Re:creating Europe, mise en scène d’Ivo van Hove

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Re:creating Europe, mise en scène d’Ivo van Hove

 Créé en 2016 à l’occasion du Forum sur la Culture  Européenne,  ce court spectacle a été depuis présenté, avec le soutien du Dutch Performing Arts, dans toute l’Europe. Avec Mairieke Heebink, Chris Nietvelt, Hans Kesting, Maria Kraakman, Majd Mardo et Ramsey Nasr de l’Internationaal Theater Amsterdam (ex-Toneelgroep) mais aussi Charles Berling, Valéria Bruni Tedeschi et Lars Eidinger, le grand Richard III de Thomas Ostermeier.

Quand la Grande-Bretagne très divisée va sans doute quitter l’Union européenne, Ivo van Hove nous convie à réfléchir à un moment-clé de notre histoire commune histoire  su fond d’extrême droite, sur la notion d’Europe à travers les discours et textes qui ont formé son histoire. Une piqûre de rappel qui n’est jamais un luxe, surtout par les temps qui courent…
Qu’est en fait ce concept d’union européenne ? Pour les uns, forte et naturelle depuis des siècles avec ses  courants artistiques, ses découvertes scientifiques, ses nombreux écrivain (e)s mais aussi… avec des guerres fréquentes entre pays voisins. Une union assez artificielle sur le plan politique selon d’autres, construite et reconstruite depuis soixante-dix ans. Mais toujours en paix malgré les inévitables conflits économiques. Ici paroles d’artistes, penseurs et dirigeants  politiques se succèdent en vrac soit avec des images d’archives soit par la voix des comédiens mais pas toujours  avec une vraie cohérence.

Il a d’abord un texte remarquable lu par lui, du romancier et essayiste des Pays-Bas Bas Heijne.: «L’Europe unie s’est avérée être un succès à bien des égards, mais la fraternité promise par Schiller et Beethoven n’a pas été atteinte aussi facilement. Si tant est, qu’elle l’ait jamais été.Peut-être ne devrions-nous pas en être surpris. Liberté, égalité, fraternité – dans cette glorieuse devise de la Révolution française, la fraternité a toujours été un peu à part. Il est si difficile de définir la fraternité. La liberté et l’égalité concernent la relation entre l’individu et la société dont il fait partie. Leur concept a beau être compliqué, elles se laissent tout de même, jusqu’à un certain point, mesurer, réglementer et protéger. Le niveau de liberté et d’égalité admet une expression en termes statistiques. Mais la fraternité ?La fraternité est une affaire de personnes entre elles. Elle peut être encouragée, mais sa source ne peut être qu’intérieure. Elle ne saurait être inspirée d’en haut. Impossible d’imposer la fraternité par décret. »

On entend aussi la parole de Jean Monnet, Winston Churchill (mais pas celle de De Gaulle ?)  Konrad Adenauer, Ronald Reagan, François Mitterrand, Margaret Thatcher, Helmut Schmidt  mais aussi d’Emmanuel Macron, Angela Merkel, Barak Obama, Marine Le Pen, Victor Orban, et des écrivains  comme William Shakespeare, avec un extrait de films tirés d’une de ses pièces, Friedrich Schiller, Susan Sontag, et le grand Victor Hugo qui, le 21 août 1849, prononça à Paris devant le Congrès de la paix qu’il préside, un discours prophétique. Avec ces mots devenus fameux »Etats-Unis d’Europe », empruntée à l’abbé de Saint- Pierre.  Où il n’exclut aucune nation du continent et surtout pas la Russie. « Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, à vous aussi ! Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi impossible entre Paris et Londres, entre Petersbourg et Berlin, entre Vienne et Turin, qu’elle serait impossible et qu’elle paraîtrait absurde aujourd’hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie. Un jour viendra où la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l’Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France. »

