Festival d’Avignon À Plein Gaz de Serge Valetti, mise en scène d’Alain Timar

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À Plein Gaz de Serge Valetti, mise en scène d’Alain Timar

4ABB1EF1-F464-437E-AA5F-ACCF1EED13A3Écrire sur les petits: l’acteur Serge Valetti a joué Shakespeare et les rois, et l’auteur Serge Valetti a eu envie de regarder  par l’autre bout de la lorgnette. Avec la touchante Maryse de Marys’ à minuit  (Martine Thinière) mise en scène par Catherine Marnas ou avec la non moins touchante héroïne de Pour Bobby, celle qui « peut le faire »  (Charlotte Adrien dirigée par Alain Timar). Ces filles se dépatouillent, se débrouillent et ne lâchent rien, modestes et obstinées.

L’homme d’À Plein Gaz: Nicolas Geny, également mis en scène par Alain Timar -, est plus tourmenté et plus terne à la fois. Le travail en trois huit, la brutalité qui monte contre sa femme, l’enfant, le crime et les rêves de gangster pour compenser… Tout, ça, c’est une destinée normale? L’homme fera-t-il sauter le chapiteau et le public avec sa bouteille de gaz ? À vrai dire, on n’y croit pas trop. 

Nicolas Geny, habitué du Théâtre du Chien qui fume à Avignon, sait donner quelque chose d’inquiétant et de malheureux dans le regard, mais il reste sur cette seule tonalité. On ne sait pas si cela tient au texte : une nouvelle donc pas forcément faite pour le théâtre. Mais enfin Valetti est Valetti et son écriture populaire et raffinée mérite toujours d’être écoutée avec attention. Du 10 au 20 juillet, le public va pouvoir se régaler avec une série de lectures données par les metteurs en scène présents au Théâtre des Halles et une belle brochette de grands comédiens. Il y aura aussi un entretien avec l’auteur et le critique Gilles Costaz.

Christine Friedel

Valetti Circus, Théâtre des Halles, Avignon, jusqu’au 28 juillet. T. : 04 32 76 24 51.


Archive pour 7 juillet, 2019

Festival d’Avignon Le Massacre du Printemps, texte et mise en scène d’Elsa Granat

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Le Massacre du Printemps, texte et mise en scène d’Elsa Granat

D’un bout à l’autre de sa vie, comment faire ? De l’attente d’un bébé, jusqu’à la mort de la grand-mère, ou du père, ou de la mère, comment s’en sortir vivante ? Ce spectacle créé il y a deux ans au Studio d’Alfortville où Elsa Granat faisait partie de la troupe des Tchekhov montés par Christian Benedetti.

Cette pièce est un patchwork d’émotions, souvenirs, révoltes et rencontres.  Comment faire, lorsque l’oncologue ne parle au mourant que “protocole “, “décharge“, “accord“, “institution“ ? Comment faire, quand c’est ma grand-mère à moi, la seule qui sait vraiment m’aimer, qui s’en va comme ça, dans la souffrance, avec ces “effets secondaires ». Lesquels ne sont, bien sûr, pas traités en priorité ? Et cette infirmière chanteuse, comment tient-elle le coup?

Elsa Granat et son équipe donnent toute leur attention aux émotions de la vie,  y compris chez l‘oncologue obligée de les nier avec une telle force qu’elle en tombe en syncope… Une écriture morcelée, inégale, un peu énigmatique mais avec de jolis moments de poésie : comme la vie elle-même, on dira, où le sort de tous concerne chacun.

La scénographie est de la même eau: suggestive, ludique –ça commence par les restes d’une fête d’anniversaire- et représente sans montrer. On appréciera particulièrement le jeu culotté des comédiennes, sœurs de tourments et de sourire et l’intervention du son comme éveilleur de mémoire. Un moment délicat, même si le titre tire un peu fort sur la corde du jeu de mots.

Christine Friedel

Théâtre du Train Bleu,  40 rue Paul Sain, Avignon à 11 h 50.

