The Dream (Le Rêve) de Franco Dragone

The Dream (Le Rêve) de Franco Dragone

Un spectacle grandiose dans la mouvance  du Cirque du Soleil. Son concepteur a  d’ailleurs été le créateur et directeur avec Guy Laliberté de dix réalisations de la célèbre troupe…En 2002, le milliardaire Steve Wynn lui demande de concevoir un projet unique pour un nouveau complexe à Las Vegas. Des auditions sont alors organisées secrètement dans une piscine de  cette ville mythique et les premières représentations ont lieu en 2005 mais l’accueil n’est pas bon. Franco Dragone modifie alors ce spectacle sans paroles, sans intrigue et chargé de symboles, en le rendant plus solennel et plus sombre, avec une  interprétation plus ludique. Il remplace aussi le protagoniste masculin par une femme.

Le Rêve - femme divan Le Rêve (nom prévu à l’origine pour le bâtiment) est une sorte de transposition d’un tableau de Picasso (1932) que possédait Steve Wynn à l’époque. Franco Dragone s’est inspiré de son travail effectué sur O au Bellagio pour aller encore plus loin dans la fusion de la technique et de l’artistique, à un niveau encore jamais atteint. Steve Wynn lui laisse carte blanche  avec un faramineux budget d’environ 35 millions de dollars, pour donner libre court à ses fantasmes les plus fous. Le contrat fut signé pour dix ans, et le spectacle est toujours à l’affiche du Wynn… Steve Wyn changea de directeur artistique en 2006 et en racheta les droits exclusifs pour seize millions de dollars.

 L’histoire nous plonge dans la psyché et les désirs amoureux d’une femme entre passion et sexe, entre esprit et corps, attirée par deux hommes de caractère opposé. Un scénario qui prend place dans un monde parallèle et fantasmagorique. Pour l’aider à choisir entre ses deux prétendants, cette jeune femme se lance dans un voyage mystique, sensible et charnel, presque métaphysique, guidée par un magicien, maître des éléments qui fait apparaître les tableaux comme un livre d’images pour adultes.

 Ce théâtre en rond unique au monde qui a coûté soixante-quinze millions de dollars,  a été spécialement conçu  pour l’hôtel-casino et peut accueillir 1.600 personnes. Les fauteuils en gradin encerclent à 360° un grand bassin  de 4. 000 m3, profond de neuf mètres ! Avec plusieurs plateformes hydrauliques  pouvant être élevées ou abaissées pour des effets de mise en scène. Un système sophistiqué d’escamotage mis en place et piloté à distance, en parfaite synchronisation avec les artistes. L’eau peut ainsi disparaître et laisser place à une scène  et inversement. Aucun siège n’est à plus de douze mètres, ce qui permet d’être dans une position immersive… ( les premiers rangs se font parfois arroser !)

Le Rêve - Acrobates aériensLes équipements sont de tout premier ordre : éclairages automatisés de 2. 040 kilowatts, système sonore surround en 5.1  avec 180 haut-parleurs … et toit rétractable à trente mètres qui permet aux artistes de voler dans les airs ou de se jeter d’une grande dans l’eau du bassin… Avec quatre-vingt dix artistes exceptionnels de dix-sept nationalités : gymnastes, nageurs, circassiens ou cascadeurs, dont certains ont même participé à des compétitions nationales, mondiales et olympiques. C’est obligatoire ici : tous ont leur diplôme de plongée et changent au moins trois à quatre fois de costume au cours de la représentation. Dix-huit plongeurs avec bouteilles assurent leur sécurité et les assistent pour respirer sous l’eau et les guider avec des lumières dans les tunnels qui conduisent aux différents endroits de la scène. Des musiciens et chanteurs jouent à chaque représentation et des équipes techniques (85 personnes !) pilotent cette entreprise titanesque  Et il y a un renouvellement permanent des techniciens et artistes avec chaque année, des auditions, ce qui donne lieu à une compétition féroce quand on veut garder sa place. Il y a donc un niveau d’excellence garanti avec, sans cesse, de nouveaux costumes, de nouvelles chorégraphies, des musiques et des éclairages additionnels, etc.

 Le spectacle est composé de dix-sept tableaux qui s’enchaînent avec une précision d’horloger. Avec des premières images saisissantes : le Maître des éléments sort du grand bassin en marchant sur l’eau, comme par magie tel un Moïse des temps modernes et invite la jeune femme à choisir entre deux prétendants (un gentil et un méchant éjecté de l’eau pour atterrir sur une passerelle !). Elle s’endort ensuite  sur un divan qui s’enfonce dans un fracas de bouillonnements et d’éclairs. Le voyage onirique commence et alternera visions du Paradis et de l’Enfer, du Bien et du Mal.

 Les grandes toiles tendues du plafond s’escamotent comme aspirées et laissent place à un impressionnant dôme où descend, grâce à des filins, un groupe de jeunes femmes sur des grands bastaings de bois. Deux énormes cornes d’abondance retentissent et allument des feux sur l’eau, ce qui provoque l’ouverture du toit d’où se déversent des trombes jusqu’au bassin. Des femmes-oiseaux descendent des cintres et un arbre immense apparaît au milieu de l’eau avec, dessus,  la femme accompagnée d’acrobates. Un magnifique tableau complété par les nages synchronisées des acrobates encerclant l’arbre qui tourne sur lui-même, pendant qu’elles réalisent des figures, en passant de branche en branche et en se jetant à l’eau.

