Dévotion – Dernière Offrande aux dieux morts, texte et mise en scène de Clément Bondu

Dévotion-Dernière offrande aux dieux morts, texte et mise en scène de Clément Bondu

Crédit photo : Baptiste Muzard

Crédit photo : Baptiste Muzard

Ce jeune auteur et metteur en scène s’interroge sur la possibilité d’un rituel théâtral contemporain avec quatorze jeunes comédiens issus de l’Ecole supérieure d’art dramatique de Paris. Ils  passent d’un masque à l’autre, traversant un libre répertoire de figures littéraires, théâtrales, poétiques et cinématographiques. Ce récit à histoires multiples tient d’un patchwork juvénile, emblème du Proche-Orient antique, Baal, le dieu de la fertilité et le roi des Dieux.

 Il y a aussi celle de l’Idiot dostoïevskien, un prince Mychkine qui s’ignore, dénué d’amour-propre, traversant la brutalité et les intrigues du monde sans y prendre garde, risquant aventures et rencontres, spectateur d’une vie odieuse, sans perdre sa pureté. Conçu à l’image du Christ, il ne joue pourtant pas le rôle bienfaisant et pacificateur attendu. Mais, passif, il observe la société corrompue qui l’entoure. Hamlet, et sa fascination pour le théâtre et pour la mort, prince dit de l’incertitude, est ici un philosophe attachant et plein de mystère. Face à Ophélie qu’il aime et qui égraine ses variétés de fleurs symboliques, folle jeune fille qui va se suicider, n’en finissant pas de faire l’éloge d’une vie dont elle n’a pu se saisir…

Images d’archives de cinéma, extraits de films de Pier Paolo Pasolini et entretiens  avec ce poète. Chansons de Léo Ferré en italien. Puis surgissent des images sur les dernières guerres en Europe et sur les bateaux échoués des migrants d’aujourd’hui. Sur le plateau, le Président du Parti du Progrès avec ses fidèles qui l’applaudissent. Un monde en déréliction qui n’en finit pas de s’éteindre, tout en renaissant ici et là. Sont convoquées les figures sacrées d’Arthur Rimbaud, Paul Verlaine et Charles Baudelaire. Mais les références  s’arrêtent au XIX ème siècle…

En guise de «servante», cette faible lumière permanente sur le plateau hors des spectacles, un squelette humain qui rappelle la mort hantant le théâtre et celui du monde, seule véritable réponse finale… A la fin, sont conviées les figures rituelles de la fête des Morts mexicaine, ombres colorées et festives aux robes légères et aux masques somptueux. Quel dieu auquel se confier ? En qui croire, si ce n’est en l’homme ? Où porter sa ferveur et sa piété, son admiration? A quel attachement exclusif, se consacrer ?

Cette pièce est dédiée aux héros ratés du XXIème siècle, aux révoltes enfouies et aux amours manquées. À l’heure du doute quant à l’existence de l’Europe, face à la résurgence des partis nationalistes et fascistes, c’est un portrait éclaté d’une génération aux prises avec son héritage et ses fantômes. «Pour nous aider à traverser la sévérité du temps, écrit Olivier Py, directeur du festival d’Avignon, le théâtre propose simplement de nous réunir devant la représentation éternelle de l’humanité aux prises avec cette impuissance. » Pour faire acte de conscience politique, le théâtre n’a qu’à ouvrir ses portes. Mais la mise en scène de Clément Bondu, désordonnée et confuse, souffre et profite à la fois de la vitalité rayonnante de ses interprètes très présents sur le plateau.

Représentatifs d’une vraie diversité, Salomé Benchimol, Claire Bosse-Plâtière, Mona Chaïbi, Thomas Christin, Baptiste Fèbvre, Antoine Forconi, Alexandre Hamadouche, Fanny Kervarec, Olivia Mabounga, Angie Mercier, Babissiry Ouattara, Joséphine Palmiéri, Tom Pezier et Margot Viala se saisissent tous à un moment ou un autre, d’une partition personnelle. Humour et distance d’un prologue un peu long qui décille le regard du spectateur et l’interroge sur sa posture existentielle : vraie vie, ou bien représentation ? Il y a en tout cas une belle présence et un véritable engagement des interprètes. Et Anne-Sophie Grac a imaginé une scénographie chatoyante : une chambre d’étudiant, un forum politique, une rivière shakespearienne ou un haut mur de cimetière où sont placées des urnes funéraires. Oui… mais tout cela ne suffit pas à masquer les insuffisances d’une écriture inspirée mais approximative!

Véronique Hotte

Spectacle vu au Théâtre de la Cité internationale, 17 boulevard Jourdan, Paris (XIVème),  le 28 juin.

Festival d’Avignon, Gymnase du lycée Saint-Joseph, les 5, 6, 7 et 8 juillet. T. : 04 90 14 14 14.

