Festival de Marseille (suite)

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Festival de Marseille (suite)

La Chanson de Roland mise en scène de Wael Shawky, (en arabe, surtitré en français)

Ce réalisateur de films d’animation signe ici sa première mise en scène. Né à Alexandrie, il étudie les arts plastiques en Égypte, puis au États-Unis avant d’entreprendre une trilogie sur les croisades vues par les Arabes. Cette Chanson de Roland prolonge son travail filmique. Il a traduit en arabe les grandes lignes de ce poème épique du XI ème siècle, composé trois cents ans après les faits, au moment des guerres saintes et qui compte pas moins de quatre mille vers, chantés par les troubadours. Il relate la mort de Roland et de ses preux, pris dans un embuscade et tué par les Sarrasins.

Confiée à dix-neuf chanteurs de fidjeri, musique traditionnelle des pêcheurs de perles du golfe Persique, la chanson de geste devient une joyeuse légende, à la manière des Mille et une Nuits. Aux rythmes des tambours ou des “jahlah“, des poteries que l’on frappe ou simplement en tapant dans leurs mains, trois solistes se détachent d’un chœur homogène. Derrière ce bel ensemble vocal assis au sol, une grande maquette en carton coloré avec des centaines de minuscules pièces en relief, figure les villes d’Alep, Bagdad et Istanbul, sous les éclairages sophistiqués révélant des ambiances dramatiques contrastées.

Les artistes nous racontent en une heure la trahison de Ganelon, beau-frère de Charlemagne et beau-père de Roland : jaloux de ce dernier, il intrigue avec Marsile, roi de Saragosse, pour livrer à l’ennemi gascon l’arrière-garde de l’armée franche, conduite par son beau-fils lors du retour de Charlemagne en France. Au col de Roncevaux, Roland, mourant, avait sonné du cor pour alerter l’empereur, mais trop tard. Charlemagne vengera son neveu en battant les Sarrasins avec l’aide de Dieu. Après la bataille, Ganelon sera condamné à mourir écartelé…

Sur le toit du MUCEM, surmontant le port d’où sont parties bien des croisades, cette fresque héroïque, qu’on nous a enseignée dès l’école élémentaire, prend un sens tout relatif et constitue un contrepoint aux idées reçues sur les héros de nos légendes nationales. Pour autant, la poésie de la geste demeure, les histoires de trahison et de vengeance sont universelles et dans une guerre, chaque camp a ses raisons. Le côté jovial et bon enfant de ces interprètes qui, à l’occasion, esquissent quelques sauts et petits tours de danse, panse les plaies mémorielles. L’art n’a plus de frontières quand il atteint ce degré de perfection.

 Mireille Davidovici

Festival de Marseille, du 14 juin au 6 juillet, 36-38 rue de la République, Marseille  (II ème). T. : 04 91 99 02 50

La Chanson de Roland, les 29 et 30 juin 2020, Théâtre du Châtelet à Paris

 


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