Tournée générale (première édition)

 

Le festival Tournée générale (première édition)

g2luxeAvec le sous-titre 4 jours d’art en bars, ce festival nouveau-né, imaginé il y a juste trois mois, annonçait la couleur : dans un XIIème arrondissement si calme qu’on n’y trouve pas de théâtre, mais en revanche pas mal de bistrots populaires, Anaïs Héluin,  jeune habitante du quartier, a décidé avec un petit groupe d’amis, de faire monter la pression (et pas seulement dans les bocks !). Pendant quatre jours, Tournée générale a investi huit de ces cafés de quartier, avec des formes variant du conte au concert, en passant par le slam ou la lecture (pas trop difficiles à faire entrer dans ces petits lieux), tout en donnant carte blanche à des projets exigeant une adaptation, voire une réinvention de l’espace, comme les maquettes de spectacles…

Les artistes, majoritairement jeunes, ont tous accepté les conditions artisanales du projet : rémunération au chapeau, contrainte de lieux par principe ouverts aux passants… et lumière du jour pour tout le monde. L’éclectisme de la programmation dénote un esprit ouvert aux arts populaires comme à la poésie contemporaine, avec dans la même journée, une dizaine de propositions permettant l’itinérance de 18 h à la nuit. On fait connaissance, on discute de ce qu’on a vu (ou raté) : pour une fois, « faire la tournée des bars » pouvait prendre le sens  d’exercer sa curiosité et sa disponibilité à l’imprévu,  dans une attention à la jeune création.

Malgré une météo désastreuse et les difficultés techniques d’une équipe qui rodait son fonctionnement, cette première édition a permis de vérifier qu’une idée partagée par un collectif qui ne ménage pas sa peine (programmation intéressante à tous points de vue), permet de soulever les montagnes du manque de moyens. La Mairie du XII ème  a apporté un soutien financier modeste : Jean-Luc Romero de la commission Culture de proximité, est venu et a souligné qu’il est difficile d’animer cette partie de l’arrondissement. Il faut considérer cela comme un début de reconnaissance. Un partenariat original avec Emmaüs a aussi permis  aux spectateurs de chiner et apporté une touche d’originalité à l’aventure.

Les bistrots ont fait leur affaire d’une clientèle majoritairement nouvelle (les habitants du quartier – c’est la Pentecôte – étant plutôt partis en week-end) et ceux qui se retrouvaient là sont venus par amitié pour les artistes et pour les organisateurs, d’où une ambiance très chaleureuse. A ce noyau de «connaisseurs», se sont peu mêlés, car un brin gênés, les éternels piliers de bar, peu habitués à boire leur bière ou leur café en compagnie d’acteurs ou de musiciens. Se regroupant prudemment en bout de bar, le front marqué d’un pli d’incompréhension, certains préféraient continuer à  discuter entre eux. Reste donc, comme souvent dans ces projets de déplacement des artistes vers des endroits inhabituels, à opérer le brassage espéré : pour une prochaine édition, vivement souhaitée, il faudra s’interroger sur ces week-ends prolongés qui vident Paris…

Parmi les artistes  de  théâtre du programme, quelques-uns ont prévu de jouer au prochain festival d’Avignon. Entre autres :

Rachid Bouali  avec Cité Babel, un texte au croisement du conte contemporain et du solo, un spectacle déjà ancien mais toujours juste sur la vie de la cité ouvrière de la Lionderie à Hem (Nord). Repéré au festival de Chevilly-Larue, c’était à Tournée générale la 700 ème représentation ! Très à l’aise dans le répertoire social, donnant vie à toutes les nationalités qui se côtoient dans cette banlieue lilloise des années 80, Rachid Bouali garde une jolie distance d’humour vis-à-vis de ses personnages. Il présentera, avec sa compagnie La Langue pendue, Sans laisser de trace, un nouveau spectacle du 5 au 10 juillet, au Théâtre de la Rotonde  à Avignon.

Dorian Rossel, metteur en scène suisse, donnait un large extrait de Laterna Magica, d’après l’œuvre autobiographique d’Ingmar Bergman. Fabien Coquil, dont c’est la première création après sa sortie de l’école de la Comédie de Saint-Etienne, incarne, de façon inattendue et férocement décalée, le cinéaste dans ses toutes jeunes années. Ployant sous la férule paternelle toute de protestantisme rigoriste mais aussi plein d’une furieuse adoration pour sa mère. Le spectacle qui déploie la chambre noire des souvenirs et des paradoxes de l’homme et de l’artiste, a été créé au Forum Meyrin à Genève et sera repris en Avignon off du 5 au 23 juillet, au 11 Gilgamesh-Belleville.

