June Events 2019 (suite et fin)

June Events 2019 (suite et fin)

L’Atelier de Paris termine en beauté son festival annuel par deux pièces défendues avec brio par le Ballet de Lorraine rompu à tous les styles. Du dépouillement du maître japonais, dont nous avions déjà vu et apprécié plusieurs spectacles (voir Le Théâtre du Blog), au paysage mouvant et à la liberté sous tension du chorégraphe suisse…

 Transparent Monster, chorégraphie de Saburo Teshigawara

QYRmp2X8 - copieHabitué des petites formes aussi bien que  d’œuvres plus amples, cet artiste a adapté, avec un trio de vingt minutes d’une grande intensité dramatique, son style si personnel à trois danseurs du Ballet de Lorraine : «Tu n’as pas de visage ni de derrière, mais tu étires, tournes et enroules tes membres d’une façon étonnante. Une centaine d’ailes transparentes sur ton dos, tu laisses de la vapeur s’échapper de ton corps et te mets à flotter» , dit-il, de son monstre à trois corps.

Il joue sur les contrastes avec une rigueur géométrique, en alternant des musiques de Claude Debussy, Franz Schubert et Jean-Sébastien Bach, tout en ménageant des silences où les gestes des interprètes restent en arrêt. Opposant les bruns terreux des torses et des costumes de Justin Cumine et Willem-Jan Sas, au vert printanier de Nathan Gracia. Un premier danseur, assis de dos, au sol, au bord d’un cercle lumineux, semble se débattre dans une gangue virtuelle et, debout, persévère au milieu de ce rond quand un compère le rejoint, évoluant de même. Sans jamais se toucher, les deux puissants athlètes s’affrontent sur un ring dessiné par un projecteur à découpe rectangulaire. Et en solo ou en duo, ils tentent de s’échapper de cercles concentriques mouvants. Autour d’eux, tournoie sans relâche un troisième larron, aérien, bras et jambes déliés: Nathan Gracia dont l’envol et la légèreté agissent comme par contagion sur eux, rivés à la terre ferme. Un noir sec laissera la créature tricéphale en suspens: «monstre transparent, un ange dépourvu d’ailes »…

Flot chorégraphie de Thomas Hauert
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©LaurentPhilippe

©LaurentPhilippe

Créée à Nancy en 2018, cette œuvre de l’ artiste suisse porte une attention particulière à la musique, la marque de son passage dans la compagnie d’Anne Teresa de Keersmaeker. Ici, nous découvrons La Suite de Valses Op/110 de Serge Prokofiev, riche en variations dynamiques : «Un assemblage de six valses composées indépendamment, dit le chorégraphe, mais qui, pourtant entendues l’une après l’autre,  semblent se noyer dans un continuum. » 

Après un trio d’ouverture dansé et architecturé avec élégance, les vingt interprètes, portés par un flot sonore ininterrompu, construisent lignes et courbes mouvantes. Ils se regroupent à deux, trois, ou cinq, puis tous ensemble, selon de multiples combinaisons éphémères, restent à l’écoute les uns des autres, car la pièce repose sur l’improvisation: «Ils doivent adapter leur rôle individuel au sein d’une constellation dynamique dont les mécanismes se transforment en permanence»,  dit Thomas Hauert. Ainsi navigue-t-on pendant cinquante minutes entre forme et informe, aliénation de gestes toujours répétés et liberté de mouvement.

La danse ne paraphrase en aucune façon la musique et ne s’embarque pas dans des simulacres de valse : elle s’appuie sur les élans et la puissance de ces airs, tantôt lents, tantôt vifs, parfois aux accents de fanfare. Les interprètes en traduisent l’humeur, électrons libres dans leurs costumes fluides et chamarrés, sous les éclairages de Bert Van Dijck.

Depuis la création, en 1997, de sa compagnie: Zoo : « Parce ce que nous sommes des animaux et qu’on vient voir les danseurs comme au zoo », Thomas Hauert a signé une vingtaine de spectacles avec le constant souci d’utiliser les tensions entre ordre et chaos, unité et disparité. Il nous offre ici une chorégraphie dense et légère qui met en valeur les corps et performances techniques de cette troupe exceptionnelle. Une invite aussi à écouter des musiques peu connues -écrites en 1943 et 45, pour un ballet, Cendrillon, un film, Lermontov et un opéra, Guerre et Paix- et rassemblées par le compositeur russe pour une création orchestrale qu’il dirigea à Moscou en 1947.  

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 15 juin au Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de manœuvre, Vincennes (Val-de-Marne).

June Events : Atelier de Paris (C.N.D.C.). T. : 01 41 74 17 07.


