Las Vegas (suite) Murray The Magician au Tropicana, Laugh Factory

Las Vegas (suite)

Murray The Magician au Tropicana, Laugh Factory

8BA6CA8E-3B1A-4FBE-98B4-72B82B40143BMurray John Sawchuck né en 1973 au Canada, est un magicien, acteur et animateur. Son père travaillait dans les chemins de fer mais est aussi musicien et lui apprendra l’accordéon, le clavier et le saxo à cinq ans. Et il suivra des cours de danse ukrainienne à sept ans. Sa tante et son oncle lui offrent une boîte de magie Siegfried & Roy. Il commence alors à travailler sur l’intégration de la magie avec la musique et la danse dans ses routines et fait son premier spectacle à une fête d’anniversaire à onze ans. Adolescent, il en fait déjà cinq à six par semaine. En parallèle, il est garçon de bus, maître-nageur, réparateur de vélos, etc.. et obtient un diplôme universitaire en communication audiovisuelle et en journalisme. En 1989, il met au point un des premiers numéros impliquant la manipulation de plusieurs C D. Et en 1999,  nommé champion de magie au Pacific Rim Professional Magic Challenge, il remporte ensuite plus de vingt-quatre trophées avec son CD FX act.

Murray rencontre alors son futur mentor Marvyn Roy et sa femme Carol qui lancent sa carrière, à travers l’Europe vers les années 2000. Premier spectacle à Bruxelles, en France (dans l’émission Le Plus Grand Cabaret du Monde en 2003), à Monaco, etc… Entre deux tournées, il vit en Floride et en 2003, fait une de ses premières apparitions dans la série télévisée Reno 911. Il s’installe en 2008 à Las Vegas et fait des tournées en Asie du Sud, puis signe un contrat avec Norwegian Cruise Lines où il fait son numéro de manipulation de C D.

En 2008, Murray apparaît comme coach de magie dans cinq épisodes de la série Celebracadabra sur la chaîne VH1, où des couples de magiciens et de célébrités se disputent le prix et le titre de « Meilleur magicien de célébrités ». Puis il  participe à la cinquième saison de l’émission America’s Got Talent sur NBC et atteint les demi-finales. il fait apparaître une voiture, transforme une femme enfermée dans une cage en un tigre vivant et la fait réapparaître à côté des juges. Il fait aussi disparaître une locomotive à vapeur de 1918 (un hommage à la longue histoire familiale).

Depuis 2010, la série Pawn Stars (Les Rois des enchères), sur History Channel, présente régulièrement Murray  comme historien d’anciens appareils de magie .En 2012, Murray décroche un contrat pour un show permanent au Tropicana à Las Vegas avec, comme partenaires, sa toute nouvelle femme Chloé Crawford (danseuse et chorégraphe) et le manipulateur Douglas Leferovich. Murray passionné d’histoire de la magie, est un collectionneur de reliques du vieux Las Vegas, comme le costume du magicien Jack Kodell, le premier à se produire dans la capitale du Nevada à la fin des années 1940. Et il voue une admiration sans borne aux magiciens Cardini, Harry Houdini et, bien sûr,  à Marvyn Roy.

Apparition

Dans le bar du Laugh Factory sur une petite scène idéale pour le stand-up et la proximité avec le public. Un homme à tout faire, Lefty (Douglas Leferovich) arrive avec un paravent en tissu qu’il place à la verticale et d’où apparait Murray qui enlève sa veste et sort de sa manche une quille de bowling. Il sort ensuite une boule d’une mallette extra plate .Une introduction efficace. Murray montre alors un sac en papier vide et y place une bouteille de ketchup dont il retire alors le bouchon ainsi qu’une vraie tomate du sac. Puis il montre la bouteille vide.

Puis Lefty présente une grosse ampoule allumée. Murray prend une grande feuille de papier, présentée recto-verso, et le roule en cône. Il verse ensuite du lait dans le cornet en papier, sans qu’il ne coule et disparait quand la feuille est déroulée et il se retrouve dans l’ampoule tenue depuis le début par l’assistant, bien en vue du public. Murray rend ici hommage à son mentor Marvyn Roy, « Mr Electric » (tout juste 94 ans! ), qui lui a légué ce numéro mythique.  Avec son épouse Carol, il a parcouru le monde pendant cinquante ans avec un numéro où il allumait des ampoules à mains nues, y compris une ampoule de phare de 10. 000 watts!

