En ce temps-là l’amour… de Gilles Segal, mise en scène de Christophe Gand

En ce temps-là l’amour… de Gilles Segal, mise en scène de Christophe Gand

 

©Denis Koransky

©Denis Koransky

Le titre, simple, doux et nostalgique s’entend comme une invitation au passé… Z. vient d’être grand-père. Ému et face au temps qui passe, il se décide à enregistrer pour son fils, sur des bandes magnétiques, un souvenir gravé à jamais dans sa mémoire : sa rencontre avec un père et son jeune garçon dans un train. Il n’est pas nécessaire dans dire plus… Vous aurez la curiosité de découvrir ce rendez-vous imprévu, extravagant et terrible à la fois : «Et tout à coup, au milieu de ce merdier, j’entends, tout près de moi, une voix… je veux dire une voix normale ! »

Le texte, en partie autobiographique, est dense de théâtralité. La construction du drame, les personnages, l’espace-temps et le contexte historique de la fiction, constituent un matériau dramatique très riche. Christophe Gand s’est emparé de cette  pièce en respectant les didascalies au plus près.  Cela se passe dans un coin de l’atelier d’ horloger (métier de Z, à présent en  retraite), espace à vivre encombré par des dossiers  poussiéreux et des livres, un imper accroché au mur, cartons, ustensiles, pendules, réveils, quelques chaises… Et élément important, un magnétophone Revox installé sur une table en bois. Le choix musical varié mais pertinent et harmonieux, intervient judicieusement dans le spectacle comme pour dans ce train, ouvrir une fenêtre sur un ailleurs, un « autre part !», devenus hors d’atteinte. La bande-son procure au public ému, stupéfait, quelques instants de répit. Histoire de reprendre son souffle devant l’inimaginable et la folie, ici assassine ou/et merveilleuse qui parcourt le drame : -«Pa-pa, balbutiait-il tout bas. Pa-pa… Ce n’était pas un appel, pas une question. » (…) « Il semblait seulement écouter le son qui sortait de ses lèvres, s’émerveillant peut-être que cette syllabe si simple, si élémentaire, puisse signifier tant de choses. »

  Il y a en effet, à travers ce récit, dans ce qu’il a de plus glorieux, comme de plus diabolique, un face-à-face entre la vie et la mort exprimé avec une tension dramatique, étrange et déstabilisante. Ce contexte existentiel à fleur de peau renforce l’imaginaire, bouscule la pensée et interroge vivement notre conscience personnelle mais aussi l’actualité européenne, sociale et politique en ce XXI ème siècle. C’est une des qualités littéraires de la pièce qu’il serait intéressant, dans une volonté de modernité, de développer quant il s’agit de faire la faire passer sur le plateau.

Mais le travail de Christophe Gand, quoique peu inventif côté mise en scène, permet entre autres, de bien entendre le texte et l’attention du spectateur, touché par cette histoire incroyable, est au rendez-vous. Cependant le réalisme présent sur le plateau, la scénographie, l’interprétation de David Brécourt, seul en scène, parfois trop en force et à la limite du pathos malgré une belle et émouvante présence, nous laissent perplexes. « En ce temps-là l’amour… » demeure enfermé dans l’espace historique du XX ème siècle et de sa mémoire. Aucune puissance dionysiaque, aucun décalage poétique… Vu le drame qui nous est conté, cette absence de théâtralité, est très décevante.

Dommage de n’avoir pas conçu pour ce conte théâtral initiatique, émouvant, tragique, et d’une brûlante actualité, une mise en scène plus inventive et plus habitée poétiquement. Le train, l’homme, le jeune garçon et son père : mauvais rêve ou réalité ?

 Elisabeth Naud

Le spectacle a été joué au Théâtre du Coin de la lune, 24 rue Buffon, Avignon. T. : +33 04 90 39 87 29

Le texte est publié chez Lansman Editeur.

 


Archive pour juillet, 2019

On est sauvage comme on peut, création du collectif Greta Koetz

 

On est sauvage comme on peut, création du collectif Greta Koetz

Photo Dominique Houcmant

Photo Dominique Houcmant

Une belle surprise, produit d’une écriture collective qui casse les codes de la bienséance. Sans révéler le déroulé de cette “autodestruction dînatoire collective“, il faut féliciter Marie Bourin, Antoine Cogniaux, Sami et Thomas Dubot, Léa Romagny, pour leur folie et leur engagement total dans ce qui aurait pu être un repas cordial entre amis. «C’est notre manière à nous de changer d’air», dit l’un d’eux.

