouvoirs cachés de l’esprit. Ils collaborent ensuite avec Johnny Thompson qui deviendra leur consultant pour la magie sur tous leurs spectacles  et qui produira leur émission télévisée Fool Us, jusqu’à sa mort, cette année.

 En 1993, ils sont engagés au Bally’s à Las Vegas puis migrent au Rio où ils sont toujours à l’affiche, dix-huit ans après… Dans les années 2.000, Penn et Teller provoquent une controverse, en présentant des spectacles dont ils expliquent les tours créés dans le cadre de représentations spécifiques mais ils ne révèlent jamais les trucs de leurs confrères. Au-delà du simple débinage et sous prétexte de montrer le fonctionnement de certaines illusions (comme le jeu du gobelet), ils en profitent pour montrer le travail de direction d’une routine et… tromper ainsi encore plus leur public.

Teller, Penn et Chrisemer (1975) - copieDe 2003 à 2010, dans leur émission Bullshit (primées plusieurs fois aux Emmy Awards) ils ont un regard sceptique sur le paranormal, les pseudo-sciences, les médiums, les théories du complot et la religion. Et ils ont aussi des opinions politico-sociales excentriques et libertaires sur la guerre, la drogue et  le contrôle des armes à feu. Il y a huit ans, ils ont inauguré un nouveau concept télévisuel avec Fool us sur la chaîne I. TV au Royaume-Uni, puis sur C W aux Etats-Unis à partir de 2.014, avec  un concours de magie très populaire : des illusionnistes réalisent des tours devant eux, en essayant de les tromper. Contrairement à beaucoup d’autres (entre autres, la magie de rue) tout est réalisé sans trucages caméra et les téléspectateurs voient exactement  la même chose que le public.

 En 2016, ils sont élus «magiciens de l’année» à Las Vegas. Après quinze années à l’hôtel-casino Le Rio, c’est leur spectacle, avec celui de leur ami Mac King au Harrah’s qui aura duré le plus longtemps. Unanimement reconnus par le public et la critique mais aussi par le monde universitaire, ces magiciens et chercheurs sont invités au Massachusetts Institute of Technology! Et ils donnent des conférences à l’Université d’Oxford sur la magie, la psychologie et l’interaction avec le public. Penn et Teller ont investi régulièrement le West side Art  à New-York, avec des représentations à guichets fermés dès 85. Deux ans plus tard, ils ont même eu leur propre show permanent au Ritz. Très riches et très populaires aux Etats-Unis, ils dépassent même David Copperfield côté médiatisation et fortune. Reconnaissance suprême, ils ont leurs étoiles sur le Walk of Fame à Hollywood depuis 2013. Bref, le duo a un statut d’icône culturelle! Car ils sont aussi acteurs, animateurs, dramaturges, écrivains, réalisateurs de documentaires et même musiciens…

 Penn et Teller, champions des apparitions à la télévision, ont joué dans différentes séries comme Sabrina the Teenage Witch (1996), Babylon 5 (1998) et The West Wing (2004).  Et pour l’émission Tell a Lie sur Discovery Channel, ils racontent sept histoires incroyables, dont six sont… véridiques. Et ils jouent aussi dans des films et sont même les têtes d’affiche de Get Killed d’Arthur Penn (1989) et  ont écrit ensemble des best-sellers comme Cruel tricks for dear friends (1989), How to play with your food (1992) et How to play in traffic (1997).

 Mais les compères savent aussi travailler chacun de leur côté… Penn présente des jeux à la télévision comme Identity sur NBC de 2006 à 2007, anime aussi une émission-débat sur une radio FM et participe à Dancing with the Stars sur ABC en 2008. Teller, avec le magicien Todd Robbins, écrit Play Dead joué à Broadway en 2010 et il met en scène avec Aaron Posner des versions théâtrales et magiques de Macbeth  et de La Tempête. Il a aussi réalisé et produit un documentaire Tim’s Vermeer.

 Penn & Teller - Fool Us - copieDans le hall, les spectateurs sont invités à prendre un gobelet et quatre cartes différentes qui serviront ensuite à un tour. Teller sort d’une boîte en bois (examinée auparavant par des spectateurs et exposée vide). «Nous sommes là pour vous tromper !» annonce Teller qui va essayer de s’échapper de deux boîtes ; enfermé dans une fabriquée en plexiglass, elle-même placée dans celle en bois et bien fermée par des cadenas. Penn énumère les différents moyens de s’échapper et parle, bien  sûr, du célèbre Harry Houdini et de Metamorphosis, une malle des Indes conçue par Jonh Nevil Maskelyne. Il donne ensuite le choix aux spectateurs d’être trompés ou non, en leur demandant de fermer ou non leurs yeux, avant de révéler le tour. Les curieux qui ont gardé les yeux ouverts, voient Teller sortir la tête grâce à un trucage mécanique de la boîte en bois et s’allonger tranquillement dessus.