Téléphone portable

Après avoir emprunté un portable dans la salle, Murray gonfle un ballon et fait passer le portable à l’intérieur puis il casse le caoutchouc du ballon pour en tirer le téléphone et le redonner au spectateur. Cet effet très visuel est fondé sur Pressure Balloon Penetration de Daniel Garcia et Dan White (2009).

Bague et montre

Empruntées et placées sous un foulard, elles sont confiées à deux spectateurs. Murray annonce qu’il n’utilisera pas ses manches de sa veste… Il présente alors des menottes à clé ayant appartenu à Houdini et se fait enfermer les poignets par un spectateur. Lefty lui donne un fil de fer et Murray réussit à ouvrir les menottes avec ses dents.Les deux foulards tenus par les spectateurs sont retirés et les objets ont disparu. La bague se retrouve sur les clés des menottes et la montre au poignet de Lefty.

Le Foulard à l’œuf

Murray place un foulard rouge dans son poing et le transforme en œuf. Il propose au public de lui révéler le truc de « l’œuf à trou » (tour emblématique des boîtes de magie pour enfants) et de l’empalmage.  Il utilise un deuxième foulard de couleur verte qui disparaît du poing pour se retrouver dans sa poche. Le trou de l’œuf s’avère être une pastille autocollante de couleur qui est retirée pour révéler un vrai œuf qui est cassé dans un verre. Silk to Egg,  un classique de la magie moderne, inventé par le colonel Stodare en 1860 et connu sous le nom de Stodare Egg. Un tour ensuite utilisé par de nombreux illusionnistes sous le nom de Kling Klang où un œuf dans un verre est transposé dans un mouchoir tenu dans la main du magicien… Adélaïde Herrmann le fera évoluer  avec la transformation finale de l’œuf en oiseau.

 Carte retrouvée

Un spectateur prend un jeu de cartes, le mélange et en garde une de son choix pour la signer. Dans ce cas extrême, impossible de « forcer » une carte qui est montrée au public avant d’être remise dans le jeu confié à un autre spectateur qui le mélange. Murray reprend alors le paquet de cartes et le jette sur une personne du public qui doit attraper en plein vol la carte choisie ! Forcément, la carte n’est pas la bonne. Le magicien fait alors la blague du change de carte avec la disparition de la signature du début.

 Objets perdus

Une enveloppe d’objets perdus est présentée au public avec, à l’intérieur des accessoires saugrenus, dont un soutien-gorge à trois bonnets. Lefty apporte un présentoir avec trois ballons de couleur différente et Murray demande à un spectateur de choisir une couleur, couleur qui est forcée par le dégonflement automatique du ballon (gag). Un deuxième ballon éclate tout seul pour révéler le deuxième téléphone portable emprunté plus tôt lors de sa transformation en caillou. La spectatrice, ouvre alors la coque de protection de son appareil et retrouve la carte signée, du précédent tour, à l’intérieur. Pour remercier la spectatrice, Murray lui propose une sculpture sur ballon de son choix, un chien bleu avec un ballon jaune (gag). Le premier essai échoue et le magicien arrive finalement à produire le chien mais de couleur violette…

 Lefty

Lefty vient balayer la scène, ramasse une carte et se met à la faire disparaitre et réapparaitre avec la technique du back and front, typique des manipulateurs. Douglas Leferovich interprète ce personnage muet avec des expressions un peu excessives. Alors qu’il fait apparaître et disparaître plusieurs cartes à jouer après les avoir multipliées, son personnage semble être tout aussi impressionné que le public. Il prend à parti une jeune femme du public pour ses routines et flirte innocemment avec elle alors qu’il enchaîne tous les classiques de manipulation: cartes boomerang, cartes à la bouche, cartes qui rapetissent).

 Cannette en bouteille

Murray revient prendre sa place avec un sac en papier  où il place une canette de bière vérifiée par le public. Celle-ci disparaît par renversement du sac (gag). Finalement, elle se transforme en grande bouteille de coca-cola. Un effet  fondé sur le même principe que dans le tour classique des Passe-Passe Bottles (1876) et des Multiplying Bottles d’Arthur P. Felsman (1920).

