La Place royale de Pierre Corneille, mise en scène de Claudia Stavisky

La Place Royale ou l’Amoureux extravagant de Pierre Corneille, mise en scène de Claudia Stavisky

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photo Simon Gosselin

 La directrice du théâtre des Célestins se tourne rarement vers les classiques français et leur préférant le répertoire contemporain. Nous avions apprécié son Tableau d’une exécution de Howard Barker (voir Le Théâtre du Blog). Avec  cette pièce elle voit l’occasion de parler de la jeunesse d’aujourd’hui:  «Dans La Place Royale, Corneille se concentre sur le moment exact du tout premier émoi sexuel. (…) C’est une thématique qui m’apparaît tellement importante, presque anthropologique et totalement universelle. »

Dans l’une des ses premières œuvres, Pierre Corneille (1606-1684) s’affranchit des comédies conventionnelles et des pièces dites pastorales, en orchestrant un chassé-croisé amoureux hardi pour l’époque, entre cinq jeunes libertins de la bonne société, qui préfigure les intrigues de Marivaux. La pièce rend compte d’une révolution sociétale : les jeunes  filles ont, pour la première fois, le droit de sortir seules de chez elles, sans adulte pour les accompagner. Bonjour les dégâts! Dans la scène d’ouverture, on s’étonne du ton mutin d’Angélique et Phylis, à propos de leurs flirts. Hormis les alexandrins, on croirait entendre des collégiennes actuelles parler des garçons. Malgré d’incessants renversements et la complexité de l’action, cela avance vite (pour alléger le rythme, la metteuse en scène a supprimé les rôles des serviteurs).  Alidor aime Angélique et réciproquement mais, liberté chérie! répugne au mariage et rompt avec elle pour la « donner » à son ami Cléandre. Entre temps, la jeune fille, de dépit, s’est promise à Doraste, le frère de son amie Phylis. Alidor parvient à séduire de nouveau Angélique et imagine un stratagème pour la faire enlever par Cléandre à la faveur de la nuit. Mais il enlève par erreur Phylis. Quand Angélique découvre la trahison d’Alidor, elle décide d’entrer au couvent. Phylis, elle, qui se disait volage, à l’instar d’Alidor, épousera Cléandre à la suite de ce rapt.

Lili Kendaka situe l’action dans un dedans-dehors, un rien romantique, dans une sorte de no man’s land en lisière de forêt. Comme si la Nature avait eu raison des somptueuses bâtisses, des toiles d’araignée pendent dans les coins sombres de ces ruines. Des meubles hétéroclites gisent, épars, au sol et serviront d’éléments de jeu pour localiser les scènes (certaines chez Phylis ou sa voisine Angélique, d’autres sur la Place royale, aujourd’hui Place des Vosges). Subsiste de la splendeur passée, un escalier monumental qui s’élance vers nulle part. Dans cet entre-deux s’ébattent et s’affrontent nos jeunes gens aux amours versatiles. Alidor, le bien nommé «amoureux extravagant» mène la danse, et les destinées de chacun sont suspendues à ses tergiversations incessantes. Atermoiements qui annoncent le fameux « choix cornélien », ici entre amour ou liberté. Sujet futile, peut-être mais très sérieux quand on a seize ou dix-huit ans. Fin tragique pour Angélique qui se retire du monde. Les deux jeunes filles ne sont plus les gamines insouciantes du premier acte. La violence des garçons qui disposent d’elles comme d’objets, de tromperies en rapt (et viol? l’auteur laisse planer le doute), a eu raison de leurs rêveries amoureuses.

Claudia Stavisky a misé sur une distribution très jeune et sur la capacité des comédiens à bouger, sauter, danser. La direction d’acteurs  fondée sur cette légèreté, s’appuie sur une chorégraphie de  Joëlle Bouvier, pour exprimer corporellement les émotions à fleur de peau des personnages, leur impulsivité comme leur fragilité. Cette mise en mouvement s’accompagne d’un traitement énergique de l’alexandrin, dont s’approprient, avec plus ou moins de bonheur, les interprètes.  Pour leur donner un accent contemporain, ils surlignent certains mots, bousculant la métrique. Parfois, les vers sonnent juste et donnent du muscle à des tirades un peu longuettes. Parfois aussi l’emphase et la distorsion ne sont pas loin. L’anachronisme: costumes d’époque ou contemporains correspond à la volonté de la metteuse en scène d’actualiser la pièce, dans le respect de ce classique aux rôles difficiles à incarner et, de ce fait, rarement monté. Roxane Roux joue Angélique avec la  sincérité qui sied à son rôle, et Camille Bernon campe une Phylis un peu évanescente. Alidor (Loïc Mobihan) est plus pusillanime que cruel.

Mais le traitement des personnages manque de profondeur dans ce survol hâtif. Pour autant, le jeu nerveux de la troupe, homogène et impliquée, donne une lisibilité et une vigueur à la pièce et devrait la rendre accessible à de jeunes spectateurs.

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 29 mai, Théâtre des Célestins, 4 rue Charles Dullin Lyon (II ème). T. : 04 72 77 40 00.

 Les 8 et 9 octobre, Grand Théâtre de Calais (Pas-de-Calais). Théâtre du peuple, Bussang (Vosges),  les 11 et 12 octobre.

 

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