 Mike Jones au piano, Penn à la contrebasse jouent pour Teller qui fait léviter un foulard, tout en soufflant dans un saxophone. Il confectionne ensuite un petit chapeau avec le foulard qu’il place brièvement sur la tête du pianiste. Le bout de tissu est ensuite roulé en boule et s’envole comme un feu follet. Teller déchire alors un bout du foulard, en avale une partie et souffle des confettis avec le saxophone. Le foulard semble prendre vie à la demande du magicien. Un tour déjà réalisé pour la première fois par Nevil Maskelyne en 1.888 !

Cinq spectateurs sont invités à prendre place sur scène. Une prédiction est enfermée dans une grosse bouteille semi-opaque suspendue au-dessus du plateau. Des mots sont écrits sur un grand tableau : number, password, football..  et des chiffres de 1 à 9. Les spectateurs doivent écrire sur un papier un code Pin, le nom d’une chanteuse, etc. qui sont placés dans un sac. Penn devine alors, un par un, ce qui est marqué dessus! Les spectateurs doivent ensuite choisir une lettre de leur mot que l’on marque sur le tableau. Pour compléter ces quatre lettres, un dé en mousse est lancé dans la salle pour désigner au hasard quatre autres personnes qui choisissent aussi un chiffre qui sera aussi noté. Teller, armé d’un marteau, de gants et lunettes de protection, casse la bouteille au-dessus d’une grande bâche en plastique pour prendre la prédiction et en révéler les similitudes avec les choix du public…Une routine assez laborieuse… On voit mal où Penn veut nous emmener avec ces choix sans queue ni tête.  Mais cette méthode pour arriver à la révélation finale, est diaboliquement efficace et se fait en toute transparence… relative.

Puis une spectatrice est invitée à voir de près le fameux tour, dit des anneaux chinois. Teller lui en présente six grands, en réalisant enclavements et désenclavements classiques. Penn révèle le truc de la clé mais quand il réalise la version «close-up» avec des petits anneaux, la spectatrice est encore plus perdue…. Un classique de la magie où, -de deux à dix, voire plus et en métal solide- ils semblent passer les uns dans les autres ou former des chaînes aux motifs complexes. Le magicien chinois Ching Ling Foo (1854-1922) a été l’un des premiers à avoir présenté ce tour sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. En 1988, le Japonais Masahiro Yanagida  réalise cette routine avec quatre anneaux de onze cms de diamètre seulement: les Ninja Rings et depuis cet effet,  surtout présenté sur scène, est devenu un incontournable du « close-up ».

Fervent défenseurs d’une magie «non truquée», à la télé, Penn et Teller se moquent gentiment des  magiciens de rue qui prétendent réaliser des miracles impossibles, Criss Angel en tête. Puis ils nous révèlent comment cela  fonctionne vraiment. Avec un dispositif reconstituant une partie d’un immeuble en extérieur où l’on voit les coulisses et trucages employés, Penn et Teller demandent alors à deux spectateurs de venir jouer le public et un caméraman filme en direct la scène, qui est projetée sur des écrans. Les magiciens font ensuite choisir une carte à une femme accoudée à une fenêtre de l’immeuble. Carte qui sort ensuite de la manche d’Elvis Presley  sur une photo  encadrée et accrochée à un mur…

Puis Teller s’assoie sur une chaise couverte d’un drap et se met à léviter… grâce à un chariot élévateur caché derrière le décor, hors-champ de la caméra. Un grand cerceau est passé autour du drap puis il disparait dans les airs pour réapparaître sur scène. Il présente ensuite une plaque de verre qu’il place sur un présentoir pour qu’un spectateur puisse dessiner le visage d’un autre  personne par transparence grâce à trois feutres de couleur différente. L’œuvre est ensuite signée par le dessinateur et par Teller. La plaque, mise dans un sac transparent, est cassée bien visiblement, avec un marteau. Et tous les morceaux étalés sur un plateau, sont versés dans un cube transparent qui produit de la fumée. On entend alors les morceaux se reconstituer et la plaque réapparait intacte avec le dessin d’origine signé! Superbe numéro métaphorique qui laisse un souvenir inoubliable…

Suivent des prédictions de cartes utilisant avec des procédés ensuite révélés au public. Penn fait choisir une carte et Teller la devine, en la dessinant sur un tableau. Il révèle le système de code verbal pour communiquer à son compère le nom de la carte. Il s’assoit ensuite à une table avec la spectatrice, lui fait choisir une carte et demande à Teller de la deviner à nouveau. Les magiciens révèlent la méthode dite du «code du silence» (1989), un tour de Gary Kurtz inspiré de Positional codes (1959) de Tony Corinda qui donne le nom de la carte suivant l’emplacement du jeu sur le tapis… Ensuite, sur le jeu étalé, la spectatrice en choisit une et la cache dans sa main. Puis  la carte est montrée à Teller: il ne bouge pas d’un poil, ne cligne pas des yeux et ne dit pas un mot. Dans ces conditions extrêmes, Penn devine quand-même la carte mais il n’expliqueront pas le principe…

