Louise, elle est folle de Leslie Kaplan, adaptation, mise en scène de Frédérique Loliée et Elise Vigier

Louise, elle est folle de Leslie Kaplan, adaptation, mise en scène de Frédérique Loliée et Elise Vigier

©Christian Berthelot

©Christian Berthelot

A travers l’acte d’écrire, la romancière transforme l’angoisse existentielle en interrogations et mises en question, « tout penser, essayer ». Mais les êtres restent insaisissables, des figures d’apparence visuelle et auditive, comparables à des fresques derrière lesquelles  on ne pourrait passer…L’écriture revient à éluder le piège d’un seul point de vue, en privilégiant la figure du kaléidoscope – instrument d’optique réfléchissant à l’infini et en couleurs la lumière extérieure, de tout côté et en même temps.

 Cette adaptation et cette mise en scène répondent à l’art polyphonique de la conversation. Avec l’histoire de deux filles qui traversent la ville en courant dans un dialogue qui n’en est pas un, avec leurs monologues qui se font écho. Tendues et sur le qui-vive dans la ville indifférente, elles se rapprochent et s’éloignent dans un mouvement de pendule. Ces solitaires maugréent, l’une accusant l’autre de lui voler ses mots, laquelle lui rétorque qu’ « ils » sont bien à tout le monde. Jeux sur le langage, facétie des arguties, malice des expressions, l’échange de paroles entre ces protagonistes relève de la geste beckettienne, en plus enjouée, avec un regard philosophique sur le tragique de l’existence et bercé d’humour. Cette parole loufoque, désordonnée, querelleuse, se fraye un chemin dans le fouillis de considérations aléatoires. Avec un ressassement  sans fin, elles se fixent obsessionnellement sur des assertions  du genre : « Louise, elle est folle …».

 Le décor d’Yves Bernard, la lumière de Maryse Gautier et la vidéo de Romain Tanguy dessinent de manière panoramique l’existence dans la ville : une façade d’habitations, des portes coulissantes qui s’ouvrent et se ferment. Sur l’écran de cette immense paroi passent des photos d’immeubles de grande hauteur aux mille fenêtres éclairées Jeux d’ombres et démultiplication des silhouettes, rappel de la foule urbaine. Les « parlantes » marchent dans la précipitation, ou font une pause dans la clôture de leur appartement, les mots bondissant avec un écho sonore. Les « causeuses » s’emploient à éprouver et à vivre le monde autrement, selon une pensée qui procède par associations, glissements et déplacements verbaux.

Venant des coursives à cour et à jardin, les comédiennes montent sur la structure d’un immeuble, leur ombre apparaissant dans une ouverture, puis disparaissant, avant qu’elles ne surgissent en personnages incarnés. L’une va se réfugier sous un lavabo, puis les deux se lavent réciproquement les cheveux, en s’invectivant. Frédérique Loliée et Elise Vigier forment un duo féminin pétillant, se bousculant, s’interpellant, attendant une réponse toujours éludée mais proche. Une pensée politique en alerte et une volonté farouche de comprendre. Le public réjoui est interpellé avec plaisir par cette parlerie amusée, vivante et qui cogne, au besoin.

 Véronique Hotte

 Spectacle joué à la Maison des Arts de Créteil, place Salvador Allende Créteil, ( Val-de-Marne) du 16 au 18 mai.
Suivi de Kafka dans les villes , composition musicale de Philippe Hersant, mise en scène de Frédérique Loliée et Elise Vigier, mise en cirque de Gaëtan Levêque, avec l’Ensemble Sequenza 9.3.

Les textes sont publiés chez P.O.L.


Archive pour 19 mai, 2019

Louise, elle est folle de Leslie Kaplan, adaptation, mise en scène de Frédérique Loliée et Elise Vigier

Louise, elle est folle de Leslie Kaplan, adaptation, mise en scène de Frédérique Loliée et Elise Vigier

©Christian Berthelot

©Christian Berthelot

A travers l’acte d’écrire, la romancière transforme l’angoisse existentielle en interrogations et mises en question, « tout penser, essayer ». Mais les êtres restent insaisissables, des figures d’apparence visuelle et auditive, comparables à des fresques derrière lesquelles  on ne pourrait passer…L’écriture revient à éluder le piège d’un seul point de vue, en privilégiant la figure du kaléidoscope – instrument d’optique réfléchissant à l’infini et en couleurs la lumière extérieure, de tout côté et en même temps.

 Cette adaptation et cette mise en scène répondent à l’art polyphonique de la conversation. Avec l’histoire de deux filles qui traversent la ville en courant dans un dialogue qui n’en est pas un, avec leurs monologues qui se font écho. Tendues et sur le qui-vive dans la ville indifférente, elles se rapprochent et s’éloignent dans un mouvement de pendule. Ces solitaires maugréent, l’une accusant l’autre de lui voler ses mots, laquelle lui rétorque qu’ « ils » sont bien à tout le monde. Jeux sur le langage, facétie des arguties, malice des expressions, l’échange de paroles entre ces protagonistes relève de la geste beckettienne, en plus enjouée, avec un regard philosophique sur le tragique de l’existence et bercé d’humour. Cette parole loufoque, désordonnée, querelleuse, se fraye un chemin dans le fouillis de considérations aléatoires. Avec un ressassement  sans fin, elles se fixent obsessionnellement sur des assertions  du genre : « Louise, elle est folle …».

 Le décor d’Yves Bernard, la lumière de Maryse Gautier et la vidéo de Romain Tanguy dessinent de manière panoramique l’existence dans la ville : une façade d’habitations, des portes coulissantes qui s’ouvrent et se ferment. Sur l’écran de cette immense paroi passent des photos d’immeubles de grande hauteur aux mille fenêtres éclairées Jeux d’ombres et démultiplication des silhouettes, rappel de la foule urbaine. Les « parlantes » marchent dans la précipitation, ou font une pause dans la clôture de leur appartement, les mots bondissant avec un écho sonore. Les « causeuses » s’emploient à éprouver et à vivre le monde autrement, selon une pensée qui procède par associations, glissements et déplacements verbaux.

Venant des coursives à cour et à jardin, les comédiennes montent sur la structure d’un immeuble, leur ombre apparaissant dans une ouverture, puis disparaissant, avant qu’elles ne surgissent en personnages incarnés. L’une va se réfugier sous un lavabo, puis les deux se lavent réciproquement les cheveux, en s’invectivant. Frédérique Loliée et Elise Vigier forment un duo féminin pétillant, se bousculant, s’interpellant, attendant une réponse toujours éludée mais proche. Une pensée politique en alerte et une volonté farouche de comprendre. Le public réjoui est interpellé avec plaisir par cette parlerie amusée, vivante et qui cogne, au besoin.

 Véronique Hotte

 Spectacle joué à la Maison des Arts de Créteil, place Salvador Allende Créteil, ( Val-de-Marne) du 16 au 18 mai.
Suivi de Kafka dans les villes , composition musicale de Philippe Hersant, mise en scène de Frédérique Loliée et Elise Vigier, mise en cirque de Gaëtan Levêque, avec l’Ensemble Sequenza 9.3.

Les textes sont publiés chez P.O.L.

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