Paris est toujours Paris (Parigi è sempre Parigi) de Luciano Emer

 

Paris est toujours Paris  (Parigi è sempre Parigi) de Luciano Emer

Photo_Paris est toujours Paris_05_DR_1 (1)Le délicieux cinéaste italien (1918-2009) avait  dans Dimanche d’août (1949) filmé des Romains  en week-end à Ostie avec déjà le tout jeune Marcello Mastroianni que l’on retrouve dans ce film sorti en 1951 avec les Français: Yves Montand qui jouait son propre rôle de chanteur débutant, Henri Genès et Roland Lesafre. Côté italien, le grand acteur de cinéma (Rome, ville ouverte) que fut Aldo Fabrizi (1905-1990), la merveilleuse et grande actrice Lucia Bosé et Hélène Rémy, de grandes dames du cinéma pas toute jeunes qui jouaient dans cette réalisation … il y a presque soixante-dix ans. La seconde, actrice française peu connue chez nous, a pourtant fait une carrière au cinéma et à la télévision dans la Péninsule de 49  à 70. Elle était là, tout heureuse d’assister à la première projection de ce film remarquablement restauré!

C’est l’histoire d’un groupe de supporteurs italiens qui viennent assister à un match de football à Paris. le film une coproduction franco-italienne Comme dans Les Fiancés de Rome (1952)  ou Le Bigame (1955), est une sorte de comédie de mœurs qui raconte les amourettes de jeunes gens français et italiens mais qui flirte aussi avec le documentaire sur notre capitale. Le scénario avait été confié à toute une équipe : Luciano Emmer d’abord mais aussi Francesco Rossi, Sergio Amidei, Jean Ferry, Enno Fleiano, Giulio Macchi et  Jacques Rémy. Comme un critique de l’époque l’avait remarqué lucidement, c’est surtout une ballade dans Paris le jour et la nuit, plus que ces petites histoires de couples mariés ou pas encore, parents et enfants, qui fait tout l’intérêt de Paris est toujours Paris par ailleurs très bien interprété.

Et pour la grande majorité des spectateurs, c’est une autre époque et cela tient presque d’une incroyable découverte archéologique. Le centre de Paris très vivant  mais pas très riche six ans seulement après la guerre est bien là mais les immeubles noirs de la suie des chaudières à charbon ne sont pas encore ravalés. Et les boutiques n’ont rien de luxueux. Ce qui frappe : la grande précision avec laquelle Luciano Emer a filmé ces paysages urbains, accompagnés par la musique de Joseph Kosma et Roman Vlad. Et logiquement, les gens qui ont vécu cette époque se croyaient dans une sorte de reconstitution… qui n’aurait sûrement pas eu le même accent de vérité!

Un univers fascinant : peu de voitures, de gros taxis noirs G7 avec compteur à l’extérieur à gauche près du pare-brise, la gare de Lyon avec locomotives à vapeur qui ne démarraient pas vite et dont les portes se fermaient manuellement, ce qui permettait les longs adieux entre amoureux qui couraient avec un mouchoir sur le quai, les porteurs baraqués emportant de lourdes valises sur leur diable, un marchand de journaux vendant juste Le Figaro, L’Aurore, Radar… et quelques livres -pas très nombreux- présentés face couverture sur des étagères en bois…
 
Il n’y a pas beaucoup de voitures (l’essence était chère) et où on peut traverser à pied n’importe où les Champs-Elysées et la place de la Concorde. Les agents de police avec pèlerine et képi règlent, munis d’un sifflet et d’un bâton blanc, la circulation aux carrefours… On voit un livreur de bidons de lait conduisant une charrette tirée par de gros chevaux, le grand stade de foot à Bois-Colombes, de petits cabarets pour touristes de Montmartre assez ringards où on danse, en écoutant un jeune chanteur inconnu: Yves Montand (photo ci-dessus). Mais aussi des boutiques, dans le centre même de la capitale, assez modestes, des hôtels douteux, des cours d’immeubles sordides aux pavés gras et surveillés par des concierges que l’on n’hésitait pas à réveiller la nuit. Un métro aux quais et couloirs faiblement éclairés avec voitures de première et seconde classe, des portillons pour bloquer les retardataires et des poinçonneurs pour les tickets… Du côté habillement, c’est aussi une toute autre époque: gros manteaux et costumes trois pièces pour les hommes, robes longues, chapeaux, escarpins et bas couture pour les bourgeoises. Et les hommes (jamais les femmes dehors) fument partout…

Ne ratez pas cet étonnant parcours ethno-sociologique, loin du « réalisme globaliste » dénoncé à juste raison par Annie Lebrun dans Ce qui n’a pas de prix. Vous ne regretterez pas d’avoir participé, le temps d’une heure et demi, à la vie de vos récents ancêtres avec cette bande d’acteurs, tous impeccables et très  crédibles…. Et le film est entièrement tourné en noir et blanc comme pour la plupart des films jusque dans les années cinquante, même si la pellicule couleur était apparue vers 1930. Ce qui ajoute, grâce au remarquable photographe Henri Alekan, de très belles nuances de lumière, surtout à Paris la nuit.  Et qui donne à ce film rare, encore plus de charme et d’authenticité.

 Philippe du Vignal

 Film vu le 13 juin au Louxor-Palais du cinéma, 170 boulevard de Magenta, (Paris X ème). T.: 01 44 63 96 96.
Sortie en salles à partir du 14 août.   

Il faut signaler aussi une semaine d’avant-premières avec Cannes au Louxor, du 26 juin au 2 juillet.
  

 


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