Il présente ensuite une feuille de magazine, et passe derrière un paravent: on voit juste ses mains déchirer lentement chaque feuille pour reconstituer, au final, le magazine. Un verre d’eau est ensuite produit à partir du magazine roulé en cône quand soudain Penn arrive sur scène. Mais alors, qui est derrière le paravent depuis le début ? Teller déguisé en Penn! Une transposition finale-surprise pour un effet classique. Au XIX ème siècle, détruire et restaurer une feuille de papier, un ruban, une ficelle ou une carte, étaient déjà monnaie courante…

Puis Teller confie un bocal à une spectatrice, plonge ses mains dans un aquarium et produit des pièces qu’il déverse dans ce bocal et ceci plusieurs fois de suite. Et Teller en prend une poignée et fait semblant de les faire disparaître dans l’eau. La deuxième fois est la bonne et les pièces se volatilisent dans l’aquarium  où circulent de nombreux poissons rouges. La spectatrice repart avec le bocal et un poisson qui se transforme une dernière fois en pièce. Une superbe routine qui détourne astucieusement la fameuse chasse aux pièces, ici avec un ajout d’eau…   Ce qui nous fait remonter au roi Midas et à la fameuse source du Pactole qui contenait des paillettes d’or après son passage. Miser’s Dream (Le  Rêve de l’avare ou la chasse aux pièces) est une routine où le magicien produit des pièces de monnaie dans les airs et les dépose dans un réceptacle, généralement un seau en métal. Inventé au XIX ème siècle et présenté par De Linski puis par Robert Houdin en 1852 sous le titre: Pluie d’or. Vers 1895, l’Américain T. Nelson Downs  utilisait dans Trésor aérien,un chapeau à la place d’un seau. Ce tour, alors très populaire, intégrera le répertoire de milliers de magiciens. Une routine vite devenue un classique…

Penn et Teller nous proposent un «rituel d’amour» quand nous entrons dans la salle. Tout le monde est invité à prendre les cartes en main et à les mélanger face en bas. Ensuite, elles sont pliées en deux dans leur longueur et déchirées. Et les deux paquets mis l’un sur l’autre.  Soit un mélange de petits morceaux selon une procédure dictée par les magiciens qui les placent  dessous,  au milieu, et en en mettant un de côté face en bas, sur son cœur. On échange ensuite une demi-carte avec son voisin et on élimine petit à petit tous les autres morceaux dans le gobelet  jusqu’à ce qu’il nous reste plus qu’une demi-carte, correspondant à celle placée sur notre cœur. Le spectateur a retrouvé «sa moitié» grâce à son voisin ou à sa voisine. Un beau moment de communion entre les gens, même si cette routine est un peu longuette…

Dans la tradition de la disparition d’un éléphant effectuée par Harry Houdini, à l’hippodrome de New York en 1918, Penn et Teller proposent une version scénique avec une vache déguisée en éléphant. Une vidéo nous la montre, broutant dans un pré. Des spectateurs sont invités à encercler un praticable monté sur roulettes où elle se trouve et à joindre leurs mains. On descend un rideau et la vache-éléphant se transforme en poule… Ce dernier tour est la «vitrine» de leur spectacle et la sculpture de cet éléphant, conçue par Penn et Teller, est installée dans le hall de l’hôtel.  Mais  cet anti-climax plombe le final car il y a, et volontairement, double tromperie sur la marchandise (l’éléphant est une vache et la disparition est remplacée par une transformation). On reste donc sur sa faim, dommage….

Mais tout le spectacle est très bien rôdé et on sent le travail de toute une équipe derrière chaque numéro. Comme à leur habitude, Penn et Teller jouent sur les contrastes, en impliquant  le public et en critiquant gentiment les magiciens et leur répertoire uniformisé… Avec un jeu réglé millimètre, Penn débite aussi à la mitraillette des textes par ailleurs bien écrits; peut-être un peu trop par moments…Cela nous fait perdre le fil et affaiblit la dramaturgie de certains tours. Teller, lui, a un jeu plus minimaliste où chaque geste et micro-expression de son visage trahissent volontairement sa pensée… Une attitude clownesque empreinte de lassitude qui fait merveille. Malgré tout, ici, le répertoire est inégal et il y a des numéros interchangeables. Les compères se perdent parfois dans le débinage gratuit, contrairement à leur habitude. Dommage!  Et  ils ont raté leur final! Encore dommage !

 Sébastien Bazou

Spectacle vu à Las Vegas ( Nevada) le 20 avril.

 

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