Après quelques échanges avec le public, le dîner commence tranquillement.  On y sert une cuisine préparée en direct sur le plateau et les convives se parlent amicalement de choses et d’autres mais avec peut-être trop de détails. On vante la beauté de Belle du Seigneur d’Albert Cohen offert par l’un des invités au maître de maison. On évoque un reportage exceptionnel sur les manchots de l’Antarctique… Mais le ver est dans le fruit et nous devinons que la soirée va se dégrader… pour notre plus grand plaisir. La bonne éducation de chacun va peu à peu s’effriter jusqu’à un délire collectif étonnant.

Nous avons tous probablement rêvé de casser les codes de la bienséance, lors de ces dîners de cons, Qui n’a pas imaginé que son hôte s’étrangle avec une cacahuète ? Qui n’a pas voulu embrasser, devant son mari, la parfaite maîtresse de maison ? Qui n’a pas eu envie de flanquer un coup de casserole sur la tête de son voisin de table ? La compagnie belge l’a réalisé, avec une justesse et une précision d’orfèvre. Tout ici s’enchaîne parfaitement pour  finir dans une apothéose jubilatoire qui rappelle une scène du film de Peter Greenaway,  Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant, sorti il y a trente ans. Une pièce qu’il faut voir absolument si cette troupe croise votre chemin.

Jean Couturier

Théâtre des Doms, 18 rue des Escaliers Sainte Anne, Avignon, jusqu’au 27 juillet.

 

Le reste, vous le connaissez par le cinéma de Martin Crimp, mise en scène de Daniel Jeanneteau

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

 

Festival d’Avignon  

 Le reste, vous le connaissez par le cinéma de Martin Crimp d’après Euripide, traduction de Philippe Djian, mise en scène de Daniel Jeanneteau

 Le metteur en scène avait déjà collaboré avec Martin Crimp en 2006 à l’Opéra- Bastille pour Into the little Hill, un opéra de George Benjamin (voir Le Théâtre du Blog). Il le retrouve avec cette pièce (2013) adaptée des Phéniciennes où Euripide revisite, au V ème siècle avant J.C., Les Sept contre Thèbes qu’Eschyle avait écrit cinquante ans  plus tôt. Il actualise le cycle d’Œdipe, en fonction d’une situation politique différente: Athènes, aux menées impérialistes, fomente une guerre civile dans le Péloponnèse. Ce conflit interminable entraînera l’effondrement de la civilisation attique. Pour introduire une critique de l’ordre dominant, l’auteur grec donne la parole à ces Phéniciennes, prisonnières étrangères en route pour Delphes et de passage à Thèbes.

Elles forment ici un chœur de lycéennes et Martin Crimp leur confie le soin d’introduire et commenter la tragédie : dans une vaste salle de classe en désordre, elles moquent  du savoir qu’on leur enseigne et de ces personnages antiques issus pour elles d’une histoire poussiéreuse. Sales gamines, elles vont bousculer les protagonistes, les corriger, les chahuter, les manipuler comme des pantins bavards et pitoyables, sortis des réserves du théâtre … Et Œdipe, présent/absent tout au long de la représentation, enfermé dans une cahute dominant le plateau, apparait à la fin, hirsute, grossier et grotesque…

 On connaît l’histoire : Œdipe s’est crevé les yeux quand il a découvert qu’il avait épousé sa mère Jocaste et qu’il avait tué son père Laïos. Il vit toujours à Thèbes, mais séquestré par ses fils Étéocle et Polynice. Jocaste assiste, impuissante, à la brouille de ses enfants, à la guerre fratricide qui s’ensuit et à leur duel meurtrier, en compagnie de sa fille Antigone. Puis se suicide. Le Roi Créon, frère de Jocaste -dont le petit garçon s’est offert en sacrifice mais en vain pour la paix-  se saisit du pouvoir et interdit à Antigone, au nom d’Étéocle, d’enterrer Polynice. Mais Antigone bravera le décret du Roi qui la bannit alors de la Cité, comme ainsi que son père et frère, Œdipe… Cette engeance incestueuse accouche d’un monde si monstrueux que nous n’avons envie de le décrypter…

 Martin Crimp, d’œuvre en œuvre, avec âpreté mais non sans humour, questionne la place de l’homme dans la société actuelle Ici, il s’attaque à ce mythe fondateur en écrivant directement à partir du grec ancien et, sur les pas de l’écrivain grec, met à distance les conflits dans cette famille perturbée comme le monde d’hier et d’aujourd’hui. Revue et corrigée par ces jeunes femmes mutines et irrévérencieuses, la tragédie prend un coup de jeune…

Depuis cette grande salle de classe dont elle renversent et brisent peu à peu le mobilier, elles s’adressent au public avec des questions ironiques, exposés scientifiques fantaisistes, devinettes absurdes… Étudiantes ou travailleuses, elles viennent de Gennevilliers et des alentours : «Leur rencontre a déterminé le projet, commente Daniel Jeanneteau, qui dirige  depuis 2017, le T2G à Gennevilliers. La pièce les intrigue et elles ont été sensibles aux personnages de ces Phéniciennes qui observent d’une manière critique et intelligente le Pouvoir et la société. Habillées selon les codes d’aujourd’hui, elle convoquent les figures du passé et elles leur demandent des comptes. »