Archive pour 19 juin, 2019

June Events 2019 (suite et fin)

June Events 2019 (suite et fin)

L’Atelier de Paris termine en beauté son festival annuel par deux pièces défendues avec brio par le Ballet de Lorraine rompu à tous les styles. Du dépouillement du maître japonais, dont nous avions déjà vu et apprécié plusieurs spectacles (voir Le Théâtre du Blog), au paysage mouvant et à la liberté sous tension du chorégraphe suisse…

 Transparent Monster, chorégraphie de Saburo Teshigawara

QYRmp2X8 - copieHabitué des petites formes aussi bien que  d’œuvres plus amples, cet artiste a adapté, avec un trio de vingt minutes d’une grande intensité dramatique, son style si personnel à trois danseurs du Ballet de Lorraine : «Tu n’as pas de visage ni de derrière, mais tu étires, tournes et enroules tes membres d’une façon étonnante. Une centaine d’ailes transparentes sur ton dos, tu laisses de la vapeur s’échapper de ton corps et te mets à flotter» , dit-il, de son monstre à trois corps.

Il joue sur les contrastes avec une rigueur géométrique, en alternant des musiques de Claude Debussy, Franz Schubert et Jean-Sébastien Bach, tout en ménageant des silences où les gestes des interprètes restent en arrêt. Opposant les bruns terreux des torses et des costumes de Justin Cumine et Willem-Jan Sas, au vert printanier de Nathan Gracia. Un premier danseur, assis de dos, au sol, au bord d’un cercle lumineux, semble se débattre dans une gangue virtuelle et, debout, persévère au milieu de ce rond quand un compère le rejoint, évoluant de même. Sans jamais se toucher, les deux puissants athlètes s’affrontent sur un ring dessiné par un projecteur à découpe rectangulaire. Et en solo ou en duo, ils tentent de s’échapper de cercles concentriques mouvants. Autour d’eux, tournoie sans relâche un troisième larron, aérien, bras et jambes déliés: Nathan Gracia dont l’envol et la légèreté agissent comme par contagion sur eux, rivés à la terre ferme. Un noir sec laissera la créature tricéphale en suspens: «monstre transparent, un ange dépourvu d’ailes »…

Flot chorégraphie de Thomas Hauert
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©LaurentPhilippe

©LaurentPhilippe

Créée à Nancy en 2018, cette œuvre de l’ artiste suisse porte une attention particulière à la musique, la marque de son passage dans la compagnie d’Anne Teresa de Keersmaeker. Ici, nous découvrons La Suite de Valses Op/110 de Serge Prokofiev, riche en variations dynamiques : «Un assemblage de six valses composées indépendamment, dit le chorégraphe, mais qui, pourtant entendues l’une après l’autre,  semblent se noyer dans un continuum. » 

Après un trio d’ouverture dansé et architecturé avec élégance, les vingt interprètes, portés par un flot sonore ininterrompu, construisent lignes et courbes mouvantes. Ils se regroupent à deux, trois, ou cinq, puis tous ensemble, selon de multiples combinaisons éphémères, restent à l’écoute les uns des autres, car la pièce repose sur l’improvisation: «Ils doivent adapter leur rôle individuel au sein d’une constellation dynamique dont les mécanismes se transforment en permanence»,  dit Thomas Hauert. Ainsi navigue-t-on pendant cinquante minutes entre forme et informe, aliénation de gestes toujours répétés et liberté de mouvement.

La danse ne paraphrase en aucune façon la musique et ne s’embarque pas dans des simulacres de valse : elle s’appuie sur les élans et la puissance de ces airs, tantôt lents, tantôt vifs, parfois aux accents de fanfare. Les interprètes en traduisent l’humeur, électrons libres dans leurs costumes fluides et chamarrés, sous les éclairages de Bert Van Dijck.

Depuis la création, en 1997, de sa compagnie: Zoo : « Parce ce que nous sommes des animaux et qu’on vient voir les danseurs comme au zoo », Thomas Hauert a signé une vingtaine de spectacles avec le constant souci d’utiliser les tensions entre ordre et chaos, unité et disparité. Il nous offre ici une chorégraphie dense et légère qui met en valeur les corps et performances techniques de cette troupe exceptionnelle. Une invite aussi à écouter des musiques peu connues -écrites en 1943 et 45, pour un ballet, Cendrillon, un film, Lermontov et un opéra, Guerre et Paix- et rassemblées par le compositeur russe pour une création orchestrale qu’il dirigea à Moscou en 1947.  

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 15 juin au Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de manœuvre, Vincennes (Val-de-Marne).

June Events : Atelier de Paris (C.N.D.C.). T. : 01 41 74 17 07.

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