 

 

 

 

 


Archive pour 29 juin, 2019

Dévotion – Dernière Offrande aux dieux morts, texte et mise en scène de Clément Bondu

Dévotion-Dernière offrande aux dieux morts, texte et mise en scène de Clément Bondu

Crédit photo : Baptiste Muzard

Crédit photo : Baptiste Muzard

Ce jeune auteur et metteur en scène s’interroge sur la possibilité d’un rituel théâtral contemporain avec quatorze jeunes comédiens issus de l’Ecole supérieure d’art dramatique de Paris. Ils  passent d’un masque à l’autre, traversant un libre répertoire de figures littéraires, théâtrales, poétiques et cinématographiques. Ce récit à histoires multiples tient d’un patchwork juvénile, emblème du Proche-Orient antique, Baal, le dieu de la fertilité et le roi des Dieux.

 Il y a aussi celle de l’Idiot dostoïevskien, un prince Mychkine qui s’ignore, dénué d’amour-propre, traversant la brutalité et les intrigues du monde sans y prendre garde, risquant aventures et rencontres, spectateur d’une vie odieuse, sans perdre sa pureté. Conçu à l’image du Christ, il ne joue pourtant pas le rôle bienfaisant et pacificateur attendu. Mais, passif, il observe la société corrompue qui l’entoure. Hamlet, et sa fascination pour le théâtre et pour la mort, prince dit de l’incertitude, est ici un philosophe attachant et plein de mystère. Face à Ophélie qu’il aime et qui égraine ses variétés de fleurs symboliques, folle jeune fille qui va se suicider, n’en finissant pas de faire l’éloge d’une vie dont elle n’a pu se saisir…

Images d’archives de cinéma, extraits de films de Pier Paolo Pasolini et entretiens  avec ce poète. Chansons de Léo Ferré en italien. Puis surgissent des images sur les dernières guerres en Europe et sur les bateaux échoués des migrants d’aujourd’hui. Sur le plateau, le Président du Parti du Progrès avec ses fidèles qui l’applaudissent. Un monde en déréliction qui n’en finit pas de s’éteindre, tout en renaissant ici et là. Sont convoquées les figures sacrées d’Arthur Rimbaud, Paul Verlaine et Charles Baudelaire. Mais les références  s’arrêtent au XIX ème siècle…

En guise de «servante», cette faible lumière permanente sur le plateau hors des spectacles, un squelette humain qui rappelle la mort hantant le théâtre et celui du monde, seule véritable réponse finale… A la fin, sont conviées les figures rituelles de la fête des Morts mexicaine, ombres colorées et festives aux robes légères et aux masques somptueux. Quel dieu auquel se confier ? En qui croire, si ce n’est en l’homme ? Où porter sa ferveur et sa piété, son admiration? A quel attachement exclusif, se consacrer ?

Cette pièce est dédiée aux héros ratés du XXIème siècle, aux révoltes enfouies et aux amours manquées. À l’heure du doute quant à l’existence de l’Europe, face à la résurgence des partis nationalistes et fascistes, c’est un portrait éclaté d’une génération aux prises avec son héritage et ses fantômes. «Pour nous aider à traverser la sévérité du temps, écrit Olivier Py, directeur du festival d’Avignon, le théâtre propose simplement de nous réunir devant la représentation éternelle de l’humanité aux prises avec cette impuissance. » Pour faire acte de conscience politique, le théâtre n’a qu’à ouvrir ses portes. Mais la mise en scène de Clément Bondu, désordonnée et confuse, souffre et profite à la fois de la vitalité rayonnante de ses interprètes très présents sur le plateau.

Représentatifs d’une vraie diversité, Salomé Benchimol, Claire Bosse-Plâtière, Mona Chaïbi, Thomas Christin, Baptiste Fèbvre, Antoine Forconi, Alexandre Hamadouche, Fanny Kervarec, Olivia Mabounga, Angie Mercier, Babissiry Ouattara, Joséphine Palmiéri, Tom Pezier et Margot Viala se saisissent tous à un moment ou un autre, d’une partition personnelle. Humour et distance d’un prologue un peu long qui décille le regard du spectateur et l’interroge sur sa posture existentielle : vraie vie, ou bien représentation ? Il y a en tout cas une belle présence et un véritable engagement des interprètes. Et Anne-Sophie Grac a imaginé une scénographie chatoyante : une chambre d’étudiant, un forum politique, une rivière shakespearienne ou un haut mur de cimetière où sont placées des urnes funéraires. Oui… mais tout cela ne suffit pas à masquer les insuffisances d’une écriture inspirée mais approximative!

Véronique Hotte

Spectacle vu au Théâtre de la Cité internationale, 17 boulevard Jourdan, Paris (XIVème),  le 28 juin.

Festival d’Avignon, Gymnase du lycée Saint-Joseph, les 5, 6, 7 et 8 juillet. T. : 04 90 14 14 14.

 

 

 

 

 

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