Paysage Intérieur Brut de Marie Dilasser mise en scène de Blandine Pélissier

Paysage Intérieur Brut de Marie Dilasser, mise en scène de Blandine Pélissier

 52C72727-B5AD-4629-BF58-550DFF8F3903Le Théâtre de la folle pensée à Saint-Brieuc a commandé une série de créations Portraits avec paysage, un feuilleton de formes et d’histoires. Règle du jeu: l’autrice doit choisir une personne et un paysage, entre en communication avec la première, en vue de réaliser son portrait qui s’inscrit «dans un environnement physique et matériel, dans un rapport précis avec des êtres, des objets, des matières, des formes, des mots, des idées… »

Dans une petite salle de classe,  nous sommes conviés à entendre l’évocation singulière d’une Bretagne intérieure, avec routes,  bocages, taillis et champs de maïs. Les oiseaux volent haut au-dessus des fils électriques, complices d’un gracieux paysage verdoyant  de talus et chemins creux mais aussi de grandes cultures et pâturages.

Un troupeau de charolaises  à la robe blanche et à la belle corpulence  sont les protagonistes du texte dramatique de Marie Dilasser, des sortes d’allégories de la condition humaine, et en l’occurrence, des métaphores à rebours de ce que l’être humain ne doit pas représenter. .. Comme la vanité de celui qui se croit le plus fort, celle de ces petits patrons locaux qui font la pluie et le beau temps et abusent de leurs employés. Mais ce paysage extérieur et ce regard intérieur procèdent d’un point de vue bien particulier, celui d’une héroïne qui s’ignore, la bien-vivante et joyeuse Bernadette. Avec sa caisse, elle sillonne la région et décrit ce qui l’entoure et nous livre ses états d’âme.

Elle nous raconte sa vie et celle de ses proches, tente de se reconstruire après une tentative de suicide et une dépression suite à la perte de son emploi, le triste résultat d’un harcèlement de  Rotrou son patron.. Elle s’ennuie dans la ferme avec son  grand couloir en L où elle vit avec son mari, Joël et ses deux garçons et se sent blessée et anéantie par l’injustice sociale. On sent que les vaches dont il  s’occupe sont autant de signes vivants qui auront quelque chose à voir avec le destin de Rotrou, tyrannique et stupide. Tout en préparant ses fameuses patates à l’eau, Bernadette joue à se métamorphoser, passant d’un rôle à l’autre, pour tromper son immense lassitude.

Dans la mise en scène de Blandine Pélissier, l’héroïne devient tour à tour son chien Rumex, son mari Joël, paysan et spécialiste de génétique bovine, sa mère, Anna qui perd la raison et se promène sur les routes la nuit pour revoir son ancienne maison. Or, elle-même se sent menacée par les séjours qu’elle a faits à l’hôpital psychiatrique de Plouguernevel. Endormie par l’abus de Lexomil, elle ne se réveille qu’au son  des sirènes car elle est devenue pompière bénévole.

Renversement de situation, Rotrou, ancien bourreau de Bernadette, va devenir sa victime : elle le voit en bœuf ouvert, accroché au lustre, prêt à être dépecé. Cette sorte de Monsieur Loyal de la modernité et du consumérisme, bœuf blanc fantomatique et accroché en croix , aspire par le cul des tas de vieilleries qu’il recrache en objets modernes de nos temps indignes.

Cette aventure onirique  est issue du compagnonnage de Marie Dilasser, Blandine Pélissier et la comédienne Line Wiblé: œil facétieux, humour, distance et ironie, qui mène son monde avec brio. Elle s’amuse et dit son fait au public, forte d’un point de vue politique que  cette écriture à la belle prose poétique fait s’envoler encore davantage…

Véronique Hotte

Présence Pasteur, Lycée Pasteur, 13 rue du Pont Trouca, Avignon jusqu’ au 27 juillet (relâche les 7, 14 et 21). T. : 04 32 74 18 54.

Le texte est publié chez Quartett Editions.

