Cabaret horrifique, mise en scène de Valérie Lesort

Cabaret horrifique, mise en scène de Valérie Lesort

porte8-brion00801«A la nuit tombée, si vous l’osez, pénétrez dans la sombre et étroite rue Marivaux, dit Valérie Lesort, avancez prudemment jusqu’à la porte n° 8, poussez-la -affreux bruit de porte qui grince- et rejoignez-nous à bord d’un incroyable train fantôme musical. » Cela se passe en effet, non sur la scène de l’Opéra-Comique mais dans le hall aux colonnes de marbre auquel on accède plus normalement par le grand escalier de la place Boieldieu. Vingt petites tables rondes nappées de rouge bien sûr, pour quatre personnes avec flûtes et bouteille de Champagne. Avec aussi fausses bougies et fausses toiles d’araignée Halloween comme il y avait encore quelques années de cela dans les vitrines des coiffeurs et restaurants minables
Côté scène, au même niveau que le public, un piano à queue noir, un synthé, deux micros et une petite table où sont disposées un crâne, une pastèque, un céleri en branche… Le tout baignant dans un épais brouillard. Ce Cabaret horrifique, avec la soprano Judith Fa, le baryton Lionel Peintre, aux têtes affreuses grises et noires, sont accompagnés au piano par Martin Surat… La metteuse en scène en longue robe noire décolletée est tout aussi sinistre avec une cicatrice au cou,  des cheveux noirs d’une saleté repoussante coiffée d’une main  coupée  fait office de maîtresse de cérémonie et réalise de temps à autre quelques bruitages très réussis. Avec bien sûr, un humour solide mais parfois proche du Grand-Guignol d’autrefois. Le sang coule souvent, il y a des têtes coupées près du piano, des morceaux de jambes et de bras dans une grande panière gentiment offerts au public. Le pauvre pianiste gentiment trucidé se verra arracher son petit cœur bien rouge, brandi par les chanteurs comme un trophée.

Ils ont la tête de l’emploi, celles de personnages de films de la plus sombre horreur. Et une heure et quelque, ils nous emmènent dans un répertoire de chansons et airs d’opéra connus, ou moins connus, à la fois classiques et modernes mais aussi et de variétés : Furie terribile de Haendel, l’air du froid dans Le Roi Arthur d’Henry Purcell, l’air de la folie dans Platée de  Jean-Philippe Rameau, Armide et Hidraot dans l’Armide de Jean-Baptiste Lully, La Danse macabre de Camille Saint-Saens, Alabama Song et Le Grand Lustucru de Kurt Weill, mais aussi Nosferatu de Marie-Paule Belle ou Le Tango des joyeux bouchers de Boris Vian…

Dénominateur commun : crimes bien saignants, fantômes, sorcières et, à la fin dans une brouillard et une lumière rouge des plus vulgaires, on fait entrer un grand cercueil d’où sort un sosie approximatif et très ridicule de Michael Jackson avec son fameux gilet rouge à bandes noires, comme il y en a en vente deux cent mètres plus loin, sur le boulevard.  Comme le disait le regretté Jacques Higelin cité en tête du programme : «Laissez flotter vos idées noires Près de la mare aux oubliettes Tenue du suaire obligatoire »

Impossible de croire un instant à cet univers au second, voire au troisième degré mais c’est fait pour et on rit beaucoup aux facéties de ces quatre fous vivants ou morts on ne sait plus trop; tout le spectacle est plein de trouvailles des plus efficaces comme ces quelques flocons tirés d’une poche pour représenter la neige simplement éclairée par le faisceau d’une lampe de poche, ou le grattage à dix centimètres du micro d’un petit balai de paille (de sorcière bien sûr !) pour figurer le feu qui craque dans L’Enfant et les sortilèges de Maurice Ravel. Le bruitage en direct est un vieux truc qui marche à tous les coups mais ici cela marche dix fois mieux. Tout est plus que faux et sonne le toc et donc plus que vrai, ce qui ne gâte rien. Paradoxe du théâtre. Comme disait le grand dramaturge japonais Chikamatsu Monzeamon (XVII ème siècle) : « L’art se situe entre une vérité qui  n’est pas une vérité et un mensonge qui n’est pas un mensonge.” Ici, grâce à une mise en scène à la fois intelligente et rigoureuse et à des interprètes qui ne se prennent jamais au sérieux mais qui prennent leur travail plus qu’au sérieux et chantent magnifiquement. Bref, une belle réussite, hier soir gâchée à la fin quand on a appris l’attentat lyonnais… Là, le vrai sang avait encore une fois coulé.