Mais ici, on a la nette impression qu’avec ce curieux mille-feuilles de textes, l’Europe évoquée par les écrivains et homme politiques cités dans cette création néerlandaise est celle du Nord plutôt que du Sud. Ainsi de la Grèce, pas un mot. Pourtant, ce petit pays a, depuis dix ans, été durement touché par les directives européennes et l’a payé cher. Alors qu’il a reçu et continue de recevoir nombre de réfugiés africains…  Et même nulle allusion ici au nom même d’Europe qu’Homère dans L’Iliade, donne à une princesse phénicienne que Zeus transformé en taureau blanc arriva à séduire et à enlever pour l’emmener en Crète… Rien non plus concernant l’Italie. Pourtant il y a presque déjà un siècle, Paul Valéry, caractérisait l’Europe par trois héritages : celui de l’Empire romain, celui du christianisme et celui de la rationalité héritée de la Grèce. Rome, disait-il, a légué aux Européens l’idée de «la majesté des institutions et des lois»,

Rien ou presque de l’Espagne, alors qu’elle est entrée dans l’Union européenne en…1985. Ou si peu avec Javier Marías écrivain, traducteur et éditeur. Pourtant l’Europe était déjà l’objet des préoccupations du grand philosophe Miguel de Unanumo au début du XX ème siècle quand il réfléchissait sur l’appartenance de l’Espagne à l’Europe et voyait dans les Pyrénées la frontière entre l’Europe et l’Afrique: «Qu’elles soient, donc, prononcées ici mes dernières paroles, pendant que je réfléchis comment on peut espagnoliser l’Europe, puisque quelque chose qui n’a pas été essayé, nul ne peut ni l’approuver ni le désapprouver. » Rien non plus sur le Portugal entré un an après l’Espagne dans l’Union Européenne… Et  sait-on que chaque été plus d’un million de Portugais traversent au moins deux pays européens, voire plus, pour aller dans leur pays…

En un peu plus d’une heure, Ivo van Hove nous convie à une promenade certes agréable même avec ces foutus micros HF  mais où il manque un vrai fil rouge et on ne voit pas très bien où  il  veut nous emmener. On ressort donc de là un peu frustré de cette soirée, alors que les panneaux des élections européennes sont déjà en place partout dans Paris. L’Europe et surtout l’avenir de l’Europe méritait mieux que cela…

 Philippe du Vignal

Remerciements à Barbara Pueyo

Le spectacle a été présenté le 4 mai aux Ateliers Berthier-Odéon Théâtre de l’Europe dans le cadre des Chantiers d’Europe du Théâtre de la Ville.


Archive pour 11 mai, 2019

Re:creating Europe, mise en scène d’Ivo van Hove

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Re:creating Europe, mise en scène d’Ivo van Hove

 Créé en 2016 à l’occasion du Forum sur la Culture  Européenne,  ce court spectacle a été depuis présenté, avec le soutien du Dutch Performing Arts, dans toute l’Europe. Avec Mairieke Heebink, Chris Nietvelt, Hans Kesting, Maria Kraakman, Majd Mardo et Ramsey Nasr de l’Internationaal Theater Amsterdam (ex-Toneelgroep) mais aussi Charles Berling, Valéria Bruni Tedeschi et Lars Eidinger, le grand Richard III de Thomas Ostermeier.

Quand la Grande-Bretagne très divisée va sans doute quitter l’Union européenne, Ivo van Hove nous convie à réfléchir à un moment-clé de notre histoire commune histoire  su fond d’extrême droite, sur la notion d’Europe à travers les discours et textes qui ont formé son histoire. Une piqûre de rappel qui n’est jamais un luxe, surtout par les temps qui courent…
Qu’est en fait ce concept d’union européenne ? Pour les uns, forte et naturelle depuis des siècles avec ses  courants artistiques, ses découvertes scientifiques, ses nombreux écrivain (e)s mais aussi… avec des guerres fréquentes entre pays voisins. Une union assez artificielle sur le plan politique selon d’autres, construite et reconstruite depuis soixante-dix ans. Mais toujours en paix malgré les inévitables conflits économiques. Ici paroles d’artistes, penseurs et dirigeants  politiques se succèdent en vrac soit avec des images d’archives soit par la voix des comédiens mais pas toujours  avec une vraie cohérence.

