Héloïse ou la rage du réel, conception et texte de Pauline Laidet et Myriam Boudenia, mise en scène de Pauline Laidet

Théâtre en mai, trentième édition, Théâtre Dijon-Bourgogne/Centre Dramatique National.

 Héloïse ou la rage du réel, conception et texte de Pauline Laidet et Myriam Boudenia,  mise en scène de Pauline Laidet.

Crédit Photo : Vincent Arbelet

Crédit Photo : Vincent Arbelet

1970: enlèvement de Patricia Hearst, petite-fille du magnat de la presse américaine, William Randolph Hearst. Un fait-divers qui inspira Citizen Kane à Orson Welles et  quarante-huit ans plus tard, Pauline Laidet et  Myriam Boudenia… A la stupéfaction générale, les ravisseurs de l’Armée de Libération Symbionnaise, des activistes d’extrême-gauche, conduisent  la victime à se rallier à la cause de ses bourreaux (le fameux syndrome de Stockholm).  Jusqu’au procès où elle plaidera  qu’elle a subi un lavage de cerveau…

Ici, l’auteure et la metteuse en scène transposent l’histoire en France de nos jours, éludant le théâtre documentaire et ralliant la fiction contemporaine. Elles étudient les questionnements de la jeunesse, son engagement politique dans la Cité ou sa volonté de s’en exclure. Que signifierait aujourd’hui la prise en otage de la fille d’un riche industriel? Qu’en seraient les répercussions dans notre monde morcelé où règne l’information en continu ?

Troubles et peurs, cris et chuchotements : l’angoisse de l’otage, avec ici, un enlèvement brutal à la vue du public, par un groupuscule de jeunes illuminés aux masques de loup, est partagée par  un public choqué et comme giflé par cette soumission. Cette violence sociale et intime provoque un effet de sidération que la mise en scène met en lumière avec efficacité et précision.  Exaltation des ravisseurs, pleurs et souffrance de la jeune femme : le cauchemar est vécu, ici et maintenant, le temps même de la représentation. Héloïse ou la rage du réel interroge de manière subtile, les notions de domination, soumission et servitude volontaire mais aussi celles d’héroïsme et de courage, à travers l’absurdité d’un monde où seraient autorisées, comme incontournables, les exactions des puissants contre les faibles.

Comment décide-t-on de passer à l’acte? Peu à peu, près de leur otage, l’image des bourreaux se nuance, même si ces insurgés sont «des animaux égarés dans un monde qui leur est étranger et incompréhensible», telle une «allégorie de l’imprévisible tapi dans l’ombre de notre masque social …»  Un rappel du Loup des steppes (1927) d’Herman Hesse. Et la Steppe, comme se nomme justement ce groupe activiste, ne revendique rien, sinon, face au monde, un nouveau regard, une réflexion raisonnée et sensible. Voici et contre toute attente, Héloïse radicalisée et adoptant le prénom d’Angela, symbole de revendication et de rébellion liées à la figure politique d’Angela Davis.

 Cette conversion de l’héritière modifie les rapports de force tandis qu’à l’extérieur, sévit un emballement populaire médiatique pour l’égérie. La communauté des ravisseurs veut   mettre fin à la puissance socio-politique mais reproduit malgré elle, un système hiérarchique de pouvoir. Avec trois étapes : l’enfermement, la cavale et la plaidoirie. Mais ces autonomes ont des convictions trop fragiles face à l’omnipotence des dominants et les faits sont réinterprétés et récupérés par la force politico-médiatique du néolibéralisme.

Sept beaux comédiens donnent corps à la révolte : Anthony Breurec, Logan de Carvalho, Margaux Desailly, Antoine Descanvelle, Etienne Diallo, Tiphaine Rabaud-Fournier, Hélène Rocheteau, accompagnés par la pianiste et chanteuse Jeanne Garraud. Ils incarnent une volonté d’agir et de s’engager, une rage d’en découdre, jouant ainsi de leur singularité et se glissant dans un mouvement plus collectif. Celui d’une chorégraphie dont l’énergie créative se renouvelle : ils courent sur le plateau, s’accordant des pauses puis actifs et unis, se jetant sans remords dans des batailles physiques et verbales..

 Ce chœur porte en étendard une violence désignée comme arme ultime et présage finalement de la bonne santé de la jeunesse face à l’art du théâtre qui se doit de faire l’éloge de ses vertus, à la fois politiques et poétiques. La vivacité d’Héloïse ou la rage du réel rappelle au spectateur l’état d’un monde à améliorer d’urgence, déstabilisé par les convictions et les valeurs de quelques-uns.

 Véronique Hotte

Théâtre en mai du 23 mai au 2 juin.

Héloïse ou la Rage du réel, a été joué du 25 au 27 mai au Théâtre Dijon-Bourgogne.
Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon, du 13 au 16 novembre.

Théâtre de Vanves, le 17 janvier.