 Le Rêve - l'arbreLe deuxième prétendant arrive dans les airs et embarque la femme, tandis que l’arbre sombre doucement dans les eaux avec ses « figures organiques » se confondent aux branches. Les  prétendants ont des doubles qui interviennent lors de saynètes comico-magiques entre les tableaux. Le reste du spectacle, sur le même modèle, nous réserve de nombreux moments inoubliables : un tango endiablé et magnifié par des danseurs exceptionnels autour d’une scénographie mêlant le feu et l’eau. Des porteurs-trapézistes sur sangles aériennes jettent leurs partenaires dans l’eau, en réalisant des figures. Des sphères remplies d’eau descendent des cintres en déversant des filets dans le bassin pendant que les plates-formes s’élèvent de la piscine en tournant, pour créer des jeux d’eau romantiques. On frissonne devant les hallucinants lâchers de plongeurs tout en haut du toit. Une danse contrainte avec le méchant prétendant encadrée par six écrans géants  avec des images animées organiques… Un numéro de mât chinois est détourné avec un tronc d’arbre suspendu dans le vide. Une sphère lumineuse suspendue, comparable à un gros lustre humain, sert de support à des voltigeurs avec  des numéros de main à main. Une production de jets d’eau multicolores de plus en plus puissants, à une multitude d’endroits pour une apothéose.

Et arrive un happy end  avec le beau et gentil prétendant qui embarque sa promise sur un trapèze volant, après lui avoir offert une rose. Pour fêter ce dénouement, tous les artistes saluent le public sur des praticables qui se transforment en une immense pièce montée fluorescente d’un mauvais goût étonnant : seule faute esthétique du spectacle… Heureusement rattrapée avec l’éclosion de fleurs géantes sorties du plafond! Une dernière  et superbe image pour clôturer ce feu d’artifice de performances…

Bien entendu, l’illusion est  constamment présente grâce à la scénographie et la production de jets d’eau par le Maître des éléments. Et cela rappelle le tour dit des Fontaines d’eau popularisée par le magicien japonais Ten Ichi. Il y a également quelques tours conçus par l’illusionniste Shimshi  et réalisés par un artiste-clown. Avec entre autres, une tige enflammée qui se transforme en fleur, l’apparition d’une colombe à partir d’un foulard, une colombe en plastique transformée en vraie et l’apparition de la femme sur un divan grâce à un voile.

Le Rêve est le plus grand spectacle actuel de Las Vegas* et dépasse en modernité, techniques, performances et poésie, les créations du Cirque du Soleil qui commencent à s’épuiser artistiquement. Depuis une dizaine d’années,  la  grande maison québécoise a tendance à réchauffer ses vieilles recettes…Tout est hors normes à commencer par le Wynn, l’hôtel  le complexe le plus luxueux de Las Vegas qui reçoit Le Rêve. Ensuite, le théâtre, on l’a dit, a été spécialement conçu en même temps que le bâtiment. Mais cette belle boîte aux démonstrations virtuoses de machineries ne doit pas faire oublier une partie artistique de niveau exceptionnel: scénario, mise en scène, chorégraphie, conception sonore, création-lumières, acrobaties, numéros d’illusion…. Le spectacle est inspiré par des scènes bibliques de tableaux comme le Jardin d’Eden ou le Jugement dernier, avec ses fontaines et créatures fantastiques. Des compositions volontairement maniéristes qui parlent au plus grand nombre… Comme le dit Brian Burke, directeur artistique du Rêve : «J’aime à  penser que le spectacle est une œuvre d’art vivante. Vous pouvez venir dans notre salle de spectacle, voir, comme une peinture dans un musée, quelque chose que vous n’avez jamais vu auparavant, pour que nous puissions tous rêver ensemble. »

Les créations aquatiques nous font penser aux fééries de Versailles et à ses  Grandes Eaux, avec musiques et feux d’artifices. Absolument grandiose, cette création dessinée au millimètre près, épouse les sentiments intérieurs des personnages. Chaque jet, chaque fontaine, chaque effet pyrotechnique est une expression magnifiée par les jeux de lumière et la musique qui font corps avec les artistes. Et les chorégraphies de nage synchronisée font écho aux fameux ballets cinématographiques de Busby Berkeley, avec leur  grande précision et leur construction optico-géométrique.

L’eau et les rêves ont un point en commun : ils changent constamment de forme et de fond et sont difficiles à à interpréter. La composition même du spectacle est en perpétuel mouvement, avec des tableaux volontairement énigmatiques et sans message précis et qui permettent au public d’entreprendre leur propre voyage intérieur.

La technique au service de l’artistique : les artistes circassiens-danseurs-nageurs sont au diapason avec la narration et leur personnage, et cela conduit au sublime. Tout, absolument tout, concourt ici à produire une alchimie unique et à transporter les spectateurs hors du temps, hors des frontières physiques du monde, pour qu’ils s’abandonnent à la fantasmagorie d’un espace où les éléments se mélangent comme par magie. L’eau, l’air, la terre et le feu jouant constamment avec les protagonistes…

 Sébastien Bazou

 Spectacle vu à Las Vegas, (Texas, Etats-Unis) en  avril.

 * Franco Dragone a exporté son concept à Macao en 2010 et fait construire, pour un coût total de 250 millions de dollars! une salle de 2 .000 places, avec une visibilité à 270° (comme une piste de cirque) dans le casino City of Dreams pour abriter avec une piscine de 14. 000 m3 et de 25 m. de diamètre,  huit étages de machinerie sur 45 m de haut: The House of dancing Water, le spectacle le plus cher et le plus vu au monde qui se joue à guichets fermés toute l’année….

 

 

 

 

 


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