 Ces filles ont de l’énergie à revendre mais parfois le procédé devient systématique et l’on peut s’en agacer. Par ailleurs, certains monologues portés par les acteurs, s’éternisent et ces deux heures trente paraissent un peu longues…  Mais Dominique Raymond sans pathos excelle en Jocaste, mère de cette famille maudite. Quentin Bouissou est un Étéocle décontracté, sûr de son bon droit et Jonathan Genet, un Polynice, tête brulée et vulnérable. Un jeu équilibré entre amateurs et professionnels, une scénographie simple et très lisible signée du metteur en scène et un espace sonore, conçu en temps réel par le compositeur Olivier Pasquet et l’ingénieur Sylvain Cadars, venus de l’I.R.C.A.M., mettent en valeur à cette nouvelle lecture, jamais dénuée d’ironie, du célèbre mythe.

 Mireille Davidovici

Création présentée du 16 au 22 juillet au Gymnase du lycée Aubanel, Avignon.

Du 9 janvier au 1er février, Théâtre de Gennevilliers  et du 7 au 15 février, Théâtre National de Strasbourg.
Du 10 au 14 mars, Théâtre du Nord, Lille et les 20 et 21 mars, Théâtre de Lorient.

Le texte est publié chez L’Arche éditeur.

 

Macbeth philosophe, texte de William Shakespeare, traduction et adaptation et mise en scène d’Olivier Py

Festival d’Avignon

 

Macbeth philosophe d’après William Shakespeare, traduction et adaptation et mise en scène d’Olivier Py

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Le Festival d’Avignon développe un partenariat avec le Centre pénitentiaire Avignon-Le Pontet et depuis cinq ans un atelier de création dirigé par Olivier Py, avec Enzo Verdet. L’an dernier, avec Antigone, ils ont pu jouer hors les murs de la prison (voir Le Théâtre du Blog).
Sur cinq ans, une soixantaine de détenus en longue peine auront suivi cet atelier. Cette  fois, les participants ont choisi de retourner à Shakespeare et Olivier Py leur a écrit une adaptation sur mesure, en réduisant le texte à l’essentiel : « Dans Macbeth, dit-il, il y a beaucoup de scènes décoratives dont on se passe aisément pour entrer dans le cœur du drame, dans l’intériorité et la mystique du crime. » Il choisi une métrique rythmée, et privilégié le dodécasyllabe qui donne du nerf et de la rapidité à la langue. Sa traduction, d’une poésie rêche, regorge d’images concrètes, fidèles à l’original anglais, et dont s’emparent facilement les huit acteurs : «Mon action n’est pas sociale, elle est une recherche artistique, précise le metteur en scène. Avec ces acteurs, je tente une esthétique du jeu où la parole est vitale, où les sentiments sont exacerbés. Tout est joué à pleine voix. »

Pour le dramaturge : « Au théâtre les mots deviennent des actes » Christian, Mohamed, Mourad, Olivier, Philippe, Redwane, Samir et Youssef, pris dans la dynamique des mots – se lancent le texte d’un côté à l’autre de la salle dans un dispositif bi-frontral, avec un praticable au centre et un praticable de part et d’autre. Aucun temps mort: dès la prophétie des Sorcières, présentées comme des fantômes, les crimes se décident et se commettent : « Ce qui est fait est fait (…) Qu’est-il de plus puissant au monde que le destin. »

Pris dans l’engrenage, Macbeth semble ne plus s’appartenir, jouet d’un destin qui le pousse à tuer pour conquérir le pouvoir. Tout va très vite, mais au milieu de la machine infernale qu’il déclenche, il s’interroge. « Ce qui m’a frappé dans le texte original, dit Olivier Py, c’est à quel point Macbeth est philosophe et poète. » Il a voulu privilégier cet aspect de la pièce, comme son titre l’indique. Mais on a parfois du mal à suivre les péripéties du drame, tant Macbeth, se plait à commenter son sort:  «Le loup a remplacé le cri de nos horloges/La terre est immobile sourde à mon passage/ Et mon destin en marche laisse les pierres muettes. (…) La vie est un trésor que j’ai donné au Diable.»