 Journal déchiré et reconstitué

Murray termine son spectacle par le tour classique du journal déchiré et reconstitué, sur la musique de Purple rain de Prince.  La reconstitution s’achève avec l’apparition de la chaussure du spectateur à l’intérieur du journal. Déjà au XIX ème siècle, détruire et restaurer une feuille de papier, un ruban, une ficelle ou une carte, étaient monnaie courante.Le spectacle est construit dans la tradition du « stand-up » où les vannes fusent entre les effets magiques. Personnage décontracté et sympathique et texte travaillé:  aucun temps mort: on ne s’ennuie pas une seconde et on passe plutôt un bon moment. Mais ce répertoire manque d’originalité, de sens et d’épaisseur et tous les effets présentés sont des classiques sans réelle valeur ajoutée. Les trucs, s’enchaînent mais sans transition. La présence  de Lefty nous change de l’éternelle partenaire féminine mais cette bonne idée n’est pas assez développée. Le spectacle, même s’il est d’une grande virtuosité, manque de complicité avec le public et n’apporte aucun supplément d’âme. Dommage….

Sébastien Bazou


Spectacle vu le 29 avril à Las Vegas (Nevada)

 


Archive pour 9 juin, 2019

Mary said what she said de Darryl Pinckney, mise en scène de Robert Wilson

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Mary said what she said (Mary a dit ce qu’elle a dit) de Darryl Pinckney, mise en scène de Robert Wilson

 Isabelle Huppert en icône de Mary Stuart, figure tragique de l’Histoire : un rôle qui lui sied et qu’elle assume à la perfection, en entrant dans l’imagerie du metteur en scène. Elle s’approprie magnifiquement ce monologue de quatre vingt-six paragraphes, découpé en trois parties où «la seule et unique Marie d’Écosse et des Îles » récapitule sa vie tumultueuse.

 1587 : à quarante-cinq ans, elle  s’apprête à monter sur l’échafaud, condamnée, après dix-neuf ans de captivité, pour avoir soi-disant comploté contre sa cousine Élisabeth 1er  d’Angleterre. Objet de nombreuses biographies, romans, films, pièces… ce personnage mythique revit ici pendant une heure trente, transfiguré par Bob Wilson.

D’un chapitre à l’autre, brouillant les chronologies, Mary ressasse ses souvenirs heureux et malheureux : son enfance à la Cour de France et son mariage à seize ans en grande pompe à François II, fils d’Henri II et veuve un an plus tard. Retour en Écosse, assassinat de son deuxième mari Lord Darnley ;  son amant de cœur, le comte de Bothwell, soupçonné de ce meurtre et qu’elle épouse ; conflits entre protestants et catholiques ; ses multiples emprisonnements et son fils James dont  on la séparera…
 Les époques se mélangent mais il est temps pour elle de faire son testament. Darryl Pinckney conclut sa pièce par la lettre qu’elle écrit à Henri III de France la veille de son exécution. Peu importent les dates, nous entrons de plain pied dans l’intimité de Marie. L’auteur n’écrit pas une biographie mais s’attache à la majesté de son personnage qui, si le destin en avait décidé autrement, aurait été reine d’Ecosse, de France et d’Angleterre.

 C’est une Marie hiératique, moulée dans ses atours dorés qui se découpe  en silhouette  sous les magnifiques éclairages de Robert Wilson, avec contrejours et variations de couleurs, du chaud au froid. On la voit d’abord en ombre chinoise,  on ne sait si elle est de dos ou de face, immobile ou en mouvement. Mais après un temps, s’avançant vers le public, elle révèlera son visage en plein jour, d’une dureté expressive.  Assortie à ces oscillations lumineuses et formelles, la  composition de Ludovico Einaudi simule une musique de cour, tantôt solennelle, tantôt tempétueuse, diffusée en vagues répétitives.  Isabelle Huppert épouse ces états d’âme, désinvolte, évoquant les fêtes à la Cour de France où Diane de Poitiers lui apprit à danser. Ou emportée contre ses ennemis comme John Knox, meneur des Protestants, sa bête noire disant d’elle « Le diable porte des rubans de Genève » et  Élisabeth d’Angleterre qu’elle n’a jamais rencontrée, contrairement à ce qu’imagine Friedrich Schiller dans sa pièce Marie Stuart. Elle énumère, comme un leitmotiv, ses suivantes, quatre Marie : «Vous êtes toutes près de moi, mes Marie. » (…) « Dont «chère Marie Setton qui m’aime le mieux depuis toujours. » Nostalgique, elle évoque aussi son fils James (futur roi d’Angleterre),  en faveur de qui elle abdiqua et qui aura bien peu connu sa mère.

