Retour et Le Père de l’Enfant de la Mère, de Fredrick Brattberg, mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia

Retour et Le Père de l’Enfant de la Mère de Fredrick Brattberg, mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia

©pascal victor

©pascal victor

Ce jeune auteur et compositeur norvégien a obtenu le prix Ibsen pour Retour. Et son écriture fait souvent penser à une longue phrase musicale écrite en boucle pour exorciser la longue obsession qu’il semble avoir des relations entre enfants et parents. Ici, avec Retour sur le thème d’un amour filial avec des contradictions insolubles: attention et colère chez la mère, inquiétude et bienveillance du père… L’auteur met à nu avec précision mais comme en filigrane et cela dans ces deux pièces, les rapports de force entre les parents. Bref, les amoureux d’autrefois ont changé. Pourquoi ont-ils voulu cet enfant ? Pourquoi  la mère sans doute lasse, sombre-t-elle si souvent dans une colère froide? Pourquoi le père est-il si renfermé?
 
Dans Retours, cela se passe en Norvège dans un milieu bourgeois. Cuisine avec table et trois chaises en stratifié des années cinquante et salon figuré par un gros canapé et une plante verte. Il y a eu récemment une violente tempête de neige et on voit un père et une mère désespérés. On apprend vite qu’ils n’ont jamais revu leur fils, Gustav. En promenade sur une barque, il a disparu un soir et n’a plus donné de ses nouvelles à ses parents ou amis. Et personne ne l’a même aperçu. Sans doute est-il mort ou malade quelque part. Mais un jour,  au moment du dîner, on  sonne à la porte: l’adolescent est là, en parka sale et en  piteux état. Incapable d’expliquer les raisons de son absence. Et exigeant, voire odieux et agressif dès les premiers mots : «Pourquoi vous n’avez pas mis de couvert pour moi ? »

Mais les parents, ravis qu’il soit revenu, sont aux petits soins pour lui.  Trop sans doute: ce qui exaspère cet ado rongé par une sourde colère. Envers ses parents, la société  et lui-même ? Un peu de tout cela… Et sans cause apparente, il ne tardera pas à les quitter une nouvelle fois. Quelques jours plus tard, Gustav arrivera  cette fois blessé et presque mourant mais ressurgira comme par miracle. La mère ne montre de façon très curieuse aucun empressement à appeler le SAMU! Il s’enfuira puis reviendra, disparaîtra une nouvelle fois, etc. Ses parents à chaque retour, n’en peuvent plus mais se sentent incapables de réagir correctement. Elever et éduquer un enfant avec amour et tendresse, mission impossible? Comment faire pour éviter la lassitude et une sorte de perversité à la limite du sadisme que l’on sent poindre chez la mère? Et la colère chez un père qui regrette d’avoir conçu un bébé devenu un aussi insupportable ado? Comme le disait cyniquement le bon docteur Freud à une jeune maman qui lui demandait des conseils: “De toute façon, madame, cela sera raté !”

 Frederik Brattberg nous le démontre en cinquante-cinq minutes. C’est souvent brillant et drôle, parfois longuet quand il répète la même scène jusqu’à plus soif. Le système dramaturgique n’est pas neuf (voir Eugène Ionesco, etc.) et même s’il y a de bons moments, entre autres quand le fils débarque la première et la seconde fois  mais on se lasse assez vite. Heureusement, il y a Camille Chamoux, crédible dès sa première entrée sur le plateau. Excellente en mère abusive, mais aussi attachante quand elle est au bout du désespoir. La comédienne, que l’on connaît depuis longtemps, a une riche palette et  joue aussi à merveille les épouses crispantes. Et Jean-Charles Clichet en mari las et désabusé est aussi parfait, même s’il a moins de grain à moudre côté texte. Comme Dimitri Doré, tout à fait crédible et concentré dans un rôle mineur, mais pas facile à tenir.

Puis on nous soumet à un changement de ce décor très construit pendant de trop longues minutes et sans véritable nécessité dramaturgique… Mais de toute façon, on ne comprend pas non plus la nécessité d’avoir mis en scène cette seconde pièce, pas très passionnante, sinon pour compléter la soirée. On a maintenant affaire à un intérieur figuré par une table quelques chaises et de grands châssis ourlés de lumière douce. Comprenne qui pourra. Frederik Brattberg nous parle encore famille: un jeune couple a des rapports  très ambivalents  avec leur bébé dont chacun des époux voudrait conquérir et monopoliser l’amour. Et Frédéric Bélier-Garcia est ici beaucoup moins à l’aise  pour mettre en scène cette répétition du même texte avec quelques variantes; cela tourne au procédé et n’a rien de très convaincant… Notamment quand sept ou huit fois, la jeune femme revient du marché avec son vélo chargé de provisions et demande à son mari de l’aider à monter l’escalier. On commence alors  à regarder sa montre, alors que s’est juste écoulée une trentaine de minutes…

Là encore Camille Chamoux fait des miracles comme Jean-Charles Clichet, en réussissant à interpréter correctement ces dialogues faiblards et assez conventionnels. On se demande avec effroi ce qui se passerait s’ils n’étaient pas là! Dimitré Doré lui, habillé de noir, manipule avec un certain savoir-faire, une marionnette grandeur nature d’une petite fille de deux ans dont il imite à la perfection les pleurs et gémissements.
Mais on comprend mal le choix du metteur en scène. Cette piécette sur le thème des rapports conflictuels dans ce jeune couple  fait long feu… Un long sketch d’une vingtaine de minutes aurait largement suffi pour nous démontrer que le modèle de la cellule familiale est en faillite. Plus qu’avant? En tout cas, il n’était pas besoin d’en mettre une seconde couche et la soirée est longuette, même si, encore une fois, les acteurs sont  exemplaires. Autrement dit : le compte n’y est pas tout à fait et on sort de là déçu. Maintenant, si le cœur vous en dit, allez découvrir ce nouvel aspect du théâtre norvégien. Au moins là, on sourit parfois…

 Philippe du Vignal

Jusqu’au 30 juin, Théâtre du Rond-Point, 1 avenue Franklin Roosevelt, Paris (VIII ème).

 

 


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