 Dans la pièce, le temps est sorti de ses gonds, le monde se brouille : « Viens nuit aux yeux crevés/déchire le grand lien qui unit toute chose/les monstres de la nuit vont dévorer leur proie/ le mal conduit le mal rien ne peut l’arrêter. » Lady Macbeth devient ici un double du héros : son âme damnée, puis sa conscience démente dans la fameuse scène où elle lave ses mains sanglantes  : « Mes mains pleines de sang, elles me crèvent les yeux/L’océan ne peut laver ces mains tachées de sang/C’est le sang qui rougirait la mer. »

Les crimes de Macbeth ont bouleversé l’ordre naturel des choses : « Dans la nuit de la nuit il n’y a que le mal (…) C’est la fin de l’histoire et de l’humanité » Les victimes de Macbeth puis les rebelles conduits par Mac Duff paraissent dans cette adaptation, des faire-valoir, des spectres de sa peur. Ici point de forêt en marche non plus, mais des mots pour le dire. Et enfin, le triomphe de Malcolm, légitime héritier au trône, couronné par Mac Duff : «Voici un jour nouveau pour la liberté ! », s’exclame ce dernier. Ces mots résonnent de manière singulière, dits par ces hommes sortis pour quelques jours de leur cellule. «Le théâtre pour nous, c’est une façon d’occuper la détention, de s’évader par les mots », confie l’un d’eux, à l’issue de la représentation.

 On retiendra de ce spectacle la force de l’interprétation, qui donne toute sa mesure à la traduction imagée et à la mise en scène tonique d’Olivier Py. William Shakespeare, dramaturge inépuisable, parle encore à chacun d’entre nous et surtout quand il est porté par ces personnes privées de liberté. Ce Macbeth philosophe nous ouvre aussi les yeux sur la situation carcérale :  » Dans les prisons d’arrêt, la surpopulation a fini par rendre les conditions de détention inhumaines. Il y a quelque 70. 000 détenus en France et c’est le record de notre histoire », souligne le directeur du Festival. Pour certains d’entre eux, le théâtre est un moyen d’évasion.

 Mireille Davidovici

Spectacle joué à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, du 16 au 19 juillet.

 

Off the Wall, mise en scène de Bruno Cadillon, Gilbert Epron, Emmanuel Faventines, Maëlle Koenig et Danielle Marty

Off the Wall (Au Pied du mur), mise en scène de Bruno Cadillon, Gilbert Epron, Emmanuel Faventines, Maëlle Koenig et Danielle Marty

 davLauréate de l’appel aux projets européens Créative Europe et donc partenaire de l’aventure Maurerspringer (voir Le Théâtre du Blog),  la compagnie du Hasard ira aussi jouer son spectacle cet été à Bielefeld (Allemagne) et Faenza (Italie).  La famille Martin vit une existence heureuse et bien réglée dans un pavillon, près de la frontière qui sépare Ici et Ailleurs. Mais le mur représentant cette frontière avance et se rapproche de plus en plus. D’abord au fond du jardin, puis au milieu de la maison, avec un douanier au début sympathique, à la fin… beaucoup moins. La famille Martin va devoir faire  avec… Martha, la mère, Vicky, la fille partent travailler pendant que  le père veille sur la maison. « Nul ne se doute que ce jour est leur dernier jour de bonheur ! »

Le père se recouche mais deux flics débarquent et lui proposent de l’argent qu’il accepte tout réjoui. Mais ils installent dans la maison des grilles et des barbelés, ainsi qu’un checkpoint…Les femmes reviennent, désagréablement surprises, mais le père leur montre l’argent que la mère va cacher. On entend des hurlements de chien inquiétants dans ce spectacle sans aucune parole articulée. Le père va se recoucher mais les flics reviennent et offrent à nouveau de l’argent qu’il accepte. Ils murent le lit de la fille qui ne peut plus aller dans la chambre des parents. A nouveau, hurlements de chiens et coups de fusil.

Les flics ont maintenant entièrement séparé les deux parties de la maison et accrochent sur la grille des portraits de la famille. Un soldat reste là avec son fusil, se couche dans le lit du père qui ne se lève pas, quand le réveil sonne. Toute la famille va frapper à la grille. Un soldat porte une malle, en sort des bouquets et un tableau qui représente des fusils croisés coiffés d’un chapeau. Il danse avec un couteau, installe un feu tricolore sur la grille et enlace le père. On met le couvert mais la fille l’enlève. Bagarre entre la fille et le soldat, et les femmes partent. Les soldats démolissent toute la maison. La fille armée d’une mitraillette leur tire dessus. Tout le monde est mort !

A la fois burlesque et terriblement inquiétant, ce spectacle sans paroles, bien interprété par les créateurs-metteurs en scène, préfigure ce qui pourrait bien survenir dans nos sociétés de surveillance où la plupart des rapports humains sont à l’abandon.

Edith Rappoport

Théâtre du Grand Orme, 1 bis rue de l’Orme, Feings (Loire), le 22 juillet.

 

« Sans diffusion des spectacles, pas de culture pour tous ! », Pétition du SNES. Festival d’Avignon 2019

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Festival d’Avignon

Sans diffusion des spectacles, pas de culture pour tous ! une pétition du S.N.E.S.