 Après Orlando de Darryl Pinckney, d’après Virginia Woolf en 1993, et Quartett d’Heiner Müller en 2006,  Robert Wilson retrouve Isabelle Huppert : « L’une des comédiennes les plus exceptionnelles avec qui il m’ait été donné de travailler, dit-il. Elle a la capacité de penser de manière abstraite. » (…) «Je donne des indications formelles.» Et l’actrice  comprend ce formalisme : « S’il m’était imposé comme un paquet encombrant, (…) je ne crois pas que je le saisirais aussi bien ». Dans cette mécanique précise et exigeante,  enfermée dans son corset et sous son masque, elle invente un espace de liberté.  Le moindre geste chorégraphié par Bob Wilson et ciselé par ses lumières prend alors une ampleur majestueuse. Parfois l’image se fait insistante et gratuite, comme lors de cet intermède un peu trop académique où la reine apparaît, fantôme muet dans les vapeurs des fumigènes.

 Bob Wilson redécouvre l’Espace Cardin avec émotion: «C’est dans ce théâtre, en 1971 que j’ai  présenté pendant cinq mois Le Prologue au Regard du sourd un spectacle de sept heures sans aucun mot qui a eu un grand succès à Paris . » Après Le Regard du sourd, créé en France au festival de Nancy, puis repris au Théâtre de la Gaieté Lyrique à Paris. Aujourd’hui, son formalisme abstrait ne nous surprend plus comme naguère et, pour certains, cette radicalité esthétique aura fait son temps et tourne au maniérisme. On pourra dire que ses images s’usent, à force d’habitude. Pour autant, cette beauté, bien que figée, est au rendez-vous: Bob Wilson reste un grand artiste. Ici, il s’est entouré d’un écrivain, d’une comédienne et d’un compositeur exceptionnels pour poursuivre une œuvre au long cours qu’il tient aussi à transmettre au Water Mill Center, un laboratoire de recherche interdisciplinaire consacré aux arts de la scène et aux savoirs, qu’il a fait construire en 1992   à Long Island, une île de l’Etat de New York.

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 6 juillet, Théâtre de la Ville-Espace Cardin, 1 avenue Gabriel, Paris (VIII ème). T. : 01 42 74 22 77.

Les 12 et 13 juillet, festival d’Almada, Lisbonne (Portugal); les 21 et 22 juillet, festival grec de Barcelone (Espagne).
Du 12 au 22 septembre, International Theater, Amsterdam (Pays-Bas); les 27 et 28 septembre, Thalia Theater, Hambourg (Allemagne).
Du 11 au 13 octobre, Teatro della Pergola, Florence (Italie) et du 30 octobre au 3 novembre, Théâtre des Célestins, Lyon (Rhône).

J’avoue que j’ai vécu … d’après Pablo Neruda, mis en scène de Duccio Bellugi Vannuccini

  Festival Rien qu’des femmes  

J’avoue que j’ai vécu d’après Pablo Neruda, mis en scène de Duccio Bellugi Vannuccini

B15E82D5-6CF1-49F8-B12F-0AFD02836535 Quelques tapis orientaux à dominante rouge et un rideau blanc qui prend bien la lumière,  colorée au gré des atmosphères,  délimitent une aire de jeu bordée de micros et de petites lumières sur pied (comme ces « servantes»,  tranquilles gardiennes des théâtres). Des cylindres en forme de tronc d’arbre  servent de sièges. La compagnie Train de nuit?  Une petite troupe, fondée en marge du Théâtre du Soleil, par un trio de filles vêtues de noir, chacune à sa façon : un peu cuir, un peu folklorique et un peu aguicheuse. Virginie Le Coënt fait partie du Théâtre du Soleil et a joué dans Le dernier Caravansérail, puis est devenue régisseuse-lumière et éclairagiste d’Une Chambre en Inde, mise en scène par Ariane Mnouchkine en 2016.