Il a d’abord un texte remarquable lu par lui, du romancier et essayiste des Pays-Bas Bas Heijne.: «L’Europe unie s’est avérée être un succès à bien des égards, mais la fraternité promise par Schiller et Beethoven n’a pas été atteinte aussi facilement. Si tant est, qu’elle l’ait jamais été.Peut-être ne devrions-nous pas en être surpris. Liberté, égalité, fraternité – dans cette glorieuse devise de la Révolution française, la fraternité a toujours été un peu à part. Il est si difficile de définir la fraternité. La liberté et l’égalité concernent la relation entre l’individu et la société dont il fait partie. Leur concept a beau être compliqué, elles se laissent tout de même, jusqu’à un certain point, mesurer, réglementer et protéger. Le niveau de liberté et d’égalité admet une expression en termes statistiques. Mais la fraternité ?La fraternité est une affaire de personnes entre elles. Elle peut être encouragée, mais sa source ne peut être qu’intérieure. Elle ne saurait être inspirée d’en haut. Impossible d’imposer la fraternité par décret. »

On entend aussi la parole de Jean Monnet, Winston Churchill (mais pas celle de De Gaulle ?)  Konrad Adenauer, Ronald Reagan, François Mitterrand, Margaret Thatcher, Helmut Schmidt  mais aussi d’Emmanuel Macron, Angela Merkel, Barak Obama, Marine Le Pen, Victor Orban, et des écrivains  comme William Shakespeare, avec un extrait de films tirés d’une de ses pièces, Friedrich Schiller, Susan Sontag, et le grand Victor Hugo qui, le 21 août 1849, prononça à Paris devant le Congrès de la paix qu’il préside, un discours prophétique. Avec ces mots devenus fameux »Etats-Unis d’Europe », empruntée à l’abbé de Saint- Pierre.  Où il n’exclut aucune nation du continent et surtout pas la Russie. « Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, à vous aussi ! Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi impossible entre Paris et Londres, entre Petersbourg et Berlin, entre Vienne et Turin, qu’elle serait impossible et qu’elle paraîtrait absurde aujourd’hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie. Un jour viendra où la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l’Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France. »

Mais ici, on a la nette impression qu’avec ce curieux mille-feuilles de textes, l’Europe évoquée par les écrivains et homme politiques cités dans cette création néerlandaise est celle du Nord plutôt que du Sud. Ainsi de la Grèce, pas un mot. Pourtant, ce petit pays a, depuis dix ans, été durement touché par les directives européennes et l’a payé cher. Alors qu’il a reçu et continue de recevoir nombre de réfugiés africains…  Et même nulle allusion ici au nom même d’Europe qu’Homère dans L’Iliade, donne à une princesse phénicienne que Zeus transformé en taureau blanc arriva à séduire et à enlever pour l’emmener en Crète… Rien non plus concernant l’Italie. Pourtant il y a presque déjà un siècle, Paul Valéry, caractérisait l’Europe par trois héritages : celui de l’Empire romain, celui du christianisme et celui de la rationalité héritée de la Grèce. Rome, disait-il, a légué aux Européens l’idée de «la majesté des institutions et des lois»,

Rien ou presque de l’Espagne, alors qu’elle est entrée dans l’Union européenne en…1985. Ou si peu avec Javier Marías écrivain, traducteur et éditeur. Pourtant l’Europe était déjà l’objet des préoccupations du grand philosophe Miguel de Unanumo au début du XX ème siècle quand il réfléchissait sur l’appartenance de l’Espagne à l’Europe et voyait dans les Pyrénées la frontière entre l’Europe et l’Afrique: «Qu’elles soient, donc, prononcées ici mes dernières paroles, pendant que je réfléchis comment on peut espagnoliser l’Europe, puisque quelque chose qui n’a pas été essayé, nul ne peut ni l’approuver ni le désapprouver. » Rien non plus sur le Portugal entré un an après l’Espagne dans l’Union Européenne… Et  sait-on que chaque été plus d’un million de Portugais traversent au moins deux pays européens, voire plus, pour aller dans leur pays…

En un peu plus d’une heure, Ivo van Hove nous convie à une promenade certes agréable même avec ces foutus micros HF  mais où il manque un vrai fil rouge et on ne voit pas très bien où  il  veut nous emmener. On ressort donc de là un peu frustré de cette soirée, alors que les panneaux des élections européennes sont déjà en place partout dans Paris. L’Europe et surtout l’avenir de l’Europe méritait mieux que cela…

 Philippe du Vignal

Remerciements à Barbara Pueyo

Le spectacle a été présenté le 4 mai aux Ateliers Berthier-Odéon Théâtre de l’Europe dans le cadre des Chantiers d’Europe du Théâtre de la Ville.

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