 Avignon: un des plus importants rendez-vous internationaux de théâtre et un vaste paysage artistique qui, dans le in et le off, accueille aussi bien des créations que des spectacles en tournée, et reste incontournable pour les artistes comme pour le public… Investir la scène et prendre la parole, en liberté, est un des visages essentiels de ce moment exceptionnel.

Cette année encore, grand succès et qualité du programme du off, sans cesse grandissants. Il y en a pour tous les goûts et tous les âges. Les compagnies, producteurs et diffuseurs, trouvent ici une belle opportunité de lancement pour les spectacles. Cette manifestation, populaire, poétique et festive (pour combien de temps encore?) propose aussi : tables rondes, séminaires, conférences de presse etc…. In et Off confondus.

L’événement de renommée mondiale offre un espace ouvert pour agir et il doit le rester.  Établir un état des lieux de la profession, entendre ses désirs, inquiétudes, et revendications dont certaines urgentes, contribuent à la vivacité du festival et à sa dimension éthique et politique . Par exemple et entre autre, l’acte notable  de soutenir davantage les Scènes Nationales qui emploient 2.000 permanents par an et 6.000 tout type de contrats inclus, et qui sont fragilisées comme d’autres maisons plus modestes à vocation culturelle. Et cela depuis une dizaine d’années… L’État comme les Collectivités sont en effet soumis à une pression budgétaire. Qui en pâtit en première ligne ? l’artistique !

Parmi les demandes et propositions d’actions politiques et économiques, l’une d’entre elles, vitale, à l’initiative du  S.N.E.S. (Syndicat national des entrepreneurs de spectacles) et de ses adhérents. Bien présent à Avignon, avec quelque 188 spectacles dans cinquante-cinq théâtres, il n’a pas baissé les bras, face à une situation préoccupante !

Le  S.N.E.S., «afin d’améliorer la circulation des spectacles sur tous les territoires » demande au Gouvernement et au Ministre de la Culture, Franck Riester, la mise en place d’une aide à l’emploi, pour les spectacles en diffusion nationale et internationale dans le cadre du F.O.N.P.E.P.S. ( Fonds national pour l’emploi pérenne dans le spectacle).

Revendication pour la Culture dans la France urbaine et rurale agricole, et  une ouverture possible à l’International. Ce n’est pas rien. Et ce serait de mauvaise foi que de ne pas reconnaître la circulation des spectacles comme un Devoir. Il en va de la vie et de la rentabilité d’une création comme et de sa rencontre avec les publics les plus divers. Il en va d’un geste obligé  pour une culture exigeante et non de divertissement mercantile. Mais les artistes et directeurs de lieux, diffuseurs, producteurs sont de plus en plus à court de moyens pour se permettre d’envisager dignement des tournées en France et à l’étranger. Situation plus qu’embarrassante, et souvent, et de plus en plus,  à cause du manque d’argent public. En effet, l’œuvre une fois créée et représentée, sans lendemain possible et avec un déficit financier, se recroqueville dans sa coquille. Résignée, la compagnie signe avant l’heure, la fin de l’existence de son spectacle. Comme revendiquée dans la pétition, l’aide à l’emploi reste indispensable pour l’essor de la création artistique, comme pour le maintien primordial du lien étroit et précieux entre Éducation et Art. En ces périodes de tensions sociales et politiques, il est temps enfin de cesser de baisser les yeux et de préserver ces places de vie.

Le S.N.E.S. a fait en ce festival 2019, un geste civique fort pour rendre possible et dignement, l’existence d’un art on ne peut plus sensible aux bruissements du monde. Sans tournée, point de diffusion ! À travers ce constat, se pose une question majeure, pour le théâtre en général et l’accomplissement politique et éthique d’«une culture populaire et pour tous ». Impératif exigé par Jean Vilar, gravé à jamais dans les mémoires de tous les  passionnés d’art vivant et dans le respect du festival d’Avignon ! Cette année, comme un fait exprès, les saltimbanques dans les rues et les places se faisaient  plus rares…

Elisabeth Naud

https://www.change.org/p/m-franck-riester-ministre-de-la-culture-sans-diffusion-des-spectacles-pas-de-culture-pour-tous

Granma. Les Trombones de La Havane mise en scène de Stefan Kaegi

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Festival d’Avigon

Granma. Les Trombones de La Havane mise en scène de Stefan Kaegi, (en espagnol, surtitré en français et en anglais)