Le spectacle sera  repris à l’Opéra Comique et en tournée mais attention… il n’y a dans la configuration actuelle que quatre-vingts places !  La matière  existe bien, les interprètes aussi mais ce genre de café-concert manque à Paris. Comme l’aurait presque dit le marquis de Sade: «Théâtres nationaux français, encore un effort. »

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 24 mai, à l’Opéra-Comique, 1 Place Boieldieu, Paris (II ème) 

 


Archive pour 25 mai, 2019

Cabaret horrifique, mise en scène de Valérie Lesort

Cabaret horrifique, mise en scène de Valérie Lesort

porte8-brion00801«A la nuit tombée, si vous l’osez, pénétrez dans la sombre et étroite rue Marivaux, dit Valérie Lesort, avancez prudemment jusqu’à la porte n° 8, poussez-la -affreux bruit de porte qui grince- et rejoignez-nous à bord d’un incroyable train fantôme musical. » Cela se passe en effet, non sur la scène de l’Opéra-Comique mais dans le hall aux colonnes de marbre auquel on accède plus normalement par le grand escalier de la place Boieldieu. Vingt petites tables rondes nappées de rouge bien sûr, pour quatre personnes avec flûtes et bouteille de Champagne. Avec aussi fausses bougies et fausses toiles d’araignée Halloween comme il y avait encore quelques années de cela dans les vitrines des coiffeurs et restaurants minables
Côté scène, au même niveau que le public, un piano à queue noir, un synthé, deux micros et une petite table où sont disposées un crâne, une pastèque, un céleri en branche… Le tout baignant dans un épais brouillard. Ce Cabaret horrifique, avec la soprano Judith Fa, le baryton Lionel Peintre, aux têtes affreuses grises et noires, sont accompagnés au piano par Martin Surat… La metteuse en scène en longue robe noire décolletée est tout aussi sinistre avec une cicatrice au cou,  des cheveux noirs d’une saleté repoussante coiffée d’une main  coupée  fait office de maîtresse de cérémonie et réalise de temps à autre quelques bruitages très réussis. Avec bien sûr, un humour solide mais parfois proche du Grand-Guignol d’autrefois. Le sang coule souvent, il y a des têtes coupées près du piano, des morceaux de jambes et de bras dans une grande panière gentiment offerts au public. Le pauvre pianiste gentiment trucidé se verra arracher son petit cœur bien rouge, brandi par les chanteurs comme un trophée.

Ils ont la tête de l’emploi, celles de personnages de films de la plus sombre horreur. Et une heure et quelque, ils nous emmènent dans un répertoire de chansons et airs d’opéra connus, ou moins connus, à la fois classiques et modernes mais aussi et de variétés : Furie terribile de Haendel, l’air du froid dans Le Roi Arthur d’Henry Purcell, l’air de la folie dans Platée de  Jean-Philippe Rameau, Armide et Hidraot dans l’Armide de Jean-Baptiste Lully, La Danse macabre de Camille Saint-Saens, Alabama Song et Le Grand Lustucru de Kurt Weill, mais aussi Nosferatu de Marie-Paule Belle ou Le Tango des joyeux bouchers de Boris Vian…

Dénominateur commun : crimes bien saignants, fantômes, sorcières et, à la fin dans une brouillard et une lumière rouge des plus vulgaires, on fait entrer un grand cercueil d’où sort un sosie approximatif et très ridicule de Michael Jackson avec son fameux gilet rouge à bandes noires, comme il y en a en vente deux cent mètres plus loin, sur le boulevard.  Comme le disait le regretté Jacques Higelin cité en tête du programme : «Laissez flotter vos idées noires Près de la mare aux oubliettes Tenue du suaire obligatoire »

Impossible de croire un instant à cet univers au second, voire au troisième degré mais c’est fait pour et on rit beaucoup aux facéties de ces quatre fous vivants ou morts on ne sait plus trop; tout le spectacle est plein de trouvailles des plus efficaces comme ces quelques flocons tirés d’une poche pour représenter la neige simplement éclairée par le faisceau d’une lampe de poche, ou le grattage à dix centimètres du micro d’un petit balai de paille (de sorcière bien sûr !) pour figurer le feu qui craque dans L’Enfant et les sortilèges de Maurice Ravel. Le bruitage en direct est un vieux truc qui marche à tous les coups mais ici cela marche dix fois mieux. Tout est plus que faux et sonne le toc et donc plus que vrai, ce qui ne gâte rien. Paradoxe du théâtre. Comme disait le grand dramaturge japonais Chikamatsu Monzeamon (XVII ème siècle) : « L’art se situe entre une vérité qui  n’est pas une vérité et un mensonge qui n’est pas un mensonge.” Ici, grâce à une mise en scène à la fois intelligente et rigoureuse et à des interprètes qui ne se prennent jamais au sérieux mais qui prennent leur travail plus qu’au sérieux et chantent magnifiquement. Bref, une belle réussite, hier soir gâchée à la fin quand on a appris l’attentat lyonnais… Là, le vrai sang avait encore une fois coulé.

Le spectacle sera  repris à l’Opéra Comique et en tournée mais attention… il n’y a dans la configuration actuelle que quatre-vingts places !  La matière  existe bien, les interprètes aussi mais ce genre de café-concert manque à Paris. Comme l’aurait presque dit le marquis de Sade: «Théâtres nationaux français, encore un effort. »

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 24 mai, à l’Opéra-Comique, 1 Place Boieldieu, Paris (II ème) 

 

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