 

 

 


Archive pour 28 mai, 2019

Héloïse ou la rage du réel, conception et texte de Pauline Laidet et Myriam Boudenia, mise en scène de Pauline Laidet

Théâtre en mai, trentième édition, Théâtre Dijon-Bourgogne/Centre Dramatique National.

 Héloïse ou la rage du réel, conception et texte de Pauline Laidet et Myriam Boudenia,  mise en scène de Pauline Laidet.

Crédit Photo : Vincent Arbelet

Crédit Photo : Vincent Arbelet

1970: enlèvement de Patricia Hearst, petite-fille du magnat de la presse américaine, William Randolph Hearst. Un fait-divers qui inspira Citizen Kane à Orson Welles et  quarante-huit ans plus tard, Pauline Laidet et  Myriam Boudenia… A la stupéfaction générale, les ravisseurs de l’Armée de Libération Symbionnaise, des activistes d’extrême-gauche, conduisent  la victime à se rallier à la cause de ses bourreaux (le fameux syndrome de Stockholm).  Jusqu’au procès où elle plaidera  qu’elle a subi un lavage de cerveau…

Ici, l’auteure et la metteuse en scène transposent l’histoire en France de nos jours, éludant le théâtre documentaire et ralliant la fiction contemporaine. Elles étudient les questionnements de la jeunesse, son engagement politique dans la Cité ou sa volonté de s’en exclure. Que signifierait aujourd’hui la prise en otage de la fille d’un riche industriel? Qu’en seraient les répercussions dans notre monde morcelé où règne l’information en continu ?

Troubles et peurs, cris et chuchotements : l’angoisse de l’otage, avec ici, un enlèvement brutal à la vue du public, par un groupuscule de jeunes illuminés aux masques de loup, est partagée par  un public choqué et comme giflé par cette soumission. Cette violence sociale et intime provoque un effet de sidération que la mise en scène met en lumière avec efficacité et précision.  Exaltation des ravisseurs, pleurs et souffrance de la jeune femme : le cauchemar est vécu, ici et maintenant, le temps même de la représentation. Héloïse ou la rage du réel interroge de manière subtile, les notions de domination, soumission et servitude volontaire mais aussi celles d’héroïsme et de courage, à travers l’absurdité d’un monde où seraient autorisées, comme incontournables, les exactions des puissants contre les faibles.

Comment décide-t-on de passer à l’acte? Peu à peu, près de leur otage, l’image des bourreaux se nuance, même si ces insurgés sont «des animaux égarés dans un monde qui leur est étranger et incompréhensible», telle une «allégorie de l’imprévisible tapi dans l’ombre de notre masque social …»  Un rappel du Loup des steppes (1927) d’Herman Hesse. Et la Steppe, comme se nomme justement ce groupe activiste, ne revendique rien, sinon, face au monde, un nouveau regard, une réflexion raisonnée et sensible. Voici et contre toute attente, Héloïse radicalisée et adoptant le prénom d’Angela, symbole de revendication et de rébellion liées à la figure politique d’Angela Davis.

 Cette conversion de l’héritière modifie les rapports de force tandis qu’à l’extérieur, sévit un emballement populaire médiatique pour l’égérie. La communauté des ravisseurs veut   mettre fin à la puissance socio-politique mais reproduit malgré elle, un système hiérarchique de pouvoir. Avec trois étapes : l’enfermement, la cavale et la plaidoirie. Mais ces autonomes ont des convictions trop fragiles face à l’omnipotence des dominants et les faits sont réinterprétés et récupérés par la force politico-médiatique du néolibéralisme.

Sept beaux comédiens donnent corps à la révolte : Anthony Breurec, Logan de Carvalho, Margaux Desailly, Antoine Descanvelle, Etienne Diallo, Tiphaine Rabaud-Fournier, Hélène Rocheteau, accompagnés par la pianiste et chanteuse Jeanne Garraud. Ils incarnent une volonté d’agir et de s’engager, une rage d’en découdre, jouant ainsi de leur singularité et se glissant dans un mouvement plus collectif. Celui d’une chorégraphie dont l’énergie créative se renouvelle : ils courent sur le plateau, s’accordant des pauses puis actifs et unis, se jetant sans remords dans des batailles physiques et verbales..

 Ce chœur porte en étendard une violence désignée comme arme ultime et présage finalement de la bonne santé de la jeunesse face à l’art du théâtre qui se doit de faire l’éloge de ses vertus, à la fois politiques et poétiques. La vivacité d’Héloïse ou la rage du réel rappelle au spectateur l’état d’un monde à améliorer d’urgence, déstabilisé par les convictions et les valeurs de quelques-uns.

 Véronique Hotte

Théâtre en mai du 23 mai au 2 juin.

Héloïse ou la Rage du réel, a été joué du 25 au 27 mai au Théâtre Dijon-Bourgogne.
Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon, du 13 au 16 novembre.

Théâtre de Vanves, le 17 janvier.

 

 

 

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