Membre fondateur de Rimini Protokoll, un collectif berlinois né en 2000, le metteur en scène suisse invente, avec des “non acteurs“ qu’il nomme « les experts du quotidien », un théâtre documentaire qui interroge le réel en interaction avec le public. Nous avions été impressionnés par la magnifique et sombre approche de la mort de son Nachlass (voir Le Théâtre du Blog). Ici, le sujet est plus vivant : la révolution cubaine vue par les petits-enfants de ceux qui l’ont faite. Milagro Álvarez-Leliebre, Daniel Cruces-Pérez, Christian Paneque-Moreda, Diana Sainz-Mena vivent à La Havane et nous racontent cette épopée à l’aune des récits de leurs parents et grands-parents, à l’aide de documents, vidéos et photos personnels. En contrepoint, des images d’actualité  sont projetées sur le mur du cloître des Carmes: prise d’otage du coureur automobile Fangio par les rebelles ; crise de la Baie des Cochons ou fuite des Cubains en Floride… « Cette collusion entre fiction et réel est importante pour moi qui viens du journalisme, précise Stefan Kaegi. Mon travail explore des situations particulières dans un dispositif fictionnel plus immédiat.» Pour ce projet, Rimini Protokoll a choisi quatre récits de jeunes gens, parmi soixante personnes auditionnées à La Havane.

Ces témoins actifs interviennent individuellement et leurs paroles croisées constituent une fresque contrastée, pleine de bonne humeur et d’humour. Ensemble, ils forment aussi un quartet musical qui ponctue le spectacle. Diana, trente ans, petite fille d’un célèbre chanteur cubain a enseigné le trombone à ses partenaires en suivant le modèle des micro-brigades : une personne transmet son savoir-faire aux autres. Ce qui, à Cuba, a permis aux gens de construire leurs immeubles collectifs. Le compositeur Ari Benjamin Meyers a conçu pour le spectacle une partition s’inspirant des airs militaires et patriotiques cubains. Dans cette ambiance festive, les protagonistes nous font part de leur vécu à partir les souvenirs de leurs parents et grands-parents, suivant la chronologie des événements : des prémices de la Révolution à aujourd’hui. Et ils concluent par leurs propres points de vue sur le présent et le futur de l’île…

Christian, vingt-quatre ans, présente son grand-père qui s’est illustré dans l’armée lors de l’invasion de la Baie des Cochons et des soulèvements anti-coloniaux en Angola. Convoqué dans une vidéo, l’ex-militaire nous donne son opinion, mitigée, mais reste fidèle à ses idéaux. Nous montrant les médailles de son aïeul, Christian estime la récompense bien mince… Daniel, trente-deux ans, a grandi avec son grand-père, Faustino Pérez, organisateur du transport d’un commando de révolutionnaires du Mexique à Cuba, à bord du navire Granma, puis Ministre de la récupération des biens. Proche du penseur José Martí, il a été déçu par les orientations prises par Fidel Castro et s’est éloigné de la politique. Milagro, vingt-cinq ans, diplômée en histoire, descend d’une famille d’esclaves jamaïcains et vit dans la maison de sa grand-mère qui tombe en ruines. La réplique du sol de leur appartement tapisse le plateau du théâtre. Malgré les difficultés que le pays a traversées, elle défend les acquis de la révolution cubaine, comme l’éducation gratuite qui lui a permis d’entrer à l’université.

Ce spectacle dynamique et intelligent, promis à une belle carrière, dresse un bilan nuancé de ces événements qui ont fortement interrogé la jeunesse mondiale dans les années soixante et soixante-dix et continuent à poser la question d’un possible socialisme, à l’heure où les gauches s’effondrent. «Dans Granma. Les Trombones de La Havane, ce sont autant la révolution cubaine que les espoirs qu’elle a nourris en Europe qui m’intéressent, dit le metteur en scène. » C’est pourquoi il montre des images de mai 1968 à Paris, de l’invasion des chars russes à Prague la même année, et de la chute du mur de Berlin en 1989. « Cette pièce, dit-il, regarde la façon dont les Cubains s’emparent aujourd’hui des idéaux d’une révolution vieille de soixante ans pour construire le monde de demain. Qu’avons-nous à en apprendre? C’est aux spectateurs de répondre! » Mais peut-on encore rêver ? se demande-t-on à l’issue de la représentation.

Mireille Davidovici

Spectacle joué au Cloître de Carmes, du 18 au 23 juillet, Avignon

Le 22 août,Theaterspektakel, Zurich (Suisse).
Le 13 septembre, Festival de La Bâtie, Genève (Suisse), le 21 septembre, Teatro Metastasio, Prato et le 29 septembre, Lugano InScena, Lugano (Italie).
Les 3 et 4 octobre, Maxim Gorki Theater, Berlin (Allemagne) ; les 9 et 10 octobre, Vitoria International Theatre Festival, Vitoria-Gasteiz ( Espagne).
Du 11 au 23 novembre, Münchner Kammerspiel, Munich (Allemagne); les 29 et 30 novembre, Hellerau, Dresde (Allemagne.
Du 4 au 8 décembre, Théâtre de la Commune, Auberviliers (Seine-Saint-Denis)/ Festival d’Automne de Paris ; du 19 au 21 décembre, Onassis Cultural Centre, Athènes (Grèce)  et les 27 et 28 décembre Maxim Gorki Theater, Berlin (Allemagne)