 

 

 

5èmes Hurlants conception et mise en scène de Raphaëlle Boitel

 

5 èmes Hurlants, conception et mise en scène de Raphaëlle Boitel

©Sophian_RIDEL

©Sophian_RIDEL

 Cinq, comme les cinq doigts de la main, compères de scène, soumis à la dure discipline du cirque, les artistes se déploient, bon gré mal gré, sous des projecteurs manipulés à vue par deux régisseurs, partie prenante du spectacle. Il faut bien y aller car le public attend. Mais ce n’est pas si facile : sur son câble de fer, Loïc Leviel s’avère un piètre funambule, paralysé par la peur, devant un agrès qui vibre comme animé d’une vie propre. A force de persévérance, et malgré les moqueries de ses partenaires, il réussira plus que brillamment. Et la musique vient souligner son exploit. Le ton est donné. Nous ne verrons pas une enfilade de performances mais nous serons plongés pendant une heure dans l’ambiance d’un travail en cours : répétition ou captation d’une spectacle, avec des temps forts et des pauses.

 «En contradiction avec le caractère soliste des numéros de cirque traditionnels, dit Raphaëlle Boitel, j’ai souhaité évoquer l’importance de la force du groupe, la solidarité, l’entraide, l’amour.» Aujourd’hui metteuse en scène et, parallèlement, chorégraphe pour l’opéra, elle n’a pas oublié les souffrances et contraintes physiques du métier pour avoir suivi la rude école d’Annie Fratellini, puis travaillé avec James Thierrée notamment dans La Symphonie du Hanneton et La Veillée des Abysses. Créé en 2015, ce spectacle rend hommage au cirque et « montre l’envers du décor, l’entraînement, qui occupe  90% de leur vie et abime leurs chairs ». 

Ici, les différents agrès semblent être les partenaires ambigus des artistes, à la fois supports de leur travail et instruments de torture comme cet impressionnant «spider » une toile d’araignée à cinq cordes entrecroisées où Clara Henry se débat tout en dansant dans les hauteurs. Plus poétique sous les lumières, un cerceau reçoit le gracieux numéro de contorsions aériennes de Julieta Salz, mais au bout de ses sangles, Salvo Cappello a les poignets meurtris. Quant à Alejandro Escobedo, même sans ses balles, il devient un forcené du jonglage…

Ils glissent,  tombent, se relèvent, mais tous finissent par trouver l’équilibre… Illustrant les lignes bien connues de Nicolas Boileau: «Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage/ Polissez-le sans cesse, et le repolissez/Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. » Raphaëlle Boitel entend présenter ici «une parabole métaphorique de la vie, dans lequel la force de se relever incarne la rage de vivre. »

Mais rien de didactique dans ce spectacle émaillé de gags, soigneusement chorégraphié et accompagné de musiques enjouées. La Campanella de Nicollo Paganini revient à plusieurs reprises rythmer joyeusement les numéros. On lui reprochera peut-être d’abuser des scènes collectives muettes où le cirque parfois se noie et d’appuyer un peu trop sur ce hors champ, redoublé par un semblant de tournage de cinéma. Pour autant, les savants clairs-obscurs du scénographe Tristan Baudouin qui manipule de vieux projecteurs sur pied, architecturent la pièce, en projetant des ombres étranges sur les murs et sur un décor d’enchevêtrements de cordes, de sangles et de perches, où traînent, abandonnés, des gants, une bouteille d’eau ou un balle rouge…  Atmosphère poétique qui fait le charme de ce travail collectif, créé avec des jeunes diplômés de l’Académie Fratellini.

La metteuse en scène rend ici hommage à la fondatrice de cette école et au moment des saluts, les interprètes revêtent les costumes de scène à paillettes de cette première femme-clown et ceux de son partenaire, Pierre Etaix. 

 Mireille Davidovici

 Du 4 au 21 juillet, La Scala, 11 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème) T. 01 40 03 44 30

 Prochains spectacles de Raphaëlle Boitel : en juillet :L’Acte I ; Libration, en collaboration avec l’Opéra National de Bordeaux à l’occasion de la saison culturelle Liberté ! Bordeaux 2019.
 En septembre , L’Acte II ; L’Horizon des Particules, Carreau du Temple, Paris (Xème).

 

 

 

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