Biennale Internationale des Arts de la Marionnette du 3 au 29 mai

Biennale Internationale des Arts de la Marionnette du 3 au 29 mai :

 Babylon , de et par Neville Tranter (en anglais surtitré en français).

Quarante spectacles dans vingt-sept lieux d’Île-de-France. On a le plaisir d’y revoir Neville Tranter qui, après Re: Frankenstein (1999), Vampyr (2006), et son étonnant Schicklgruber, alias Adolf Hitler (2009), revient avec un nouvelle création. Une métaphore de la guerre, une histoire d’exil entre Terre et Ciel. Entre Diable et Bon Dieu. Jésus, à l’instigation de Satan, veut se réincarner à Babylone pour « changer le monde », au grand dam de son Père. Un voyage risqué en ces temps agités où les réfugiés s’entassent sous les bombes dans de fragiles esquifs pour gagner des rives plus clémentes.

En prélude, proférés par un diable somptueux à tête de bouc de taille humaine, deux vers de Lewis Caroll, tirés de The Walrus and the Carpenter (Le Morse et le Charpentier), tiré d’un poème récité par Tweedledum et Tweedledee à Alice, sur une plage, un soir que le soleil et la lune brillent en même temps :  «Le temps est venu, dit le morse, de parler de beaucoup de choses. » (Ces mots reviendront à plusieurs reprises). Sur ce, Neville Tranter transporte sa troupe de marionnettes au bord de la Méditerranée, quelque part, en Afrique du Nord.

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Le dernier bateau pour Babylone, la terre promise, va prendre le large. Le passeur est inflexible : pas d’animaux à bord. Des retardataires se pressent : des réfugiés, surtout, mais aussi Dieu à la recherche de son fils égaré, tandis que le Diable rôde. Un vieux et son chien, une femme pas très nette, un petit Africain fuyant la guerre et avec lequel le marionnettiste entretient une relation plus protectrice qu’avec les autres protagonistes. Dieu, aux traits simiesque et Uriel, angelot à tête de guenon, déplorent l’état du monde et l’escapade maritime du Fils qui s’est pris d’affection pour l’agneau Binky: pas question d’embarquer sans son ami. Dieu cette fois sauvera-t-il son fils à temps?

Cette fable gentiment anticléricale se construit par séquences au gré des apparitions et disparitions des marionnettes derrière un rideau central comme  des coulisses.  Elles dialoguent entre elles mais parfois le manipulateur s’entremet et joue son propre rôle, ici déguisé en un ecclésiastique mâtiné de militaire. « J’ai mis du temps à avoir le courage de m’affirmer en tant qu’acteur au côté de mes marionnettes, dit Neville Tranter. Elles étaient trop fortes. « (…) «Maintenant, je ne peux concevoir ma présence comme acteur et manipulateur sur un plateau que dans une situation de conflit : la marionnette et l’acteur sont en confrontation dominant/ dominé, fort/faible. Je construis d’abord tous les personnages de mes marionnettes et quand les archétypes sont suffisamment clairs, je trouve la place de mon personnage à moi ». Démiurge, le manipulateur se trouve parfois manipulé par ses propres créatures, dont certaines se rebiffent, comme le jeune Africain qui l’empêche de brandir une Bible, cause du massacre de sa famille…

A partir d’une trame narrative simple et solide, l’artiste australien, installé depuis 1978 aux Pays-Bas avec sa compagnie Stuffed Puppet Theatre, joue en solo et fabrique lui-même ses marionnettes, la plupart à gaine, ce qui lui permet de nuancer les expressions des visages de latex. Ici, seul le Démon a une taille humaine (serait-ce lui qui mène la danse ?) Il lui a fallu deux ans pour bâtir ce spectacle car il est en tournée avec ses précédentes créations dans le monde entier.

 Babylon, délicieusement iconoclaste, dénonce toutes les bondieuseries et l’inefficience d’un Dieu gâteux et de son rejeton du genre Ravi de la crèche… Neville Tranter passe habilement d’un personnage à l’autre, en changeant de voix  et entretient un rapport très physique avec eux . Sa poésie impitoyable et drôle, teintée de tendresse pour ses petites créatures, nous tient en haleine. Jubilatoire et exceptionnel, ce spectacle d’une heure dix augure une bonne cuvée pour cette X ème Biennale.

Mireille Davidovici

 Jusqu’au 14 mai, Le Mouffetard-Théâtre des arts de la marionnette, 73 rue Mouffetard, Paris (V ème). T. : 01 84 79 44 44.

 Le 23 mai, Friedrichshafen (Allemagne) ; du 26  au 30 mai, Kabinetttheater, Vienne (Autriche).
Le 14 juin, Münchner Stadtmuseum, Munich (Allemagne).
 En juillet et août : à Sapporo, Iida, Nagoya, Toramaru, Tokyo (Japon).
Le 26 septembre, Bottrop (Allemagne).
En novembre, festival de Marionnettes de Neuchatel (Suisse ) ;  les 8 et 9 novembre, à Silkeborg (Danemark )

 

 


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