Festival des écoles du théâtre public : EDT 91 (Ecole départementale de l’Essonne) Les Médaillons, de Thibault Fayner, mise en scène Anne Monfort

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Festival des écoles du théâtre public, EDT 91 (Ecole départementale de l’Essonne)

Les Médaillons de Thibault Fayner, mise en scène d’Anne Monfort.

Dix ans de Festival des écoles, «dix bougies d’avenir», selon les mots de François Rancillac qui le reçoit une fois encore au Théâtre de l’Aquarium. Dix ans d’une fête frémissante, risquée, dans ce lieu utopique qu’est la Cartoucherie de Vincennes. Quoi qu’il advienne ensuite de leur carrière, ces jeunes comédiennes et comédiens auront trouvé là un moment intense et la joie de créer ensemble peut-être plus qu’un spectacle: la réunion unique de leurs énergies, de leurs désirs, de leur travail devant un public curieux, et à priori bienveillant, si possible pas trop indulgent.

Avec Les Médaillons, les élèves de l’EDT 91 ont eu la chance de rencontrer un auteur qui a été formé lui-même à l’E.N.SA.T.T. (École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre, à Lyon). Et il a suivi dès son ouverture en 2003 la classe d’écriture dramatique. Enfin, sous le parrainage de l’écrivain Enzo Corman, une école qui revendiquait une formation pour les auteurs… C’est en effet un métier, ça s’apprend aussi, avec les acteurs sur un plateau.

Écrivant pour eux, Thibault Fayner a retrouvé ses questionnements d’alors, la discipline, la fièvre de l’école -écrire, encore et encore, pour tel ou tel groupe d’élèves-comédiens, répondre à la commande- et surtout, à ce moment charnière, se poser la question vitale : que faire de ses rêves? Avec un bel humour, réaliste et modeste, il imagine le C.V. d’un rêveur qui ne peut étaler aucune compétence négociable mais qui dessine pourtant en creux, à côté, une vie tendre et riche.

L’auteur pratique ici, avec une belle maturité, une écriture “de soi“, en ce qu’il part de son expérience pour aller au devant de celle de ses personnages, pas à pas, sans prétention, avec le souci d’une parfaite sincérité. Un chemin pour atteindre sinon l’universel, du moins ce que nous avons en commun, une approche pertinente pour un travail de troupe. Nous suivrons donc l’apprenti-acteur, le jeune universitaire pas toujours à l’aise avec ses étudiants, la famille qui voit mourir sa grand-mère… Ce qu’il y a là d’autobiographie, est absorbé, intégré dans un théâtre-récit illustré de “médaillons“, focus successifs sur un moment ou un personnage, le temps d’une scène ou d’un monologue.

La  metteuse en scène s’empare de ces changements d’échelle, de cette dialectique de l’individuel et du collectif au service des élèves: jouez “choral“ et en même temps distinguez-vous par votre réaction propre au récit. Elle tente de créer des moments de théâtre simultané, un groupe faisant écho, pianissimo, à la scène centrale et elle peut vider le plateau le temps d’un solo, vite balayé par la vague du groupe. Ce théâtre, qui invente sa propre mémoire, résonne parfois d’échos tchekhoviens, avec une Nina en robe blanche, des scènes de famille entre émotion, rire et gravité. Le temps du spectacle, se seront construits un passé commun et une société partagée.

« Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves et notre petite vie est entourée de sommeil»: ces Médaillons donnent aux mots de Prospero dans La Tempête de Shakespeare) un sens vital pour les jeunes  acteurs d‘aujourd’hui. Il ne s’agit pas seulement d’acquérir un savoir-faire. Oui, le rêve est nécessaire, il faut avoir rêvé pour construire sa vie, même si elle vous réserve un tout autre destin. Cette étoffe-là ne sera jamais perdue. Une vision positive, adulte, débarrassée des leurres et des illusions, c’est le moins que l’on puisse offrir à  ces jeunes à l’instant de leur envol.

Christine Friedel

Théâtre de L’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes, Route du Champ de manœuvre, Vincennes (Val-de-Marne),  du 20 au 23 juin. T. : 01 43 74 99 61.

À lire: Apprendre à écrire du théâtre (histoire et méthodes des enseignements de l’écriture théâtrale en France), éditions Les Solitaires intempestifs.

Les pièces de Thibault Fayner sont publiées aux Editions espaces 34 et Morgane Poulette, mise en scène d’Anne Monfort, se jouera du 5 au 24 juillet, à La Manufacture, Avignon.

 


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