 Elle a conçu ce spectacle musical autour de Pablo Neruda (1904-1973). Elle en est aussi la narratrice et une des chanteuses. Victoria Delarozière, actrice, a vécu au Chili et joue  remarquablement de l’accordéon. Elle a été l’interprète du Théâtre du Soleil lors de sa tournée à Santiago et a aussi écrit la musique du film de Serge Nicolai et Olivia Orsini qui furent longtemps comédiens au Soleil. Virginie Le Cöent et elle se sont côtoyées à la Manufacture de la chanson et ont fondé leur compagnie Train de Nuit il y a trois ans. Victoria Delarozière a mis en musique les  magnifiques  poèmes de Pablo Neruda. Marta dell’Anno, chanteuse et violoniste italienne, a électrifié son instrument mais connaît bien la musique traditionnelle des Pouilles. Elle a fait les arrangements de J’avoue que j’ai vécu… que Duccio Bellugi-Vannuccini, comédien au Soleil depuis 1987, a mis en scène.  Au son : Thérèse Spirli qui en fait aussi partie.

«Qui ne connaît pas la forêt chilienne, ne connaît pas cette planète. C’est de ces terres, de cette boue, de ce silence que je suis parti cheminer et chanter à travers le monde», écrit Pablo Neruda dans son livre de mémoires, Confieso que he vivido, traduit par Claude Couffon. Il y conte sa traversée du siècle passé et fait gicler à chaque page des images, sensations et portraits frappants  de Federico García Lorca, Salvador Allende, Elsa Morante… Le spectacle nous entraîne, scène après scène séparée par un noir, à la suite de ce poète et diplomate chilien, tantôt représentant officiel à l’étranger, tantôt exilé et traqué. Militant politique et militant pour la poésie, il reçut le Nobel de littérature en 1971.

Le trio a choisi quelques récits de ses aventures : au Chili, en Asie où il fait ses débuts de consul mais aussi dans des zones de résistance pendant la guerre d’Espagne, avec l’incroyable équipée du Winnipeg, un bateau qu’il affréta en France en 1939 pour emmener 2.500 réfugiés républicains anarchistes ou communistes et les mettre à l’abri au Chili. L’une de ces jeunes femmes raconte avec simplicité et conviction et chante, comme ses compagnes qui jouent seules ou en chœur. A un récit, succède un poème chanté (traduction de Francis Reille et Guy Suarès). Mots et musique: violon, alto, accordéon diatonique, basse, piano, violon électrique…) passent de l’une à l’autre dans une grande complicité, avec légèreté, sourire, joie et énergie, même quand ce dont on parle est triste ou tragique. Les voix se répondent, se soutiennent, s’enchaînent avec des variations en italien et rayonnent…

Les  grands poèmes comme Ode à la tristesse, La Fable des ivrognes et de la sirène… ont la force de l’actualité et deviennent tout à coup des chansons d’aujourd’hui, et on a envie d’accompagner ces comédiennes-chanteuses ardentes sur leur aire de lumière, avant que le noir ne se fasse. Mais où sont les foules capables de s’opposer à l’expulsion d’Italie de l’écrivain chilien, et qui scandaient son nom avec des brassées de fleurs  à la gare de Rome ?

Virginie Le Coënt évoque Vladimir Maïakovski et ce spectacle nous renvoie justement aux montages du Théâtre de la Taganka avec, par exemple, à son Ecoutez Maïakovki ! Où la vie et les poèmes du grand écrivain russe étaient chantés et joués par un groupe de comédiens-musiciens. Cette forme éternelle de théâtre exprime bien l’immense besoin qu’on a encore et toujours, des poètes. L’évocation de Pablo Neruda par ce trio féminin talentueux qui passe de la chanson en solo au rock,  rappelle aussi combien son œuvre, en particulier Les Odes élémentaires, a inspiré Les Ephèmères du Théâtre du Soleil. Mais attention, ce spectacle ne se joue pas longtemps …

Béatrice Picon-Vallin

Spectacle vu au Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes, Route du Champ de Manœuvre, Vincennes (Val-de-Marne), jusqu’au 16 juin.

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