Kheireddine Lardjam, metteur en scène originaire d’Oran et installé en France, s’intéresse, avec sa compagnie El Ajouad, aux nouvelles écritures algériennes. Il interroge aussi les relations franco-algériennes à travers des fictions bâties entre les deux rives de la Méditerranée. Ici, il a présenté en lecture Désintégration d’après Ahmed Djouder, un pamphlet virulent où il pointe les carences du modèle français d’intégration. Kheirreddine Lardjam cherche avec ce projet à faire entendre les voix de la génération issue de l’immigration. Ce spectacle sera présenté en Avignon off, à La Manufacture, du 5 au 25 juillet.

Louise Emö expérimente, elle,  différentes formes d’art de la parole, juxtaposées parfois de façon conflictuelle. Très près du slam, de la lecture musicale, de  la performance, En mode avion en a déconcerté plus d’un. L’affaire n’était sans doute pas encore très calée… et le délitement de la langue recherché tendait parfois vers le naufrage du sens. Elle reprend en juillet une pièce-manifeste, créée à Rouen en 2017, Simon et la méduse et le continent, mettant en jeu un enfant différent, Simon, qui doit grandir et entrer dans le rang. En Avignon Off, à La Manufacture, du 5 au 25 juillet

Marie-Agnès Sevestre

Le festival Tournée générale a eu lieu du 6 au 9 juin à Paris (XIIème)


Archive pour 10 juin, 2019

Carte Blanche à Laurent Hilaire : Le Lac des Cygnes

Carte Blanche à Laurent Hilaire : Le Lac des Cygnes.

AFFICHE-L-HILAIREpdf-pages-367x520A l’initiative de Lisa Martino, responsable du Paris de la Danse  au Théâtre de Paris, l’ancien danseur-étoile de l’Opéra National, Laurent Hilaire revient accompagné des étoiles du ballet du Théâtre Stanislavski à Moscou, Oxana Kardash et Ivan Mikhalev.

En 2017, nommé directeur du Ballet de ce Théâtre, il entreprend un travail de fond avec son groupe de danseurs sur le répertoire classique et contemporain et cherche à redonner de la valeur à ce Ballet, basé  près du mythique Bolchoï à l’imposante et inégalable aura internationale.
Avec cette répétition publique autour de fragments du Lac des Cygnes, la technique de haut niveau de ces danseurs russes frappe d’emblée : les portés paraissent se faire sans effort et vite, comme les figures de danse classique.

Laurent Hilaire corrige ses artistes, en interrompant plusieurs fois leurs envols, avec une volonté de décrypter chacun de leurs gestes et de leur donner un sens. «Une femme avec des plumes, cela ne court pas les rues» dit Laurent Hilaire à Ivan Mikhalev pour lui faire comprendre l’étrangeté de la situation ! Il explique le sens de chaque mouvement, ce qui, pour le spectateur néophyte, est d’une grande utilité : difficile en effet de décoder cette gestuelle, gracieuse mais parfois un peu hermétique. Cette version du Lac des Cygnes est celle de Bourmeister présentée à l’Opéra de Paris en 1950; la remplaça en 1984 celle de Rudolf Noureev qui donna à ce ballet une couleur plus psychanalytique. A l’occasion de cette dernière version, Laurent Hilaire avait été nommé Etoile. Une fois la séance de répétition terminée, les danseurs, cette fois-ci en costume, nous livrent un bel extrait de  ce ballet.

Dans le cadre de ce festival, le théâtre de Paris va accueillir aussi, De New York à Paris, avec les danseurs du New York City, une pièce emmenée par Daniel Ulbricht, directeur artistique des Stars of American Ballet et ceux de l’Opéra de Paris. Ils ont formé un groupe créé par Alessio Carbone, Les Italiens de l’Opéra.
Et du 13 au 16 juin, Pétia Iourtchenko offrira une soirée tzigane, suivie d’un souper russe dans le foyer du théâtre le 17 juin ; enfin, la Kibbutz contemporary dance company présentera sa dernière réalisation du 21 au 23 juin.

Jean Couturier

Spectacle vu le 3 juin au Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, Paris (IX ème). T. :01 42 80 01 81.

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