 

Outwitting the Devil, chorégraphie d’Akram Khan

Festival d’Avignon  

 Outwitting the Devil, chorégraphie d’Akram Khan

©Jean Couturier

©Jean Couturier

 Akram Khan, né à Londres il y a quarante cinq dans une famille bangladaise,  a été formé dès l’enfance au kathak, danse traditionnelle indienne et,  à treize ans, il joue dans le mythique Mahâbhârata de Peter Brook. Danseur et chorégraphe, il fonde sa compagnie en 2.000, et a collaboré avec Sidi Larbi Cherkaoui, Sylvie Guillem, Juliette Binoche, Anish Kapoor… Il est invité pour la première fois au festival d’Avignon, dans cette Cour d’Honneur, chargée d’histoire et peuplée de fantômes. Et qu’il n’avait connue auparavant qu’en spectateur… Au Théâtre Golovine à Avignon, J’habite une blessure sacrée pourrait être l’image prémonitoire de l’accident survenu au lendemain de la première d’Outwitting the Devil, (Tromper le diable) : un titre prémonitoire… Andrew Pan s’est en effet rompu le tendon d’Achille pendant une représentation. Le directeur des répétitions, Mavin Khoo, a repris le rôle en une nuit et une journée.

 En 1987, Antoine Vitez, avec Le Soulier de Satin de Paul Claudel, avait invité la Vierge. Aujourd’hui, c’est le Malin, «un diable  purement humain» selon le chorégraphe : «Il évoque l’avidité, les mauvais traitements que nous faisons subir à notre environnement, l’épuisement des ressources, la faim…» La scénographie de Tom Scutt, les lumières sépulcrales d’Aideen Malone et la musique de Vincenzo Lamagna: un déluge sonore de pluie et d’incendie, illustrent les désordres de la nature…  Au sol, gisent des fragments de bois calcinés des fenêtres de la Cour d’Honneur derrière lesquelles apparaissent des fumées.

 Inspirée de La Cène de Léonard de Vinci et de l’épopée de Gilgamesh, la pièce est un manifeste contre la destruction inéluctable de notre monde par l’homme. Dominique Petit, un danseur de soixante-quatre ans, énumère des noms d’animaux en voie de disparition : tigre, gazelle, orang-outang, etc. Lui et Sam Pratt ressemblent à des dieux grecs, mi-hommes, mi-démons mais tous les interprètes sont exceptionnels: Ching-Ying Chien et James Vu Anh Pham déploient une féroce animalité, l’Indienne Mythili Prakash a une présence plus rassurante et Mavin Khoo apporte toute sa fragilité. Ce spectacle d’une heure vingt, sous forme d’ultime rituel, rassemble spectateurs et artistes pour protester contre  la technologie envahissante et nous faire réfléchir sur notre destinée.  A voir absolument.           

 Jean Couturier.

Le spectacle a été présenté  dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, Avignon, jusqu’au 21 juillet

Théâtre de la Ville au 13 eme Art, Place d’Italie, Paris (XIII ème), du 10 au 20 septembre.

La Brèche de Naomi Wallace, traduction de Dominique Hollier, mise en scène de Tommy Milliot

 

Festival d’Avignon

La Brèche de Naomi Wallace, traduction de Dominique Hollier, mise en scène de Tommy Milliot

 Après Au Pont de Pope Lick, puis à la Comédie-Française, Une Puce (épargnez-la)  (voir Le Théâtre du Blog), on retrouve avec plaisir le monde et l’écriture tendue et réaliste de l’autrice américaine qui nous transporte en 1977 dans l’entresol d’une quelconque maison de banlieue.

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Frayne et Hoke, lycéens, rendent visite à Jade (dix-sept ans), une jeune fille au caractère affirmé et à son frère, Acton, gringalet de quatorze ans, orphelins d’un père mort dans un accident de travail et qui entretiennent une relation fusionnelle avec leur mère. Les deux garçons, plus costauds qu’Acton, s’engagent à protéger leur camarade de classe, brillant à l’école mais victime de harcèlement. Pour cela les trois adolescents établissent un pacte qui se retournera contre la sœur et son petit frère, comme on l’apprend quatorze ans plus tard… Frayne, Hoke et Jade se revoient à l’occasion de l’incinération d’Acton qui s’est suicidé en se jetant d’un pont. Un jeu qu’il pratiquait souvent pour rire avec sa sœur, afin d’exorciser la mort du père tombé d’un échafaudage.

 La pièce qui se déroule sur deux époques, sera interprétée alternativement par quatre jeunes acteurs et trois autres plus matures. Avec des allers et retours temporels : le drame ainsi suspendu se révèle au fur et à mesure et on en voit mieux les tenants et aboutissants. On mesure aussi les  comportements d’adolescents irresponsables… Le titre anglais: The Mc Alpine Spillway ( Le Déversoir de Mc Alpine)  fait allusion au trop plein d’un barrage et renvoie au bouillonnement intérieur qui mènera Frayne et Hoke, bridés par une éducation bien pensante, à commettre l’irréparable. Naomi Wallace dénonce au passage un société inégalitaire, via la différence de classe entre Jade et Acton, et Hoke, le fils du patron d’une firme pharmaceutique … Ici, cette industrie en prend  pour son grade et ce qui explique peut-être pourquoi la pièce n’est pas été montée aux Etats-Unis à ce jour…

 Tommy Milliot, grâce à une bonne direction d’acteurs, a su donner à l’œuvre toute sa profondeur et a évité de glisser vers le psychologique. On retrouve le style minimaliste de son premier spectacle, Lotissement de Frédéric Vossier, prix du festival Impatience 2016. Pour aller à l’essence du texte et mettre en valeur les conflits, il a  imaginé une scénographie dépouillée : une dalle en béton figure le sous-sol de la maison, champ de bataille pour affrontements entre personnages. Faiblement éclairé par des rampes fluo, l’espace souvent obscur, permet de passer d’une époque à l’autre ou de les superposer, en faisant coexister les gens d’hier et ceux d’aujourd’hui.

 Les glissements temporels sont indiqués par l’alternance des acteurs, les chansons et le style des costumes. Ce «quelque part», une petite ville «possiblement du Kentucky» d’où est originaire Naomi Wallace, devient alors n’importe quelle cité de banlieue.  Dans ce drame où l’autrice ne prétend pas se faire l’étendard d’une cause, on peut lire bien des histoires qui défrayent la chronique des faits divers et l’affaire Weinstein est passée par là. Tommy Milliot, avec sa compagnie marseillaise Man Haast créée en 2014, souhaite mettre en scène des pièces d’auteurs vivants. Il a  raison: ils sont nombreux à porter un regard aigu sur le monde, comme Naomi Wallace dont il a su mettre en scène cette pièce avec subtilité. En janvier 2020, il réalisera Massacre de l’autrice catalane Llïusa Cunillé à la Comédie-Française.

 Mireille Davidovici

Le spectacle a  été joué du 17 au 23 juillet, au gymnase du lycée Mistral, boulevard Raspail, Avignon.

 

 

Festival de Mulhouse La Belle escorte,un rituel collectif de la Folie Kilomètre, en cours de création

Festival de Mulhouse

La Belle escorte, un rituel collectif de la Folie Kilomètre, en cours de création

AEFDC492-6905-47A0-B57F-BFDFC433DC0ABasé à Marseille, ce collectif de création en espace public fondé en 2011, regroupe une quinzaine d’artistes du spectacle, des arts plastiques et des aménageurs du territoire. Il se propose de faire dialoguer les espaces avec un regard sensible sur nos environnements et ses interventions en milieu urbain sont des expériences à vivre, plus que des représentations…

Armés de gonfalons, étendards, banderoles et d’un dragon, nous sommes plusieurs centaines à parcourir les rues de Mulhouse sur plusieurs kilomètres, pendant plus de trois heures. Curieusement, nous ne croisons personne, la ville semble déserte et bien peu de fenêtres s’ouvrent pour regarder notre  longue cohorte hérissée de pancartes. La  création visuelle est signée Formes Vives.

Quatre étapes à franchir : 1- « Affluez » 2- » Débordez pour réveiller le squelette endormi : vous participez à l’énergie déployée en tournant sur vous mêmes, profitez de ce nouveau paysage transformé en travelling à 360°. » 3- « Nous sommes dans l’œil du cyclone : appelés par l’espace scintillant, vous initiez le grand tourbillon qui emporte tout sur son passage. En faire le tour puis y rentrer, afin que cet espace se remplisse de la foule. » 4- « Nous sommes arrivés : « Habitez les horizons du paysage qui s’assemblent. Placez votre effigie à un emplacement correspondant à votre couleur de référence. »

Nous sommes arrivés devant un étrange Opus avec de nombreux stands où des artistes de rue Marion Bottaro, Marie-Yvonne Capdeville, Madeleine Carroyée, Létitia Delots, Guillaume Dufleid, Alice Faravel, Jérémie Garniaux, Claire Malvot, Arnaud Poupin, Julien Rodriguez et Elsa Vanzande, débitent leur boniment. Cette intervention de l’équipe de Mulhouse viendra se mêler à d’autres  l’an prochain lors d’un prochain festival.

Edith Rappoport

La Folie Kilomètre, 14 boulevard Guigues, 13015 Marseille. T. : 09 54 89 34 74

 

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